‹ Notes sur l'américanisme; quelques-unes de ses lacunes en 1900Chapitre 5 sur 46 · IV. MEXIQUE · texte numérisé non relu

IV. MEXIQUE

Généralités y Géologie. — Dans la petite carte n<> 13 des terrains éruptifs et volcaniques du Mexique, du tome XVII de la Nouvelle Géographie Universelle d'Elisée Reclus, il y a pas mal d'espaces laissés en blanc pour indiquer les parties de territoires (grottes, montagnes, etc.) qui n'ont pas encore été classées au point de vue géologique d'une manière définitive et dont l'exploration intéresserait vivement l'américanisme.

Baja Califorma. — On n'a que des renseignements fort incomplets sur les Indiens Cochimi et Guayacura (Guaécuri) refoulés à l'extrémité méridionale de la presqu'île de Califoruia; ils vivent à Tétat nomade.

Les Yaqui et Mayo vivent sur la côte du golfe de California, dans les régions presque désertes que parcourent les rivières nommées d'après eux: ce territoire est d'accès difficile à l'étranger. Le gouvernement mexicain a peu de contrôle sur ces Indiens et leur territoire.

On ne connaît qu'imparfaitement les tribus Yaqui, retranchées dans leur sierra inexpugnable de Bacatete. Il serait bon de chercher à s'aventurer pacifiquement au milieu d'eux, pour obtenir les derniers documents ethnographiques vivants qu'ils peuvent encore conserver. Car ils sont appelés à disparaître bientôt. L(*ur chef le plus populaire, Lorenzo Jabulay, a été tué en 1891 près de Cocorit. Son successeur, Chico lluicho, a été capturé en 1892, et les troupes du gouvernement fédéral, quoique mises en échec depuis sept ans par ces Indiens, vont bientôt avoir le dessus.

Le naturaliste George W. Dunn est arrivé, en recherchant des palmes bleues, à un hameau (caiïada) des montagnes Tantillas habité par des Indiens de la tribu Cocopahore. Dans un résumé de son voyage rapporté par <c la Estrella de Panama » du 9 mars 1893, on croit que, vu Tescarpement de

celte localité, elle n'ava^jt encore jamais été visitée par un blanc. Espérons que d'autres savants l'auront explorée depuis lors. On doit attendre beaucoup des derniers voyages entrepris en cet Etat mexicain par l'américaniste Diguet.

E. DE SoNORA. Ile Tiburon. — Ces Indiens cannibales n*ont jamais laissé visiter leur île par des blancs. En 1893, ils assassinèrent deux journalistes de San Francisco qui avaient tenté l'expérience. Il y a encore peu d'années ils étendaient leurs incursions en terre ferme, jusqu'à Hermosillo. C'est assez dire l'ignorance dans laquelle se trouve la science vis-à-vis de l'origine, l'histoire et les coutumes de ces indigènes. Le professeur W. J. Me Gee, du Département d'Ethnologie de Washington, est parti en novembre 1893 pour essayer l'exploration de cette île. Souhaitons qu'il ait pu pleinement y réussir.

Ces Indiens Seri auraient une origine caraïbe. L'étude des affinités linguistiques par le moyen de vocabulaires comparatifs pourra élucider cette question. Seraient-ce des débris de la race dénommée « Atlantique », branche baloué-bonon (habitants de terre ferme) citée pages 364 et suivantes de mes « Considérations sur quelques fioms indujènes de localités de Visthme Centre-américain » (Congrès int. des Américanistes, Paris, 1890)?

Les renseignements négatifs suivants sur cet État sont tirés du récit d'exploration d'A. L. Pinart (Bullet. de la Soc. Géog. de PariSy sept. 1880) :

Eiymoloyie. — Vient-elle du mot espagnol senora défiguré, rappelant une certaine cacique du pays qui y avait beaucoup d'influence? ou bien tireraitelle plutôt son origine, d'après Pinart (p. 207), du mot a Sonoratzi » = endroit où il y a une source (son, en opata)?

Races. — Le Seri paraît avoir été l'habitant primitif de la Sonora, refoulé ensuite par les populations de la famille pima-opata qui conquirent le pays à une époque plus récente. Le Seri est grand, élancé, bien formé et diffère beaucoup en cela des autres populations sonoriennes qui sont petites. Pinart leur trouve des affinités linguistiques avec certaines populations californiennes telles que les Mutsun (p. 201). — Il serait donc utile de faire des comparaisons anthropologiques et linguistiques entre les tribus Seri et Mutsun pour élucider ce problème.

Les tribus d'origine pima qui ont donné leur nom à Guaymas avaient déjà entièrement disparu en 1879 (p. 201).

Pour ce qui est des coutumes et traditions des Indiens Opata, nous sommes forcés d'avoir recours aux relations des missionnaires, bien insuffisantes, il est vrai, dont nous devons bien nous contenter. Ils conservent encore de nos jours certaines traditions : mais ils ne les communiquent à aucun blanc ni étranger (p. 203).

Il y a bien aussi des Indiens habitant des cavernes percées dans des falaises abruptes d'un canon très étroit des environs de Cucurpe. Ces habi-

talions ont une certaine similitude avec celles des anciens falaisiers du Colo* rado. Mais Pinarl ne dit pas s'ils sont de la même race, ni s'ils sont d'origine seri ou pima-opata (p. 214/5).

Les environs d'Arenas (Guaymas) étaient encore relativement peu connus au point de vue scientifique en 1893 : car à cette époque, en ces parages, tout voyageur blanc était attaqué par les Indiens yaqui.

Inscriptions sur roches. — Pinart cite les suivantes :

La roche du Caûon de Jiosauri, près de Chinapa. Les inscriptions sont peintes sur la surface lisse de la roche en couleurs rouge, bleu, blanc et jaune. Le style de ces inscriptions est particulier et montre une autre facture que celles que nous sommes habitués à rencontrer dans la Pimeria. Ce sont en effet ici de véritables peintures, où la couleur a certainement une signification. Dans la Pimeria, au contraire, les inscriptions sont toujours d'une seule couleur, et généralement martelées sur la roche. Outre cela, pour l'œil même non habitué aux inscriptions indiennes, il est indubitable que nous nous trouvons là en présence d'une autre classe d'inscriptions. Celles-ci ressemblent à celles faites par les Comanches, au Texas, etc... Ce genre d'inscriptions ne se rencontre pas, à la connaissance de Pinart, à l'ouest de la grande chaîne de la Sierra (p. 210).

La grotte avec inscriptions, à environ 4 lieues de Fronteras au Potrero, sur le chemin de Cuchuberachi (p. 213).

Entre San Ignacio et Santa Cruz, à Terrenate, est un petit monticule rocheux, sur la face sud-ouest duquel existe une excavation assez considérable, en forme de demi-poire, et, sur les parois intérieures de celle-ci se trouvent peintes, en rouge et en noir, différentes inscriptions indiennes (p. 218).

A quelque distance de la Congregacion de las Planchas, sur le versant occidental du Cerro Blanco, et à côté d'une falaise rougeâtre, il existe une caverne contenant quelques inscriptions qui doivent ressembler à celles de Jiausari (p. 232).

Près des ruines d'Aquimuri est une roche sur le bord du chemin, connue sous le nom de « Gara pintada », et présentant quelques signes peints en rouge et en noir sur sa face lisse. Un peu plus bas, à droite, et à peu de distance de l'endroit où le rio se joint avec le rio del Busanig, est une autre roche fort intéressante : c'est une masse basaltique sur les trois faces de laquelle sont des inscriptions en creux, usées par le temps, et pouvant à peine se voir, à l'exception de celles sur la face regardant le nord. Celle-ci porte, à la partie supérieure, l'empreinte d'une main, puis, au-dessus, deux cercles attenant Tun à l'autre et enroulés concentriquement. Au-dessous et au bas de la face est un groupe de quatre petits cercles symétriquement disposés autour d'un point central ; sur la partie plane supérieure de la roche se trouvent d'autres inscriptions lisibles et des petits trous ronds disposés

avec symétrie. Sur une autre roche superposée à la première, se trouvent aussi plusieurs autres cercles ; — . c'est le seul exemple de ce genre d'inscriptions qu'il ait été donné de voir à M. Pinart, toutes les inscriptions connues au nord du Mexique, étant, soit peintes, soit martelées dans la roche (p. 233).

Près de Caborca est un pueblo et monticule rocheux que les Papagos désignent sous le nom de Kaux-Ka. Les roches qui forment ce cerro présentent de temps en temps des surfaces planes où se trouvent en grande abondance des inscriptions hiéroglyphiques. En beaucoup d'endroits les hiéroglyphes plus anciens ont été surchargés par d'autres peintres d'une matière blanchâtre qui oblitère ou défigure en partie les signes primitifs. Ceux-ci présentent surtout des arrangements de lignes, de figures symétriques, etc. Les hiéroglyphes qui les ont surchargés sont grossiers et de date récente, comme on peut s'en convaincre à première vue. M. Pinart compare volontiers ce cerro et les inscriptions avec les fameux painted rocks d'Oatman's flat d'Arizona (p. 235).

Il y a des inscriptions et surcharges similaires au rancho de la Calera, à trois lieues plus bas sur la rivière (p. 236).

Il est à souhaiter qu'on étudie de près les inscriptions précédentes qui ne tarderont pas à s'effacer et à entraîner avec elles les derniers vestiges de générations qui ne sont plus.

Falaisiers. — Un peu avant d'arriver à Cucurpe,dansun cafion très étroit, se trouvent des falaises coupées par un grand nombre de cavernes dont plusieurs étaient encore en 1880 habitées par des Indiens. On se croirait afux Cliffhouses du Colorado, de l'Oregon, des Tunebos (de Colombia) et desK'kitr choua, du Cuzco. Quelles affinités établir entre ces diverses tribus?

Chihuahua. Bolsonde Mapimi. — Le désert de cette région est peu exploré. — On a découvert de vastes nécropoles dans les grottes des collines et montagnes qui l'entourent.

« Les cadavres, dit E. Reclus, y sont enterrés accroupis et enveloppés de « couvertures en fibre d'agave, que recouvrent des écharpes de couleur. Une « seule caverne renfermait plus de mille de ces momies, qui presque toutes « ont été enlevées par des Américains du nord et dispersées dans diverses « collections des Etats-Unis ». Il serait à souhaiter qu'on pût indiquer le résultat de ces importantes découvertes.

On signale des terrains incultes et inexplorés entre la rive droite du rio Bravo del Norte et le Pueblo Gallego, et le rio Conchos.

Il serait intéressant de faire des fouilles dans la grotte de la Mine San Pedro (partido de Corralitos, région septentrionale de l'Etat), pour y rechercher les vestiges des cérémonies religieuses précolombiennes des indigènes.

E. DE CoAHUiLA. — Près de la Sierra Mojada ou de la Sierra Planchada, un peu plus au nord, près du Bolson de Mapimi, à 5 lieues de Durango, se trouve une caverne, découverte en 1838 et contenant environ iOOO squelettes d'indiens. On n'a pu encore trouver à quelle race ils appartenaient ; car ces parages ont été habités successivement par les Tobosos (2 tribus), puis, après leur extinction, par les Apaches (17 tribus), les Laguneros ou Irrilitas (18 tribus), les Mezcaleros, les Coyames, les Faraones, etc. (de souche apachc), les Zacatecas, les Huachichiles. Ce problème encore à résoudre a été soulevé par M. Elias Amador, de Zacatecas (page 324 du compte-rendu Congrès international des Américanisles, Mexico, 1893).

E. DE NuEvo Léon. E de Tamaulipas. — Une exploration méthodique des grottes de Vivanes (E. de Nuevo Léon), et de Boca y Minas (E. de Tamaulipas) serait susceptible de donner des résultats scientifiques.

E. de Sinaloa. — A la suite d'un ouragan, le port d'Altata, les villages d'Elota, Tecuyo, Escaleras, Salado et Ceuta ont disparu complètement en octobre 1896. Peut-être d'autres désastres du même genre ont-ils eu lieu de temps préhistorique et enfoui des centres de population très intéressants. Des recherches spéciales à cet effet devraient être faites.

E. DE Durango. — La localisation par le Fray Antonio Tello (liv. II de sa Cronica inlscelanea de la Sanla Provhicia deJalisco, 1630-1652) auValle de Zuchil, près Durango, du Coatlicamac ou Coatlicamatl, lieu de station des Nàhuatlaca préhistoriques, paraît erronée. Mais où localiser alors cet endroit fameux?

E. DE Zacatecas. Ruines du Cerro del Borrego. — Ces ruines et cavernes se trouvent dans la juridiction du Monte Escobedo. M. J. Albert Aldaco (page 342 du compte-rendu du Congrès intern. des Américanistes de Mexico, 1893) les signale à l'attention des explorateurs.

Ruines du Cerro de los Ediflcios^ ou de la Quemada, ou de Tuitlan. — Elles se trouvent dans le « partido » de Villanueva, près de la sierra de Palomas et de la ferme de la Quemada. Le nom de ces ruines a été défiguré en celui de Quemoita par les Indiens Iluicholes ou Colollanes des environs. Mais leur vrai nom, d'après l'intéressant travail de M. Elias Amador (pag. 40-47, compte rendu Congrès int. Américanistes, Mexico, 1893) serait Tuillan. L'auteur donne à ce nom trois étymologies :

tuitlan pour teutlan = lieu du dieu ou des dieux;

— — teuictlan = lieu des pèlerins ou de ceux qui vinrent accom-

pagnés ;

— — touiltecahuan = lieu de nos parents.

NOTES SUR l'américanisme 4i

Quelle est la vraie étymologie des trois? Qui a fondé ces vastes et imposantes ruines? Les Azteca, qui y adoraient Huitzilopochtli, ou d'autres?

Il s'a'^it aussi d'élucider la question desavoir si, comme plusieurs savants le croient, on peut identifier ces ruines avec celles de Ghicomoztoc ou Chicomoztotl, le fameux berceau légendaire des Nahuatlaca, ou si, avec MM. Alfredo Chavero, Eustaquio Buelna et Elias Amador, on doit repousser cette idée. Mais alors, où localiserons-nous Ghicomoztoc? D'après Eustaquio Buelna {Peregrinacion de los Aztecas y nombres geografîcos i7idigenas de Sinuha, 1887-1892), ce lieu a bien pu n'exister géographiquement nulle part, car ce ne serait que la signification de l'organisation septennaire qu'affectait de se donner cette race ; on pourrait peut-être aussi identifier Ghicomoztoc avec Atlatlan, l'ancienne Atlantida, où se seraient sauvé de l'inondation 7 personnes, 7 familles, ou 7 races. Pour l'historien mexicain Alfredo Chavero (notes à la « Hisioria de Tlaxcala por Munoz Camargo)^ Ghicomoztoc devait se trouver dans la région montagneuse qui s'étend de la Tarahumara ou Sierra Madré de Sonora, jusqu'aux rives du rio Gila et peutrêtre celles du rio Golorado (voir aux ÉTATS-UNIS à l'Etat d'Arizona, à l'article sur Gasa Grande et à l'Etat de Nevv^ Mexico).

Peut-on identifier les ruines de Tuitlan avec celles de Goallicamac = bouche de serpent, du manuscrit hiéroglyphique du musée de Mexico ? M. Elias Amador ne le croit pas. Goatlicamac ne pouvant s'identifier non plus avec Zuchil[voir à l'État de Goahuila], où le placer?

Dans ces ruines se trouve un monolithe circulaire d'environ 2 mètres 50 de diamètre sur 30 cent, d'épaisseur, sur lequel sont gravés 7 serpents en basrelief. M. E. Amador (ibid., p. 314), parle de la nécessité d'étudier ce très curieux monument.

La tortue de serpentine sculptée trouvée aux mêmes ruines par le dit archéologue serait-elle un symbole aztèque pourindiquer soit la tranquillité, soit la résidence delà tribu errante en un endroit quelconque?

E. DE Jalïsco (Xalixco). — M. F. del Paso y Troncoso et le professeur Plancarte localisent bien la tribu des Tecoxines, indigène de cet État, mais ils lui trouvent une filiation douteuse. Quelle est-elle ?

Etat de San Luis Potosi. Langue huaxteca. — M. Luis G. Alvarez y Guerrero dit (p. 398 compte rendu Gongrèsint. Amer. 1895) que le résultat de ses recherches relatives à cette langue parmi les ouvrages antérieurs à 1895 est bien maigre. G'esl à peine si l'on sait quelque chose des indigènes qui la parlèrent^ Leur habitat était le pays qui porte encore le nom de Huaxteca, c'est-à-dire la partie septentrionale de l'État de VeraGruz et une fraction limitrophe de l'État de San Luis Potosi, à l'est du golfe du Mexique,

depuis la barre de Tuxpan jusqu'à Tampico, d'après la carte ethnographique d'Orozco y Berra. Très rares sont les renseignements philologiques laissés sur cette langue par les premiers missionnaires. L'auteur de cet essai philologique, encore bien imparfait, malgré ses louables efforts, ne dit pas le nom propre que ces peuplades se donnaient à elles-mêmes .

E. DE GuANAJUATo. Atiifimux et homme quaternaires du district du Vallede Santiago. — f)ans les grandes plaines de Pantoja, Valle de Santiago, Moroleon, Salvatierra et Apasco, de formation quaternaire, et surtout à Uriangato, Léon, Arroyo Feo et la Calera, on a trouvé d'après M. Pedro Gonzalez '{Localités et monuments de l'État de Guanajnato, pp. 149/159, compterendu Congrès int. des Américanistes, Mexico, 1895), des restes fossiles de grands quadrupèdes, en plus de quelques espèces de bœufs et de chevaux. Ce fait signifie-t-il que l'homme préhistorique quaternaire a existé dans le district du Valle de Santiago, appelé a las siete luminarias », du nom de sept volcans éteints maintenant des environs ? Dans les énormes roches qui forment la base de la Sierra del Cubo, près de la ferme du même nom, à 12 kilomètres à l'est de Ciudad Gonzalez, a été entaillée la « Cueva de los Indios ». Qui a peint en rouge sur la paroi droite de cette grotte artificielle une sorte de cataclysme, une conflagration ascendante de multitude de projectiles incandescents, et, dans le bas, des squelettes humains, des oiseaux, des quadrupèdes, des lignes, une flèche, etc. ? Est-ce une relation légendaire des phénomènes volcaniques de la région, écrite par des contemporains de cette époque ?

Il y aurait aussi à faire des études comparatives des divers yacatas, cuisillos, tertres ou pyramides du même État, couvertes ou non de terre végétale, selon leur ancienneté.

Linguistique. — M. P. Gonzalez (ibid.) donne plusieurs étymologies du nom de Guanajuato et des affinités d'autres noms américains :

Cuanaxhuato (en tarasco) = colline des grenouilles ;

Cuenehuato = collines nombreuses;

Guana = racine appartenant à diverses langues sud-américaines et signifiant : lieu qui a rivière, ou bien : lac ou eau proche ;

Guana, radical se trouvant dans des noms de lieux, de l'île de Cuba, de Nicaragua, du Brésil, dans le nom des Guanahacabibes, tribu habitant des marais à Cuba;

Guanas, tribu du Matto Grosso (Brésil);

Guanartemi, habitants primitifs de la Grande Canaria.

Que faut-il conclure de ces affinités pour l'histoire du pays ?

Vestiges linguistiques des trois races. — D'après M. Ramon Valle (p. 473, Compte-rendu Congrès int. Amer., 1895), les noms des faubourgs de Gua-

najuato et le nom de cette ville même empruntent leur étymologîe à trois lances, l'otomi, le tarasco et lenahuatl. Car Cuanaxuato signifie en tarasco = lieu des grenouilles ou lieu où chantent les grenouilles. En nahuatl, il signifie = où la rivière se divise en deux. Ce nom en otomi est Guanaxuetes ; mais on ignore sa signification. Serait-il d'origine huachichil? Peut-être; mais cette langue est perdue. Leur territoire s'étendait depuis Penjamo et le territoire des Huastatillos disparus, jusqu'aux limites des Zacatecas. Guanajuato était comprise dans cette nation aussi glorieuse qu'oubliée.

E. DE Hidalgo. Tula, Tollan ou Tola, — Il sera intéressant de connaître les résultats de l'exploration qu'on a commencée en décembre 1892 des ruines du vi" siècle de cette antique cité. — Que doit-on déduire de l'existence d'une autre localité du nom de Tola, à plusieurs centaines de kilomètres au sud, au Nicaragua, dans l'isthme de Rivas, sur l'ancien territoire d'une colonie nahuatl? Quelle est l'origine, quel est le nom des constructeurs des temples et palais de la Tula mexicaine ?

E. DE Vera Cruz. Linguistique. — La langue popoloca parlée à Oluta, Tesistepec, S. Juan et Volador est identifiée par Brinton au mixe.On n'en a qu'un petit vocabulaire ; on ignore son vrai nom indigène. M. E. Boban, signalait,enl889, la nécessité d'explorer à fond les ruines d'Estanzuela, près d'Alvarado. Quelques vestiges seulement en sont connus qui figurent dans la belle collection archéologique de feu M. E.-E. Goupil, de Paris.

Races. — Le D' Brinton (p. 140, Xmerican race, New York, 1890) ne peut définir l'exacte affinité des Totonacos dont la langue possède des mots maya et nahuatl, et encore d'autres d'origine inconnue. Il hésite à approuver la légende qui voudrait qu'ils fussent les constructeurs de Teotihuacan. Y aurait-il quelque rapport à établir entre le nom du territoire de Totonicapan qu'ils occupaient, et la ville du même nom dans les Altos de Guatemala?

E. DE MiCHOACAN. — Il Serait utile de faire des études spéciales sur les affinités linguistiques de la langue des Tarascos et les dialectes divers parlés à Chapa, et au Nicaragua. Ces Tarasqiies peuvent-ils être considérés comme les ancêtres probables des Mangues? Le beau travail de MM. Nicolas Léon et Raoul de la Grasserie publié sur la langue tarasca n'a pas encore élucidé cette question.

Races. — D'après F. del Paso y Troncoso (1892) les Tecossontde filiation douteuse.

Quant aux Tarascos, leur affinité avec d'autres tribus indigènes n'a pas encore été assez étudiée.

Attendons le résultat de la longue exploration que l'éminent savant nor-

4i NOTES SUR l'américanisme

végien Cari Lumholtz a faite de la région des Huichocles, pour mieux connattre cette partie du Michoacan.

E. DE Mexico. — On pourrait trouver un champ d'investigation remarquable : dans la localité las Cuevas, située au nord-est du lac de Zuinpango, vallée de Mexico, dont le nom seul indique la présence de grottes ; la grotte de Tescaapan, du parti de Zacualtipan (dans la montagne de Tescaapan).

Traces de pieds liumahis sur roc à Àmanalco. — Ces vestiges de pieds d'homme et d'enfant ont été découverts en novembre 1893 près et au nord d'Amanalco, district de Valle de Bravo, non loin du village del Rincon de Guadalupe, à 10 lieues à Test de Toluca. Elles ont été trouvées dans une grande carrière de tuf andési tique, contenant aussi de grandes pierres arrondies et de toutes formes, et du sable. M.Antonio delCastillo,qui donne une description delà localité avec planches à l'appui (p. 394-395, compterendu Congrès international des Américanistes, Mexico, 1895) infère delà découverte de ces vestiges de pieds que la race humaine avait vécu avant la formation de celte énorme carrière. L'époque de formation en serait contemporaine de la grande activité volcanique de la région du Nevado de Toluca. Cette hypothèse mérite confirmation. 11 y aurait en outre intérêt à faire des comparaisons géologiques de ces vestiges de pieds avec ceux trouvés sur un terrain similaire à Managua (Nicaragua) età la cuestadel Gigante (Salvador).

Chontales. — On ne sait rien, sinon très peu de choses, sur les Indiens Chontales de cet État. Aux points de vue anthropologique et linguistique, on ne sait à quelle race les identifier. On ignore même le nom qu'ils se donnaient à eux-mêmes, le nom générique de Chontal leur ayant été donné par leurs ennemis nahua. Quelle comparaison peut-on établir entre les Indiens de ce nom habitant le Mexique et ceux du Nicaragua ? N'est-ce simplement qu'un nom générique s'appliquant à toutes tribus non nahuatl ?

Archéologie, Temascaltzinco (W. de Mexico). — Pipe (cachimba). On a trouvé en cette localité une pipe de terre cuite noire grossièrement polie. La cheminée ou cendrier est en forme de « tecomate », le tuyau en est droit, court et se prolonge en dessous et plus loin que la cheminée; il forme ainsi une partie saillante ayant une certaine analogie avec le prolongement qu'on observe constamment dans les pipes des tertres de l'Ohio (voir Ann. Rep. / Bureau of Ethnology, Smiths. Inst. 1883-1884, p. 53). On n'est pas sûr que

l'origine de cette pipe soit matlatzinca, car on parle actuellement l'otomite dans cette région et lemazahua aux environs. Mais la finesse du travail empêche de croire que cette pièce ait été fabriquée par des nations aussi en retard que les deux citées plus haut. Au contraire, les peuples les plus civilisés les plus proches étant lesTarascos et les Matlatzincos, comme cet objet

NOTES suBL l'américanisme 45

n'est ni de genre ni de fabrication tarasque, on en a conclu par exclusion et par hypothèse que c'était un produit de l'industrie matlatzinca (F. del Paso y Troncoso, p. 52 du Calalogo de la coleccion Planeur te^ Mexico, 1892).

DisTRiTo FEDERAL. Lliomme quaternaire aux roches du Pehon de los Bafios. — A la base de ces roches, situées très près .et à Test de Mexico, on a trouvé incrustés un crâne et d'autres parties d'un squelette, attribués à l'homme quaternaire. Quand cette masse calcaire à l'état liquide ou pâteux s'est-elle détachée du niveau qu'occupent actuellement les lacs de la vallée ? il n'y en a aucune tradition. M. Mariano Barcena, professeur honoraire de paléontologie au Musée national de Mexico, qui s'est occupé de cette question, dit (p. 77 du compte-rendu Congrès international des Américanistes, Mexico, 1895) que les restes de l'industrie humaine calcinés par laves de l'Ajusco ont été sans doute déposés à des époques que ne signale pas la tradition dans ses indications les plus éloignées. Aussi doit-on les attribuer à des hommes d'époque préhistorique.

Les restes fossiles quaternaires du Pefion ont des caractères ostéologiques peu dissemblables de ceux de la race indigène pure du Mexique. D'où venaient ces hommes? Ont-ils des myriades de siècles ?

Documents indigènes. — Le codex « Fernandez Leal », manuscrit en peinture purement historique, a été de la part de M. Antonio PeOafiel le sujet d'une interprétation (p. 98 compte-rendu Congrès international des Américanistes, 1895) : ce serait l'histoire figurative des invasions nahuatlaca à Oaxaca et Tehuantepec, à l'époque du roi Ahuitzotl. Mais l'auteur avouant qu'il n'est pas sûr de son déchiffrement, il serait bon d'étudier ce document à nouveau.

Quel est l'auteur du fameux manuscrit de 1576 reproduisant l'histoire de la nation mexicaine partie en figures, partie en prose nahuatl écrite en caractères espagnols ? Nul ne le sait.

Dans le rapport du voyage fait par le savant D^ Santiago L Barberena d'ordre du Gouvernement de l'État du Salvador, et publié par le Diario del Salvador^ n® 173, figure une énumération des richesses archéologiques du Musée de Mexico. Dans le second groupe, le D' Barberena mentionne une pierre mesurant 46 X 34 centimètres et sur laquelle est sculptée une figure représentant, d'après les uns, le dieu de la pluie Tlaloc, d'après les autres Nappatenctli, et enfin, suivant d'autres, Huixtocihuall, la déesse du Soleil.

Autre incertitude à élucider: l'énorme monolithe de 2'"37 de haut qu'on dit représenter Coatlicuc, d'après Gama, serait Teoyamiqui, la déesse des morts, qui recueillait les âmes des guerriers sur les champs de bataille. Mais Chavero identifie le personnage du monument avec la mère d'HuitzilopochtIi : selon lui, elle devait être placée dans l'atlauhlico du grand temple de Mexico.

46 NOTES SUR L^MéRICANISME

La pierre de tizoc ou des sacrifices, du sixième groupe du musée, grand cylindre de 2"»65 de diamètre sur 0.84 de hauteur, comprend la tête du soleil en relief et sur la surface latérale un grand nombre défigures en relief. Elles ont été diversement interprétées. Pour Gama, c'étaient des danseurs ; pour Humboldt, des conquérants ; pour Ramirez, un souvenir des cloches de Tizoc, septième roi de Mexico ; pour Orozco y Berra et Chavero, c'était un cuauhxicalli.

Dans le même groupe, te pierre d'Itzpapalatl, rappelle, d'après Troncoso, une grande calamité ; mais il ne peut préciser quel genre de calamité ce fut.

Il est regrettable qu'on ne puisse encore connaître la signification véritable de la teocuauhxicalli, grande pierre astronomique destinée au culte des divinités mexicaines, qui se trouve enfouie sous le pavage de la grande place de Mexico.

Ruines de Teoiihuacan. — Ces superbes pyramides et temples situés à environ 10 kilomètres au nord-est de la ville de Mexico, intriguent fort les Américanistes. Le D' Brinton hésite à attribuer leur construction aux Totonacos. M. Manuel Orozco y Berranepeut se décider à l'attribuer aux Tolteca qui trouvèrent ces remarquables constructions déjà édifiées lors de leur apparition dans le pays. De l'aveu de M. Enrique de Olavarria y Ferrari (p. 545, compte-rendu Congrès Inter. Amer. 1895), personne ne sait encore actuellement le nom du peuple constructeur de ce fameux « endroit où s'adorent les Dieux ».

Tecuilauztli ou pintaderas. — Ces ornements en terre cuite aux dessins aussi délicats que variés, grecques, spirales, etc. servaient, selon les uns, de sceaux ou seings aux grands chefs de tribus. Suivant d'autres, ils servaient à tatouer les diverses parties du corps : on les trempait dans le suc de plantes et de substances minérales spéciales. On peut comparer les quatre très beaux spécimens de pintaderas de la collection E. E. Goupil trouvés dans la vallée de Mexico avec ceux de la collection Désiré Pector, trouvés dans la vallée de Medellin (Colombia) et œuvres des Chibeha. Que faut-il déduire de ce rapprochement ?

Uétymologie du nom Tzompanco (à rapprocher ce nom de la localité Sumpango de Guatemala), donne lieu à des doutes ; car ce nom signifie lieu où se conservent les crânes des victimes (d'après Garcia Cubas, Geografia del Distrito fédéral, p. 10).

Tzompajîco (p. Tzonpanco), de tzonltij = cheveu ou extrémité d'une chose, lac, terre, fin de l'homme ; pan = lieu de l'existence ; co = sur, à l'extrémité du lac, d'après Teod. Juarez, Cong. Int. Amer., 1895, p. 294).

E. deMorelos. Ruines de Xochicalco. — Nous déplorons avec M. Manuel Gama (p. 528 compte rendu Congrès int. des Américanistes, 1895), Tigno-

rance où se trouve la science du nom des créateurs des mag'nifiques monuments etde la forteresse de ce nom dont on voit les ruines aux environs de Cuernavaca, au nord-est et à 1 heure 1/2 du village de Miacatlan, du district de Tetecala. On ne sait même pas si ce fut une nécropole, un temple ou un couvent!

Pyramide de lacasadel Tepo^teco. — Cette pyramide, découverte en 1895, dans le village de Tepoztlan par l'architecte Francisco M. Rodriguez (voir page 233 compte rendu Congrès Int. Américanisles, 1895), démontre la nécessité de faire dans ses alentours de nombreuses explorations et excavations.

E. DE GuERRERo. Cavemô de Cacahuamilpa. — A quelle époque géologique remonte cette splendide grotte ? Qui Ta habitée? Les objets trouvés dans son sous-sol dénotenUilsla présence de Thomme quaternaire ? il serait bon de faire des recherches dans ses parois et dans la partie de son sous-sol non baignée parles eaux du rio Amacusac.

Que dire de la caverne immense, beaucoup plus profonde que celle de Cacahuamilpa, que l'explorateur français L. P. Leroyal a découverte en 1894 à peu de distance de Cuernavaca ? Une exploration scientifique de cette superbe caverne est nécessaire.

Ruines d'une grande ville. — M. le marquis de Nadaillac dans « le Nouveau Monde » du 21 août 1897 a publié un très intéressant article sur ces ruines, découvertes et explorées à fin 1896 par le minéralogiste W. Niven. Loin de toutes routes et habitations indigènes, à 40 milles au nord-ouest de Chilpancingo, ces ruines immenses étaient ensevelies sous les sables du désert et la végétation tropicale. 22 temples ont déjà été explorés. Leurs arabesques démontrent des analogies avec des constructions d'Uxmal, de Labna, Kabah et Chichen-Ilza, mais on n'y a rencontré aucuns hiéroglyphes. Les diverses parties des mines ont reçu des noms : à Cerro Porterio et Calchiatepet, on admire de nombreuses colonnes et des objets en nacre, jade et écaille; à Organos, Texas, Xochocotzin, Texcal se trouvent de grands souterrains, dont le contenu a pris le chemin du Musée National de New-York. Nous attendons avec anxiété l'étude scientifique de ces débris et l'exploration méthodique des nombreuses autres ruines decette grande cité. M. Niven refuse aux Maya et aux Nahua la fondation de cette ville. Quelle race en serait la créatrice? Est-ce bien, comme l'explorateur le croit, l'ancienile Quechmictoplican, de fondation relativement récente ?

Linguistique. — Le prof. Brinton rattache vaguement la langue des Chontales de cet Etat à celle de ceux de l'Etat d'Oaxaca. Il la classe comme famille linguistique indépendante sans affinités connues.

Élymologies du nom d'Acapulco. — En vue de l'incertitude dans laquelle

on se trouve à cet égard, nous donnerons les différentes versions nahua de ce nom :

Acatl = roseau ; poloa = faire boire ; co = lieu de, d'après Eufemio Mendoza {Calai. Palabras Mex. p. 14); Macias {Raices griegaSy p. 43);

Acatl = roseau ; maitl = 2 mains, d'après Antonio PeOafiei {Nombres Geograficos de Mexico) ;

Acatl, = roseau; ipoloa = se perdre, ou détruire autrui par la guerre; co = lieu de, lieu conquis ou détruit, d'après Orozco y Berra ;

Acatl «= roseau ; polal = enmarafiar, co = dans, sur, carrizal enmarafiado ;

il ca i/ = roseau ; /?w/ = désinence augmenta tive; (îo = dans, sur, sobre el carrizazo, en el carrizal grande, d'après Teodoro Juarez (p. 204, compterendu Congr. Int. Améric. Mexico, 1895).

Ometepec. — Quelle relation établir entre ce nom de ville et celui de l'île du même nom du lac de Nicaragua ?

E. DE PuEBLA. Huejotzingo. — Quelles déductions faire de la découverte en cette localité, en 1888, par M. Chs. Baur de molaires et ossements fossiles d'elephas et autres animaux de même époque?

Linguistique. — Le professeur Brinton croit devoir identifier la langue popoloca avec la langue mixe. On la parlait dans la vieille province de Tepeaca, dont la capitale était Tecamachcalco. On n'a presque aucun document sur cette langue, dont le nom indigène propre est inconnu. L'unique ouvrage sur ce dialecte, « Arte y Metodo » fait en 1651 par Francisco de Toral est perdu. Nous attendons avec anxiété l'ouvrage du D''Maycot relatant le déchiffrement qu'il croit avoir fait à fin 1897 des signes hiéroglyphiques marqués sur des crânes et ossements humains de l'Etat de Puebla. Ce déchiffrement pourrait être une clé pour l'histoire précolombienne de cet Etat.

E. d'Oaxaca. Grottes, — Une fouille scientifique de la grotte de Guiengola serait intéressante.

Dans la sierra d'Oaxaca (district de Tuxtepec), à quelques pas de la place du village d'Usila, au pied du cerro Guacamaya, se trouvent des grottes à deux étages, où jaillissent des sources : elles servent de bains aux indigènes Chinanteca. Il serait curieux d'en sonder le fond au moyen de procédés scientifiques.

Il y aurait intérêt à rechercher l'origine anthropologique des squelettes humains (?) de grandes "dimensions trouvés en mars 1898 par M. Chartreau dans des grottes de la montagne de Xoxocotlan. La statue superbe de guerrier qui a été trouvée en ce lieu peut-elle être attribuée aux Zapoteca ou à d'autres tribus?

Anthropologie. — Dans les fouilles faites à San Agustin Atenanco, vil-

lage de la municipalité de Tezoatlan, district de Silacayoapan, le D' Francisco Martinez Baca a trouvé (p. 237, compte-rendu Congrès inter. des Américanistes, 1895), des crânes avec dents incisées et limées artificiellement appartenant d*après lui à des races Zapoleca. Ces déformations artificielles des dents font supposer à Tauleurqueles crânes appartiennent à une époque antérieure au xv° siècle et à une race anthropophage. Ces affirmations méritent d'être confirmées, à notre avis.

Linguistique. — Les Indiens Chontales de cet État, dont le centre est au village de Tequistlatan, ne connaissent pas leur nom primitif indigène. Le professeur Brinton trouve à leur langue une légère affinité avec la langue yuma. Il n'en existe que 23 mots connus. L'ouvrage « Docirina, Sermones^ y Ejercicios Spirituales » sur cette langue, publié vers la fin du xvi* siècle par le père Diego Carranza, a disparu.

On ignore l'origine de la langue parlée par les Indiens Zoqué (gens de la vase), résidant au nord-est du centre de l'isthme de Tehuantepec.

La langue mazatecatl, de Teutitlan près Oajaca, a, d'après Brinton, des affinités avec le Chapanèque, le Mangue et l'Orotinane (ces deux dernières du Nicaragua) d'une part; et de l'autre avec le groupe costa rican (Talamanca, Boruca, Bribri, Vizeita). Les D" M. Uhle, A. Ernst, et autres ont tâché de prouver que ces langues du Costa Rica ne diffèrent pas énormément du groupe Chibcha de Colombia, l'unique de l'Amérique du Sud, dont la présence ait été démontrée dans l'Amérique centrale. Les vocabulaires comparés de ces trois groupes de langues paraîtraient assez concluants, si l'on pouvait établir plus de points de comparaison.

D'autre part, on sait qu'une bande d'environ 400 Mangues occupait encore en 1563 une ville au milieu des tribus du Costa Rica, dans la vallée de Guaymi, en face le Golfo Dulce. Sans doute ils absorbèrent plus ou moins de la langue de leurs conquérants Guaymi, et quelques analogies linguistiques citées par Brinton entre les vocubulaires mazatecatl et guaymi (de Pinart) paraissent assez vraisemblables. Il faudra étudier plus étroitement cette question.

Documenls indigènes. — Nous partageons l'opinion de M. Ant. Pefiafiel qui (p. 98, Congrès I. des Américanistes 1895) réclame la publication du lienzo de Zacatcpec, du district de Jamiltepec. Car ce document contient une grande nomenclature de lieux, de dates chronologiques et de personnages, en écriture mixteca historique. Cette publication serait très utile à l'Américanisme.

Y a-t-il une relation à établir entre le nom de localités de Pochutla, de l'État d'Oajaca et du Guatemala ?

Monuments architectoniques de Mitla. — Le D' Ed. Seler, dans son remarquable ouvrage « Wandmalereien von Mitla » où il reproduit lespein-

tures mythologiques et chronologiques de ces monuments à décoration rouge, avec dessins noirs et blancs, soutient que la fondation de ces constructions est due aux Zapoteca. Il soutient la même théorie au Congrès Int. des Américanistes de Mexico de 1895. Mais M. Leopoldo Batres (pp. 88, 273/4 du compte rendu du même Congrès), et M. le D' Francisco Martinez Baca (p. 242, ibid.) attribuent cette création à la civilisation tolteca. A l'appui de leurs théories, ils disent qu'on ne voit à Mitla que la ligne droite et la grecque, lignes caractéristiques des Tolteca ou de ces habiles artisans nahua qu'on peut désigner d'un autre nom ; tandis que la ligne courbe caractéristique des Zapoteca ne s'y voit pas.

Cette question paraît d'autant plus difficile à élucider qu'il s'agit de théories émanant de très éminents Américanistes.

La linguistique ne peut guère nous aider à tirer du nom de ces ruines l'origine de leurs fondateurs. Car en nahuatl on les appelle Mitla ou Mictlan, qui veut dire enfer ou lieu de flèches. En zapoteca elles ont le nom de Liobao c'est-à-dire lieu de repos ou centre de repos et de tranquillité.

Il serait intéressant de trouver le nom et l'origine des constructeurs des ruines des superbes monuments du cerro deQuienzoIadu district de Tehuantepec, décrites par l'ingénieur Aureliano Estrada dans les Mémoires de la Sociedad cientifica Anloîiio Alzate de Mexico en 1892.

E. DE Tabasco. — Il serait nécessaire de faire des déductions scientifiques sérieuses des rares explorations faites :

des 16 kilomètres de ruines se trouvant près du village de Comalcalco, au milieu des forêts marécageuses où serpente le rio Seco ;

des pyramides ou cuyos, et débris de cuisine de l'île de Bellote près de S. Juan Bautista, cités par Charnay comme occupant un espace de plusieurs centaines de mètres carrés sur une épaisseur de 4 mètres au-dessus de la ligne des eaux.

Quel est le nom véritable des Indiens ChontaleF du bassin du rio Grijalva? on l'ignore. Le prof. Brinton classe leur langue dans la branche acalane du groupe tzendal. Il n'en existe qu'un petit vocabulaire, peu suffisant pour faire connaître le génie de cette langue.

E. DE Chiapas. — De Chiapas (ancienne Chapa) partirent les ancêtres des Mangues du Nicaragua, selon toute vraisemblance, d'après les quelques documents linguistiques recueillis, et des affinités onomatologiques. Mais il y a une certaine controverse à ce propos. Il serait nécessaire de recueillir des données anthropologiques, ethnographiques et archéologiques corroborant les documents linguistiques favorables. Peut-on remarquer des affinités linguistiques pu autres entre les débris actuels (s'il en reste de purs) de la race Chapa-

nèque avec ceux de la race Tarasque ? Quelques auteurs sont pour raffirmative. Il faudrait des données sérieuses à Tappui.

Entre Comitan, Palenke et la frontière du Guatemala, existent des territoires à peine explorés.

Les sources du rio Usumasinta (Utzumatzinta) ont été peu explorées. Les deux rives seules du fleuve sont à peu près connues : car il est Tunique moyen de communication de ces parages. Mais, à part quelques kilomètres de chaque rive, des données vagues existent sur cette région.

Le nom indigène de la localité de Palenque (Palenke) où se trouvent tant de superbes ruines est ignoré. Était-ce Nachan ou Colhuacan (ville des serpents) ? Qui a bâti ces monuments ? N'était-ce qu'un monastère seulement ou une nécropole? Sa date de construction n'est-elle que du xv** siècle, ou lui est-elle de beaucoup antérieure ?. Ces questions ont soulevé de nombreuses et savantes discussions — mais sans solution véritable jusqu'à ce jour, à mon humble avis. M. Brinton avoue qu'il ne peut identifier les constructeurs de Palenke avec aucune race indienne actuelle.

Des buttes funéraires rappelant les mounds ou tertres du Mississipi, s'élèvent sur les monts et les collines de toute la contrée qui sépare Ococingo et Palenke. Au dire des habitants du pays, il y aurait encore des édifices magnifiques dans les montagnes de Tumbala, entre les deux bourgs, et, plus au sud, vers San Cristobal et Comitan.

Linguistique, — Pour le comte de Charencey, les langues Mam, du Soconuzco et Chapanecatl, de l'État actuel de Chiapas, sont sans doute des langues disparues. Orozco y Berra, dans son Atlas ethnographique signale aussi différents dialectes du Mexique dont on ne garde plus traces. Dans le compte-rendu du Congrès des catholiques de Paris, il y a un mémoire sur l'ancien idiome chichimecatl. Cette langue paraît avoir radicalement diff'éré du mexicain propre et aucun vestige n'en est parvenu jusqu'à nous.

Croix de Palenke, — Quelle est la signification des signes représentés par cet emblème? — Pour M. Leopoldo Batres, de Mexico (p. 271, compterendu, session mexicaine 1895 du Congrès international des Américanistes), ce doit être l'arbre sous lequel se reposa Buddha avant d'aller prêcher^ Pour M. Ed. Seler, de Berlin (même congrès), cette croix serait un symbole du ciel. L'état actuel de cette question nous paraît très clairement défini (p. 329 du même compte-rendu) par M. Conrado Perez Aranda, d'Alamos, de la façon suivante : « Peu de monuments en Amérique auront été étudiés « comme ceux de Palenque, État de Chiapas, et parmi eux, celui qui l'a été c< le plus a été la célèbre Croix du même nom. On a étudié la croix direcle- « ment sur l'original, et indirectement sur des estampages, et, malgré ces « études, il n'y a pas uniformité d'opinions sur sa classification d'origine ; « on ignore d'où vient le peuple qui l'a sculptée, et on ne sait ce que signifie

« la croix. Les uns, comme Leopoldo Batres, la trouvent boudhique, et « sculptée par un peuple qui est venu au Nouveau Monde par le nord-est « de TAsie ; d'autres, une croix persane, hébraïque ou romaine, comme « emblème du supplice; — quelques-uns, comme Larrainzar, la croient « d'origine égyptienne, ressuscitant l'Atlantide de Platon, pour localiser à « Mexico le peuple inconnu constructeur de Palenque. Pour Lenoir, la croix « Palenquéeime est un sij^ne astronomique représentant les équinoxes du a printemps et de l'automne, — et pour Waldeck les quatre vents ; pour « Charencey, la croix est mythologique, signifiant l'apothéose de Votan ; et « enfin, pour M. Orozco y Berra, un symbole sacré. Cet archéologue « confesse dans son Historia Auligua de la Conquista de Mexico (1" part., « liv. I, chap. v) que les auteurs a entrent dans le plus grand désaccord en « tâchant de fixer la signification et l'origine de l'emblème. » En résurtié, la croix de Palenque reste muette comme le sphinx.

YucATiVN. Parties encore à explorer. — Entre Santa Cruz et la ligne la plus avancée du territoire mexicain, se trouve une région où ne peut plus se maintenir l'administration mexicaine, qui a dû même abandonner Tihosuco. L'Etat du Yucatan ne compte vraiment plus que sur la petite région qui s'étend jusqu'à 30 lieues de la côte septentrionale et occidentale de la péninsule. Plus loin de ce territoire, tout est incertain. Néanmoins on pourra sans doute bientôt pénétrer sur le territoire des Indiens insoumis de Chan-Santa-Cruz : car nous apprenons (janv. 1899) qu'un corps expéditionnaire mexicain d'une certaine importance se prépare à réduire lesdits Indiens dans leurs derniers retranchements.

L'intéressante île de Cozumel est à peine connue, ainsi qu'une partie de la région comprise entre Mérida et le Peten.

Cenotes. — Ce sont de grands puits ou cavernes souterraines pleines d'eau qui couvrent le Yucatan. Ils font croire à l'existence de fleuves souterrains alimentant ces cenotes : il faudrait le prouver. Parmi ces réservoirs d'eau, il faut noter ceux de Valladolid, de Bolonchen ou des Neuf-Fonts (N. de Campeche), celui visité par John L. Stephens, aux environs de riiacienda de Mucuyche, située entre Mérida et Uxmal. Ce cenote est terminé par une vaste et superbe grotte.

Ces cenotes, cette grotte et celles de Calcetoc et Lontum Bath, méritent d'être fouillés scientifiquement. Ces fouilles pourront sans doute fournir des vestiges sur les habitants primitifs du pays. On devrait pour ces explorations suivre la méthode employée par M. Henry C. Mercer {The Hill Caves of Yucatan. Philadelphia).

Histoire des migrations des Maya. — Les Maya, d'après leurs propres traditions, seraient venus au Yucatan de l'ouest et de l'est, du continent et

de la mer. Leur point initial semblerait être le nord-ouest de l'Amérique du Nord. Les Baloué-Bonon auraient lonçé les rives du Mississipi et celles du golfe du Mexique et laissé entre Tampico et Vera Cruz la tribu huastèque, qui carde encore des affinités linguistiques avec le Maya. L'autre branche Maya serait venue par mer, etaurait pris apparemmentson origine dans les régions de la Florida : cette tribu put s'embarquer, d'une part sur la côte nord-est de la Florida pour aboutir aux îles Bahamas ; de l'autre, selon toute vraisemblance, ils durent s'embarquera la pointe sud-ouest de la Florida (au cap Sable ou Pointe Tancha) pour aborder à Tîle de Cuba. Ces deux branches, celle des Bahamas et celle de Cuba, durent se rejoindre et aborder successivement au Yucatan en canots. Ces hypothèses vraisemblables peuvent être appuyées, pour ce qui est de la branche maritime maya, sur la connaissance qu'ils avaient de l'art nautique, sur leur habileté à construire de grandes barques pontées, sur les relations commerciales qu'ils entretenaient avec feurs voisins des Antilles, et, enfin, sur les divers mots usuels communs au maya et à différentes langues des Antilles. Ces hypothèses vraisemblables ont besoin néanmoins de bases plus solides et palpables, si possible. — Il y aurait lieu de faire des fouilles méthodiques des tertres de rUtzumatzinta et des terramares de la péninsule yucatèque, et de comparer leur contenu avec celui des fameux « mounds » du Mississipi, avec lesquels, parait-il, ils ont de nombreux points d'affinité.

Les Maya, en vue de leurs relations fréquentes commerciales avec les Caraïbes des Antilles et surtout de Cuba, ne seraient-ils que des Caraïbes, comme le prétend Agassiz, ou bien des Caraïbes civilisés par les Tolteca, comme l'avance Désiré Charnay? C'est à voir.

Enfin, une autre théorie, celle de M. Conrado Ferez Aranda (p. 356, Cong. int. des Américanistes, 1893) veut que les premières immigrations au Mexique des peuples de filiation maya vinssent par le sud-ouest, par Chiapas, provenant d'Asie par la voie maritime, c'est-à-dire par le courant septentrional du Pacifique.

Quelle elst la véritable théorie de toutes les précédentes?

Yucatan, berceau hypothétique de la plus ancienne civilisation. — Le D"" américain Augustus Le Plongeon ayant déduit d'anciens documents k'kitché (du Guatemala) que l'éden biblique aurait été situé au Yucatan, que l'Amérique centrale, partie louchant au Yucatan fut le berceau de la plus ancienne civilisation du monde, que l'alphabet grec ne serait que Thistoire de la destruction de l'Atlantide, qu'Adam aurait été le Yucatèque King Kan, Caïn, Aac et Abel, Coh, etc., il nous paraît de toute utilité pour les nouveaux adeptes de l'américanisme que ces légendes soient complètement détruites par des arguments sérieux.

Archéologie. — Le Yucatan est couvert de ruines remarquables, de temples,

palais, forteresses, etc., parmi lesquelles on peut citer Uxmal, Chichen-itza, Izainal, Aké, Mayapan. Le plus grand nombre des explorateurs et savants leur attribuent une très liante antiquité qu'on ne peut apprécier. D'autres au contraire leur donnent une date de fondation intercolombienne et même postcolombienne. Ces questions ont besoin encore d'être résolues. Savoir qui en forent les constructeurs serait résoudre en partie ces problèmes.

Que conclure de- la découverte récente faite par M. Bolio, aux ruines de Ghichen-Itza, de sept belles statues, dont une d'apparence chinoise?

A propos d'Uxmal, ou couvent « de las Monjas )> M. Leopoldo Batres (p. 272, compte-rendu du Cong. int. Américanistes, 1895) attribue sa fondation aux Zapoteca et Ed. Seler aux Maya. Qui des deux a raison?

Il faudrait que des Américanistes patients s'attachent chacun à une ruine spéciale, et l'étudient à fond. Le résultat de ces travaux isolés et leur groupement donnerait le but désiré. Mais il faudrait beaucoup de ces savants ; car, d'après H. H. Bancroft « on connaît déjà plus de 60 groupes de ruines court sidérablcs au Yucatan. Combien d'autres en existe-t-il encore dans le « pays des Maya indépendants ! A peine le Yucatan a-t-il une ville, un « bourg, une demeure isolée qui n'offre dans ses constructions des restes de « ^pierres sculptées. » Et Bancroft ne cite pas les ruines à cheval sur la frontière peu connue du Yucatan et du Guatemala.

Il reste en outre à explorer : la partie du littoral de Tulum, celle de la baie de Chetumal où se trouvent des temples (?) de dimensions lilliputiennes, domaine des Indiens libres dp Santa Cruz qui n'y laissent pénétrer aucun blanc; enfin tout le territoire compris entre Mérida et Belize.

De même il y a encore de nos jours des chroniques légendaires curieuses, en langue maya, connues sous les noms de livres de Ghilan Balam de Nabula, Chumayel, Kaua, Mani, Oxkutzcab, d'Ixil, de Tihosuco, de Tixcocob, etc.

Le passage suivant du Bul. Soc. Géog, Paris, l^^ trim. 1890, p. 36, relatif à l'exploration esquissée de Belize à Santa Cruz par M. W. Miller, attaché aux levés du Honduras Britannique en 1889, donnera une idée des difficultés actuelles pour visiter le Yucatan oriental : « Dans le village de (( Tulura, où il ne réussit pas à se faire conduire, se trouve une croix célèbre où, « dit-on, Dieu lui-même adresse la parole aux hommes. Là fut massacré un « ecclésiastique du Yucatan qui s'était risqué à venir évangéliser les populations « de la côte. Les Indiens n'aiment pas à être interrogés, et c'est à grand peine « que M. W. Miller obtint d'eux quelques renseignements sur la contrée. »

Pas un de ces documents n'a été publié, ni même entièrement traduit en une langue européenne. Ce sont des mines très riches à exploiter dans l'avenir parles archéologues et liniî;"uistes. On ignore généralement les noms des auteurs de ces chroniques.

Une question capitale pour l'archéologie yucatèque et surtout pour l'in-

terprétation des signes des documents historiques ou mieux préhistoriques n'a pas encore été toisée : il s'agit de savoir à partir de quel âge ou de quelle époque les Maya comptaient le grand cycle (Ahau Katun). Embrassait-il 20 ou 24 ans? On Tignoré. Les autorités espagnoles, s'appuyant sur 4 ou 5 livres de Chilan Balam, inclinent pour 20 ans. Pio Ferez, au contraire, est d'avis que ce cycle était de 24 ans, en se basant sur les Chilan Balam de Mani, Kaua, et OxkuUcab.

Le professeur Fœrstemann, dans son ouvrage sur le Codex Dresdensis, ne cherche pas à déchifîrer le sens des nombreuses petites figures attachées au signe principal et sans doute d'ordre phonétique r il laisse ce soin aux savants de l'avenir. D'après lui, l'écriture maya, idéographique en principe, emploie probablement un nombre de signes phonétiques fixes pour compléter les hiéroglyphes idéographiques. Les conclusions du professeur Cyrus Thomas {the Science^ New York, oct. 1892) dans son article « Is the'tnaya hieroglyphic writing phonetic? » sont peu satisfaisantes. Dans len* 505, p. 197- 201 du même journal, il déplore le manque d'indications relatives aux éléments mineurs phonétiques des hiéroglyphes maya.

Le D' Brinton trouve que, si l'interprétation des anciennes chroniques sur pierre et sur papier n'a pas fait de progrès depuis 1850, cet insuccès est dû :

1° à l'ignorance de la plupart des étudiants de la langue maya permettant de comprendre la portée des rébus composant ces inscriptions ;

2® au manque de définition exacte des principes d'interprétation de l'écriture ikonomatique. Ces principes sont extrêmement difficiles, ambigus et obscurs et peuvent décourager quiconque n'est pas doué spécialement pour la solution des énigmes. D'abord chaque identification est aussi embarrassante que l'effort pour déchifîrer un rébus artificiel. Pour corroborer cette difficulté du déchiffrement de l'écriture maya, M. Conrado Ferez Âranda (p. 330, Congrès intern. Amér,y 1893), fait cette juste et pénible remarque pour les Américanistes, que les alphabets actuels de la langue maya parlée de nos jours ne concordent aucunement avec les signes des monuments maya anciens. Mais on ne doit pourtant pas se désespérer quand on voit des savants patients tels que M. Hilborne T. Cresson, après avoir cité les quelques progrès minuscules obtenus dans ce déchiffrement ces dernières années (p. 326, Science du 16 juin 1893) conclure ainsi :'« L'écrivain est prêt à modifier l'une « quelconque des assertions qu'il a déjà faites, si l'on peut lui prouver qu'elles « sont fausses. Ou alors il trouvera dans le progrès de ses recherches qu'une « nouvelle évidence obtenue prouve l'erreur des premières suggestions. Ce n*est (( qu'ainsi qu'on peut diminuer le champ des erreurs et élargir celui de la vérité. »

Linguistique. — Y a-t-il lieu de faire un rapprochement entre le nom de Mani, ville détruite au Yucatan, avec le même mot de la langue misskito, du Nicaragua, qui signifie année, saison, hiver?

Nom précolombien de la péninsule de langue maya. — On ignore encore le nom donné à cette presqu'fle par la population autochtone précolombienne. Etait-ce Zipatan ? Chacnovitan ou Chacnohuitan ? Onohualco ? Ulumil ceh (prononcez kej) ? Ulumil Cutz ? Mayapan, qui signifiait drapeau des Maya (JUisioria de Yucalan par Fray Diego Lopez de Gogolludo, tom. I, liv. II, chap. i) ? Mayab, d'après Pio Ferez (Diccionario de la lengua Maya), Mayax, d'après le Dr. Aug. Le Plongeon = terre première ou primitive? Maya, d'après Tévèque Carrillo y Ancona (Esiudio Filologico, Mérida, 1890, part. II, p. 33) ? Yucalpeten, d'après le même auteur (ibid., p. 37)? Yucatan, d'après Bernai Diaz del Castillo (llisloria Verdadera de la Conquista de la Nueva Espantty Madrid, 1632, chap. vu), diaprés Antonio Velazquez de Bazan (Doc^^ ineditos de los Archivos de India, tom. XXII, p. 38), d'après Cristobal de Tapia (ibid., tome 26, p. 38)? Quel était le vrai nom de la péninsule ? Peut-être pourrait-on rechercher des raisons historiques et linguistiques pour prouver que toutes les dénominations que nous venons de citer avaient une raison d'être, suivant l'époque où elles ont été données et les diverses races qui occupèrent successivement le pays.

Le savant ami des Maya, M. Ed. Seler, avoue son ignorance dans la question (p. 450 Cong. lui. Ainér. 1895).

Paléographie maya, — On n'a encore pu déchiffrer les hiéroglyphes attribués aux Maya, qu'ils soient apposés sur la pierre ou le maguey, que ce soient des caractères calculiformes gravés sur les monuments, ou peints sur les quelques codices ayant échappé à la destruction des conquérants. Ces écritures ont fait pourtant l'objet des savantes et patientes recherches de nombreux américanistes, tels que Léon de Rosny , J. de Dios de la Raday Delgado, Cyrus Thomas, D. G. Brinton, Georges Raynaud, professeur Fœrstemann, EduardSeler,E.T. Hamy, H. Cresson, etc.. Mais aucun de ces savants, jusqu'à présent, n'a pu arriver à déchiffrer ces caractères d'une façon satisfaisante.

Pour ce qui est des détails suivants sur l'écriture et la paléographie maya, nous nous référons en grande partie à l'ouvrage lumineux « Essay of an americaûist » du célèbre professeur Brinton, pages 257 et suivantes :

On connaît beaucoup moins la civilisation yucatèque que celle de Mexico, faute de manuscrits maya. On connaît donc beaucoup moins bien le système d'écriture maya que le nahuatl.

On ignore comment et quand vint en Europe le fameux Codex Dresdensis ; on ne sait qui le vendit 'à Wien en 1739. L'origine du Codex Peresianus ou Codex Mexicanus n<'2 de la Bibliothèque Nationale de Paris est aussi inconnue.

Il existe encore quelques manuscrits maya importants dans des bibliothèques particulières. Tant qu'ils ne seront pas publiés, ces manuscrits n'auront aucune valeur. Il est à souhaiter que leurs détenteurs actuels se décident au plus tôt à les publier.

Langue maya. — « Nous ne pourrons jamais apprendre les ressources de la « langue maya, dit le professeur Brinton (p. 337, The présent status of ame- « rican linguislics Gong. int. Arch. Chicago), tant que ne sera pas imprimé « le dictionnaire écrit au couvent de Motul au milieu du xvi* siècle et dont il « existe deux manuscrits, dont Tun en mon pouvoir. »

Elymologie du mot Yucalan. — M. Félix Ramos Duarte soutient (p. 443 Cong, Int. Amer. 1895), que ce nom vient de:

Yu, perle; c, signe du pluriel avec additionnement; tan, vers l'orient ou oriental, c'est-à-dire notre perle orientale. L'auteur essaie de démontrer l'inanité des autres étymologies suivantes :

Yucalpeten, collier de cou de l'île (d'après l'évêque Carrillo y Ancona, ouv. cité, p. 37).

Matan cubi athan ma t natie a atan matan cauyi athan = nous ne comprenons pas votre langue ou vos paroles (d'après F. D. L. de Cogolludo, Hisl. Yucatan, tom. I, liv. II, chap. i).

Jolo quin atan = plus loin je vous dis, allez-vous-en (ibid.).

U yu c atan = ce sont les colliers de nos femmes (d'après Padre Zuûiga cité par Carrillo y Ancona).

Yuca =cassave (en espagnol), itlatli(pour tlalli) = terre (en nahuatl) (d'après Bernai Diaz del Castillo).

Nous ne voyons pas pourquoi une des dernières étymologies citées ne vaudrait pas celle de M. Ramos Duarte, malgré l'excellence de son étymologie.

Considérations générales sur le TERRrroiRE mexicain précolombien.

Origines préhistoriques des races mexicaines. — On ne sait si c'est au vi« siècle ou avant que les Nahua apparurent près d'Acolhuacan ou Tezcoco. Leur point de départ supposé aurait été HuehueTlapallan, ville ou contrée qu'on n'a encore pu localiser. On donne à ces peuples, pour ancêtres, et cela sans preuves à l'appui, ces fameux constructeurs de tertres (Moundbuilders), dont on ne connaît même pas le nom. Car celui-ci, qu'on leur a donné provisoirement, faute de mieux, est fort vague.

Ces constructeurs de tertres eux-mêmes venaient-ils du nord-ouest et de l'Asie par le détroit de Bering, comme le prétend la généralité des Américanistes, ou de la côte orientale de l'Amérique du Nord, comme le soutiennent quelques savants nord-américains, parmi lesquels le professeur Brinton ? Peut-on croire à l'existence d'une expédition chinoise maritime, qui au vu* siècle, aurait découvert le Mexique actuel ou la California? Cette expédition paraît problématique, quoique l'hypothèse de son existence soit soutenue par quelques savants. Les recherches de certains lettrés modernes chinois» tels que l'amiral Tchéou-Meou-Tchi, ancien gouverneur de l'île Formose, pourront

sans doute élucider ces questions concernant les relations préhistoriques de TAsie et de TAraérique.

La question des Toltèques (Tolteca) a passionné vivement les Américanistes ces dernières années. M. D. Charnay et autres savants mexicanistes sont d'avis que c'était une race à part qui a répandu la civilisation dans tout le Mexique méridional et une partie de l'Amérique centrale. D'autres auteurs, tels que MM. Brinton et Stoll, qui paraissent être dans le droit chemin, prétendent au contraire que les Toltèques et leur empire fabuleux doivent être considérés comme un mythe. Ce ne durent être qu'une branche des Nahua, les ancêtres de ces Mexica qui bâtirent Tenochtitlan en 1325. Ils auraient habité Tollan. Ce devaient être des commerçants étendant au loin leurs relations : et en même temps des artisans habiles inculquant aux peuplades qu'ils visitaient leurs goûts et occupations artistiques. De quelle façon cette influence pacifique se serait-elle fait jour? Est-ce à la suite des armées victorieuses de leur nation nahuatl? On l'ignore. Quels ont été les résultats de cette influence? Jusqu'où s'est-elle fait sentir? Ce sont autant de problèmes.

Qu'est^e que la tribu votanide des Vixtoti? on ne sait si ce mot vient de la langue maya ou du nahuatl. Pour les uns, il vient de la première de ces langues et signifie « montagneux », parce que cette tribu arriva au plateau central par les chaînes de montagnes delà Huaxteca. Pour les autres, ce mot vient d'un mot nahuatl altéré signifiant soit « oiseaux » soit « gens du sud » •

Peut-on adopter comme prouvée la théorie de M. Conrado Perez Aranda (p. 356, Congrès Inter. Améric.y 1895) consistant dans l'affirmation que toutes les tribus précolombiennes qui peuplèrent le Mexique le firent dans l'ordre chronologique suivant : les Otomi, les Maya, les Chichimeca, les Nahua et les tribus barbares du Nord (Apaches) ?

A propos des Otomi, le même auteur (p. 345/6) leur donne une origine asiatique, se basant 1® sur l'assertion du Père Najera (Fray Manuel de San Juan Crisostomo) dans son ouvrage intitulé : « De idiomate Othomiihorum » que cette langue et la chinoise ont de grands points de similitude ; 2** sur l'existence de communications ayant pu exister entre la Chine et le Mexique, d'un côté par la voie maritime des courants de l'océan Pacifique sur la California, et de l'autre par le détroit de Bering et la voie terrestre. Les races nahuatl et otomi manquent de dents canines et ont à la place une molaire. Le général Vicente Riva Palacio et le D' Sanchez n'ont pas, à mon avis, donné la raison de cette singularité. On ignore aussi la cause du vice de conformation du pelvis de la femme mexicaine. Doit-on attribuer ces cas au croisement des races mexicaines ou à toute autre cause? Quelles déductions faut-il tirer de la curieuse déformation en arrière et en haut du crâne commune aux habitants précolombiens du Mexique Central, d'une part, et à ceux des régions bolivienne de Tiahuanaco et argentine du Rio Negro ?

Traditions religieuses. — Le dieu Quetzalcoatl des Nahua et le Cukulcan des Maya étaient l'objet d'une grande vénération de la part des peuplades mexicaines. Il s'agirait de déterminer exactement les ruines de temples et édifices divers du Mexique (nord et sud) qui portent des traces de la représentation sur pierre ou autre matière de cette fameuse divinité. On pourrait ainsi retracer l'origine de cette légende. Palenke est-il un témoignage évident de son existence ? Ce dieu n'était-il qu'un blanc, qu'un Européen, un moine (papa) gaël, comme le prétend M. E. Beauvois et autres savants ? Ce réformateur serait-il venu par conséquent du nord-est de l'Amérique ?

Croix. — On n'a jusqu'ici qu'une preuve peu suffisante de l'existence d'une croix sur diverses ruines mexicaines. Car ce signe a été identifié par quelques savants avec le fameux signe swastika qu'on retrouve dans l'Inde, en Chine, et qu'on croit retrouver à Palenke et à Copan (Honduras).

Faut-il voir dans les signes gravés, peints ou sculptés sur monuments et pierres du Mexique précolombien, des vestiges de l'histoire primitive de la religion au Mexique ? Le disque solaire en pierre de Mexico (Voir A. Pefîafiel, Monumentos aniiguos de MexicOy vol. I, pi. 38), indique-t^il, comme le croit l'éminent sculpteur Emile Soldi (la Langue sacr^V,Paris,1897), le mouvement de l'astre et de ses rayons, comme celui représenté dans le frontal de la coiffe des femmes de Pont-Labbé (Bretagne) ?

Premiers hommes. — Peut-on identifier avec Adam et Eve, Oxomoco et Cipactonal, le premier homme et la première femme, qui auraient été créés par les dieux Quetzalcoatl et Huitzilopochtii ?

Industrie. — Le procédé employé par les orfèvres nahua pour fabriquer des figurines en or creux consistant en feuilles minces, sans aucune soudure, n'a pu encore être retrouvé de nos jours. Les plus habiles orfèvres modernes ne savent comment expliquer ce procédé.

Linguistique. — Nous ne connaîtrons jamais le nahuatl, dit le prof. Brinton (p. 337, compte-rendu, Congrès Int. Avch. Chicago) tant que ne sera pas publiée la grande histoire écrite en cette langue par le P. Sahagun, dont l'unique manuscrit se trouve à Firenze à la bibliothèque Médicis.

Le D*" Antonio Penafiel, après avoir (p. 92, compte-rendu. Congrès bit. Amer. 1895) donné une remarquable statistique des diverses langues parlées encore au Mexique, confesse que de beaucoup de ces langues il n'existe en 1895 ni grammaires ni même de vocabulaires. On pourrait combler cette lacune, si M. Penafiel disait quelles sont ces langues qui manquent de documents.

Paléographie non maya (Voir à l'État de Mexico).

Les codices qui existent encore sont en général d'une lecture difficile, même pour les paléographes mexicanistes les plus habiles. Ces difficultés proviennent souvent d'une pagination erronée de ces manuscrits et de l'ignorance où Ton est du côté par où Ton doit commencer leur lecture, soit de

gauche à droite, ou vice versa, soit de haut en bas ou de bas en haut. Quelquefois le commencement du codex occupe le centre.

Sous le titre Codex Becker n® 1 et le manuscrit du Cacique récemment publiépar M. H. de Saussure, le D' E.-T. Hamy étudie dans le n^ 4 du Journal de la Société' des Américanisles de Paris (1897) ce codex trouvé à Puebla et originaire de la Mixteca. Selon lui, la comparaison analytique minutieuse de chacune des figures du Codex de Darmstadt avec les figures correspondantes des autres manuscrits zapotèques déjà connus fournirait assez vite des résultats intéressants pour Tétude de la race mixteco-zapotèque et de ses affinités ethniques.

Que sait-on des documents originaux connus, peints sur agave? Connatton la date de publication et le nom de l'auteur des documents rarissimes suivants de la collection E.-E. Goupil?

le document n** 2, donnant la représentation en écriture figurative, avec explication nahuatl en caractères espagnols, des principaux traits de l'histoire chichimèque, depuis Xolotl jusqu'à Nezahualco ; le document n«» i en écriture figurative, soit codex en croix ou Annales de Cuauhtitlan, expliquant les 3 cycles ; ce document est peint par quartiers avec les caractères des années affectant une forme de croix ; la mappe Quinatzin, en 2 demi-feuilles, ayant trait à la civilisation tetzcucane, depuis la guerre tépanèque jusqu'à la restauration de la monarchie indienne.

On manque de données relatives à ces documents.

M. A. Penafiel ne connaît aucun document en langues tarasca ou mixteca concernant l'histoire des races qui les parlaient.

Le tonalamatl ou calendrier, appelé Codex Borbonicus, du Palais Bourbon, de Paris, a été consciencieusement étudié par le D' E.-T. Hamy (séances des 8 novembre et 6 décembre 1898 de la Société des Américanisles de Paris). Cependant ce document, d'une netteté extraordinaire, présente certaines lacunes, de l'aveu même du dit américaniste éminent. D'abord, les feuillets du commencement et de la fin du manuscrit font défaut : il faudrait les retrouver. La signification des 13 oiseaux qui y sont figurés est encore mystérieuse. Le jupon étoile qu'on y voit est-il la représentation de la voie lactée? Quelle déduction faire du signe chinois taïki que porte sur le front une déesse peinte dans ce Codex ?

Qquipu ou quippu . — Il serait bon d'établir une comparaison entre les cordelettes employées par les Mexicains et les Péruviens et les moyens mnémotechniques qu'ils offraient à ces deux peuples pour la transmission de leurs messages à longues distances. Consulter à ce propos le mémoire de M. E. Pihan au Congrès International des Américanisles de Paris, 1890.

Autres moyens graphiques. — Il est incontesté que les tribus de langues nahuatl et maya atteignirent le plus haut degré de développement graphique.

Mais connaissons-nous jusqu'où ce développement est allé? Parmi les documents brûlés, lacérés, détruits par les Espagnols, n'y en avait-il pas dont nous n'ayons plus de spécimens?

Êtymologies. — Plusieurs étymologies ont été présentées pour expliquer le nom de la tribu Chichimecatl, chichimèque. Aucune ne paraît être la vraie et définitive.

On ne peut s'expliquer comment la liqueur tirée du cactus maguey, jadis connue des Mexicains sous le nom de octli, ait pris depuis longtemps la désignation de pulque, nom d'origine araucane (E. Reclus).

Nous allons donner ci-bas quelques êtymologies de noms de localités mexicaines sur lesquelles planent encore des doutes, malgré les savantes explications de M. Teodoro Juarez(p. 294 compte rendu Gong. int. Amer. 1895) :

Callimayan signifierait = où sont les maisons alignées ou mises en clôture (d'après Orozco y Berra) ; lieu où se fabriquent des maisons (d'après Ant. Pefiafiel) ; (pour Callimanian)At mani = être plane, lieu situé en plaine (d'après T. Juarez) ;

Culhuacariy = montagne courbe (d'après Prieto Lecciones de historia patria) de cuUij aïeul, hua^ adjectif possessif, caw, suffixe de lieu, lieu où habitent les seigneurs qui ont un aïeul (d'après T. Juarez);

Hueliuetlapallan (nom de cette antique cité qu'on a, sans preuve, identifiée avec San Francisco de California), terre ancienne (d'après Prieto ouv. cité, p. 17), de huehiie^ vieux, tlapalli, indigo, aw, dans, sur ; dans les vieilles tlapàlerias; </apâ//ie, héros, vaillant, lieu où habitaient les vieux héros (d'après T. Juarez);

HuemaizUiy celui des grandes maisons (d'après Prieto) ;

Huemaizin (pour hueyiimatzm)^ de hueyi, grand, ima = 3« personne singulier et tei/i, désinence de respect (d'après T. Juarez);

JalapU (pour Xalapan), de xalli == sable, apan = rivière, rivière ensablée (d'après Macias, Geografia,p» 103);

Jalapa (pour xall-apa), de xalli^ sable, lia, abondance, pa, sur, « en el arenal » (d'après T. Juarez);

Tlacoparizzz lieu d'esclaves (d'après Macias, Geografia^p, 103), detlacotl^ vara ou jarilla, pan, suffixe, « en el jarillal » (d'après T. Juarez) ;

Tlacotalpan, de tlahco == moitié, tlalli, terre, p27t, sur; sur terre divisée en deux (Macias, p. 109); (pour tlacoilalpan de tlacotl, vara ou jarilla, tlalli^ terre, pan, sur; « en el jarillal » (T. Juarez).

Noms de localités caucasiennes de consonance nahuail. — Dans l'essai intitulé « Affinités asiatico-améncaines (p. 149/162 du Journal n* 3 de la Société des Américanistes de Paris, 1897), le grand voyageur Blanc parle du district caucasien situé dans des vallées élevées, presque inaccessibles, où coulent les affluents supérieurs du fleuve Souliak, tributaire de la mer Cas-

62 NOTES SUR L^MÉRIGANISME

pienne, au sud-ouest de Ternir. Chounsaq est la capitale de ce district et Kan- Choura en est une ville assez importante. D'après Dezobry, dans son Dictionnaire géographique, cette région est située entre rAksaï, à l'ouest, et le Koïm à l'est. E. Blanc cite les noms suivants de localités de cette région, ayant une consonnance nahuatl :

Dans la partie septentrionale Dans la partie méridionale

Tsilitl. ^'^ï-

Tlarata ou Xtlarata. Chounsaq.

Metlelta ou Mtletl. ^oan»-

Nigourch. Gort-Akaltsi.

Gagatl. Gortl-Kolo.

j^jjjjj^ Khololl ou Kholoxd.

Achilla ou Achixtl. Kodonll.

Betl. Nakitl.

Ikhali ou Icali. Tchondotl.

Itchitchali. Tlokh ou Xtlokh.

Nikoalita. Yelchlé.

Tchanko. Plus au sud dans les districts limitrophes

Tchinkat. Gogotl-Teletl.

Tchitl ou Tchixtl. Ouri-Tlakh ou Xtlatkh.

Ce district du versant nord du Caucase est habité par des Avars, Abars, Obars ou Obres. Est-ce le dernier débris des Avares classiques ? Ce territoire politique porte le nom d'Avarsky-Okrong. Cette peuplade se mêle peu avec ses voisins. Son nombre de 25,000 est en décroissance. Elle a pour chefs des Noutzal. Ce territoire, d'environ 1500 kilomètres carrés, est pauvre, montagneux, peu connu. Les facultés intellectuelles de ces Avars paraissent développées. Leur religion, l'islamisme, est mêlée de vestiges de cultes antérieurs non encore étudiés. Cette tribu est de race Lesghiz et se livre au brigandage. M. Blanc recherche les affinités américaines de cette peuplade et fait les trois suppositions suivantes :

1® une migration se serait produite d'Amérique au Caucase ;

2^ cette migration aurait eu lieu du Caucase en Amérique ;

3° deux migrations auraient eu leur région commune en un point intermédiaire et se seraient produites dans deux sens divergents, l'un vers l'Amérique, l'autre vers le Caucase.

La première et la troisième hypothèses paraissent seules soutenables à M. Blanc.

Ces recherches devraient pousser les savants connaissant le russe et le nahuatl à étudier à fond ces questions.

Colliers de pierre. — Brinton {Science, iO mai 1893) discute sur Tusage de ceux du Mexique oriental. Il n'aboutit à rien. Étaient- ils employés pour le jeu de balle tlachtli? Sont-ils distincts de ceux de Puerto Rico ?

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