‹ Notes sur Ingersoll [microforme] :Chapitre 28 sur 34 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Contradictions. — La méthode d’Ingersoll pour en rendre raison. — Comment étre sauvé.— Nouveau brevet d’Ingersoll.

Jngersoll. — I] est très facile de rendre compte de ces différences et contradictions dans ces témoignages en disant que chacun a raconté l’histoire telle qu’il se la rappelait, ou l’avait entendue, ou bien que les récits ont été changés, mais cela ne ferait pas de dire que les témoins ont été inspirés de Dieu.

Commentateur. — Ilest aisé d'en rendre compte ‘ en disant.” Oui, voilà la manière dont vous rendez compte à peu près de tout. C’est à coup sûr facile, mais il y a cet inconvénient qu'il ne rend pas compte de tout. Il y a ce malheur dans votre carrière théologique que vous avez mis trop de confiance dans vos dires et trop peu dans vos preuves.

Il sera temps d'expliquer les contradictions des Evangélistes lorsque ces contradictions seront évidentes. Jusqu'à présent vous ne les avez pas rendues visibles. Par suite, votre habile méthode

de les expliquer (en disant) est gratuite et inu'ile et complètement en désaccord avec les principes chrétiens. Le christianisme doit être défendu par des méthodes sincères, droites et légitimes, où il ne doit pas l'être. On ne le peut dans l'esprit où vous l’attaquez. On ne peut pas se servir de sophismes, d'habileté, d'esprit, de jeux de mots ou de mensonges. Son terrain c’est la vérité, et si cette base croule, il doit s’enfoncer avec lui.

Ingersoll. — Pourquoi y auraitil plus d’un Evangile inspiré ?

Commentateur. — Le fait qu'il y a eu quatre Evangiles inspirés écrits est une preuve suffisante qu'il y avait motif d'en avoir quatre. Dieu n'agit pas sans raison. Mais votre question montre que vous ne comprenez pas ce que l’on entend par inspiration. Une histoire 2#spirée n’est pas néces. sairement une histoire complète. L’inspiration se rapporte à ce qui es/ dif par l’auteur inspiré et non à ce qu’il se dif pas.

Parce que les quatre Evangiles sont des histoires inspirées, ce ne sont pas des récits complets et entiers de tous les évènements et de toutes les circonstances de la: vie du Christ sur la terre. Parce que l'inspiration a poussé les Evangélistes et plusieurs autres auteurs du Nouveau-Testament à écrire et les a préservés d'erreur dans leurs

écrits, il n’en a porté aucun à écrire tout ce qui aurait pu être dit sur chaque sujet qu'il traitait. Si l'inspiration avait ce dernier sens, il ne serait pas besoin de plus d’un Evangile et votre question aurait un sens ; mais comme elle ne signifie nullement cela, votre question prouve que tandis que vous parlez avec faconde d'inspiration vous ne savez pas ce que c”la signifie.

Une histoire des Etats-Unis, écrite pour les Chinois, par exemple, doit différer d’une autre qui serait écrite pour un lecteur américain. Je dis différente, mais non contradictoire. Une histoire pour les Chinois ne doit pas donner comme reçus les usages des américains et des anglo-saxons, Il doit établir les faits et les circonstances d’une manière conforme à leurs pensées. Ceci demande bien des explications. Il faut dire bien des choses qui ne seraient pas nécessaires pour un lecteur américain. Cela est si évident qu'il est inutile d'insister davantage.

Maintenant adaptez ces idées au domaine de l'histoire sacrée, et vous verrez qu’il y a une raison suffisante et satisfaisante pour quatre Evangiles inspirés au lieu d’un. Un Evangile écrit pour les Juifs relaterait simplement les faits, les traditions, les prophéties, les usages et les coutumes de la vie, etc. qui leur étaient par-

faitement connus. Un Evangile écrit pour les Gentils aurait à expliquer bien des choses inconnues à ces peuples. Encore, s’il s'élevait des disputes sur certains points, l'historien y porterait naturellement plus d'attention qu’il ne l'aurait fait si ces disputes ne s'étaient pas élevées. Les écrivains inspirés étaient dirigés par ces considérations. Ils écrivaient dans des circonstances di: verses et pour des fins différentes. En écrivant, ils étaient chacun inspiré pour ce qu'ils écrivaient, mais pour rien de plus.

Matthieu a écrit pour les Juifs, et il s'est exercé à appliquer au Christ les prophéties de l’Ancien Testament pour convaincre les Juifs qui en acceptaient l'autorité, que le Christ était le Messie et que dans sa personne les prédictions de leurs prophètes s'étaient accomplies. St. Marc écrivit son Evangile pour les Gentils de Rome convertis. Ii avait pour but de prouver que le Christ était le Souverain Maître de toutes choses, voilà pour: quoi aussi il consacre presque tous ses chapitres au récit des actions du Christ qui prouvent sa divine puissance.

St. Luc a écrit son Evangile plus particulièrement pour Théophile, païen converti. Son dessein était de prouver que Jésus de Nazareth est le vrai Sauveur des hommes, comme les faits et les

circonstances de sa vie le prouvent. Voilà pourquoi il publie certains faits omis par Matthieu et Marc. Saint Jean a écrit son Evangile pour réfuter les hérésies des Corinthiens, des Ebionites et des Valentiniens, qui ont attaqué la divinité du Christ et nié un grand nombre de ses actes et de ses paroles que les autres Evangélistes ont passés sous silence. Son principal but était de prouver la divinité du Christ, et dans ce dessein il commence son Evangile avec ces sublimes paroles : ‘“ Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu.” Les Evangélistes différent alors dans leurs récits selon les diverses circonstances dans lesquelles ils ont écrit et les objets qu'ils ont eu en vue.

Zngersoll. — Il ne peut y avoir qu'un seul vrai récit d'une chose.

Commentateur. -- Il peut y avoir autant de vrais récits d’un évènement qu’il y a de points de vue sous lesquels on les considère, ou de circonstances qui les environnent. Vous confondez vrai avec complet et adéquate.

Une histoire qui ne reproduit pas tous les événements et toutes les circonstances de la vie d’un homme, et leurs rapports avec d’autres, est vraie sice qu'elle rapporte l’est, bien qu’elle puisse être incomplète, inadéquate et défective. Les qua-

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tre évangiles sont des histoires vraies, bien qu’aucune d'elles ne soit complète, car aucune ne donne fous les événements de la vie du Christ ; de fait toutes ces histoires prises ensemble ne les donnent pas. Ces évangiles sont tous vrais, ils diffèrent mais ne se contredisent pas. La vérité de l’histoire dépend de ce qui est dit et non de ce qui est passé sous silence. Lorsque je dis : ‘ Washington est né,ila vécu, il est mort,” je fais un récit quiest vrai. Il n’est si complet, ni si adéquate, ni si rempli que celui d’Irving ou de Spark: mais il est aussi vrai que le leur sur ces points. Vous pouvez me dire qu'il est court, ce que je ne nierai pas, mais vous ne pouvez pas dire qu’il n’est pas vrai. Vous confondez tout simplement vrai avec complet ou adéquate. Un élève écrivant sa première composition pourrait être excusé sur l'emploi impropre des adjectifs mais un philosophe devrait être plus attentif ou plus honnête.

{ngersoll -— Ce qui est une preuve de véracité pour des témoins ordinaires est une démonstration contre leur inspiration.

Commentateur. — La preuve de véracité dans le cas de témoins ordinaires c’est le fait de leur accord. Le fait que les évangélistes s'accordent dans leurs récits est une preuve de leur véracité

tout comme dans le cas de témoins ordinäires. Or, comment la preuve de leur véracité peut elle être une démonstration contre leur inspiration ? C'est difficile à comprendre. Vous avez dit s'ils sont en déssaccord ils ne peuvent être inspirés et vous avez raison. Vous n'êtes pas satisfait ; vous vous efforcez maintenant de prouver que s'ils s'accordent, ils ne peuvent pas être inspirés. Toute observation de ma part sur cette manière de raisonner ne ferait qu’arracher le lecteur à la contemplation de sa sublimité. Ainsi nous passerons en silence à d’autres points.

Ingersoil. — Ma doctrine est qu’il n’y a qu’une seule voie pour être sauvé, c’est de vivre en harmonie avec ce qui nous entoure, d'accord avec les faits de notre être. |

Commentateur. -— Vous avez alors considérablement changé votre ‘‘doctrine”’ depuis que vous avez commencé votre article. Votre ‘‘ doctrine ” dans la première partie était qu'il n’y a pas de Dieu, où au moins que nous ne pouvons savoir s’il y en a ou non ; que la vie future a été ‘“‘inventée ” par les chrétiens pour donner à Dieu le moyen de rectifier les erreurs de celle-ci. Votre “doctrine” maintenant est qu’il y a une voie, au moins, pour être sauvé, c’est ‘ d'agir en harmonie avec ce qui nous entoure.” Bien, ce qui vous

entoure est certainement chrétien. Si vous viviez au milieu des Mormons vous devriez être Mormon ; si vous viviezen Turquie vous devriez avoir un harem et vous asseoir les jambes croisées comme un tailleur ; parmi les Thugs vous devriez être un Thug ; si c'était parmi des assassins un assassin, si parmi des voleurs, un voleur ! Cette doctrine a l'avantage d’être en harmonie avec la “corde élastique du sentiment humain.”

Mais vous vous expliquez. Vivre en harmonie avec ce qui vous entoure c’est vivre ‘ d'accord avec les faits de .votre être.” Bien. C'est précisément ce que le christianisme demande de vous. Mais quels sont les faits de votre être? Voilà l'obstacle. Cette question ramène toute la controverse au point de départ. Ilest temps que vous compreniez que toute la question entre vous et le chrétien aussi bien qu'entre le paien, le barbare, l’incrédule et le chrétien, est : quels sont les faits de votre être ? Cette question est la racine et le fondement de toutes les diffé. rentes opinions qui aient jamais existé dans le monde pa: rapport à l’homme, à ses devoirs et à .ses obligations. C’est la question que les philosophes de tous les âges ont essayé en vain de résoudre et que le chrétien éroit ne pouvoir être résolue par la raison seule.

Que suis-je ? D'où suis-je venu ? Où vais-je ? Votre réponse à ces questions est : je ne le sais, Votre réponse est vraie bien que ce n’en soit pas une, |

Il est généralement reçu, parmi les hommes de sens, que lorsqu'une personne sans lettres ignore un sujet, elle ne devrait pas de vive force se jeter en avant, et mettre le trouble et la confusion dans les recherches par son long et ignorant bavardage. Si réellement il ne sait rien surle sujet en question, il lui incombe, comme à tout homme de sens, de tenir sa langue. Il n’y a pas de honte à ignorer lorsque ce n'est pas de sa faute, mais il n’y a rien d’admirable dans un ignorant qu’une langue paisible et une oreille attentive. Comme aussi il n’y a rien de plus digne de pitié et rien de détestable dans cet univers de Dieu qu’un homme ignorant essayant de jouer le rô/e de maître du genre humain.

Quels sont les faits de notre être?

C'est la mission de la vraie religion de répondre à cette question. Et par la grâce de Dieu elle y a répondu et l’a fait retentir à satiété aux oreilles de l'humanité, à mesure qu'elle se développe, de génération en génération, depuis Adam jusqu’à l’an du Seigneur 1895, et elle continuera à le faire jusqu’à ce que l’ange de l’Eternité vienne

faire l’appel du temps. Les Voltaire, les Freret, les Gibbon, les Diderot, les Paine et les Ingersoll apparaîtront de temps en temps pour jeter leur malédiction au monde moral, tout comme la peste, la petite vérole, le choléra, la lèpre et l'infection ont jeté leur malédiction sur le monde physique. Mais le christianisme est destiné à survivre à l’un, comme la race humaine a survécu à l’autre.

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