Le mystère de la seconde naissance
Sur ce sujet, Mathieu dit: ‘ Allez donc et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,” XX VIII, 19. Il ne paraît pas que cette doctrine ait été cachée à ces évangélistes.
Ingersoll, — Lorsque nous nous rappelons qu’il y a dix-huit cents ans il n’y avait que très peu de gens qui sussent écrire, et qu'un manuscrit ne devenait jamais public dans le sens moderne du mot, il est bien possible que les Evangiles aient été écrits avec toutes les folles prétentions aux miracles sans soulever de commentaires ou de contradictions.
Commentateur. —— Les Evangiles et les autres écrits du Nouveau Testament étaient bien mieux connus à l’époque où ils furent écrits qu'aucun autre livre sacré ou profane. Les autres livres étaient écrits pour le petit nombre, pour les savants ; les livres du Nouveau Testament l’étaient
pour le peuple. On les lisait tous les dimanches au peuple, et leur enseignement devint leur règle de conduite et de vie, tandis que les écrits des philosophes et des historiens profanes n'étaient connus que de l'homme d'étude ; ils n’entraient pas dans la vie et les habitudes du peuple. Voilà une des raisons pour lesquelles si peu de ces historiens ont survécu à jieur âge, tandis que les écrits des apôtres nous sont arrivés dans leur intégrité. Ils étaient donc publics et les miracles qu’ils rapportent soulevèrent des commentaires et procurèrent la conversion de milliers, tant de Juifs que de Gentils.
Ingersoll, — Il n'y a pas, dans toute la littérature contemporaine du monde, un seul mot sur le Christ et ses apôtres.
Commentateur. -- Quelle qu'ait été cette littérature, il n’en est que t:ès pe1 qui ait survécu. Mais ce peu nous suffit pour établir la fausseté de votre assertion. Josèphe était le contemporain des apôtres. Il naquit en l’an 37. Dans mon dernier arti cle, j'ai cité son témoignage ayant trait au Christ : ‘ Or, il y avait à cette époque Jésus, homme sage, s’ilest permis de l'appeler homme... Il attira à lui un grand nombre de Juifs et de Gentils. Cet homme était le Christ... etc.”
Jngersoll. — On admet que le paragraphe de Josèphe est une interpolation.
Commentateur. — Non, Monsieur, ni on ne l’'admet, ni on ne s’en vante, si l’on en excepteun petit nombre de critiques intéressés comme vous. De savants critiques ont démontré que ce paragraphe est authentique et qu’il n'aurait pu être interpolé. Mais il y a un autre passage dans Josephe dont on ne peut ni révoquer en doute ni soupçonner l'authenticité,
Dans ses antiquités, Livre 20, chap. 9, sec. r. il dit: ‘ Ananie assembla le sanhédrin Juif, y traduisit Jacques, le frère de /esus qu'on appelait le Christ, avec plusieurs autres, qu’il condamna à être lapidés comme infracteurs de la loi.” Celui dont il est parlé ici.a été le premier évêque de Jérusalem et l’un des apôtres.
Les écrits de Suétone appartiennent à cette littérature contemporaine. Cet auteur naquit en l'an 72. Il fait allusion au Christ lorsqu'il dit que Claude César chassa les Juifs de Rome, parcequ’ils provoquaient de continuelles séditions ‘‘ à l'instigation du Christ” (In Claudio, chap. 25.)
L'historien Tacite, né en l’an 56, dit : L'auteur de cette secte (les chrétiens) était le Christ, qui, sous le règne de Tibère, fut puni de mort comme criminel par le procurateur Ponce Pilate.” (Tacite Annales, Livre XV, chap. 44)
Pline je jeune, né en l'an 62, dans sa lettre cé- .
lèbre à l’empereur Trajan, dit que Jésus était adoré par ses disciples comme Dieu : ‘“ Ils chantent entre eux en alternant, un hymne au Christ comme à Dieu.”
Eh bien ! Monsieur, en présence de ces témoignages, qu’avons nous à penser de votre assertion qu'il ‘ n’y a pas dans toute la littérature contemporaine du monde, un seul mot sur le Christ et ses apôtres ? ” Et que va penser le lecteur de votre caractère à l'endroit de la véracité,
Zngersoll. — Et il ne suffira pas de dire que ‘ les assertions des Evangélistes s'accordent sur tous les points importants.”
Commentateur. — Cela suffira, parce que c'est vrai, et parce que vous n’avez donné aucune évidence du contraire, comme nous le verrons.
Ingersoll. — S'il y a, dans le Nouveau Testament, quelque chose d’important, au point de vue théologique, c’est l’Ascension du Christ.”
Commentateur. -— D'accord.
Ingersoll. -— Le récit des témoins inspirés est-il uniforme sur ce point ? ”
Commentatenr. — Oui. Mais votre adversaire ne dit pas ‘‘ des témoins inspirés.” Les chrétiens n’enseignent pas que les apôtres étaient les /émoins inspirés des événements qu’ils rapportent. Il n’est
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pas besoin d'inspiration pour être témoin d’un fait. Voilà un exemple de votre habileté à chan:ger les mots pour introduire dans la question de fausses idées. Les apôtres ont été les témoins des événements de la vie du Christ, comme d’autres l’ont été. Mais contrairement aux autres, ils ont été inspirés pour raconter les événements qu'ils ont vus. Vous aimez les mots à double sens. Ils donnent place au sophisme. Un témoin peut signifier ou bien celui qui a vu la chose, ou bien celui qui atteste l'avoir vue. Les évangélistes ont été les narrateurs inspirés de ce qu'ils ont vu. Je ne rappelle ceci que pour montrer combien soigneusement il faut vous surveiller. Les assertions des ‘‘témoins inspirés ” sont donc uniformes.
{ngersoll. — Voyons.
Commentateur. — Votre désir d'être instruit est digne de louange.
Jngersoll. — Matthieu ne dit rien sur le sujet.
Commentateur. — Votre adversaire a dit que les récits j'aifs par les évangélistes étaient uniformes, etc. Il n’a rien dit du récit qui »’a pas été fait par tel ou tel évangéliste. L'histoire de Matthieu se termine à la Résurrection et à la commission des apôtres, elle ne s'étend pas jusqu'à l’Ascension.
Ingersoll. -— À cette merveille des merveilles, Marc consacre un seul verset : ‘ Ainsi, après que le Seigneur eut parlé il fut reçu dans le Ciel et il s’assit à la droite de Dieu.”
Commentateur. — Un verset n'est-il pas suffisant pour établir un fait important ? Sans doute, vous eussiez consacré à ce fait bien des paroles, mais ce n'était pas là le style de Marc, il n’était pas un romancier. La différence entre vous et lui, la voici: Il a été inspiré pour écrire la vérité, tandis que vous ne l’êtes pas, au moins vos écrits ne portent aucune marque d'inspiration.
Znger soil. — Luc, un autre témoin, dit: ‘ Et il advint, tandis qu’il les bénissait, qu’il fut séparé d'eux et ravi au ciel.”
Commentataur. -- Bon ; ce récit n'est-il pas conforme à celui de Marc?
Jngersoll. -— Jean corrobore Matthieu, en ne disant rien sur le sujet.
Commentateur. — Jean corrobore S. Matthieu en disant : “Et nul homme n'25/ monié au ciel, que celui qui en est descendu, le Fils de l’homme, qui est au ciel. ” JEAN III, 13. Est-ce, oui ou non, dire quelque chose sur le sujet? Pourquoi avez-vous omis ce texte P
Zngersoil. — Nous trouvons que le dernier chapitre de Marc, à partir du verset huitième, est une interpolation.
Commentateur. — Où trouvez-vous cela? Vous avez dit que les assertions étaient de la monnaie de mauvais aloiï, et cependant vous voudriez faire passer votre ‘“ nous trouvons ” aux yeux du lecteur pour une vérité authentique. Or, ‘‘ nous ne trouvons rien de semblable, et lorsque vous dites que vous avez trouvé, vous prenez tout simplement un avantage peu honnête de l'ignorance de vos admirateurs. Bien qu'ils ne méritent pas d'être mieux traités par vous, ce n’est pas une excuse pour vous. Les versets du dernier chapitre de S. Marc, que vous dites avoir été interpolés, se trouvent dans presque tous les anciens manuscrits. Les plus anciens Pères les admettent comme S. Irénée, Tertullien, S. Clément, S. Ambroise, S. Augustin et d’autres. Les plus anciennes éditions, latine, syriaque et arabe, les ont. Il faut donc les considérer comme authentiques jusqu’à ce que vous ayez de meilleures raisons de les rejeter que votre ‘* nous trouvons. ”
Résumons :
Zngersoll. — 1, Ou bien il faut abandonner l'ascension du Christ, ou bien : 2. On doit admettre que les témoins ne s’accordent pas et : 3. Que trois d’entre eux n’ont jamais entendu parler de ce fait surprenant,
Commentateur. — 1. L’'Ascension du Christ ne
sera pas abandonnée. On n’y aurait jamais dû croire, si elle avait pu être renversée par les niaises bagatelles que vous produisez contre elle comme arguments.
2. Les témoignages des trois Evangélistes que j'ai cités concordent, et personne de sens et exempt de préjugés ne prétendra le contraire. Ils donnent tous un témoignage inéquivoque et identique du /ait de l’Ascension.
3. Il n’y a que quatre Evangélistes. Trois d’entre eux parlent de l’Ascension, comme on l’a vu dans les citations données plus haut Où trouvezvous donc les autres rois qui n’en ont jamais entendu parler ?
Mais vous vous contredites vous-même. S'il faut vous croire, un seul Evangéliste a parlé de l’'Ascension ; les autres gardent le silence et n’ont jamais entendu parler de ce fait surprenant. Or, si sur quatre témoins un seul a parlé, comment peuvent-ils se contredire l’un l’autre ? Il en est qui sont trop intelligents. Vous ne devriez pas laisser votre zèle pour l'incrédulité s'enfuir avec votre jugement. La conclusion de tout ceci est que les Evangélistes ne se contredisent pas l’un l’autre, et que leur témoignage sur l'Ascension est uniforme.
Zngersoll., — Encore, si quelque chose a dû
imprimer sa forme et son impression dans l’esprit, ce doit être les dernières paroles du Christ. Commentateur. — Sans doute. Et puis ?
Ingersoll. — Les dernières paroles, selon Matthieu, sont : ‘“ Allez donc et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit ; leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé ; et voilà que je suis avec vous toujours, jusqu’à la fin du monde.” Commentateur. — Eh bien ! ce ne sont pas les dernières paroles du Christ selon Matthieu, et Matthieu ne dit pas qu'elles le furent. Pourquoi intercalez-vous dans l'Evangile de Matthieu une assertion qu’ii n’a jamais faite ? Est-ce par bêtise, ignorance, ou désir de tromper ? Vous allez m’excuser, mais je dois parler selon les faits ; votre assertion est absolument fausse Matthieu ne prétend pas donner les paroles dernières du Christ. Les paroles : Allez, etc., sont tout simplement les dernières qu'ait rapportées Matthieu. Ingersoll. — Les dernières paroles, selon le témoin inspiré, connu sous le nom de Marc, sont : ‘ Et ces signes suivront ceux qui croiront : en mon nom ils chasseront les démons,” etc...
Commentateur. — Ce que j'ai dit plus haut au sujet des dernières paroles du Christ peut également s'appliquer ici. St. Marc ne rapporte pas
ces paroles comme les dernières du Christ. Ce sont simplement les dernières qu'il (Marc) rapporte. On ne peut ici vous excuser de mauvaise foi qu'aux dépens de votre intelligence.
Zngersoll. —— Luc nous dit que les dernières paroles du Christ, à l’exception d’une bénédiction, étaient : ‘ Et voilà que j'envoie la promesse de mon père sur vous,” etc...
Commentateur. — Luc ne nous dit rien de tel; et il est bien difficile de penser que vous ne saviez pas que vous altériez le texte de Luc lorsque vous parliez ainsi. Vous devez avoir une foi sans limites dans la crédulité de cet âge, et dans l’ignorance sans fond de la classe à laquelle vous vous adressez lorsque vous faites de pareilles assertions. Il n’est nullement surprenant que de grands et doctes théologiens chrétiens ne se soucient pas de s'opposer à vous. La raison de leur silence est évidente aux yeux des hommes sensés. Ce n’est ni leur devoir, ni leur affaire de se détourner pour s'opposer à tout blasphémateur qui beugle et agite, pour de l'argent, sa langue contre le christianisme, avec la prétention d’être un philosophe. Ils déclinent de parler théologie avec vous sur le même principe qu'un Marshall, un Taney ou un Evarts refuseraient de discuter sur la loi commune ou sur le Code Justinien avec un charlatan.
{ngersol!. — Les dernières paroles selon Jean, sont : “ Pierre, le voyant, dit à Jésus : Seigneur, et que fera cette homme P ” etc.
Commentateur. — Il est bien inutile de dire au lecteur, après vos remarques sur votre altération des autres Evangélistes, que votre affirmation au sujet de St. Jean est complètement fausse et sans l'ombre de fondement. Vous dissipez y votre réputation à trop bon marché.
Ingersoll. — Un récit de l’Ascension est également fait dans les Actes des apôtres ; et les dernières paroles du Christ selon cet auteur inspiré sont : “ Mais vous recevrez ie pouvoir,” etc...
Commentateur. — Ceci est aussi faux que ce que vous avez dit sur les Evangélistes.
Zngersoll. — Luc atteste que le Christ s'éleva le jour de sa Résurrection.
Commentateur.— Nulle part Luc atteste que le Christ soit monté aux cieux le jour de sa Résurrection. Au contraire, il nous dit dans ses Actes des apôtres “ qu'il (le Christ) est apparu vivant après sa passion, par de nombreuses preuves, durant gwarante jours, se montrant à eux et leur parlant du royaume des cieux.” 1. 3. Ici Luc atteste explicitement le temps de l’Ascension, ce qu'il ne spécifie pas dans son Evangile.
Ingersoll, — Ces témoignages ne concordent pas.
Commentateur. — C'est le travestissement que vous en faites qui ne s’accorde pas. Ces témoignages sont uniformes lorsqu'on les représente fidèlement.
Zngersoll. — Deux des témoins, Matthieu et Luc, donnent la généalogie du Christ. Matthieu dit qu’il y a eu quarante-deux générations d’Abraham au Christ. Luc affirme qu'il y en a eu quarante-deux du Christ à David, tandis que Matthieu donne le nombre de vingt-huit. On dira peut-être que c’est une vieille objection. Une objection reste jeune jusqu’à ce qu’on l’ait réfutée.
Commentateur. — C'est à coup sûr une vieille objection, et elle est comme toutes celles que vous avez faites. Elles sont toutes, jusqu'ici, tout simplement les vieilles objections, souvent répétées et autant de fois réfutées auxquelles vous donnez le vernis et la couleur du langage moderne. Elles perdent un peu de leur force dans la traduction, mais ce qu’elles perdent de ce côté, elles le gagnent en faconde et en loquacité.
Votre objection est que Matthieu et Luc se contredisent l’un l’autre sur le nombre des générations. Génération a deux significations. Elle signifie d'abord le nombre actuel de personnes en droite ligne, comme le père, le fils, le petit-fils, l'arrière petit-fils, etc. La génération dans ce sens
ne donne pas la mesure du temps, puisque chaque individu de la série qui précède peut avoir vécu de vingt à cent ans et plus. La génération prise dans ce sens n’est donc d’aucune utilité pour compter le temps ou les époques historiques. Elle est trop indéfinie. Elle sert, toutefois à prouver la légitimité et à établir le droit d'héritage. C'est la génération prise dans ce sens que St-Luc décrit, parce qu’il se proposait de prouver que le Christ était en droite ligne de la branche aînée de la famille de David, et qu'il était la personne, si la royauté se ft perpétuée dans la famille de David, qui eût légalement hérité du trône. Luc parlait de la question ayant trait à la légitimité et à l'héritage, ne s’occupant ni du temps ni des époques,
La seconde signification de génération a trait au /emps et marque /a vie moyenne de l’homme, qui à présent est supposée être de trente-trois ans. Comme les hemmes vivaient plus iongtemps dans la première partie de l’histoire de la race humaine qu'aujourd’nui, la vie moyenne ou génération était plus longue.
Or Matthieu se sert du mot génération par rapport au femps —— à la durée moyenne de la vie, lorsque les prophéties concernant la venue du Christ étaient écrites —— pour prouver que ces
prophéties étaient vérifiées. Il se proposait de montrer deux choses : d’abord, que le temps annoncé par les prophètes était complété à l’arrivée du Christ ; et ensuite, que le Christ était de la descendance royale de David. Ainsi donc les générations de /emps,dans le sens employé par Matthieu, pouvaient contenir deux, trois ou quatre générations d’éndividus dans le sens de Luc. Il en résulte donc que, comme ces deux évangélistes écrivaient sur deux objets différents,ils ne se sont pas contredits l’un l’autre. Luc parlait de la vie individuelle, Matthieu de la vie moyenne.
Zngersoll — N'est-il pas surprenant que Luc et Matthieu ne s'accordent pas sur un seul nom des ancêtres du Christ pendant trente sept générations P Commentateur. —- C'est surprenant seulement pour ceux qui ignorent que Mathieu donne la liste des ancêtres de joseph, tandis que Luc donne celle des ancêtres de Marie, la Mère de Dieu. Vos ancêtres maternels sontils tous des Ingersoll ? Vos ancêtres maternels et paternels doivent-ils avoir nécessairement les mêmes noms? Une étude soignée des écrivains chrétiens sur ce sujet, vous épargnerait un grand nombre d’erreurs. Zngersoll. — 11] y a une grande différence d'opinion parmi (les témoins) sur ce que l'Evangile du Christ est. 15
Commentateur. — Je pense que le lecteur a découvert maintenant qu’il n’est pas sûr d’accepter vos assertions sans les vérifier en quelque manière. L'expérience a prouvé qu'il faut plus que votre parole. Vous devez spécifier ces différences d’opmion, citer les textes qui se contredisent, et y renvoyer. Lorsque vous l’aurez fait il sera encore temps de prendre en considération votre assertion. Nous avons eu assez de déclamation indéfinie et trop lâche.
Ingersoll. — A en croire ces témoins, J.-C. ne savait rien de la doctrine d’expiation.
Commentateur. — Dans le chapitre précédent, j'ai emprunté, à ces trois témoins, des textes ayant trait à l'expiation. C’était pour répondre à votre affirmation que ces Evangélistes ne savaient rien sur ce dogme. Vous répétez la même idée sous une autre forme. Cette fois c’est le Christ qui n’en sait rien, et vous citez en preuve les trois Evangélistes, qui, vous l’affirmez, n’ont jamais mentionné le sujet i ! S'il était vrai, (comme c’est faux) qu’ils n’ont jamais parlé de la doctrine d’expiation, comment pouvez-vous les citer comme témoins que le Christ ne savait rien de cette doctrine ? Votre assertion est fausse, et sans l'ombre d’une preuve quelconque pour lui donner l’apparence de la vérité. Est-ce avec de telles armes que vous espérez aller au devant du chrétien instruit P
Jngersoll., — Pour moi le manque d'accord des Evangélistes pour déterminer ce qui est nécessaire à l’homme pour sauver son âme, c’est la preuve qu’ils n'étaient pas inspirés.
Commentateur. — Ce serait également pour l'esprit du chrétien une preuve, si, comme vous le dites, ils ne s’entendaient pas entre eux.
Si les Evangélistes ne s'étaient pas accordés, et si leurs témoignages avaient été contradictoires, ils s’en suivrait qu'ils n’ont été nullement inspirés. Mais jusqu'ici vos efforts Dr prouver qu’ils ne s'accordent pas ont misérablement échoué. Si vous n’avez rien de meilleur à nous présenter que ce que vous avez donné pour prouver le désaccord des Evangélistes, votre cas est certainement bien mauvais.
Zngersoll. — Les témoins ne s'accordent pas davantage sur les dernières paroles du Christ, lorsqu'il fut crucifié.
Commentateur. — Vous êtes affirmatif sur ce point. Maintenant voyons.
Jngersoll. — Matthieu dit qu'il s’est écrié : ‘“ Mon Dieu. mon Dieu, pourquoi m'avez-vvus abandonné ? ”
Commentateur. — Matthieu dit-il que ce furent les dernières paroles du Christ? Ce sont les dernières qu’ait rapportées Matthieu, mais il ne les relate pas comme étant les dernières du Christ,
Ingersoil. — Marc est d'accord avec Matthieu.
Commentateur. — Or,comme Matthieu ne rapporte aucune parole comme ayant été la dernière du Christ, il s'en suit que Marc ne l’a, point fait non plus. En voilà assez jusqu'ici pour vos “ der ières paroles ” du Christ
Ingersoll. — Luc atteste que ses dernières paroles ont été : ‘“ Père, je remets mon esprit en. vos mains.”
Commentateur. — Luc n'atteste rien de semblable. Ce sont les dernières paroles rapportées par Luc, mais il ne les rapporte pas comme étant les dernières du Christ.
Ingersoll., — Jean établit qu'il s’écria : “ Tout est fini.” |
Commentateur. — C'est vrai, mais il ne dit pas'que ce furent ses dernières paroles. De fait, aucun des évangélistes ne rapporte aucune parole comme étant la dernière du Christ.On en est encore à se demander quelles ont été les dernières paroles, on en est réduit à des suppositions. Ainsi donc, lorsque vous citez les Evangélistes comme rapportant les dernières paroles du Christ, vous les altérez : et les prétendues contradictions que vous leur trouvez n'existent que dans les altérations ignorantes et sans principes des Evangiles, Il serait intéressant de savoir quels sont les prin-
cipes de morale qui vous dirigent, si tant est que vous en ayez. Gautama, Confucius ou]Koang- Foo-Zee, Zoroastre, Laotzu, Hermès, Trismégiste, Moïse et Mahomet,tous, dans leurs codes de morale, ont défendu de mentir. Quel code fsuivezvous donc ?
Ingersoll. .— Jean assure que le Christ, au jour de sa résurrection, dit à ses disciples : “ Les péchés que vous remettrez seront remis, ceux que vous retiendrez seront retenus.” Les autres disciples ne rappellent pas ce passage monstrueux.
Commentateur. — Quoi | les autres disciples ne rappellent pas cè passage |! Matthieu était il un apôtre et un disciple? Or, Matthieu dit: ‘“ En vérité, je vous le dis, tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel, tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel,” XXVIII, 18. Et encore : ‘ Je vous donnerai les clefs du royaume du ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel, etc.,” XVI, 109.
C’est assez pour prouver que vous êtes ignorant ou malhonnête, libre à vous de choisir. Vous ne devriez pas oublier que vous ne sacrifiez pas seulement votre propre dignité et véracité, mais que vous sacrifiez et trainez dans la boue, autant qu'un homme peut le faire, la dignité de notre
humanité par vos assertions fausses, folles et téméraires.
Zngersoll. — Ils (les Apôtres) n'étaient pas présents lorsque le Christ déposa dans leurs mains les clés du ciel et de l'enfer, et mit tout un monde aux pieds des prêtres.
Commentateur. — Lorsque vous dites ‘‘ qu'ils n'étaient pas présents lorsqu'il déposa entre leurs mains les clés, etc., ” vous vous proposiez de faire un de ces jeux de mots à mourir de rire qui ont l'habitude de soulever vos auditeurs. La pensée qu’ils n'étaient pas présents lorsqu'il mit dans leurs mains les clés, est drôle, lorsqu’on vient à y songer Mais le sujet est très-sérieux et le jeu de mots hors de propos. Lorsque nous voulons nous payer ce plaisir, nous allons au cirque ou aux ministrels. Mais revenons. Vous dites que cette commission du Christ aux Apôtres de pardonner les péchés ‘ met un monde sous les pieds des prêtres.” Est-ce que le pouvoir de pardonner aux criminels, qui repose dans les mains du gouverneur, met le peuple de l'Etat à ses pieds ? Songez-y un moment, et vous apprendrez qu’il y a plus de bruit que de sens dans votre observation.