CHAPITRE XII
Actes et leurs conséquences. — L'expérience n’est pas la mesure du juste et de l'injuste. — Quelques-unes des bétises plausibles de M. Ingersoll. — Son caractère en peu de mots. — Un défi aux changeantes opinions de l’école d'Ingersoll.
JIngersoll, — Si les actes n'avaient point de conséquences ils ne seraient ni bons ni mauvais.
Commentateur. — Ce qui revient à dire : si les actes n'étaient pas des actes, ils ne seraient pas des actes. Les actes sont aussi inséparables des conséquences qu'ils le sont de ceux qui les font. Vous ne pouvez pas plus imaginer un acte sans conséquences que vous ne le pouvez sans un agent. De fait, les conséquences des actes sont simplement les actes eux mêmes continués sous de nouvelles formes. Mais tandis que chaque acte à ses conséquences, il n’en suit pas, comme nous l’avons vu, qu’il tire ses qualités de ces conséquences.
Zngersoll. -— L'homme n'a pas reçu sa connaissance des conséquences des actions de Dieu, mais de l'expérience et de la raison.
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Commentateur. — Comme l’homme n’a pas une connaissance adéquate de toutes les conséquences des actions, il en résulte qu’il ne l’a pas reçue de l’expérience et de la raison ; et aucun chrétien n’a jamais soutenu qu'il ait reçu 8a connaissance des conséquences de tous les actes de Dieu.
Notre connaissance des résultats, même des actes physiques, est limitée à un cercle très étroit. Comme il y a des actes de deux sortes, physiques et intellectuels, de même aussi y at-il deux sortes de résultats, à savoir physiques, intellectuels ou moraux. L'homme ne peut dire les dernières conséquences des actes les plus simples, purement physiques. Jetez un caillou dans l’océan et quelles en sont les conséquences ? Si nous appliquons les lois de la gravitation de Newton à cet acte physique si simple, nous verrons que dans le temps cela changera la position relative de chaque atôme de toutes les eaux répandues sur la surface du globe. Non seulement cela, mais il changera aussi les relations de chacune des molécules de la matière dans l'univers, il changera le cours de la lune, qui reconnait l’événement par une perturbation actuelle et réelle bien qu'imperceptible. Ces changements se perpétueront aussi longtemps que la matière et ses lois, car la dispositions des molécules de la matière ne sera jamais
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plus la même qu’elle eñt été si cette pierre n'eût pas été jetée. Eh bien! qui peut, en dehors de Dieu, connaître et dire tous ces résultats dans tous leurs détails ?
Les conséquences d’un acte moral ou humain sont encore plus difficiles à connaître, car un acte humain, c'est-à-dire un acte intellectuel, a ses effets incalculables dans le monde intellectuel, dans le temps et dans l'éternité.
Un faux principe enseigné à un enfant se développera avec lui et de lui se répandra parmi les autres, et de ceux-ci parmi d’autres encore, et ainsi à travers les âges, et lorsque le temps aura cessé, il continuera dans l'éternité à affecter le Ciel et l'Enfer.
Ainsi ce seul acte d’un faux docteur change le courant et l'harmonie du monde. C'est une esquisse générale ; mais qui peut nous dire la nature de chaque résuitat individuel, de chaque anneau dans cette chaîne sans fin? Pour connaître toutes ces conséquences par expérience nous devons les expérimenter actuellement; nous ne devons pas seulement les expérimenter chacune en particulier et en détail, mais nous devons pareillement expérimenter leurs résultats unis et combinés. Cette tâche dépasse toutes les forces de la race humaine combinées entre elles.
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Ainsi, parler d'apprendre les résultats par expérience, c'est débiter des balivernes comme un enfant. C’est avec surprise que nous admettons qu’un homme de votre calibre ait jugé nécessaire d'établir que l’homme ne reçoit pas directement de Dieu sa connaissance des résultats des actes physiques. |
Nous devons, toutefois, affirmer que l’homme ne peut pas associer des faits les uns avec les autres, dans la relation de cause à effet, sans une intuition ou une révélation prémière de cette relation entre deux évènements qui sont appelés cause et effet. En d’autres termes, l'esprit humain ne pourrait jamais associer deux évènements en relation l’un à l’autre de cause et d'effet, à moins que l’idée de cette relation n’ait été révélée par Dieu en quelque manière.
Comme la mode de tout nier est populaire nous pouvons aussi bien nous joindre à la foule et dire qu’il n’y a pas de relations telles que la cause ou l'effet, ou la cause et la conséquence. Et aussi longtemps que vous niez l'existence de la cause première nous devons nier £# foto cet ordre d’évènements connus comme cause et effet. Alors jusqu’à ce que vous prouviez qu'il y a des choses semblables telles que causes et effets, la mesure de moralité que vous en déduisez n'est que l’in-
vention sans fondement d’un rêve. La négation, vous ferez observer, est une épée à double tranchant. Vous vous êtes mis dans la tête que les chrétiens admettent tout et chacune des choses qui portent le grain à votre moulin infidèle, et que tout ce que vous ‘ admettez”’ n’a pas besoin de preuve. En ceci vous vous trompez. 4
Le chrétien ne vous accorde rien, absolument rien. Et à moins que vous n’admettiez une première cause, Dieu, il nie l'existence de toute autre cause, et par suite de tous les effets. Si vous niez Dieu, vous vous privez vous-même du droit d'établir une base de la morale sur la cause et les effets, parce que sans Dieu, la’ première cause, on ne saurait les concevoir
Jngersoll. — Si un homme par son expérience actuelle découvrait la bonté ou la malice des actions, ne serait-il pas absolument illogique de dé. clarer que ceux qui ne croient pas en Dieu ne peuvent avoir une mesure du juste ou de l’injuste?
Commentateur. — Comme l’homme ne peut, par une expérience actuelle, découvrir la bonté et la malice des actions, il en résulte qu’il doit l'apprendre d’une autre manière, et comme il n’y en a pas d'autre que de l’apprendre de Dieu, il est on ne peut plus logique de déclarer que ceux qui ne croient pas en Dieu ne peuvent avoir la vraie
mesure du juste et de l'injuste. L'homme ne peut apprendre la bonté et la malice des actions par expérience, car toute l'expérience humaine est nécessairement incomplète, et toute connaissance qui découle d’une expérience incomplète doit être incomplète aussi Par conséquent une mesure du juste ou de l’injuste qui découle d’une expérience incomplète doit nécessairement être incompléte, imparfaite, défective, en un mot de nulle valeur.
Nous pouvons apprendre quelque chose de l'expérience du passé, mais si vous niez l’enseignement divin, comment pouvez-vous savoir que l'expérience de l'avenir ne nous obligera pas à réjeter toute chose que vous vous imaginez que l'expérience du passé vous a apprises ? Comment savez-vous que l'expérience de l'avenir ne prouvera pas que la poiygamie, l'esclavage et les guerres sont justes, parce que dans le long cours des temps, il peut se faire qu’elles soient utiles à la société ? Comment pouvez-vous affirmer, avec une apparence de raison, qu’elles sont injustes, puisque l'expérience n’a pas encore dit son dernier mot sur elles ?
Zngersoll, — Les conséquences voilà ce par quoi les actions sont jugées.
Commentateur. — Mais comme on ne peut connaître les conséquences, on ne peut connaître
non plus cette mesure. Les philosophes avaient pensé jusqu'ici que les effets tiraient leur nature de leurs causes, et non la cause de leurs effets, Ils ne pouvaient voir comment ce qui es/ pouvait prendre sa nature de ce qui #’es/ pas, ou comment un effet pouvait être la cause de la nat--re de sa propre cause. Ils avaient la vue assez perçante pour voir que ceci impliquait le dogme de Lord Dundreary, à savoir que la queue agite le chien. Zngersoll. — Qu'il y ait un Dieu ou non, le larcin est un en. emi de l’industrie.
Commentateur. — Dire qu’un acte est un larcin c'est en déterminer la nature et la qualité. Vous avez dit que la qualité d’une action est déterminée par ses conséquences. Comment donc pouvez-vous affirmer qu’un acte donné esi un larcin :vant que ses conséquences vous soient connues ? Pour affirmer le larcin, vous avez à l’affirmer de certains actes en particulier, car le larcin dans l’abstraction n’est simplement rien, et ne peut avoir que des conséquences abstraites, qui ne sont nullement des conséquences, et par suite ne saurait être un ennemi de l’industrie, à moins qu'on ne parle d’une l'industrie abstraite, ce qui encore n’est pas une industrie du tout. Le larcin, rour nuire à l’industrie, doit être un larcin en acte et en pratique, l’acte de A. B. ou C. Mais comment
pouvez vous affirmer que l'acte de A. B. ou C. est mauvais avant que ses conséquences vous soient connues ? Car, d'accord avec votre philosophie, la zature de l'acte A. B C. ne peut être connu et jugé que par ses conséquences.
Ingersoll. -— L'industrie est la mère de la prospérité.
Commentateur. — L'industrie, séparée des actes laborieux, est une abstraction, n'ayant pas plus de réalité que le larcin en dehors de l’acte de vol lui-même. L'industrie, pour exister, doit exister comme les actes de A. B. C. Mais ici se rencontre encore votre philosophie, d’après laquelle ‘* les conséquences déterminent la qualité des actions” et vous ne pouvez affirmer que les actions de A. B. ou C. sont industrieuses ou vaines jusqu’à ce que vous en connaissiez les conséquences.
Ingersoil. - - La prospérité est bonne.
Commentateur. — D'après votre criterium, la prospérité n’est bonne que lorsque les conséquences sont bonnes. Mais la philosophie de l’histoire nous enseigne que la prospérité conduit les nations aussi bien que les individus à leur ruine. Qu'’a fait la prospérité pour l'Egypte, la Grêce et Rome? Elle a jeté le peuple dans le iuxe, la volupté et l’oisiveté et a enseveli sous des ruines
les monuments des âges plus hardis. C'est la sirène qui a conduit Annibal, Alexandre et César à une tombe prématurée et Napoléon à Moscou et à Waterloo. La prospérité amène la décadence nationale, individuelle, intellectuelle, morale et physique. Lorsque la prospérité est à son zénith, la décadence est aux portes ; lorsque l'arbre est en plein épanouissement, i: n’est plus loin de la feuille desséchée et jaunissante. La prospérité a des conséquences mauvaises ; et si, comme vous le dites, les conséquences déterminent la qualité des actions, comment la prospérité peut-elle être bonne ?
Encore. La prospérité en dehors de ceux qui réussissent est une abstraction, un rien ; et par conséquent, le bien que vous en affirmez est également une abstraction, une illusion et un piége.
Zngersoll. — Qu'il y ait un Dieu ou non, le meurtre est un crime.
Commentateur. —— 11 est déplorable que l’on oublie ses principes.
Vous avez dit que ‘les conséquences déterminent la qualité des actions.” Comment pouvez-vous affirmer que le meurtre est un crime avant d'en avoir vu les conséquences ? : meurtre, dans le domaine abstrait, est pour le plus un érime dans le domaine de l’abstrait, ce qui n'est
pas un crime du tout. Le crime, pour exister, doit être l’acte de A., B., ou C. Mais comment pouvez vous affirmer que l'acte de AÀ., B., ou C. est un meurtre ou un crime, avant d'en avoir vu les conséquences? D'après le nouveau criterium du juste et de l’injuste, établi par vous, j'ai le même droit d'affirmer que le meurtre est une vertu, que vous de soutenir qu’il est un crime, jusqu’à ce que les conséquences du prétendu acte meurtrier soient connues, puisque ces conséquences doivent déterminer la nature de l'acte.
{ngersoll. -— I] y a toujours eu une loi contre le larcin.
Commentateur. — Oui, mais la loi est injuste si le larcin est une vertu. Et vous ne pouvez pas dire qu'il n’en est pas une, tant que toutes les conséquences du larcin vous sont inconnues, puisqu'elles sont, d’après ‘vous, le criterium à l’aide duquel vos actes sont jugés. S'il n’y a pas de Dieu, la loi contre le larcin n’a pas de sanction morale, car si elle a été faite par l’homme, ç'a été par celui qui possède contre celui qui ne possède pas.
Mais ceux qui ne possèdent pas sont la majorité dans ce monde, et la minorité n’a pas le droit d'imposer ses lois à la majorité. S'il n’y a pas de
Dieu, les vrais voleurs sont ceux qui possèdent
et détiennent les biens de ce monde au préjudice de la grande majorité qui n'en a pas. C'est de fait la doctrine de vos confrères rationalistes, les communistes de France. Proudhon, un prophète de l’infidélité, a mis en maxime : ‘‘ La proprié:é c'est le vol.” La différence entre vous et Proudhon, la voici :il nie Dieu et pousse cette négation jusqu'à ses logiques conséquences, tandis que vous, sans un atome de logique dans la tête, vous niez Dieu et affirmez encore le caractère sacré de la propriété. S'il n’y a pas de Dieu, Proudhon 2 raison ; mais vous, qu'il y ait ou non un Dieu, vous avez tort.
Ingersoll. -— Tant que les hommes ne veulent point être tués, le meurtre est illégal.
Commentateur. — Les meurtriers convaincus de leur crime s'opposent à ce qu’on les mette à mort. Est ce donc un meurtre ou une illégalité de les exécuter? Mais ici encore vous faites preuve d’une mémoire défectueuse. Cinq lignes plus haut seulement, vous dites : Les conséquences sont le le criterium à l’aide duquel les actes sont jugés.” Et maintenant vous nous dites que la répugnance des hommes à être mis à mort constitue l'illégalité du meurtre ! Eh bien ! laquelle de ces deux assertions voulez vous que nous croyions ? À coup sûr nous ne pouvons les croire toutes les derx à la
fois, parce qu’elles sont contradictoires. Voilà la conséquence d’essayer de raisonner sans un criterium de vérité et de moralité.
{ngersoll. — D'après M. Black, l’homme qui ne croit pas à un Etre suprême ne reconnait pas de critérium du juste et de l’injuste
Commentateur. — Vous devriez avoir honte de dénaturer la pensée d’un antagoniste honorable. M. Black n’a jamais dit cela, ni rien de sembla: ble, ni rien dont on puisse tirer une pareille con clusion. Il s’est plaint de la difficulté qu’il y avait à raisonner avec un homme comme vous n'ayant pas de critérium du juste ou de l’injuste. Qu'il ait eu raison de s’en plaindre, cela est rendu évident par le fait que dans votre réponse vous donnez une demi douzaine de critériums différents et tous contradictoires comme nous venons justement de le voir.
ZIngersoll. — Est-il possible que ceux-là seulement qui croient en un Dieu qui a persécuté à cause des opinions aient un critérium du juste et de l'injuste ?
Commentateur. — Ceux-là seulement qui croient au vrai Dieu, que vous accusez faussement d’avoir persécuté, peuvent avoir le critérium du juste et de l’injuste. Que ceux qui ne croient pas en lui puissent avoir gwelque critérium, cela ressort du
fait que vous nous en donnez une Zemi-douzaine, vaille que vaille; et à coup sûr, si le besoin en était, vous pourriez en donner d’autres encore. Mais lorsque M. Black a parlé d’un critérium, il n’a point voulu parler des cordes élastiques de l'Inde. Tout homme a ou devrait avoir quelque critérium à l’aide duquel il put régler sa conscience et ses actes, mais vous en avez une demi-douzaine sans valeur ; d’où la difficulté de savoir où les trouver. M. Black se plaint de ce que vous n’avez pas de critérium qui vous dirige, et vous empêche d'agir comme le petit rieur au jeu de dés, tantôt vous le voyez, tantôt vous ne le voyez pas.
Zngersoll. -— Les plus grands hommes de l’antiquité n’avaient-ils pas ce critérium P Commentateur. — Quel critérium ? Parlez vous du vrai critérium ou de quelque critérium? Ces grands hommes avaient un critérium, la volonté des dieux. Ils reconnaissaient dès lors une vérité très importante ; à savoir que le critérium de la morale devait être une vo/onté supérieure à la volonté humaine. Ils se sont trompés en /oca/isant cette volonté suprême ou supérieure, mais ils ont reconnu qu’elle était en quelque manière nécessaire. En faisant cela, ces grands hommes ont payé un magnifique tribut au vrai Dieu et à la raison humaine. Ces hommes dont le génie fait
honneur au monde étaient trop grands pour être athées. Ils croyaient à l'existence de Dieu, et ils ne se sont jamais trompés que pour en constater l'identité ou en comprendre la nature. Ils honoraient le vrai Dieu lorsque par erreur ils en acceptaient un faux, comme vous honoreriez une obligation authentique dés Etats-Unis, en en acceptant, par ignorance, une contrefaite, Ils avaient donc un critérium du juste et de l’injuste, et bien que ce ne fût pas le vrai, ils étaient conséquents et s’en considéraient justiciables dans leur vie et dans leur logique. Leur philosophie et leur théologie commençait où la vôtre finit. C’est un malheur que vous ne les ayez pas étudiés profondément comme ils le méritent, car ces hommes de l'antiquité, c'étaient des géants.
{ngersol!. — Aux yeux dé tous les hommes intelligents de la Grèce et de Rome, tous les actes, bons ou mauvais, ét:ient-ils moralement semblables ?
Commentateur. — Non, Monsieur. Comme vous l'avez vu ils avaient un critérium, la volonté des dieux, et par conséquent tous les actes n'étaient pas, à leurs yeux, moralement semblables. Leur critérium n'étant pas le vrai, ne les mit pas à même de distinguer correctement le bien du mal, mais il leur apprit qu’il y avait du bien et du mal.
En cela leur critérium valait mieux qu'aucun de ceux que vous avez émis ; car votre négation de Dieu détruit toute différence entre le juste et l’injuste, et laisse les mots crime et vertu sans signification. Les hommes de la Grèce ou de Rome n'étaient pas assez stupides pour croire votre théorie que les conséquences déterminent la nature des actions Ils n’ont pas volé les vérités, les beautés et les magnifiques résultats de la religion chrétienne, ni essayé de faire croire qu'ils étaient le fruit du paganisme, comme les idfidèles modernes essayent de faire croire que ces beaux résultats sont le fruit de la raison et de l'expérience. Ces hommes intelligents de la Grèce et de Rome étaient intelligents mais ils ne se se livraient pas à ce genre de mensonge.
JZngersoll. — Est-il nécessaire, avant d'avoir un critérium du juste et de l'injuste, de croire à l'existence d'un être infini P
C'ommentateur.--Oui. Niez l'intelligence infinie ou Dieu, et toutes les actions sont moralement sem blables ; il n’y a ni bien ni mal et par conséquent aucune distinction entre elles. Où il n’y a ni juste niinjuste il ne peut y avoir de critérium du bien et du mal Où il n’y a pas de critérium il ne peut y en avoir aucune sorte. Il ne suffira pas de dire que les chrétiens admettent une différence entre
le juste et l'injuste car ils n’en admettent aucune s’il n’y a pas de Dieu ; au contraire ils la nient. {ngersoll. — Est-il possible qu’un être ne puisse être juste et vertueux à moins qu’il ne croie en un être infiniment supérieur à lui-même ?
Commentateur. -- Vous avez construit cette phrase d'une manière très-adroite pour attraper les dupes. Il n’est pas nécessaire que fout être croie à un être supérieur à lui-même, mais il est nécessaire que tout être ré, créé, le croie, afin de savoir ce qu'est la justice et la vertu et d’y conformer sa vie.
ngersoll. -— Si cette doctrine est vraie, comment Dieu peut-il être juste et vertueux ?
Commentateur. — Ah! précisément. Cette question suppose que vous avez attrapé une dupe. Ce jeu de mots est-il digne du sujet que vous traitez? Est il digne d’un philosophe dont la devise est ‘“ honneur irréprochable ” ? Comme votre réponse ne contient pas la doctrine que vous pensiez que votre première question ferait nécessairement jaillir, votre dernière question est tout simplement ridicule. Dieu est juste parce qu’il est la jusfice; et la justice et la vertu sont justice et vertu parce qu’il est, et que sans lui il n’y a ni justice, ni vertu, ni rien que ce soit. Je ne fais qu'indiquer ici tout simplement les prin-
cipes chrétiens ; entrer en discussion avec vous sur leur base métaphysique, ce serait dégrader cette magnifique science dont vous manifestez une ignorance qui n'a de mesure que votre égoïsme effronté.
{ngersoil. — Croit-il (Dieu) en un être qui lui est infiniment supérieur P
Commentateur. — Ce n'est nullement nécessaire. Après avoir découvert la ruse de votre preraière question, il n’y a pas, dans cette dernière, assez de bois pour y clouer une réponse.
Ingersoll, — S'il ya un Dieu, infini en puissance eten sagesse au-dessus de lui, reposant dans un calme éternel, il est la figure de la justice,
Commentateur. — Ce n'est pas une tâche agréable de raisonner avec un homme qui parle ainsi. L'homme qui peut parler ainsi n'a pas une idée quelconque de Dieu. La justice n’a pas d'existence propre. Pour exister, elle doit exister comme qualité, ou mode, ou forme de quelque chose. En dehors de ce qui est juste, la justice est une pure abstraction, une non entité. Il suffit de l’énoncer. Et cependant vous voudriez nous faire croire que le #ode est supérieur au rée/, sans lequel les modes sont impossibles.
Ingersoll. — {1 n'y a ni monde, ni étoile, ni ciel, ni enfer où la gratitude ne soit une vertu, et l'esclavage un crime.
Commentateur. — Bornons nous à ce monde.
Ilest le seul sur lequel vous professiez savoir quelque chose. Vous avez donné un critérium du juste et de l’injuste auquel je vous retiens. Vous dites : “les conséquences déterminent la qualité des actions.” Tant que vous vous en tenez à ce critérium, ce que vous dites de la vertu et du crime n’e:t qu’une hypocrisie non mitigée ; car, tant que les conséquences sont ignorées il n’y a aucune différence entre la vertu et le crime.
Ingersoll. -— J'ai dit à satiété et je le répète encore, qu'il est impossible pour un homme fini de commettre un crime qui mérite un châtiment infini.
Commentateur. — Un peu plus de raison et moins d'ffirmation conviendraient mieux à un philosophe. Ce sur quoi vous insistez ici est juste, en effet, et nul chrétien n’a jamais songé d'affirmer le contraire. Un homme fini ne peut pas plus exoérimenter un châtiment infini, qu'il ne peut éprouver un bonheur infini, car entre le fini et l'infini il n'y a pas d'équation. Nous avons déjà eu l'occasion d'appeler votre attention sur ce fait évident. Vous serez sans doute étonné d'apprendre que ce sur quoi vous insistez avec tant de vigueur est af firmé avec une égale énergie par le philosophe chrétien. Mais vous aviez un dessein, vous aviez
une intention en faisant cette assertion. Vous argumentiez contre les châtiments éternels ; et vous avez commencé var établir une proposition évidente par elle-même Ceci admis, vous commencez par faire des tours de passe-passe, sur une autre mais bien différente idée. Voici votre argumentation en raccourci : un homme qui est fini ne peut souffrir un châtiment ##f#n4 ; par conséquent il ne peut souffrir un châtiment é/erne/. Pourquoi confondez vous ces termes ? Est-ce par ignorance ou à dessein ? Si c’est par ignorance, on doit vous prendre en pitié ; si c’est à dessein vous cessez d’être honnête. Infini et éternel ne sont pas synonimes. L'homme ne peut, parce qu’il est fini, souff ir un châtiment ##f#i ; mais il ne s’en suit pas, comme vous semblez le penser, qu’il ne puisse pas souffrir un châtiment éternel. Avec cette distinction toute votre argumentation sur ce sujet croule comme un ballon transpercé. Le bonheur et l'infurtune sont limités par la capacité de celui qui les éprouve ; un sujet ##£ ne peut éprouver un bonheur ou un châtiment ##f##is. L'homme n’aura point de fin, par conséquent il est capable d’un bonheur ou d’un châtiment sans fin ; et toute vos ‘ insistances ” pour affirmer le contraire sont de nulle valeur.
Zngersoll, -— Nous n'avons aucune conception du surnaturel
Commentateur. — Si vous n’en avez aucune conception comment pouvez-vous nier ou affirmer quoi que ce soit s’y rapportant ? Admettre que vous n’avez aucune conception du surnaturel après en avoir parlé dans frente-cing pages de la North American Review, c'est vous donner vous même comme un babillard irréfléchi. Un moment de ré: flexion devrait vous montrer qu'il est abso/ument impossible de penser ou de dire quoi que ce soit, même une bêtise, sur ce dont vous n’avez aucune conception. , Ce dont nous n'avons aucune conception est pour nous ce qui n'est pas, et ce qui n’est pas, n’est ni ne saurait être l’objet de l’inteltelligence ou de la pensée humaine. Il n’est donc pas surprenant que, dans la circonstance, vous ayez dit tant de curieuses et surprenantes choses dans votre réponse à M. Black.
Zngersoll. — M. Black prétend que lorsqu'un homme croit à la création de l’univers.… il n’a le droit de rien nier.
Commentateur. — Ceci n’est qu’une bagatelle, et montre ce dont un philosophe est capable, lorsqu'il est roussé à bout. Il n’y a pas un mot de vrai dans ce que vous dites, et vous le savéez dorsque vous l'avez dit. M. Black ne se place pas sur un terrain tel que, dans votre dédain de l’obligation qu’il y a à dire la vérité, vous lui attribuez.
{ngersoll. — Nous devrions vous rappeler ...
que les chrétiens des premiers siècles croyaient tout, excepté la vérité, acceptaient le paganisme et admettaient la réalité de tous les miracles païens.
Commentateur. ——- En émettant et en imprimant cette assertion, vous perdez tous les droits à une respectueuse considération. Nous devons la flétrir en tout et en partie comme une fausseté ; et celui qui l’a émise est un ignorant ou un pervers, et même l’un et l’autre. Et ce falsificateur parle avec facondé ‘‘ d'honnêteté ” et ‘ d'honneur irréprochable.” Nous accusons M. Ingersoll de fausseté, dans l’assertion qui précède. Nous en appelons à lui pour la vérifier, où il s’avouera imposteur. On ne peut se fier à un imposteur ; ses discours sur l’honnêteté et la vertu peuvent être regardés comme un piége, comme celui du dissolu parlant de vertu à la victime qu’il convoite, Nous pouvons respecter uu adversaire, mais lorsque nous trouvons dans sa méthode tromperie et fausseté, nous le reléguons parmi cette classe d'hommes perdus d'honneur, qui fournissent aux agents de police et à ceux de la sûreté un emploi rémunérateur., Un imposteur est un fabricant de fausse monnaie, un faussaire, un fourbe.
Nous terminons ici ces notes, pensant que nous
avons fini notre tâche. Nous en avons dit assez pour convaincre nos lecteurs que M. Ingersoll est fécond en assertions ; qu’on ne peut se fier à lui ; qu’il est sans scrupules , qu’en sa qualité de logicien et de métaphysicien il est au-dessous du mépris ; qu’il ne fait que galvaniser de vieilles objections depuis longtemps réfutées ; qu’il est ignorant et superficiel, plein de gaz et de feu, en un mot qu’il est un philosophe charlatan de la plus belle eau, qui prend des auditeurs curieux pour des disciples et des applaudissements pour une approbation.
Assurément nous n’espérons pas qu'il nous réponde, et pour de bonnes raisons. D'abord, il ne s'en souciera guère; secondement, il ne le pourrait pas ; troisièmement, il peut prétendre ne pas faire de cas d’un curé obscur de campagne, Très bien. Mais qu’'alors un de ses disciples ou admirateurs essaye de réhabiliter son caractère noirci, Nous nous en tenons comme responsable envers lui et à toutes les verbeuses et légères bouffées de son école superficielle.