PREFACE
Notre bonne fortune a voulu que, pendant nos heures de loisir, nous mettions la main sur le beau petit livre du Rév. L. A, Lambert qui a pour titre: Notes on Ingersoll. Nous l'avons parcouru avec le plus vif plaisir et, après l'avoir goûté, du commencement à la fin, nous avons pensé qu'il pourrait être non seulement favorablement accueilli du public de langue française, mais encore produire les plus heureux fruits.
En peu de mots l’auteur, avec une ardeur et une verve entraînantes, a victorieusement vengé Dieu» la Providence et la Bible des attaques séduisantes, parfois spécieuses, mais fausses toujours que l’incrédulité moderne ne cesse de répéter. L'un des infidèles les plus célèbres de nos jours ayant pris sur lui la triste tâche de les formuler, le trop fameux Ingersoll est allé, de ville en ville, soulever les applaudissements faciles et trop intéressés des libertins. Doué d’une parole brillante il-avait vu croire que ses objections, renouvelées des anciens hérétiques et plus près de nous de Voltaire, de Jean-Jacques, de Rousseau et des autres philosophes si légers du XVIIIe siècle, resteraient à jamais sans réponse. Les rires bruyants qui couvraient partout sa voix sarcastique formaient
autour de lui comme une atmosphère retentissante de nature à l'empêcher d’entendre les défenses solides et victorieuses de ses ennemis. Tandis qu'il savourait à longs traits le plaisir de ses triomphes impies, une voix forte et puissante comme celle du clairon a retenti tout à coup au milieu de ce tumulte et de ce bruit qu'elle a percé sans peine et dominé. Pour atteindre plus loin et afin d'arriver à un plus grand nombre d’auditeurs, elle a emprunté les mille é“hos de la presse qui se sont fait un honneur de la répercuter sur les dixers points de l'immense étendue des Etats-Unis.
On l’a écoutée tout d’abord avec surprise et dépit, mais, peu à peu, elle a commandé le silence et elle a trouvé par moments des accents si irrésistibles que nos adve’saires, interrompant un moment leurs démonstrations hostiles, n’ont pu s'empêcher de l’applaudir. D’autres fois, elle a déversé avec tant d'art et d’esprit le ridicule sur ces objections surannées, qu'elle a fait éclore sur toutes les lèvres un sourire de pitié, et aussi, pourquoi ne pas le dire, de souverain mépris.
Le Rév. L. A. Lambert, admirablement préparé par ses études antérieures, non moins bien doué que ses illustres devanciers, les abbés Guérin et Du Olot, ayant à son service une logique épouvantablement terrible et un regard profondément scrutateur, à qui rien n'échappe, a suivi pas à pas Ingersol! dans l’énoncé de ses erreurs dont il n’a pas tardé à mettre au jour la faiblesse et le peu de solidité. Les dépouillant de leurs faux ornements il a fait voir que le fameux
Colonel n'avait pris aucun soin de les fortement échafauder, s'appliquant seulement à flatter agréablement l'oreille et à séduire l'imagination de ses auditeurs, tout comme les architectes de la dernière grande Exposition ont élevé de vastes et harmonieux édifices destinés à une existence aussi éphémère que les foules sans nombre accourues pour les admirer Lorsqu'on s’esttrouvé en présence de leurs ruines on s’est demandé comment on avait pu s'arrêter, même quelques instants, devant une structure si fragile.
En outre, ce livre arrivant peu après la lettre encyclique de Notre Saint Père Léon XIII, sur l'Etude de l’Ecriture Sainte, où il trace, d’une main sûre, les règles qui doivent présider à son explication et à sa défense, ne saurait manquer d’être accepté avec bienveillance par tous ceux qui se font un devoir, et ils sont nombreux, d’obtempérer aux simples désirs du Père commun des fidèles.
Il est inutile d’ajouter que nous avons apporté le plus grand soin à la traduction de ce travail où nous avons rencontré plus d’une sérieuse difficulté pour rendre certains idiotismes américains qui n’ont peutêtre pas peu contribué au succès étonnant de l'ouvrage. Les habiles nous pardonneront aisément les quelques fautes qui ont pu nous échapper, et les autres, qui 8e sont, comme nous, heurtés aux mêmes obstacles, ne sauraient se montrer sévères. Quoiqu'il en soit, nous accepterons, de grand cœur, toutes les observations qu’on voudra bien nous faire, prêt à en tenir compte dans les éditions qui pourront suivre.
Trout River, N. Y. le 20 Juin, 1895.
A. SAUREL, Pre.