‹ Notes sur L'Agamemnon d'EschyleChapitre 1 sur 2 · TOME XVII, N° 82, NOVEMBRE-DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

TOME XVII, N° 82, NOVEMBRE-DÉCEMBRE

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Σὺ ταῦτα φωνεῖς νερτέρα fi

κώπη, κρατούντων τῶν ἐπὶ CuYE δορός; γνώσει, γέρων ὤν ὡς διθάσχεσθαι βαρὺ 1620 τῷ τηλικούτῳ, Αν εἰρηµένου, δεσμὸν δὲ καὶ τὸ γήρας αἵ τε νήστιδες δύαι διδάσχειν ἐξογώτατοι ς φρενῶν ἰατρομάντεις, οὐχ ὁρᾶς ὁρῶν τάδε;

ο A à re προς χέντρα μη λάχτιζε, μὴ παΐσας μογης

Ces vers sont assignés à Egisthe dans le manuscrit. Je crois avec Blomfield que c'est Clytemestre qui les prononce. σωφρονειν εἰρηµένον (v. 1620) ne peut signifier que « tandis qu'on vous a dit d’être sages » ou « tandis que je vous ai dit d'être sages » ; or, c'est Clytemestire elle-même qui α dit (v. 1425) au coryphée γνώσει διδαχθεὶς ὀψὲ γοῦν τὸ σωφρονεῖ». Egisthe n'a rien dit de pareil, et il ne peut pas savoir que Clytemestre avait tenu ce langage, vu qu’alors il n’était pas encore entré en scène.

Mais les vers conviennent-ils dramatiquement au personnage de Clytemestre, et à la réponse du chœur? Il paraît au premier abord peu vraisemblable que Clytemestre parle de la sorte. A la fin de son entretien avec le chœur (1566-76), la reine se croit au moins réconciliée avec les vieillards. Elle leur donne raison en attribuant son forfait au mauvais génie de la maison ; elle se déclare prête à mettre fin à la série de crimes que ce génie

a inspirée, et à vivre en paix et même dans la pauvreté. A la fin du drame, ses sentiments à l'égard du chœur n'ont pas changé. Même après que le chœur l’a qualifiée de χώρας µίασµα καὶ θεῶν ἐγχωρίων, elle les appelle αἰδοῖοι γέροντες (v. 1657 selon la belle correction d'Ahrens). On ne s'attend donc pas à ce qu'ici elle les menace et se moque de leur vieillesse.

Mais ces vers ne sont-ils pas, surtout avec un léger changement du texte que je proposerai, plutôt admonitoires que comminatoires ? Clytemestre prévoit le courroux d’Egisthe et elle dit au chœur : « vous menacez de mort Egisthe, mais cest

lui qui est votre maitre, c'est lui qui a le pouvoir de vous con-.

damner. Songez qu'à votre âge il vous sera excessivement pénible de supporter les désagréments de la prison et du manque de nourriture. J'avais cru que vous compreniez, que vous acceptiez le fait accompli, mais je vois qu'il n’en est rien. Ne résistez pas, car mal vous en adviendra. » Ajoutons que si c’est Egisthe qui menace ici de faire incarcérer les vieillards et de les faire dompter par la faim, on ne voit pas trop pourquoi plus bas (v. 1640-42) Eschyle met les mêmes menaces dans sa bouche.

Le changement que je propose est dans le texte du vers 1261. Voici la leçon du manuscrit : δεσμὸν δὲ καὶ τὸ γἼρας, αἵ τε νήστιδες | δύαι διδάσκειν ἐξοχώταται φρενῶν | ἰατροµάντεις. On a changé δεσιὸν en δεσμὸς ou δεσμοί; mais, comme dit M. Verrall, la corruption ne s'explique pas facilement, et dans le vers ainsi reconstitué, τὸ yñpas, qui est certainement

régi par διδάσκει», α tout l'air d'être un nominatif : διδάσκειν

καὶ τὸ γῆρας « enseigner la sagesse aux fous, même si ce sont des vieux fous » a certainement une nuance très blessante, qui s'accorde mal avec l'intention purement admonitoire des paroles de la reine, sur laquelle j'insiste. Je propose δεσμῶν ὃ σαι. On obtient ainsi une paire de locutions pareilles, δεσμῶν ἄσαι οἱ νήστιδες δύαι, ἄση étant l’équivalent ou peu s’en faut de δύη. La note injurieuse disparaît presque, et on peut traduire «les ennuis de la prison et les douleurs de la faim sont pour la

NOTES SUR 1, (« AGAMEMNON » D'ESCHYLE Al

vieillesse d'excellents médecins qui savent guérir ses égarements ». Ce n’est qu'une autre façon d'exprimer ce que Cly-

temestre avait déjà dit : « Songez à votre vieillesse, qui n’est | 4 guère en état de supporter les châtiments qui vous seront

infligés. »

Considérons maintenant la réponse du coryphée. Ἡ com-

mence ainsi: γύναι, σὺ τοῦδ᾽ nxoyros (La correction est de Stanley; τοὺς ἥχοντας MS.) ἐκ µάχης νέον

, \ ia pe , « 9 4 . « DUXOUQCS, ΕΟΥηΝ ἀνδρὸς ALSY UVOUG AUX,

Jusqu'à ce point on croit qu'il répond à Clytemestre, εὐνὴν ἀνδρὸς ayant l'air de signifier « le lit de ton époux », mais en ajoutant ἀνδρὶ στρατηγῷ τὀνδ᾽ ἐβούλευσας µόρον, il montre qu'il s'adresse à Egisthe, la vraie femme, ἀνδρὸς εὐνὴν prenant la signification de « le lit d'un homme ». Si je ne me trompe pas, les paroles acquièrent ainsi une finesse dramatique qui leur fait défaut, si elles sont adressées tout simplement et sans équivoque à Egisthe ; et, comme beaucoup de critiques l'ont senti, si le chœur se fût adressé directement à Egisthe en l’appellant γύναι, il n'aurait pas mis le participe αἰσχύνουσα au féminin. Dans ce cas il est presque obligatoire d'accepter avec Wecklein et Sidgwick la correction αἰσχύνων ou αἰσχύνας.

C'est dans les vers qui suivent qu'Egisthe, en menaçant de faire incarcérer les vieillards, s'annonce pour la première fois comme détenteur du pouvoir absolu et s’attire la réponse du chœur : ὡς δὴ σύ µοι τύραννος ᾿Αργείων ἔσει, réponse qu'ils n'auraient pas manqué, ce me semble, de faire tout de suite, s’il avait prononcé les vers 1617-24.

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