‹ Notes sur Ingersoll [microforme] :Chapitre 11 sur 34 · CHAPITRE IVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IVI

Sur les Dix Commandements et sur l’Art L’Epouse et les autres proprietes de prix.

{ngersoll. — Assurément on admet que la plupart des dix commandements sont sages et justes.

Commentateur. — La plupart? Pourquoi cette limitation indéterminée ? Est-ce équitable de faire des limitations si peu précises qu’elles vous lais. sent les moyens de vous esquiver? Pourquoi, s’ij en est, ne pas spécifier ceux qui ne sont ni sages nijustes? Les chrétiens sont tenus et prêts à les défendre tous. Pourquoi ne pas indiquer un commandement imprudent ou injuste, afin que nous puissions directement entrer en lutte P

Ingersoll, —— En passant, il peut être aussi bien de dire que le commandement . ‘“ Tu nete feras pas d'images taillées, ni la ressemblance de rien de ce qui est là-haut, ou sous la terre, ou dans les eaux sous la terre, ” était la mort complète de l’art, et que jusqu’à la destruction de Jérusalem Ï n’y avait ni peintre ni sculpteur hébreux.

Commentateur, —— Il y a ici deux assertions.

D'abord que le commandement cité plus haut a été la mort complète de l’art, et la seconde qu'avant la destruction de Jérusalem il n’y avait ni peintre ni sculpteur hébreux.

La première implique une question d’interprétation, la seconde une question d'histoire.

Or, je nie ces deux assertions, et soutiens qu’elles n’ont de fait aucun fondement. Voilà qui est clairement poser la question.

__ Pour ce qui est du commandement, il n'aurait

pu être la destruction absolue de l’art que s’il l'avait proscrit. Mais il ne l’a ni proscrit ni condamné, par conséquent il n’a :u en être la destruction. Etait-ce équitable et honorable de votre part de supprimer cette partie du commandement qui jette la lumière sur ce que vous citez et l’explique? Si vous tronquiez la loi, en la citant devant les cours de justice, le juge ne vous consisidérerait il pas comme un falsificateur sans principes? Ne .rait-il pas tout justifié de vous exclure pour mépris, parce que vous auriez tenté de décevoir et d’égarer la cour? Vous aimez à prêcher l'équité et l'honneur irréprochable. Etaitce équitable et honorable de supprimer cette partie du texte qui aurait laissé votre assertion sans force, sans vérité et sans valeur? Mais vous

Ga an

êtes déterminé à atteindre votre but, dussiezvous pour cela tronquer la loi que vous citez. Le texte que vous avez supprimé sans scrupule, le voici : Tu ne les adoreras pas (les images) ni tu ne les serviras. ” Cette fin, supprimée par vous, explique ce qui précède, montrant que ce qui est défendu, ce n’est pas de faire des images, mais d’en j'aire des dieux. Que ce soit là évidemment la signification de ce commandement, on le conclut de ce que ce même Dieu qui a parlé dans le premier commandement, a ensuite prescrit de faire des images.

Moïse l'explique encore davantage plus loin, lorsqu'il dit : ‘“ Vous ne ferez point des dieux d'argent ni des dieux d’or.”’* En outre, le grand législateur des Hébreux reçut l’ordre de mettre deux chérubins dans l’arche même où les commandements étaient gardés. Il reçut pareïllement l'ordre de faire le serpent d’airain (NOMBRES, XXI, 6 à 8). Dans la description du temple de de Salomon, nous lisons que ce prince mit nonseulement dans le lieu des Oracles deux chérubins d'olivier,de dix pieds cubes (III Rois, VI-24) mais qu’il fit sculpter tout autour, le long des murs, diverses figures. (III Rois, VI-29 et versets suivants.) Tout ce chapitre abonde en descriptions d'œuvres + Exons XX-XXIII.

ns dite

d'art. Lorsque David fit une obligation à Salomon de bâtir la maison du Seigneur, il lui donna la description du porche et du temple et termina en disant : ‘* Tout ceci je l'ai reçu écrit de la main de Dieu, afin que je pusse comprendre tous les ouvrages du modèle.” (I Para., XXVIII, 1119.) Ainsi nous voyons que Dieu n’a pas seulement commandé de faire des images, mais qu’il en a fourni lui-même le dessin. Et cependant vous dites avec mépris au’il a détruit l’art !

Or, Dieu qui fit ce commandement et le peuple hébreu qui le reçut, en connaissaient bien mieux le sens que vous prétendez de le savoir. David et Salomon comprenaient la loi, et il ne leur vint jamais à l'esprit qu'ils l’eufreignaient en faisant des chérubins ou autres images pour l’ornement ou la décoration du temple.

Mais ce commandement, dites-vous, a été la mort, et non-seulement la mort, maïs la mort absolue de l’art. Quelle aberration s’est donc emparée de vous, que vous osiez le dire en face de ce temple magnifique de Jérusalem et des merveilles d’art qu'il contenait? Le temple luimême n’était il pas une œuvre d’art? Puisque le commandement interprété par son auteur — non par vous — n’a pas défendu de faire des images, cela ne pouvait en rien affecter l’art, à moins que

vous ne mettiez au rang de l’art le droit d’adorer de faux dieux et de fausses idoles. Si, par conséquent, les Juifs ne furent pas artistes, vous devez en chercher la cause ailleurs que dans ce premier commandement. Mais si vous condamnez les Juifs pour n'avoir pas cultivé les arts, comment se fait-il que vous n’avez pas un seul mot d’éloge pour le christianisme, sous l'inspiration et l’influence duquel les arts se sont élevés à leur plus haut degré de développement ?

Zngersoll. — Avant la destruction de Jérusalem, il n’y avait ni peintre ni sculpteur hébreux.

Commentateur. — Qui donc a “sculpté” les chérubins et les autres ornements du temple de Jérusalem? Qui a fait les chérubins qui décoraient l'arche d'alliance? Qui a fait le veau d’or et le serpent d’arain? Assurément, cela prend tout l’airain du serpent dressé dans le désert, pour oser dire, en face de tous, qu’il n’y avait ni peintre ni sculpteur hébreux avant la destruction de Jérusalem.

Ingersoll. — Assurément, un commandement qui bannit de la terre la toile animée et le marbre vivant, qui laisse les murs nus et les niches désolées, n’est pas inspiré.

Commentateur. — Pour le coup, l'inventeur de ce curieux criterium d'inspiration mérite en quel-

dun. ME nu

que manière d’être reconnu. Mais cette plaintive éjaculation est complètement diplacée, puisque le commandement, lorsqu'il n’est pas tronqué par vous, ne proscrit ni la toile vivante, ni le marbre animé, ni les fresques des murs, ni l’ornementation des niches. Ainsi que nous l’avons vu, le premier commandement n’a rien à faire avec l'art, dans un sens ou dans l’autre. Quand même il aurait banni de la terre la toile vivante, il ne s'en suivrait pas qu’il n’était pas inspiré. Votre “assurément il n’était pas inspiré” ne prouve rien contre l'inspiration. Un homme qui cultive la logique et la raison devrait en montrer davantage.

D'après ce que vous dites sur l’art, il est évident que vous n’en saisissez bien ni la signification, ni la fin. Vous le limitez à la sculpture et à la peinture, parce que vous vous imaginez que l’une et l’autre ont été proscrites par le premier commandement. L'art a un sens plus large. Je vais vous donner une définition de l’art qui, si vous l’étudiez avec soin, vous apprendra, à l’avenir, à ne pas détourner vos oreilles des hommes paisibles mais penseurs qui sont allés plus avant que vous dans la philosophie et dans la théologie. L'art est l'expression ou la manifestation du beau. C’est un appel aux sens par le symbolisme, Ilse sert

Page 1