Fermes d'élevage
Dans ce type d'exploitation on considère comme secondaire tout ce qui n'est pas strictement l'élevage. Les récoltes sont consommées sur place; le fumier est utilisé, les engrais commerciaux sont peu ou ne sont pas employés ; souvent des aliments sont encore introduits du dehors. Bien compris, ce système permet de tirer du sol le plus grand profit.
La ferme d'élevage peut se subdiviser. Nous aurons alors la ferme d’élevage intégral où plusieurs espèces d’animaux sont entretenus, ou bien, une ferme-laitière, ou encore, une ferme n’élevant qu'une seule espèce de bétail.
A côté de ces diverses catégories de fermes, il existe tous les types intermédiaires.
La ferme d'élevage ne constitue pas la caractéristique d’une région donnée ; on la trouve là où l’on ne peut cultiver une seule espèce de récoltes.
On trouve des fermes d'élevage dans la vallée supérieure du Mississipi, dans l’est de l'Illinois, le Kentucky, le nord du Tennessee et de la Virginie, et un peu dans les États du sud et du Pacifique. Les fermes-laitières sont développées surtout dans le nord, tout le long du Pacifique, et dans l'Iowa. Le système de culture basé sur les fumures vertes et les engrais minéraux, se pratique dans le nord de la Virginie, l’est du Tennessee et l’est de l'Illinois. Ges cultures sont le plus développées dans le Maryland, la Pensylvanie et le New-York.
Dans les États montagneux, dans l'Orégon, le Nébraska, le Kansas, le territoire indien, l'Iowa, le Missouri et le Wisconsin, les produits du bétail atteignent plus de 42 p. c. des produits totaux de la ferme. La prépondérance du bétail dans les États montagneux est due au fait qu'il y constitue la principale ressource agricole. Dans le groupe d'Etats s'étendant de l'Illinois au Maine, les produits du bétail constituent une proportion de 35 à 42 p. c. des produits totaux. Dans le Nord et l'Est de ce groupe, le bétail est surtout produit en vue de la spéculation laitière; dans l'Ouest, il l’est en vue de cette même industrie et de la boucherie; dans le Sud, ce sont surtout les chevaux
et le bétail à viande qui prédominent.
Le troisième groupe d'Etats comprend le Washington, le South-Dakota, le Minnesota, le Texas, le Tennessee, la Virginie, le Maryland et le Delaware. Ici, les produits du bétail sont de 28 à 35 p. c.
Le quatrième groupe, où ces produits ne sont que de 21 à 28 p. c., comprend la Californie, l’Arkansas, la Floride et la Caroline du Nord.
Cette proportion est inférieure à 21 p. c. dans le North-Dakota et les États
LRNODue producteurs de coton comme la Louisiane, le Mississipi, lAlabama, la Géorgie, la Caroline du Sud.
a) Ferme intégrale d'élevage.
Nous prendrons comme exemple celle de E. E. Chester, dans l'Illinois. Elle est située sur le sol riche du Nord-Est de cet État, où le blé, l’avoine et le trèfle constituent les meilleures cultures. Le mode d'exploitation n’a pas été modifié depuis vingt ans. Le propriétaire s'efforce d'entretenir assez de bétail pour consommer tous les produits de la ferme. Il possède un silo de 100 tonnes dont le contenu sert à nourrir les bœufs. [Il élève et achète chevaux, bétail et porcs et emploie des engrais de toutes espèces.
La rotation des cultures est assez élastique; elle dépend des besoins du cheptel vivant, des conditions de fertilité des différentes parcelles et de la réussite ou de la non-réussite des récoltes. Les pâturages permanents consistent en graminées. La troisième, la quatrième ou la cinquième année, le trèfle et la fléole servent de pâture temporaire. Le maïs qui constitue la culture principale, occupe environ 140 acres et reste deux ou trois ans sur la mème sole. Il y a environ 20 acres de froment. Au printemps, on sème 25 acres d'avoine avec du trèfle, lequel est semé aussi dans le froment. Le trèfle pur reste deux ans, le mélange de fléole et de trèfle, quatre ou cinq ans. |
Le bétail occupe une très grande place dans cette ferme. Il est rare que le nombre soit inférieur à 100 têtes. Ce sont des Shorthorns, dont la valeur a été augmentée fortement par la sélection. Ce bétail se vend soit pour l'élevage, soit pour la boucherie. On y achète de préférence du bétail jeune et maigre. Jusqu'au moment de l’engraissement, la ration se compose d'aliments à bon marché, tels que herbe, tiges de maïs, trèfle, etc. La période d'engraissement commence dès que l'animal a atteint un poids de 1,000 livres (1), on lui donne alors, en hiver, 20 à 40 livres de matières ensilées, un quart ou un tiers de boisseau (?) de maïs et du trèfle à discrétion. Le grain de maïs, après séparation de la tige, est concassé. Les balles et les grains sont donnés en mélange.
En été, les bœufs sont maintenus dans les pâtures où ils reçoivent un supplément de maïs. L'augmentation de poids atteint au printemps une moyenne de trois livres par tête et par jour. La période d'engraissement dure de 100 à 120 jours. Les calculs prouvent que cette spéculation est rémunératrice.
Les porcs, au nombre d'une centaine, sont mis en pèture autant que possible, et on leur donne un supplément de grain. Ils sont vendus lorsqu'ils pèsent 300 livres.
(!) Une livre vaut 453 grammes.
(?) Un boisseau vaut 36 litres environ.
La ferme possède 20 chevaux, soit deux fois plus qu'il n’en faut pour le service. Ce sont presque tous des chevaux de gros trait dont quelques-uns sont élevés à la ferme. On les vend aux marchés lorsqu'ils sont en bon état. Les chevaux destinés à la vente prennent peu d'exercice, sauf qu'on les conduit à l'abreuvoir deux ou trois fois par jour. Ils reçoivent du trèfle à discrétion, du maïs vert, des graines d'avoine et de maïs. Les Juments sont vendues jeunes, sauf lorsqu'elles sont spécialement propres à la reproduction. Les chevaux de trait léger sont achetés.
b) Ferme laitière.
Ferme de M. T.-E. Ellison, dans l'Indiana. Le sol composé d’alluvions riches en matières organiques est drainé à ciel ouvert. Les récoltes sont consommées à la ferme et l’on achète de grandes quantités d’aliments concentrés. I n'y a pas de rotation bien régulière, le fumier étant conduit là où il semble devoir produire le plus d’effet. Les herbages occupent environ 105 acres, soit un tiers de la superficie de la ferme. On compte environ 100 vaches jerseys et 15 têtes de jeune bétail. Il n'y a pas de bêtes d'engrais, la seule spéculation étant l'industrie laitière. Les jeunes animaux sont nourris au lait écrémé, au foin de trèfle et, en été, ils vont dans les pâturages. On achète tous les ans une centaine de porcs qu’on revend quand ils pèsent 225 livres. Leur nourriture consiste en petit lait, maïs, etc. On compte, en outre, 15 chevaux de trait.
La récolte principale est le maïs, qui occupe 170 acres. Cette céréale reste sur la même sole pendant quatre ou cinq années de suite. La production moyenne est de 60 boisseaux à l’acre. Le terrain est labouré au printemps, hersé deux fois et roulé ensuite. Après semis on herse encore. Le produit de 40 à 50 acres est conservé dans un silo de 650 tonnes. Celte opération commence vers la mi-août.
On cultive environ 20 acres d'avoine que l’on coupe pour obtenir du foin. La production est d'environ 3 à 4 tonnes par acre.
Une première coupe de 20 acres de trèfle et une seconde de 15 acres produisent 62 grandes charges de foin d'environ 1,000 kilogrammes. On cultive aussi, avec succès, la luzerne, mélangée à l’avoine.
Les produits de la laiterie sont vendus dans une ville voisine à des prix très rémunérateurs.
c) Ferme à moutons.
La ferme que nous décrivons, située dans l'Ohio, comté de Champaign, appartient à M. J.-E. Wing, publiciste agricole bien connu. Cette ferme est Je type de la ferme d'élevage à une seule espèce d'animaux. Les moutons et les cultures de luzerne en constituent tout l'intérêt. La luzerne occupe 100 acres et produit trois récoltes de foin par an. Le propriétaire considère ce
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produit comme le plus avantageux. Le sol de la ferme, assez graveleux, est devenu bon depuis qu’il a reçu de fortes quantités de fumier. Le froment et la fléole ne sont pas cultivés, parce qu'ils ne semblent pas devoir donner des résultats profitables. Il n’y à pas de rotation particulière, mais on cultive ordinairement la luzerne pendant quatre ans, le maïs, et l'orge, pendant un an. La première de ces cultures qui est donc la plus importante, est utilisée comme pâture et comme foin, et reçoit d'abondantes famures.
Le maïs occupe environ 50 acres. On lui donne des fumures copieuses. Tout le maïs, destiné à l'alimentation, n’est pas produit à la ferme, une partie est achetée au dehors.
Le troupeau de moutons se compose de 75 Dorsets et de 700 à 4,000 animaux du pays. On les met à l'engrais lorsque leur poids atteint de 40 à 45 livres. L'engraissement dure environ quatre mois. L’augmentation en poids atteint 50 à 80 p. c. quelquefois 100 p. c. du poids initial. Le maïs est donné dans la proportion de 21/, boisseaux pour 100 têtes, la luzerne à raison de 2 livres par tête. Les moutons sont logés dans une spacieuse bergerie sans séparations, mais très bien aérée. La nourriture est donnée dans des crèches. Deux fois par jour, lorsqu'on remplit les crèches, on conduit les animaux pendant une demi-heure au dehors.
RARETÉ DE LA MAIN-D'OEUVRE. — MACHINES AGRICOLES. CONSTRUCTIONS RURALES.
L'étendue des exploitations étant assez grande (65 hectares), on conçoit que pour effectuer la culture dans un pays relativement peu peuplé, l’exploitant ait recours aux machines qui économisent la main-d'œuvre. La plupart des constructeurs les ont perfectionnées pour leur faire réaliser le maximum de rendement. |
Labour saving, économie de main-d'œuvre, tel est le leit-motiv de toutes les annonces d'instruments!
On comprendra que l’économie à réaliser est plus appréciée par le cultivateur américain que par nos cultivateurs quand on saura que le prix de la journée d’ouvrier est quatre à six fois plus élevé que chez nous.
Au surplus, le cultivateur américain, à l'encontre de ce qui se passe chez nous, n'est pas l'ennemi des machines. Does it pay? — Quelle est l'économie à réaliser? — demande-t-1l, et s’il voit dans l'achat un avantage, il a vite fait d'acquérir l'appareil, de l'améliorer même.
Chez nous les habitudes traditionnelles, héréditaires, ont une Influence parfois invincible et souvent on ne se décide que contraint et forcé à modifier sa manière de faire.
L'emploi de la machine, cependant, procure de nombreux avantages : elle permet d'effectuer le travail avec plus de rapidité et au moment propice; elle affranchit l’homme d’un labeur pénible ; elle augmente sa capacité productive et devient un facteur important de son instruction générale.
En vue de rendre l'emploi des machines plus facile pour les ouvriers, les fabricants commencent à les garnir de sièges à ressorts, très commodes pour ceux qui les emploient; les charrues, les faucheuses ont des sièges semblables, qui équilibrent le poids des machines, les rendent plus légères à la traction et évitent au laboureur la fatigue de la marche, parfois pénible, dans des terres Inégales.
Des avantages naturels puissants ont favorisé la construction des machines agricoles : le fer, l'acier et le charbon abondent; l'outillage des usines est établi en vue de la construction en grandes quantités, et les débouchés, tant ceux de l'intérieur que de l'étranger, sont considérables. Ce vaste marché permet à chaque usine de produire une quantité considérable de machines de chaque modèle, et cela à des prix de revient très bas.
Depuis quelque temps cependant, la concurrence, que plusieurs maisons se sont ‘faite, à nui au succès de ces entreprises et certaines se sont syndiquées ({) en vue de limiter la production et de régler les conditions de vente.
Gette concurrence a cependant amené les constructeurs, quitenaient à conserver le marché, à améliorer considérablement les instruments, à créer de nouveaux modèles mieux appropriés à leur destination.
Les constructeurs américains sont fort nombreux et toujours à la recherche d'inventions nouvelles. Ils ont imaginé un très grand nombre de machines agricoles, dont plusieurs présentent beaucoup d'intérêt. Le caractère général de ces appareils est la légèreté. Afin d'obtenir des machines aussi légères que possible et en même temps suffisamment résistantes, leurs pièces sont souvent construites en acier tubulaire — l'acier employé renfermant une grande quantité de carbone, offre plus de résistance à la déformation — ou à section en forme de V, Ü, T ou double T.
Nos constructeurs devraient suivre cet exemple, car il est très désavantageux de devoir manier ou traîner un poids superflu.
On objectera peut-être que les Américains ont fait des efforts pour nous vendre leurs machines et qu'ils n'y sont pas parvenus précisément parce qu'elles n'avaient pas la solidité requise; cependant, depuis quelque temps, plusieurs grands constructeurs sont venus en Europe afin de se rendre compte des modifications à apporter à leurs appareils, afin de les approprier à la culture de nos contrées. et les machines américaines envahissent notre marché.
Il ne faut pas oublier qu'aux États-Unis la culture extensive est pratiquée d’une manière presque universelle et qu’il n’est pas nécessaire de faire des labours profonds, de couper de lourdes moissons, de faucher des fourrages
(1) Znternational Harvester Co, Chicago, comprenant Mac Cormick, Deering, Champion, Plano et Milwaukee. |
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pesants. Les machines, qu'on y emploie, exécutent le travail d’une manière économique, de la sorte leur solidité est suffisante.
Si elles ne peuvent toutes être utilisées sans modification dans notre culture intensive, il n’en est pas moins certain que nos constructeurs pourraient diminuer de beaucoup le poids de leurs appareils, qui, pour un travail donné, sont souvent deux fois trop lourds.
Lors de ma visite aux États-Unis, j'ai surtout fixé mon attention sur les instruments qui pourraient être avantageusement introduits dans notre pays.
Charrues. — Les parties actives des charrues américaines sont construites en fonte trempée à l'huile.
Cette trempe dureit la surface, tandis que le métal intérieur reste doux, ce qui empêche les pièces de devenir cassantes, tout en leur permettant de résister à l'usure aussi bien que l'acier trempé ordinaire.
Les constructeurs américains se sont préoccupés du perfectionnement de la charrue plus que de n'importe quel autre instrument. La forme du versoir a été exactement déterminée pour les terres de consistances diverses.
La charrue la plus employée aux États-Unis ressemble à notre charrue ordinaire, sauf que les pièces actives sont en fonte « chilled », c'est-à-dire refroidie ou trempée. La flèche est généralement en bois; si elle est en métal, on lui donne une forme courbe en col de cygne, afin d'éviter le bourrage.
On rencontre aux États-Unis des modèles très variés de charrues « chilled plows » ; les unes n'ont comme parties actives que le soc et le versoir ; le bord supérieur du soc est alors aiguisé pour jouer le rôle de coutre. Cet appareil peut être employé dans les vignobles, les vergers, les terres défrichées, en un mot là où 1l y a beaucoup d'obstacles. Les perfectionnements extraordinaires, apportés dans la construction de ces charrues, rendent leur marche plus stable, et permettent leur emploi dans toutes les terres.
D’autres instruments sont munis d’un coutre, d’autres enfin ont un coutre et un sabot. Ge sont ceux dont l’usage est le plus répandu; ils coûtent environ 10 dollars.
Toutes les charrues sont munies d'un régulateur et de mancherons, ces derniers toujours au nombre de deux.
Les Américains, hommes pratiques par excellence, ne craignent pas de relever le tranchant de leurs socs, ni d'en allonger la pointe, dont l'extrémité se termine en biseau. |
Ils emploient couramment les coutres circulaires qui exigent moins de force motrice et ne dédaignent pas le coutre adapté au soc. Parfois même ces deux pièces ne sont pas séparées. Notre coutre ordinaire semble moins usité que les deux systèmes qui précèdent.
Le support régulateur est rarement constitué par un sabot, c’est presque toujours une petite roue.
L'avant-soc ou peloir est très commun, mais il n'y a pas de charrues à avant-train nt de doubles brabants.
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Les labours à plats’exécutent au moyen de charrues tourne-oreille « hillside plow », Toutes les parties actives sont supportées par une charnière; il y a deux tranchants, dont l’un et l’autre servent alternativement de soc et de coutre.
Comme nouveauté intéressante, citons le « Mitchell Prong plow » qui n’a pas encore fait ses preuves. Son soc est divisé en quatre petits tranchants, dans le but de diminuer l'effort de traction, de rendre la charrue plus stable et d'avoir pour ainsi dire quatre bandes : la terre serait ainsi mieux ameublié. Le versoir est formé de baguettes en acier, le long desquelles la bande glisserait avec beaucoup de facilité, la surface de frottement étant amoindrie dans une large mesure et la terre ne pouvant adhérer au versoir. Il paraît que cette charrue est excellente pour retourner les prairies.
Un autre genre de charrue, le « Sulky plow «ou « riding plow », charrue à siège, quoique moins employée que le « Chilled plow », jouit cependant d'une grande réputation. Elle est supportée par deux ou trois roues, dont l’une marche sur le guéret, l’autre dans le sillon déjà tracé et la troisième se trouve dans le nouveau sillon.
Le coutre est circulaire ; 1l y a généralement un timon et un siège pour le conducteur, lequel a sous la main deux leviers contre balancés par des ressorts solides, dont l'un sert à régler la profondeur du labour, l’autre, la largeur des bandes. Dans cette charrue, il n’y a que des frottements de roulement, sauf sur le versoir. Aussi cet appareil est-il d'une marche facile et sûre ; mais son prix élevé en limite l'emploi. Il y a des « Sulky plows » qui portent deux et même plusieurs corps de charrues et qui, en conséquence, tracent plusieurs sillons à la fois et sont alors désignées sous le nom de « Gang plows ».
Charrues à disques « Disc plows ». — Elles constituent une nouveauté relative; le coutre, le soc et le versoir y sont remplacés par un disque, incliné par rapport à la raie, chargé de remplir la fonction de ces trois parties de la charrue.
Il y a des charrues à un ou plusieurs disques; certaines en possèdent un si grand nombre, que l'on est obligé d'avoir recours à des moteurs mécaniques pour les mettre en mouvement.
Chez certaines « disc p'ows » le disque est à bords dentelés « cutaway ».
Charrues combinées. — Parmi ces charrues à disques, il s’en trouve combinées avec des semoirs. Elles furent d'abord employées dans le Texas, où la terre est de nature argileuse et collante ; on s'en sert pour le labourage de terres douces, désséchées, dans lesquelles on ne peut se servir de la charrue ordinaire à versoir. |
Disons pour mémoire que les grandes exploitations agricoles des États-Unis emploient pour la traction de charrues multiples des locomotives routières pesant 6,000 kilogrammes, tout en acier, et qui lracent cinq sillons à la fois.
Quoique la main-d'œuvre soit très chère aux États-Unis, les machines agricoles sont meilleur marché que chez nous. À New-York, on peut se procurer une petite « Chilled plow » pour # à 5 dollars (20 à 25 francs.) Cela provient de ce que ces appareils sont construits dans de vastes usines ne s'occupant chacune que d’une spécialité, où la division du travail est poussée à l'extrème et possédant un outillage mécanique très complet; les diverses pièces y sortent des machines-outils pour ainsi dire achevées. Cest là que réside le secret de cette élégance, de ce cachet de fini que nous admirons dans les appareils agricoles américains. C'est aussi cette manière de procéder qui permet aux Anglais de lutter avantageusement avec nos constructeurs.
Les plus grandes fabriques de charrues en Amérique sont celles de Deere & GC, à Moline, Illinois ; Oliver Chilled Plow Works & South Bend Chilled Plow C°, Indiana; Syracuse Chilled Plow C°, Syracuse, New York. Celle-ci construit en moyenne quotidiennement deux cents charrues qu'elle expédie vers tous les points du globe.
Herses. — Le cultivateur américain emploie un grand nombre de herses différentes, selon les circonstances où 1l se trouve.
Parmi les plus employées, il y en a dont l'inclinaison des dents peut être réglée à volonté par un levier.
Une herse d'invention récente, munie de dents à ressorts, dont l’inclinaison et l'enfoncement peuvent être réglés par des leviers, est la herse à ressorts «spring-tooth-harrow ». Elle convient surtoutaux terres légères, mais travaille mal dans les terres fortes enherbées où elle ramène facilement les mauvaises herbes à la surface.
On dit beaucoup de bien de cet appareil dont le principal avantage est de bien nettoyer la terre, chose difficile avec les herses à disques. Elle se répand depuis peu en Belgique, où elle donne de très bons résultats.
Les ressorts ont aussi été appliqués aux parües actives des extirpateurs, ce qui permet de franchir les obstacles sans danger. Les appareils de cette espèce font un très bon travail et nettoient parfaitement le sol.
Is méritent l'attention la plus sérieuse pour notre culture.
Le bâti des herses très simple est parfois en bois ou en fer, mais généralement en acier ; il porte de 10 à 20 dents.
Une herse, pour laquelle on a fait beaucoup de réclame quoiqu'on ne l'ait pas trouvée pratique, est l « Acmé ».
Elle est des plus recommandable pour pulvériser la terre, mais non pour la nettoyer. On constate que son emploi reste stationnaire et qu'elle tend plutôt à disparaitre, tandis que sa concurrente la herse à disques « disc harrow », gagne plus de vogue. Celle-ci est constituée en moyenne par une douzaine de disques concaves qui tournent autour de deux axes formant un angle dont on peut régler l'ouverture à volonté. Cette herse, qui porte un siège pour le conducteur, ameublit profondément et retourne le sol. Somme toute, elle fait un très bon travail. C’est le seul instrument qui travaille le fond du sillon, aussi commence-t-on à l'employer beaucoup en remplacement du rouleau. Parfois
elle est surmontée d’une caisse d’où tombe la graine à semer et joue ainsi le rôle de semoir. Parfois, au lieu de disques circulaires, on emploie des étoiles formées de fortes lames d'acier. Ces appareils qui semblent donner de bons résultats, n’ont pas encore fait leurs preuves et l'on préfère généralement les herses à disques pleins. On les emploie pour labour de printemps succédant à un labour d'hiver et surtout comme déchaumeuse.
Rouleaux. — On emhloie en Amérique, comme en Europe, toutes sortes de rouleaux; le plus important à signaler. comme nouveauté, est le rouleau pulvérisateur de Deuscher, à Hamilton.
Il est formé de roues pesant 100 livres, dont les jantes sont garnies de dents latérales et leur mouvement est indépendant, de sorte que les tournées sont faciles.
Cet appareil convient pour comprimer les terres légères, pour pulvériser les masses durcies, mais sur une terre collante et remplie de mauvaises herbes, il serait facilement obstrué.
Semoirs. — Les semoirs mécaniques sont fort répandus en Amérique. Il y en a qui sèment à la volée et distribuent par des palettes qui tournent autour d'un axe; on les installe sur un chariot.
Les semoirs en lignes sont représentés par un grand nombre de systèmes. Chez les uns, la graine est entraînée par des chaînes à anneaux fort larges; chez les autres, par des roulettes.
Dans les derniers modèles, les roues porteuses sont supprimées et remplacées par les roulettes de compression, ayant un grand diamètre. Les socs ne sont pas solidaires dans cet appareil,de sorte que le travail se fait régulièrement, même quand le terrain est inégal. Le semoir, « Havana pressdrill », présente de sérieux avantages : la graine est pressée par les roues et dans la terre, de sorte que ses ennemis ne l'atteignent pas facilement ; ensuite, comme son contact avec le sol est intime, elle absorbe rapidement l'humidité de ce dermier et la germination se fait activement; enfin, toutes les graines sont également enfouies, ce qui assure une levée très régulière. On compte que cet appareil permet, comparativement aux autres, une économie de semence de 45 litres à l'hectare. Il faut trois chevaux pour tracer douze lignes.
Une autre nouveauté est le « Havana disc press-drill », le semoir compresseur à disques. Deux disques semblables à ceux des herses à disques ouvrent un large sillon, au fond duquel la graine est déposée. Viennent ensuite les roues porteuses qui sont larges et possèdent une jante qui s'adapte parfaitement au fond de la raie tracée. La graine est recouverte, comprimée contre la terre au fond d'un sillon. Cet appareil semble présenter des avantages considérables. Il est spécialement construit pour protéger les blés d'hiver contre le froid et contre le déchaussement, car le vent, chassant la neige, balaie complètement les surfaces unies et remplit les cavités du sol. Les sillons, creusés par le semoir à disques, sont donc comblés et les blés son
bien abrités. Le déchaussement est complètement impossible, parce que, lors du dégel, les jeunes plantes sont plutôt enterrées que dégarnies de terre. Il va de soi qu’elles sont exposées à souffrir de l'humidité ; mais il ne faut pas oublier que l'appareil est construit précisément pour les terres où les blés souffrent le plus du froid et du déchaussement, c'est-à-dire pour les terres légères. Il ne pourra être employé que dans les sols très perméables ; dans nos terres sablonneuses, et même dans l’Ardenne, où l'hiver est si souvent fatal aux emblavures, malgré toutes les précautions que prend l’agriculteur, il rendrait vraisemblablement de grands services.
Un semoir à engrais, très en vogue en Amérique, est construit par Kemp et Burgee ; il s’aaapte à un chariot et projette à terre les matières pulvérulentes.
Houes-sarcleuses. — Employées pour la culture des plantes à racines peu profondes (maïs, pommes de terre), elles travaillent le sol superficiellement; les socs « à langue de taureau » sont flexibles et articulés, maintenus par des ressorts. Elles conviennent pour travailler la terre à la surface, empêcher la perte d’eau par évaporation, et pour enlever les mauvaises herbes.
Fuaucheuses et moissonneuses. — À cause du prix de la main-d'œuvre, les faucheuses, les moissonneuses et les moissonneuses-lieuses sont très répandues aux États-Unis. Nous en avons vu des modèles très nombreux, mais on ny remarquait pas de perfectionnement récent fort notable. Les lieuses les plus estimées sont celles de Walter A. Wood, à Hoosick-Falls (New- York) et aussi celle de la « Mc Cormick Manufacturing C° », à Chicago. — Ces machines sont un peu légères pour les fortes récoltes de la Belgique; elles sont suffisamment connues en Europe pour nous permettre de ne pas les décrire dans ce rapport.
Rateaux. — Les inventeurs des États-Unis ont porté vivement leur attention sur les rateaux à traction de cheval, et les ont perfectionnés par l'emploi de bois léger et résistant, de l'acier et par l'étude minutieuse de la résistance des diverses pièces. La « Stoddard Manufacturing C° » fabrique ces appareils avec beaucoup de soins. Gette firme fournit également un rateau d'un système complètement nouveau. Les parties actives sont des roues qui tournent avec une vitesse modérée dans un plan perpendiculaire à la direction du tirage. Ces roues sont au nombre de trois et portent des bâtons qui accumulent le foin en gros andains, ce rateau sert non seulement à accumuler le foin, mais aussi à le faner. On en parle avec les plus grands éloges.
Planteuses et arracheuses de pommes de terre. — Signalons les instruments de l’« Aspinwal Mfig. Co, à Jackson Mich. »
Pnstruments de laiterie. — La consommation du beurre par habitant est considérable aux Etats-Unis L'Américan prend du beurre à tous les repas, avec presque tous les mels.
ps — 31 —
Il n'est donc pas étonnant que l'industrie laitière ait pris un grand essor.
Après avoir emprunté aux Européens leurs systèmes d'écrémage, les Américains les ont perfectionnés, de sorte que, dans leurs laiteries, on rencontre tous les appareils que nous connaissons, y compris les extracteurs de beurre.
M. Reid, de Philadelphie, fabrique des centrifuges danoises à moteur, auxquelles il a apporté quelques changements. La crème s'écoule par une tubulure latérale, tandis que le lait écrémé remonte dans un tube. Le dispositif intérieur de Petersen est supprimé et le lait est introduit dans le centre du bol. Cet appareil travaille environ 1,500 litres de lait à l'heure et coûte 500 dollars.
L'écrémeuse « Alexandra » est fabriquée par Davis et Raïkin, de Chicago, qui possèdent de vastes ateliers et s'occupent aussi de la construction d'une centrifuge à bras, nouveau modèle qui présente de grandes analogies avec les écrémeuses Laval verticales.
MM. A. J. Rubling & Son nous ont montré une écrémeuse nouvelle, « Columbia », brevetée en 1893. Le bol qui ne pèse que 3 1/2 kilos est coulé en un alliage d'aluminium et de cuivre très solide; 1l a été soumis à une épreuve de 14,000 tours par minute, alors que son fonctionnement ordinaire ne comporte que 7,000 à 7,500 tours.
Une autre centrifuge est fabriquée par M. Sharples. Il s’agit du « Russian Separator ». Cet appareil se distingue par son mode de mise en mouvement, Car il n’a pas d‘engrenages ni de machine motrice. Un simple générateur, fournit la vapeur nécessaire à sa mise en marche. Elle agit sur une couronne creusée d’encoches, entourant la base du bol. Un régulateur, commandé par l'axe de la turbine, maintient constante la dépense de vapeur.
La même maison qui fabrique aussi des écrémeuses à bras vient de lancer, cette année, une écrémeuse à action directe pouvant travailler 3,000 litres de lait à l’heure.
On signale de Sharples l'invention d’une nouvelle turbine à action directe de vapeur, le « Tubular Separator » ; son bol consiste en un simple tube sans complications intérieures, il tourne dans un bain de vapeur et s'équilibre de lui-mème. On prétend que la vitesse de rotation est telle qu’elle écrème le lait froid comme le lait chaud. La crème s'obtient plus où moins épaisse, et sa concentration se règle instantanément sans arrèter la machine.
Comme réfrigérant intéressant, on peut citer celui de John Boyd, de Chicago. Ce n’est autre chose qu'un serpentin mobile pouvant ètre plongé dans un bassin contenant de la crème, lequel peut être mis en communication, d'un côté, avec un tube amenant de l’eau froide ; de l’autre côté, avec un générateur de vapeur, de sorte que l’appareil peut servir aussi bien à réchauffer qu'à refroidir la crème.
Les systèmes de barattes ne diffèrent pas sensiblement de nos appareils. Les malaxeurs ont également beaucoup d’analogie avec ceux qu'on rencontre en Europe.
Le « National butter worker » constitue une nouveauté parmi ces appareils. Il comprend quatre rouleaux lég'rement cannelés, placés sur une rangée horizontale et pouvant tourner autour de leurs axes. Le beurre est amené sur eux, saisi et malaxé; il est ensuite repris et ramené au-dessus des rouleaux par une grande couronne, tournant autour de son axe avec une vitesse modérée et portant des palettes sur toute sa périphérie intérieure. Somme toute, c'est un appareil ingénieux, qui fonctionne avec sûreté et sans surveillance et qui est capable de fournir un travail considérable. Il convient fort bien pour les grandes laiteries. Il est construit par Curtis et Greene, de Fort- Atkinson.
Quant à l'emballage du beurre, notons que les laiteries emploient parfois des coffres spéciaux, très solides, dans lesquels on place des petites caissettes contenant la marchandise. Une boîte à glace, placée au milieu du récipient, y conserve la fraîcheur.
Moulins à vent. — Dans beaucoup de fermes américaines, un moulin à vent autorégulateur fournit la force motrice nécessaire pour actionner les hache-pailles, les concasseurs de graines et de tourteaux, les dynamos, ete. {{).
Divers. — Nous passons sous silence une foule d'appareils ne présentant
qu un intérêt secondaire.
Nous avons cru ne devoir porter spécialement notre attention que sur les appareils qui, ayant fait leurs preuves, promettent beaucoup et peuvent présenter une certaine utilité pour notre pays. Gitons toutefois les appareils pneumatiques pour la mise de la paille en meule, les « hay loaders » ou élévateurs de foin; les « balingpress », ou presses à foin, ainsi que les véhicules employés dans les fermes : solidement construits et durables, ils sont formés essentiellement par un plancher porté sur des roues assez basses. Tout autour sont fixés des montants ; à l'avant se trouve un siège à ressorts qu’on peul rabattre à volonté. Le même chariot sert à tous les usages.
La fabrication des mac/nines agricoles est établie d'après des principes différents des nôtres.
Nos industriels font, en général, toute espèce d'instruments et leurs ouvriers, sans exceller dans aucune branche de leur métier, peuvent accomplir des travaux très variés.
Ce procédé a pour conséquences une grande lenteur dans la production, l'élévation du prix de revient et souvent l'infériorité du produit fabriqué.
(1) M. Leplae a publié un article très détaillé sur ces moulins dans la Revue agronomique, 1897, page 211 et suivantes.
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SACS LCD
L'industriel américain, ne fait souvent qu'un genre d'appareils, voire même
qu'une partie d'un appareil : les roues, par exemple.
Quant à l’ouvrier, il se renferme d'habitude dans une branche de son métier: il est tourneur, foreur, fraiseur, etc. Il manie avec une adresse extraordinaire la machine-outil qui lui est confiée; son habileté à exécuter un travail donné est merveilleuse et son rendement utile est porté au maximum.
Cette spécialisation dans la fabrication a permis à l'industriel américain, en possession d’un produit bien étudié dans toutes ses parties, de monter son usine le mieux possible en rapport avec son genre de fabrication et de se servir de ses machines de la façon la plus fructueuse.
A ces fins, les locaux sont aménagés d’une manière toute spéciale en vue d'économiser la manutention, les pertes de temps, etc. Il en est de même des machines disposées dans les locaux de la façon la plus rationnelle pour la besogne à accomplir.
Ces machines sont choisies spécialement en vue de la fabrication non de plusieurs pièces, mais d'une pièce donnée ou de pièces assez semblables. Chacune d'elles possède ses « attachments », c’est-à-dire son outillage propre. Ainsi, par exemple, pour percer les trous dans les dents d’un rateau à foin, on ne perce pas un trou à la fois, mais la foreuse perce toutes les dents en une opération, grâce à un outillage qui lui est spéciale.
L'organisation du travail est établie de façon à exploiter aussi intensivement que possible et la machine et son outillage ; celui qui s’en sert tend à arriver au maximum de rendement de manière à réduire à son minimum le prix de revient de chaque opération.
Souvent même l’ouvrier acquiert assez d'adresse pour surveiller le travail de plusieurs machines !
Dans toutes ces usines, une division spéciale est chargée de la confection des outils spéciaux remis aux ouvriers et de leur réparation; cette division étudie aussi les nouveautés, et fait les « gauges » ou calibres qui permettent de construire deux pièces identiquement semblables, interchangeables : les « standards » ou pièces-types, etc.
Cette spécialisation a été très utile au progrès et à l'emploi des machines.
Les facilités de transport sont très grandes. Toutes les usines sont reliées aux chemins de fer et souvent les sociétés exploitantes organisent des trains spéciaux pour le transport des chargements.
Sur les transports par eau, les frets sont réduits au minimum ; les instruments sont emballés de façon à occuper le moins de place, le fret se comptant, non sur le poids des machines, mais sur la place qu'elles occupent dans les bateaux.
Les matières premières, fer, acier, charbon, abondent et se trouvent généralement aux abords des usines.
LES AAPSE
Nous donnons ci-dessous un tableau-statistique de l'exportation des machines agricoles américaines. Ge tableau montre toute l'importance acquise aux Etats-Unis, par cette branche de l'industrie :
Exportation de machines.