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I. Revue des Deux-Mondes^ i5 mai

LE SPORT A TRAVERS LES AGES l5l

L*Espagne et Fllalie du Nord ne sont point trop en retard et Vienne s'est offert, en plein Prater, un cercle sportif qui réunit, autour d'un luxueux bâtiment, jusqu'à un champ de foot-ball et des pistes de courses à pied. La Belgique et la France ont vivement rattrape le temps perdu. Quant aux Etats-Unis, longtemps réfractaires, ils ont, depuis la guerre de Sécession, ouvert leurs portes à deux battants. La bicyclette sillonne les deux mondes et dans chaque pays, s'établissent des fabricants d'objets sportifs qui, en général, ne se plaignent pas de faire de mauvaises affaires.

Quels sont, dans le monde moderne, ceux qui font du sport et pourquoi en font-ils ?

Pour le mieux déterminer, il est bon de faire abstraction des souvenirs antiques et de regarder simplement autour de nous. Cet instinct sportif, dont je parlais tout à Theure, ne sommeille pas en chacun de nous pour s'éveiller au premier appel. Peut-être même est-il impossible de le faire naître là où il n'existe pas en germe. Gardez-vous de le considérer comme une prolongation de ce besoin de remuer, de cette tendance à se dépenser qui sont innés chez Tenfant. Il apparaît seulement avec l'adolescence et parfois même aux approches de la virilité ; il n'est ni une preuve de santé ni la manifestation d'un surcroît de force constitutionnelle. J'ai observé, en maintes cir-

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constances, déjeunes enfants qu'on avait systématiquement habitués à la pratique des différents sports, ou bien des adolescents sur lesquels avaient agi soit l'exemple de camarades influents, soit le désir de briller dans des concours ou d'y récolter des applaudissements — ou bien encore des jeunes gens vigoureux, agiles, bien découplés, ayant paru goûter l'entraînement forcé du régiment. Ni les uns ni les autres n'avaient acquis de la sorte l'instinct sportif qui leur manquait et dès qu'avait cessé l'action tout extérieure et artificielle — persuasion ou contrainte — à laquelle ils obéissaient, ils avaient délaissé des exercices qui, sans leur déplaire, ne répondaient cependant en eux à aucun besoin, à aucune impulsion irrésistible. Or cebesoin, celte impulsion se font jour fréquemment chez des individus placés dans des conditions absolument inverses, c'est-à-dire n'ayant eu ni par éducation, ni par camaraderie, de contact avec le sport — et doués d'ailleurs de moyens physiques très imparfaits.

Une autre observation que je n'hésite pas à formuler quand bien même elle contredit une opinion très répandue — c'est que la plupart des sportifs sont des gens occupés ; je ne dis pas des intellectuels ou des hommes mentale-

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ment supérieurs aux autres : cela serait absurde. Quand Bourget a écrit que le mariage de la haute culture et des violents exercices physiques était « fécond en splendeurs viriles », c'est du caractère qu'il a voulu parler et non de rintelUgence. Sans doute, l'exercice physique cclaircit le cerveau en fournissant au travail cérébral un utile contrepoids, mais pourquoi et comment ferait-il davantage? Restituer aux muscles, dans l'équilibre humain, leur rôle trop longtemps méconnu, ce n'est pas les égaler à la pensée dont ils doivent rester les humbles serviteurs. En réponse aux exagérations d'un publiciste qui s'inquiétait naguère de faire rendre « au muscle, les honneurs souverains », il n'est peut-être pas mauvais de rappeler, en passant, que les honneurs souverains ne sont dus qu'à l'Esprit.

Mais la constatation de ce fait que les sportifs sont le plus souvent des gens occupés, ne nou& entraîne pas si loin ; il s'agit ici d'employés, d'hommes ayant une carrière, une profession, parfois même exerçant un métier manuel : ces derniers ne sont pas les moins ardents. En Angleterre, les soldats consacrent volontiers au sport leurs heures de récréation ; de nombreux ouvriers, mineurs ou autres, en font

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autant : on ne peut pas prétendre que les uns et les autres y soient incités par leur genre d'existence, car cette existence n'est ni sédentaire ni exempte de fatigue musculaire. D'autre part, ce n'est pas une affaire de race car, aux Etats-Unis, où les milieux sont très mélangés au point de vue de la race, les mêmes observations peuvent être faites. Enfin, il semble que, sous ce rapport, l'Europe continentale doive confirmer plutôt que démentir l'expérience anglo-saxonne ; en France, en Belgique, en Allemagne on relève des faits qui le donnent à penser. Ne serait-on pas en droit de conclure alors, que le sport est une des formes deVactivité, qualité qui ne dépend ni de l'intelligence, ni de la santé et qui est loin d'être universelle, mais à laquelle la civilisation moderne sert d'aiguillon, en lui procurant des occasions multiples de s'utiliser.^

Pour fixer, toutefois, d'une manière plus exacte, la nature de l'attrait qui opère sur cette catégorie d'actifs, il est bon de passer en revue les différentes formes du sport et d'essayer de les distinguer psychologiquement, car on oublie

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trop souvent que le terme général (( sport »

englobe des exercices fort dissemblables et qu'on a même fini par l'étendre au fait d'aimer le sport d'un amour tout platonique ; c'est ainsi que sont qualifiés « hommes de sport »

ceux qui possèdent des écuries de course ou s'y connaissent en chevaux, sans pour cela s'adonner le moins du monde à l'équitation.

Psychologiquement, les sports se ramènent à deux groupes principaux : les uns sont des sports d'équilibre ; les autres, des sports de combat. Le mot équilibre est pris ici dans le sens d'entente, d'harmonie. L'aviron, le patinage, l'équitation, la bicyclette, le tennis, la gymnastique aérienne sont des sports d'équilibre tandis que l'escrime, la boxe, la lutte, la natation, l'alpinisme, le foot-ball, l'automobilisme, l'aérostation sont des sports de combat. Une brève analyse légitimera cette classification peut-être inattendue.

Prenons l'aviron. Le rameur novice, dans sa yole à bancs fixes, peut éprouver de la satisfaction à vaincre la double résistance que lui opposent l'élément liquide et sa propre maladresse, mais dès qu'il aura acquis assez d'expérience pour pouvoir monter un bateau de course à bancs mobiles, une impression nouvelle se

fera jour. Son état physiologique est alors modifié ; une sorte de classement des muscles s'est opéré : ceux qui ont un rôle déterminé à jouer demeurent en action ; les autres, inutiles et qui, par leur zèle ignorant, ne faisaient d'abord que gêner la manœuvre, retombent au repos ; la résistance de l'eau s'affaiblit graduellement et l'entraînement, bientôt, la réduira à un minimum. Quel est alors « l'état d'ame » du rameur .^^ Quelle est la source du plaisir qu'il éprouve? Ce plaisir réside presque exclusivement dans l'harmonie mécanique qui s'établit entre lui et son bateau, dans le rythme qui règle sa nage, dans la régularité absolue de l'effort, dans la proportionnalité heureuse de la dépense de force avec l'effet obtenu. L'homme devient une machine, mais une machine qui continue de penser et de vouloir et qui sent la vigueur se produire en elle, se condenser et s'échapper avec la même précision mathématique que s'il s'agissait de vapeur ou d'électricité. Il y a là une sensation saine à coup sûr et d'une extraordinaire puissance ; on s'en grise parfois. Tout rameur a éprouvé cela et se souvient comme de réveils désagréables, des légers accrocs qui interrompent son rythme, troublent l'harmonie de sa course : une pelle d'aviron prise

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dans les herbes, une secousse maladroite donnée par un camarade distrait, une fausse manœuvre du barreur : Tembarcation ne s'arrête pas pour si peu, mais celui qui la monte perd soudain la notion de Téquilibre qui le charmait.

Même recherche inconsciente d'équilibre dans Téquitation. Sans doute Thomme entre fréquemment en lutte avec le cheval et cette lutte rintéresse, d'autant mieux que l'intelligence s'y combine avec la force. Pour inférieur qu'il soit dans l'échelle des êtres, l'animal n'en a pas moins son idée et tient à la faire prévaloir. Toutefois, si la lutte se prolonge, le cavalier se lasse et proclame sa monture vicieuse, ce qui veut dire, très souvent, qu'elle est indomptable. Et ce n'est pas seulement sous le rapport utilitaire que le cheval « vicieux » a perdu de sa valeur, c'est également au point de vue sportif. Ce pourra être un plaisir pour des jeunes gens hardis, que le danger aiguillonne, de se mesurer avec lui, comme c'en est un pour les cowboys de réduire des chevaux sauvages sur les ranches d'Amérique, mais personne ne pensera que cette bataille constitue

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le dernier mot de réquitation, ni la meilleure des jouissances qu'elle peut procurer. Un auteur yankee a décerné au cheval ce bizarre éloge : (( il donne à l'homme la sensation d'avoir quatre jambes ». Buffon n'eût pas trouvé cela sans doute. Mais l'idée est juste et exprime, sous une forme nouvelle, quelque chose de fort ancien. L'imagination antique avait créé l'homme à quatre jambes, le centaure, en lequel elle se plaisait a symboliser le sport hippique à son plus haut degré de perfection — à ce point précis où les muscles du cheval semblent le prolongement de ceux de l'homme tant ils s'accordent et se complètent. La civilisation moderne n'a point modifié cet idéal équestre : il est resté le sien. Si le débutant s'amuse parfois de la dureté des réactions qui menacent sa stabilité, le cavalier accompli est joyeux de ne les point sentir et, par son art, d'affaiblir jusqu'à l'annihiler totalement, la notion des (( solutions de continuité » qui existent entre lui et sa monture.

Pour le patinage, à peine est-il besoin d'insister, puisque le patineur est, par excellence, un équilibriste. On peut remarquer toutefois que l'équilibre matériel qui, en lui, s'établit et se rompt sans cesse, ne suffit pas à le conten-

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ter ; il veut être en harmonie avec la glace et réaliser ainsi cette perfection rythmique qui fait du patinage, selon une expression charmante (( la mélodie du mouvement ». J'oserai presque dire qu'il lui faut davantage encore et que, pour être complet, son bonheur exige un accord intime avec le paysage. Les grands bois dépouillés, la neige aux reflets bleus, le soleil rouge dans la brume, les silences de la nature endormie lui deviennent nécessaires. Mais ce sont là des subtilités septentrionales que peutêtre les habitués parisiens du « Palais de glace » ou du (( Pôle Nord » n'ont jamais ressenties, hypnotisés qu'ils sont par le désir d'arriver à tracer sur la surfrfce lisse leur initiale ou leur paraphe. Au patinage, il convient d'assimiler les courses rapides sur la neige, les pieds armés de ces larges raquettes canadiennes appelées snow-shoes ou bien des skis, longs patins de bois, chers aux Scandinaves. Du reste, le Canada et la Scandinavie n'en ont plus le monopole. Les (( sports de glace » qui progressent et se perfectionnent continuellement ont, à présent, un quartier général à Saint-Moritz dans l'Engadine et ils font des conquêtes jusqu'en Transylvanie. C'est encore l'équilibre qui est la base du cyclisme ; il s'y nuance à l'infini, depuis la

bonne bicyclette que Thonnête bourgeois ventru enjambe en l'inclinant, jusqu'au monocycle qu'un clown seul sait manœuvrer. Gomme son frère le patineur, le cycliste inconsciemment copie l'oiseau. Son idéal est de supprimer la pesanteur ; pour cela, il lui faut ne plus sentir les frottements de la machine, ni les déplacements de son propre centre de gravité. L'industrie moderne lui livre des montures si parfaites qu'elles ont, en quelque sorte, leur individualité, leur tempérament; c'est à lui de développer, en s'en servant, son agilité et d'atteindre ainsi le maximum d'équilibre qu'il peut réaliser. Au gymnase, bon nombre d'exercices réunissent les mêmes éléments psychologiques ; entre l'homme et son trapèze volant il y a aussi une harmonie intime

Combien différents sont les sports de combat : non point seulement la lutte et l'escrime ou la boxe, qui «ont des formes de la lutte, mais aussi la natation où l'adversaire est une chose. On dit d'un homme : il nage comme un poisson . Mais rien n'est moins exact. Le poisson se meut normalement dans l'eau, comme l'être

humain sur le sol. La natation n'est pas normale. C'est un combat avec un élément hostile qui est le. plus fort et qui aura le dernier si l'on ne se soustrait pas à son étreinte, en temps voulu. La force des vagues rend sans doute le spectacle plus émouvant, mais l'onde la plus douce et la plus calme n'enlève pas au sport ce caractère combatif qui est son essence et fait son charme.

La bataille que le nageur livre au flot, l'alpiniste la livre à la montagne. On s'en aperçoit rien qu'à surprendre le regard dont il la mesure d'en bas, avant de commencer à en gravir les pentes. En effet, sous son masque impassible, elle va se défendre contre lui comme un adversaire vivant, l'égarant, le mystifiant, lui opposant une série déconcertante d'obstacles : d'énormes rochers à escalader, d'interminables pentes neigeuses à parcourir. Et ce ne sont là que les préliminaires. Elle tient en réserve, pour le perdre, d'épais brouillards qui l'envelopperont, des crevasses profondes qui s'ouvriront sous ses pas, de lourdes avalanches qui chercheront à l'entraîner dans leur course foudroyante ; elle tentera de le terrasser par le vertige, par la bise et par le froid; et lui, ne yaincra que par une virile combinaison d'éner-

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gie bien distribuée, de sang-froid voulu et de ferme prudence. Certes, c'est bien là une bataille et de la catégorie la plus moderne, de celles que gagne la stratégie et non la fougue. j

Je note encore Tinstinct combatif dans certains sports ayant, pourtant, ceci de particulier que l'homme semble y demeurer plus ou moins passif, en face de la force qu'il a déchaînée et -i

dont parfois il cesse d'être le maître. Exemples : le yachting à voile, le tobogganing, Vice yachting, Taéîoslation et, provisoirement au moins, l'automobile. Le toboggan est le traîneau dont se servaient les Indiens pour y entasser le produit de leur chasse et qu'ils tiraient après eux à travers les forêts du Nouveau-Monde. Les (( Visages Pâles )) en ont fait un instrument de locomotion vertigineuse, pour lequel on prépare aux flancs des collines neigeuses de longues pistes glacées. 11 va de soi que rien au monde ne peut arrêter le toboggan, une fois lancé sur ces pistes. Quant à Vice yacht qui s'appellerait plus justement « patin à voile », il est formé de deux traverses de bois placées à angle droit ; aux extrémités de la pièce transversale, deux lames de métal mordent la glace ; à l'extrémité postérieure de l'autre pièce, une troisième lame qui s'incline à volonté sert de gouvernail. Près de

riatersectioii des deux pièces s'élève le mât portant la voilure. Les passagers s'arriment de leur mieux au mât, la voile est hissée et la machine se met en mouvement. Telle est sa légèreté, que la vitesse s'accélère jusqu'à devenir une course folle, invraisemblable, coupée de zig zags et de bonds fantastiques pendant lesquels on perd, naturellement, toute action sur le gouvernail. Ces sports impliquent presque tous une lutte contre la nature, un défi. De l'aérostation encore pleine d'inconnus et de dangers, on ne peut guère parler; ce qu'Horace disait des premiers navigateurs ! . . .

« Aes triplex circa pectus erat »

est applicable aux premiers aéronautes ; mais il est possible que, dans l'avenir, des découvertes nouvelles permettent de circuler par air avec facilité et sécurité. Le ballon deviendra alors un moyen de locomotion comme l'automobile dont le caractère sportif est tout provisoire. Un tricycle à pétrole donne aujourd'hui à celui qui le monte des sensations neuves : la puissance et l'obéissance de sa monture le charment, la vitesse le grise, le maniement de la machine l'amuse, — toutes choses dont la génération suivante négligera de s'apercevoir, tant elle s'y

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sera habituée physiquement et moralement. Au contraire, un fleuret, un trapèze ou un aviron ne cesseront jamais d'être des instruments de sport.

Les jeux ofirent également des contrastes. En général les jeux de balle rentrent dans la catégorie des sports d'équilibre ; d'abord par les attitudes elles-mêmes. C'est ce qu'exprime si bien le conseil qu'un joueur de Longue-paume donnait à son élève : (( Appuyez-vous sur la balle )), lui disait-il — ensuite par la succession rapide et l'imprévu des mouvements. Il ne s'agit pas de répéter le même geste, mais de se tenir prêt à exécuter celui qui s'indiquera et de pouvoir l'exécuter avec précision et par conséquent avec retenue*. Le foot-ball au contraire est un

I. C'est; à mon avis, cette « retenue » qui dans les jeux de balle amène une fatigue souvent hors de proportion avec la force musculaire dépensée, parce qu'elle implique une assez grande dépense de force nerveuse. L'effet se produit avec bien plus d'intensité encore dans l'assaut de fleuret. Mon savant ami, le D»" Fernand Lagrange, a attribué au rôle que joue le cerveau dans la combinaison des coups, l'espèce de dépression nerveuse, cérébrale, qu'il a notée, après l'assaut, cbez beaucoup d'escrimeurs et qu'il a contrôlée sur lui même. Depuis lors, j'ai cru m'apercevoir que cette dépression déjà moindre avec

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sport de combat ; la bataille y est même collective, ce qui suffit à faire comprendre comment les Américains ont pu faire à cet admirable jeu l'application d'un principe de stratégie napoléonienne et comment un officier général anglais a pu me dire qu'il y avait dans tout bon capitaine de foot-ball Tétoffe d'un futur chef d'armée. Son enthousiasme d'ailleurs l'égarait et de récents événements contribueront sans doute à le lui faire voir. Le polo qui se joue à cheval, le hockey qui se pratique souvent sur la glacé, le water-polo qui est une sorte de ballon aquatique, participent des caractères que j'ai attribués à l'équitation, au patinage, à la natation. Dans la chasse, il faut distinguer le tir qui est affaire d'équilibre et la poursuite du gibier qui est une lutte... Du reste, je ne veux pas, en continuant indéfiniment cette analyse, lui donner plus d'importance qu'elle n'en a. Je n'ai insisté sur cette classification psychologique des sports que parce qu'elle m'a semblé rendre plus intéressant et plus compréhensible un sujet, jusqu'ici peu étudié , et aussi parce qu 'elle détruit la distinction ,.

Fépée, devenait presque nulle avec le sabre, le poing (boxe) ou le bâton. Précisément de toutes les armes, le fleuret est celle qui exige le plus de « retenue » dans le bras, dans la main et même dans les jambes.

un tantinet prud'hommesque, entre la force et l'adresse, dont il est ordinairement fait mention dans les discours de distributions de prix. On recommande aux « jeunes élèves » de cultiver l'une et l'autre. En réalité, il n'y a pas d'exercice dans lequel la force et l'adresse ne soient combinées et parfois, malgré les apparences, à degré égal. La plupart du temps, l'adresse consiste même à bien distribuer la force et c'est ce qui fait que, tantôt, le public n'aperçoit qu'elle et que, tantôt, il ne l'aperçoit pas du tout. Dans le travail des poids, par exemple, le spectateur ne peut saisir l'instant où intervient le « truc » pas plus qu'il ne se rend compte dans la lutte des ingénieuses applications que fait le lutteur des lois de la mécanique. Il n'y a pas de bon boxeur sans adresse ni de bon patineur sans force. Force et adresse ne sont, en somme, que des apparences. Equilibre et combat sont des instincts.

Je voudrais indiquer maintenant quels sont, à mon sens, les effets psychologiques du sport sur ceux qui s'y adonnent. De nos jours on en étudie avec grand soin les effets physiologi-

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ques. Des expériences curieuses se poursuivent qui éclaireront complètement la question. Mais le côté psychologique est demeuré dans Tombre. Loin de ma pensée, l'ambition de faire toute la lumière sur un sujet aussi délicat. Je me borne en tout ceci à exposer, à titre documentaire, le résultat d'observations personnelles.

Tout d'abord il faut se rappeler que la physiologie et la psychologie ont des frontières communes imparfaitement délimitées. Un des principaux effets physiologiques des sports est de discipliner, de classer les muscles. A l'appel d'un débutant, un grand nombre de muscles entrent en action, qui n'ont presque rien à voir dans la manœuvre demandée. Par leur ardeur, maladroite, ils la gênent et la font échouer. Ce n'est que peu à peu qu'on leur persuade de se tenir tranquilles. En fait d'exercice physique, la gaucherie provient, huit fois sur dix, d'un excès et non d'une insuffisance d'actionnement musculaire. Elle disparaît à mesure que se complète l'éducation des muscles. Alors, les mouvements deviennent certains, le geste est assuré, le regard s'accoutume à des évaluations de distances exactes et rapides. Un peu de cette assurance et un peu aussi de la persévérance qui est nécessaire pour l'acquérir, remon-

tent jusqu'à Tâme. Je crois qu'en général le sport donne à ses adeptes, toutes choses égales, d'ailleurs, quelque clarté de plus dans le jugement, quelque ténacité de plus dans l'action. Mais parvient-il à fortifier le caractère et à développer ce qu'on pourrait appeler la musculature morale de l'homme? Voilà sans doute la question fondamentale.

Au premier abord on est tenté d'étabhr desdistinctions, de répondre : oui, dans certains c^s et non dans d'autres. Semble-t-il possible, par exemple, de comparer moralement un alpiniste avec un joueur de tennis, ou même un boxeur avec un patineur?... Il y a des sports, qui côtoient sans cesse le danger; tels l'équitation ou la natation ; il en est comme la boxe qui exposent non votre vie, mais votre peau et, suivant la spirituelle expression du D"" Lagrange, combien ont peur pour leur peau qui ne trembleraient point pour leur vie ! Enfin d'autres, comme l'escrime, suggèrent le danger^ L'arme qui vous menace a beau avoir été rendue inoffensive par le mouchetage, vous Técartez avec autant de prestesse que la pointe véritable qu'elle simule. De tels exercices paraissent faits pour agir sur le moral, avec une tout autre intensité que ceux auxquels on peut

se livrer sans courir le moindre risque et sans même éprouver la notion d'un risque possible. Il est certain qu'ils impliquent du courage et du sang-froid, mais un courage et un sangfroid circonstanciels. La chose, à y réfléchir, ne peut surprendre, car n'est-ce pas le cas de beaucoup de métiers manuels ? Le couvreur parisien déploie dans l'exercice de sa profession un sang-froid remarquable et, pour porter ses lourds fardeaux, il faut à un coltineur beaucoup de courage. Est-ce à dire que ces qualités continueront de se manifester chez eux, après que le premier sera descendu de son toit et que le second aura déposé son sac ? Il est impossible de le prétendre. La vie est remplie d'exemples analogues. Nous acquérons, avec une facilité relative, les qualités qui nous sont nécessaires pour accomplir un acte donné. L'obligation ou la fantaisie les font naître et l'habitude les fixe en nous ; mais elles y demeurent en quelque sorte localisées ou plutôt spécialisées. Elles se manifestent dans des circonstances données, pour un but donné — toujours les mêmes. Le difficile est de les étendre à toutes les circonstances, à tous les buts. Pour cela il faut substituer la volonté à l'habitude.

La volonté I voilà ce qui féconde le sport et le transforme en un merveilleux instrument de (( virilisation ». Dans les métiers que je viens de citer ou dans d'autres du même genre, la limite de l'effort utile est assez vite atteinte. Il n'est pas nécessaire et il peut être imprudent de tenter davantage. A quoi bon ?

Un travailleur intelligent vise à fournir le plus de besogne possible dans le moins de temps et avec le moins de fatigue possible. Le sportsman demeure étranger à toute préoccupation utilitaire. La tâche qu'il accomplit, c'est lui-même qui se l'est assignée et, comme il n'est pas obligé pour gagner sa vie de la recommencer le lendemain, le souci de se ménager lui est épargné. Il peut ainsi cultiver l'effort pour l'effort, chercher les obstacles, en dresser lui-même sur sa route, viser toujours un degré au-dessus de celui qu'il doit atteindre. C'est ce qu'exprime si bien la devise choisie par le Père Didon pour ses élèves d'Arcueil, groupés en Association athlétique. « Voici, leur avait-il dit, le jour de leur première réunion , voici votre mot d'ordre : citius, altias, for lias : Plus vite, plus haut, plus fort I »

Par là nous sortons presque du sport pour atteindre les régions philosophiques. Ce langage n'est pas nouveau. C'est celui des stoïciens de tous les temps. Les gymnases grecs ont sans doute retenti fréquemment de paroles analogues dites par d'obscurs disciples des grands penseurs et répétées par de simples maîtres de gymnastique, qui ne croyaient pas que cette recette de virilité dût jamais être perdue pour des peuples civilisés.

L'antiquité en fît un usage abondant, cela est certain ; mais de nos jours s'en sert-on ? Est-elle même applicable à notre civilisation présente faite de hâte fébrile et d'âpre concurrence ? Et le sport qui nous est revenu de si loin, après une éclipse si longue et si absolue, n'a-t-il pas complètement changé de caractère ? Ne tend-il pas à se confondre avec l'usage d'instruments de locomotion de plus en plus perfectionnés? Est-ce bien là ce même athlétisme dont la portée morale était sans cesse proclamée et dont le mot d'ordre du Père Didon tendrait à rétablir la formule ?

A ces questions le temps donnera une réponse définitive ; mais déjà il appert que si les formes sont en partie nouvelles, l'esprit est demeuré le même. L'instinct sportif est tou-

LA PSYCHOLOGIE DU SPORT lyS

jours inégalement distribué : ne Ta pas qui veut. Et parmi ceux qui Tont, tous ne vont pas jusqu'au bout de ce qu'il peut donner.

Tous n'y cherchent pas la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre. Ceux-là, pourtant, me semblent plus nombreux qu'on ne croirait au premier abord. De sorte qu'on en peut tirer cette conclusion, qu'aujourd'hui comme jadis, la tendance du sport est vers l'excès ; il vise plus de vitesse, plus de hauteur, plus de force... toujours plus.

C'est son inconvénient, soit! au point de vue de l'équilibre humain ; mais c'est aussi sa noblesse — et sa poésie.

Ce que nous appelons aujourd'hui la (( gymnastique » est née au cours du xix® siècle d'un double phénomène ; la transformation de Tart militaire et le progrès des sciences. La guerre moderne réclame des collectivités disciplinées plutôt que des individualités puissantes. C'est le principe qui, depuis léna, a guidé la Prusse dans Tœuvre de son relèvement et la préparation de sa revanche. D'autre part des hygiénistes, dont le plus connu fut le Suédois Ling, voyant le corps humain livrer successivement les secrets de son organisme, conçurent ridée de lui faire atteindre artificiellement son plus haut degré de perfection. Ainsi, se créèrent en Allemagne, la gymnastique à tendances spéciales, à l'aide de laquelle on prépare des soldats et en Suède, la gymnastique a ten-

LA GYMNASTIQUE lyS

dances locales par laquelle on poursuit le rétablissement ou la consolidation de la santé.

Nous avons vu réchec de Basedow dans sa fondation de Dessau. En 1784, son disciple Salzmann créa, sur un plan similaire, une école près de Gotha ; c'est là que, de 1785 à iSSg, enseigna Guis Muths. Aux premiers jours de son apostolat, Guts Muths définissait son système (( un travail en plein air pour la récréation et le plaisir de la jeunesse». Plus tard ille définit : « un ensemble d'exercices tendant à la perfection corporelle». Plus tard encore il déclara que « la vraie gymnastique doit être basée sur la physiologie et tout mouvement, réglé d'après les particularités physiques de l'individu ». On saisit la gradation et par là, l'évolution des idées de Muths. Mais, chose curieuse, sa gymnastique n'évolue pas en même temps que ses idées. C'est l'esprit qui change et non la forme. Les exercices qu'il fait exécuter à ses élèves sont de vrais sports ; le saut à la perche, la course, la lutte, le travail des poids. Quelques marches rythmées et des (( balancements » indiquent seuls la voie nouvelle qui va s'ouvrir.

Dès i8o4, Guts Muths avait attiré Tattention du ministre prussien Massow sur Futilité d'introduire les exercices physiques obligatoires dans les écoles, afin de préparer de bons soldats pour l'avenir. Cette utilité fut aussitôt admise. Scharnhorst, Stein et Humboldt se montrèrent favorables, mais leur sympathie demeura platonique et ne se traduisit par aucun décret. Ce fut une association privée et secrète qui ouvrit «n 1809, à Braunsberg, le premier Turnplatz.

Deux ans plus tard, Jahn en ouvrit un ^utre dans le Hasenheide près de Berlin. Ludwig Jahn avait alors 33 ans. Rien dans sa cafrière d'étudiant indiscipliné, errant d'université en université, ne semblait le prédestiner au rôle qu'il a joué. Il ne témoignait même pas d'un goût personnel très vif pour les exercices du corps. Mais son tempérament fougueux et entreprenant le rendait plus réfractaire encore au militarisme et cependant le militarisme fixait et concentrait toutes ses pensées, parce qu'il y devinait l'instrument nécessaire du relèvement germanique. Son patriotisme, au début, se traduisit de manière étrange. [1 fit porter à ses disciples un costume spécial, restaura à leur usage de vieilles formes de langage teutoniques et leur remit des insignes sur les-

quels se lisaient ces chiffres cabalistiques : 9 — 919 — i5i9 — 181 1. C'étaient les dates du désastre deVarus, de Tintroduction des tournois en Allemagne, de la célébration du dernier tournoi et de la création récente du Turnplatz de Berlin. Ce symbolisme fut, en haut Heu, discuté et ridiculisé; mais il obtint quand même du succès parmi les masses. Après les campagnes de i8i3 et de 181 4, pendant lesquelles Jahn et ses élèves se battirent héroïquement, le mouvement s affirma ; il revêtit un caractère bien marqué d'union patriotique. C'est ainsi qu'à Breslau, catholiques et protestants, élèves et professeurs, officiers et civils fréquentaient en commun le Turnplatz.

En 18 19, l'assassinat de Kotzebue par un membre d'un Turnverein changea brusquement les bonnes dispositions du gouvernement et compromit l'œuvre de Jahn. Une réaction violente éclata. Jahn lui-même fut arrêté * et les Turners abolis pour ne renaître que vingtdeux ans plus tard, en 1842. Leur fondateur, qui vécut jusqu'en 1862 ne recouvra jamais, de son vivant, son influence et son prestige.

I. Avec Jahn fut arrêté son disciple Lieber qui. relâché, gagna l'Amérique et dirigea en 1827^ à Boston, un Institut de gymnastique.

Au Parlement de Francfort, en 18/48, il joua un rôle effacé. Son dernier écrit, publié vers cette époque, se termine par ces mots, qui donnent à l'existence de ce grand patriote sa véritable signification, ce L'unité de l'Allemagne à été le rêve de ma première enfance, la lumière matinale de mon adolescence, la splendeur ensoleillée de mon âge viril ; elle demeure l'étoile du soir qui guide encore mes pas au seuil de l'éternel repos. »

A partir de 1860, le mouvement reprit avec vigueur ; 6 000 gymnastes participèrent au festival de 1861 à Berlin, 20000 à celui de Leipsig en i863. En i864 le nombre des adhérents était déjà de 170000. Il atteignit 55oooo en 1896 ^ L'organisation d'ensemble des Turnvereine embrasse toute l'Allemagne, y compris l'Autriche allemande. Le pays est divisé en i5 cercles et les cercles en districts. Dans chaque Société, il y a deux classes; les jeunes gens de i4 à 17 ans et les hommes ; les uns et les autres sont groupés d'après leurs qualités physiques. Quant aux exercices, ils ne ressemblent guère à ceux que recommandaient Guts

I. Il est juste de dire -que dans ce nombre il y a beaucoup de membres honoraires.

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Muths et Jahn. Jahn, s'il visait à « rétabKr la symétrie perdue de la nature humaine », appelait d'autre part le Turnplatz un « lieu de contestations chevaleresques » . Ce point de vue tout sportif a disparu. La gymnastique allemande dérive, en somme, d'Adolphe Spiess qui enseigna, de i83o à i848, à Giessen d'abord, puis à Darmstadt et fut le véritable instigateur, sinon le créateur des mouvements d'ensemble.

Par là, il donna à la pensée de Muths et de Jahn toute sa portée ; il mit en usage l'instrument qui pouvait le mieux répondre à leurs vues et atteindre le but qu'ils s'étaient proposé.

Avec la meilleure volonté du monde, on ne saurait trouver dans la vie de Ling la même unité que dans celle des promoteurs de la gymnastique allemande. Il est vrai que la première partie de cette existence agitée confine à la légende. A peine adolescent, Ling, échappé de l'école, aurait parcouru toute l'Europe, exerçant les métiers les plus divers, tour à tour domestique, interprète, soldat dans l'armée de Condé... etc. A 17 ans, en tous les cas, il

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avait rallié la terre natale et étudiait à Lund qu'il quitta pour aller passer sa théologie à Upsal. Puis il s'inscrivit à l'Université de Copenhague où il fit un long séjour. Il paraît avoir pris part à la défense de la ville, lors de son bombardement parles Anglais en i8ot. On dit qu'il reçut ses premières leçons d'escrime de deux émigrés français qui avaient étabU b Copenhague une salle d'armes, et qu'il attribua à cet exercice la guérison d'une affection de nature goutteuse dont il souffrait. D'autre part» il suivit l'enseignement d'un disciple de Guts Muths, Nachtegall, qui avait peu auparavant établi un institut de gymnastique en Danemark. Telles furent sans doute les origines de sa vocation.

• A vrai dire ce furent les circonstances qui la dessinèrent plus que le caractère de l'homme, car, chose curieuse, le fondateur de la gymnastique (( scientifique » n'était pas un savant, au vrai sens du mot. C'était un imaginatif, un empirique, un poète même. Sur les 2 5oo pages qu'il a publiées, il n'y en a pas 4oo qui aient trait à la gymnastique. Dans son œuvre d'éducation physique, il fut grandement aidé par la protection de Charles XIV (Bernadotte) et d'Oscar P"^ et aussi par la popularité que lui

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valurent son scandinavisme et ses efforts pour remettre en honneur les vieilles sagas et les épopées légendaires du Nord. Depuis longtemps on le considérait comme le créateur d'un système nouveau, alors qu'il se bornait encore à développer celui de Muths et de Nachtegall. Sa théorie des a trois manifestations de la force vitale » d'après laquelle le système nerveux jouerait dans le corps humain le rôle dynamique, la circulation du sang le rôle chimique, et le système musculaire le rôle mécanique, est aussi originale qu'incomplète et on ne saisit pas bien pourquoi, ces trois manifestations devant (( s'égaler » — , « la prédominance de la manifestation mécanique amènera une maladie d'ordre chimique tandis que la prédominance de la manifestation chimique amènera une maladie d'ordre dynamique ».

On appelle parfois la gymnastique suédoise :

gymnastique sans appareils — et l'absence d'appareils, en effet, fut pendant longtemps une de ses principales caractéristiques. Or, les motifs pour lesquels Ling en préconise la suppression sont, presque tous, de l'ordre le plus vulgaire; il estime que l'on évite ainsi les dépenses occasionnées par l'achat et l'entretien du matériel — qu'il n'est pas besoin d'un local

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aménagé spécialement — qu'un plus grand nombre d'élèves peuvent être exercés par un seul maître — que la surveillance est plus aisée... etc. Il ajoute que les exercices sans appareils sont mieux adaptables aux particularités physiques de chacun et réussissent mieux à vaincre la raideur et la gaucherie naturelles. La première de ces affirmations est un peu incertaine et la seconde n'a qu'une importance relative.

Si l'on n'attribuait à Ling que le mérite des idées qu'il a exprimées, il serait difficile de voir en lui le père de la gymnastique suédoise, telle qu'elle existe aujourd'hui. Mais Ling dirigea, pendant plus de vingt-cinq ans, l'Institut de Stockholm fondé à son instigation en i8i4. Là, son action s'exerça d'une manière suivie, ses idées achevèrent de se former, les traditions qu'il inaugura eurent le temps de s'implanter et c'est ainsi que prit naissance son (( système » . Ce système se résume pour moi en un axiome que je n'ai vu inscrit nulle part, mais qui m'a paru sous-entendu partout.

«L'homme est un mécanicien inséparablement uni à sa machine, qu'il a le devoir et la possibilité d'apprendre à mouvoir, à entretenir et à réparer ». C'est vers ce triple but que, dans la

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gymnastique suédoise, tout converge. Les mouvements visent à rester (( naturels » c'està-dire conformes à la destination de chaque membre, de chaque muscle, de chaque fibre.

La préoccupation dominante est ensuite de bien (( doser » Texercice, de façon à éviter toute exagération, à maintenir Téquilibre^ rbarmonie»

Enfin, si cet équilibre et cette harmonie vien* nent à se rompre, on travaille à les rétablir par des (( attitudes », par des mouvements « correcr tifs )> , par des massages. Le professeur Tôrngren, qui dirige actuellement Tlnstitut deStockholrfi, a résumé Tesprit du système entier lorsqu'il a dit : (( on doit travailler pour soi-même et non pour être comparé à d'autres». En effet, peut* on faire concourir entre elles des machinés qui rie sont pas d'égale force ?

Il était réservé aux Etats-Unis de devenir le champ d'expériences préféré des partisans de ces méthodes diverses et, nulle part a l'heure actuelle, on n'en peut mieux saisir les tendances et suivre les progrès. Avant la guerre de Sécession, l'Amérique du Nord, au point de vue de l'éducation physique, était encore une sorte de terre vierge. Aux environs de iSâB, il avait bien

i84 NOTES SUR l'Éducation publique

été de mode -r— surtout dans la Nouvelle-Angleterre, — ' de discuter la question. Beaucoup d'écrits et quelques fondations en étaient résultés. Mais dix ans plus tard, l'attention publique s'était presque complètement détournée de ce sujet. La génération qui occupa la scène entre i83o et 1860 avait de tout autres préoccupations ; elle était l'esclave de l'éloquence qui débordait de toutes parts : éloquence prolixe et tonitruante des politiciens en renom, éloquence sombre et maladive des agitateurs religieux.

Partout on parlait, partout on tenait des meetings et des revivais. Les étudiants composaient et déclamaient des discours en prose et en vers ; les femmes avaient des maladies nerveuses ; on faisait tourner et parler les tables, on fondait des sectes contre nature et des sociétés puérilement secrètes.

La guerre, à la durée de laquelle personne n'avait cru parce que nul ne savait qu'il se lèverait un Abraham Lincoln pour la conduire — la guerre donna à la société américaine une secousse salutaire et lui rendit la notion d'un avenir viril. L'éducation physique ne pouvait manquer d'en bénéficier \ A cette époque les

I . Il est à remarquer que léna et Sedan ont causé sur l'A 1-

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Allemands étaient déjà nombreux en Amérique.

Ceux d'entre eux que les événements de i848 avaientchassés d'Allemagne, s'étaient empressés de créer au Nouveau-Monde des Turnvereine qui leur rappelaient, à la fois, la patrie absente et leurs espérances politiques. Ces Turnvereine, en se multipliant, finirent par former la (( North American Turnerbund », vaste fédération qui s'étend aujourd'hui à la plupart des Etats de l'Union. D'abord exclusivement composé d'Allemands et un peu compromis par l'ingérence de quelques-unes de ses sociétés dans le domaine de la politique socialiste, le Turnerbund s'est américanisé, en même temps qu'il tendait à se limiter de plus en plus à son programme technique. Les exercices qu'il préconise ont pour eux d'avoir servi à édifier T Allemagne impériale dont le prestige influe naturellement sur les Américains, toujours sensibles au succès. Pendant la même période, les relations entre les universités des deux pays n'ont cessé de se res-

te'magne et sur la France une influence similaire. Le péril couru, la défaite subie, auront toujours pour effet de mettre en lumière l'importance de la force et de l'entraînement corporels. S'il en fut autrement pour la France, après Waterloo, c'est que Waterloo fut le dernier acte d'une lutte de près de vingt années qui avait épuisé le pays et lui faisait souhaiter avant tout, l'établissement d'une paix durable.

l86 NOTES SLR l'éducation PUBLIQUE

serrer, chaque jour davantage ; la plupart des professeurs américains ont fait, en Allemagne, un stage académique de quelques mois, s'ils n'y ont pas « pris leurs degrés ». Ils en ont, en général, rapporté des impressions agréables et sympathiques. On comprend que, sous l'action combinée de ces diverses influences, la gymnastique militaire se soit taillé une place assez importante dans la civilisation transatlantique. La présence, aux Etats-Unis, d'émigrés Scandinaves n'aurait sans doute pas suffi à y intro-* duire les principes de Lin g. Encore qu'il y ait là un fait ancien, puisque rétablissement suédois du Delaware remonte à Oxenstiern qui s'inspira, en le créant, d'un projet de Gustave- Adolphe lui-même, — ces émigrés n'auraient jamais été assez nombreux ni assez influents pour implanter en Amérique leur système national de gymnastique, si ce système n'avait répondu à un penchant très accusé de l'esprit américain. Il comporte, en effet, des études scientifiques détaillées qui se peuvent résoudre en résultats immédiats. Or, les Américains, quand il s'agit de la science, à laquelle ils ont voué un véritable culte, pensent qu'il n'y a point de détail inintéressant ; ils se penchent sur un globule de sang comme sur un brin d'herbe, avec le même in-

térêl passionné. Mais leur hâte naturelle et leur féconde imagination reprenant bientôt le dessus, ils tirent d'observations insuffisamment contrôlées, des conclusions absolues et générales dont ils s'empressent de faire une application pratique.

Quant au sport, il atteignait, en Angleterre, son plein développement, à l'heure même où la jeunesse américaine posait les armes et rentrait dans ses foyers, ayant repris le goût et l'habitude de l'effort physique. Entre la mère-patrie et ses colonies émancipées, les rapports ont parfois été acerbes. Mais la civilisation anglaise n'a jamais cessé d'avoir pour les Américains un secret attrait ; Oxford et Cambridge n'ont jamais cessé d'influencer leurs universités. Celles-ci ont voulu avoir les plus beaux terrains de jeux, les plus belles piscines, les plus belles salles d'escrime en même temps que les meilleurs athlètes. L'athlétisme a trouvé là un terrain éminemment favorable à sa propagation.

L'expérience américaine permet plusieurs constatations importantes. La première c'est que le contact de ces méthodes diverses n'a

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jusqu'ici amené, entre elles, aucunefusion. Nous pouvions le prévoir, nous autres Européens, après ce qui s'était passé chez nous. Pour avoir été peu suivie du grand public, la querelle entre <( sportifs )) et (( gymnastes » n'en a pas moins été des plus âpres ; la presse technique débor- <lait, hier encore, d'attaques injurieuses, qu'on se lançait d'un camp à l'autre, et cette mauvaise habitude n'a point entièrement disparu. En France, en Allemagne, en Suède, le sport a dû, pour gagner droit de cité, résister à de furieux assauts. Les adeptes de la gymnastique allemande et ceux de la gymnastique suédoise ne •se sont pas davantage épargnés entre eux. Des flots d'encre coulèrent en Allemagne, vers 1862, à propos de la fameuse question des (( barres » . Le capitaine Rothstein qui commandait alors rinstitut royal de Berlin (Ecole normale de gymnastique à la fois civile et militaire, créée ^n i85i) était un admirateur enthousiaste de Ling. Il décida la suppression de la barre fixe et de la barre parallèle que Ling avait déconseillées. Aussitôt s'engagea une violente controverse. L'Université de Berlin y prit part; des hommes aussi considérables que les Professeurs Virchow et Du Bois Reymond se rangèrent du côté des partisans des barres . L'usage en fut main-

tenu et le capitaine Rothstein dut abandonner la direction de l'Institut. Tout cela, il est vrai, se compliquait, en Europe, de susceptibilités nationales qui n'existent pas, ou du moins sont bien atténuées aux Etats-Unis. Les étiquettes anglaise, allemande ou suédoise accolées par nous, au sport et à la gymnastique militaire ou hygiénique, perdent là-bas les trois quarts de leur signification. Mais cela n'a pas facilité l'entente. Il y a là des incompatibilités organiques, si l'on peut ainsi dire, et l'entente ne se fera pas sans sacrifices réciproques et sans une ferme volonté de la réaliser.

Une autre constatation, non dépourvue d'intérêt, c'est que le mode de propagation du sport diffère absolument de celui de la gymnastique. Les groupements sportifs sont, en général^ spontanés ; ils sont l'œuvre de jeunes gens anxieux de rendre plus facile et plus agréable la pratique de leurs exercices favoris. Au contraire^ une réunion de gymnastes est due, presque toujours, à une initiative supérieure, celle d'un professeur, d'un hygiéniste, d'un patriote, d'un homme en un mot, qui agit sous l'impulsion de certains motifs d'ordre général, au nom desquels il fait appel à la bonne volonté de la jeunesse ; dans le premier cas, ce sont des camarades qui

igo NOTES SUR l'Éducation publique

s'associent ; dans le second, des élèves qui s'inscrivent pour recevoir un enseignement. Déjà différentes par leur mode de formation, ces sociétés se différencient encore davantage par leurs habitudes et leurs tendances. Les sociétés sportives sont homogènes et indépendantes ; elles veulent le rester; il faut l'obligation où elles se trouvent d'unifier leurs règlements, en vue des concours, pour les amener à s'aboucher et à s'entendre les unes avec les autres. Encore n'y parviennent-elles pas toujours. Aux Etats- Unis, X Amateur Athletic Union, la National Association oj Amateur Oarsmen et la League of American Wheelmen sont loin de grouper tous les joueurs, tous les cyclistes, tous les rameurs de l'Union, et les liens que ces fédérations établissent se rompraient, s'ils étaient trop nombreux et trop tendus. Les Associations qui ont pour but le développement de la gymnastique, comme le Turnerbund, la North American Gymnastic Union, etc., témoignent de dispositions toutes différentes ; elles travaillent à rendre les relations aussi intimes et aussi fréquentes que possible ; elles multiplient les congrès, les conférences, les réunions de tout genre d'où pourrait sortir une entente plus complète. Elles visent, en un mot, à l'unité et se montrent

^LA GYMNASTIQUE igi

aussi anxieuses de la réaliser que les autres se montrent jalouses de maintenir leur indépendance.

Il est visible que les premières sont le produit d'un instinct, tandis que les secondes résultent de la recherche d'une doctrine. De là ces ten- ^dances décentralisatrices des unes et centralisatrices des autres. On en peut conclure qu'au besoin, la gymnastique s'accommoderait d'une organisation d'Etat, à laquelle le sport répugne et ainsi se silhouette la philosophie de cette dispute, qui tout à l'heure semblait un peu mesquine et de nature à provoquer les dédaigneux sourires des hommes graves. La question est d'un ordre plus élevé qu'il ne paraît, car ces formes d'activité physique symboKsent les deux tendances poU tiques et sociales qui se partagent, plus que jamais, le monde civilisé. L'une laisse le citoyen libre de disposer de lui-même, au mieux de ses intérêts personnels ; l'autre vise à endiguer son activité, à la limiter, à la diriger de façon qu'elle serve à la réalisation d'un vaste plan gouvernemental. Le (( civium vires, civitatis vis ï5 des anciens peut, en effet, s'entendre des deux façons. Que l'Etat consacre, en en profitant, les résultats obtenus par l'individu ou bien qu'il convie l'individu à exécuter l'œuvre

conçue et préparée par lui, il demeure en tous les cas le grand bénéficiaire.

Mais de quelle façon réalise-t-il le plus haut bénéfice? Voilà le point central de la controverse que viennent aviver, d'ailleurs, les divergences de races, de tempéraments, de milieux^ de traditions. Les amateurs de formules certaines opèrent la déparlition d'une manière bien simple. La première méthode, assurentils, est le propre des peuples latins, la seconde con vien t aux anglo-saxons . Le classement serait , de toute façon, fort incomplet, parce que le génie latin et le génie anglo-saxon ne sont pas seuls en présence, même en Europe. Mais de plus, c'est peu exact. L'initiative privée, pour n'y avoir pas été érigée en doctrine, a joué quand même un grand rôle dans l'ancienne France. Elle a des adeptes en Piémont et peut-être que dans certaines parties de l'Espagne, on trouverait avantage à encourager ses manifestations. Par contre, dans le monde anglo-saxon, la démocratie aidant, le dogme de TEtat-dirigeant a gagné récemment du terrain.

La vérité est qu'il y a là deux conceptions opposées des rapports de l'individu et de l'Etat, anciennes toutes deux, dignes toutes deuxd'être

LA GYiMNASTIQUE igS

sérieusement approfondies et de grouper de chaleureux partisans. Nous saisissons, dans la question des exercices physiques, un reflet de Talternative dont elles posent les ternies.

La civilisation transatlantique a une certaine tendance à l'exagération, qui rend perceptibles, comme ferait le grossissement d'un microscope, des détails jusqu'alors inaperçus. Pour bien comprendre une idée à l'état de pondération, il serait souvent utile de la pouvoir étudier à l'état d'exagération, d'hypertrophie. Celte facilité se rencontre .aux Etats-Unis et notamment en ce qui concerne le militarisme et (( l'hygiénisme » pédagogiques.

Nombreux sont, là-bas, les établissements d'instruction qui se réclament de la caserne et inscrivent sur leurs prospectus le régime militaire, comme un des avantages principaux qu'ils présentent ; nombreux sont les bataillons, formés et commandés par des élèves, et qui manœuvrent avec un sérieux impayable sous l'œil de quelque ex-volontaire de la guerre de Sécession . Je résumerai l'impression que m'ont laissée ces institutions, en disant que le militarisme ainsi introduit dans la vie scolaire y devient

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assez facilement un joujou pour l'adolescent et un oreiller de paresse pour le maître : et il n'y a pas de motif pour que cela ne soit pas vrai du vieux monde aussi bien que du nouveau. Je ne songe pas, bien entendu, à englober dans une telle suspicion de véritables écoles militaires comme, par exemple, le Prytanée de La Flèche (France) ou les écoles d*enfants de troupe ; là le militarisme n'est pas en façade : il est sérieux, rationnel ; il vise à former de futurs soldats : mais je songe à ces écoles où les tambours, les épaule ttes, les ceinturons, les uniformes, au lieu d'être des accessoires, deviennent le principal, où les témoignages accordés aux meilleurs élèves revêtent la forme de galons cousus sur les manches et de promotions de caporaux et de brigadiers, où Ton échange un mot de passe, où Ton fait l'appel, la parade,

le salut militaire C'est tout cet extérieur

de la vie du soldat, appliqué à la jeunesse, qui constitue pour elle un amusement sans portée et, pour ceux qui la dirigent, un redoutable encouragement au statu quo, La discipUne militaire, surtout quand elle s'en tient aux formes et ne répond pas à une nécessité patriotique, est, de toutes, la plus facile à exercer. La tentation est toujours grande pour l'homme

LA GYMNASTIQUE IqS

de commander au lieu d'expliquer, d'envisager un total plutôt que des unités, de plier des volontés plutôt que de leur apprendre à s'exercer séparément et librement. Ce militarisme de mauvais aloi s'introduit, en général, dans le collège par le simple contact, sous le seul couvert de la gymnastique, des marches en rang, des mouvements d'ensemble : tendance dangereuse contre laquelle il sera bon de prendre quelques précautions .

Des exagérations plus singulières encore, sinon plus fâcheuses, ont été engendrées, en Amérique, par l'hygiénisme, c'est-à-dire par cette idée que Guts Muths caressa vaguement et à laquelle les disciples de Ling se sont attachés passionnément, de la perfection corporelle atteinte par le développement systématique et scientifique de l'individu. Elle a été poussée à l'extrême par le D' Sargent, directeur de l'éducation physique à l'Université de Harvard.

Sargent a reconstitué Vhomme normal, c'est-àdire l'homme dont tous les organes sont dans la situation de volume, de force, de proportion que la nature leur attribuait dans son plan primitif; mille causes ont pu déranger ce plan.

Sargent les suppose connues etprélend y remédier. Pour cela, il se livre a un examen appro-

fondi du corps humain. Il prend sur vous des mesures nombreuses, qui s'inscrivent sur une feuille* spéciale dont une copie est remise a Texaminé, donlTautre demeure dans les archives de son gymnase. Il prend la circonférence du crâne et celle du genou, l'angle facial, la longueur des membres, étudie la dentition et le système capillaire, détermine la capacité des poumons à l'aide du spiromètre, la vitesse et l'énergie des battements de Tartère radiale à l'aide du sphygmographe, le coefficient nerveux et la (( durée de l'elTluve vital » à Taide de Tergographe ; il fait même intervenir l'élément héréditaire en vous interrogeant sur vos ascendants, interrogation qui, portant principalement sur des détails physiologiques, serait vainc partout, mais Test plus encore dans un pays où les traditions familiales sont courtes, où l'on ignore parfois les détails les plus importants de la vie de son grand-père ou même de son père. Ces renseignements — dans lesquels il entre et il entrera toujours, quel que soit le degré d'avancement de la science, des causes nombreuses d inexactitude et d'erreur, sans parler

I. Lors d'un examen auquel j'assistai, à Harvard, il y a une dizaine d'années, j'en complai 58. ^

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des lacunes inévitables — servent à dresser votre courbe, c'est-à-dire Timage de ce que vous êtes par rapport à Thomme normal. Cette courbe indique les déiectuosilés auxquelles vous devez chercher à remédier, par le moyen d'exercices locaux, avec ou sans appareils, qui vous sont aussitôt, indiqués ; c'est, en somme, une manière d'élevage et le système témoigne d'une belle présomption scientifique. Mais, en admettant même le bien-fondé de semblables pratiques, où s'arrêtera-t-on dans cette voie ? N'ira-t-on pas jusqu'à l'obligation.^ Précisément une récente décision du « Board of Education » de Chicago oblige les directeurs des établissements d'instruction de la ville, à faire procéder à la mensuration trimestrielle de leurs élèves des deux sexes ; et, presque en même temps, un savant allemand lançait son fameux projet delà réglementation du mariage. Dans les deux cas les intentions sont bonnes ; on n'a en vue que le développement et la préservation de la santé publique et par conséquent le bien de l'humanité : reste à savoir si l'humanité s'accommodera jamais d'être ainsi transformée en un vaste haras et si, au cas où un tel résultat serait le dernier mot de la civilisation, elle n'entrera pas en lutte avec la civilisation plutôt que subir ce régime.

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