PAS LE
(asthme, goutte, eczéma ou migraine). Ce sujet ne pourra être guéri que si on obtient un amaigrissement de plusieurs kilos.
Les directives du traitement seront les mêmes pour toutes les obésités. De l’une à l’autre, il n’y aura qu’une question de degré.
D'une part, on traitera l’arthritisme par la curé de désintoxication hépatique.
D'autre part, différentes mesures seront prises contrée l’obésité.
a) Rationnement systématique des aliments dengraissement (farines, légumes secs, pâtes, sucre, beurre) ;
b) Réduction à la moitié ou au tiers de la ration habituelle de pain;
c) Repas secs, pas de boissons pendant les repas. Le malade peut boire avant, après, entre les repas;
d) Exercice quotidien : une heure et demie de marche.
Quand l'obésité est accentuée :
— Suppression du pain;
— Le malade trompe sa faim en mangeant des pommes de terre cuites à la vapeur, et il commence chacun de ses repas par un plat copieux de légumes herbacés, foliacés ou de faible valeur nutritive. Quand l'obèse est en même temps un infiltré (petit
œdème de la peau au niveau des jambes), on com-
mence la cure par :
— Une purge d’eau-de-vie allemande:
— Puis trois jours de diète hydrique avec réduction des liquides à 1.500-1.300-1.100, macérations diurétiques de feuilles de digitale et théoxanthine:
— Perte de poids (perte d’eau) de 3 à 7 kgs;
.—— Dès que le foie est revenu à un régime normal,
à un fonctionnement satisfaisant, l’obèse ne fait plus de graisse, mais encore brûle ses graisses de réserve;
— Dès que asthme, ou eczéma, ou migraine ont disparu, on cesse la cure d’amaigrissement, C’est le poids de bonne santé.
Sédillot, à la suite de Charles Fiessinger, insiste sur les dangers de pousser trop loin la cure d’amaigrissement; elle doit s'arrêter quand seront dissipés les troubles divers que provoquait l’'embonpoint.
« Surtout, ne pas imposer au malade un chiffre de poids commandé par la hauteur de la taille.
« L’obésité est une réaction de défense contre lintoxication. Il peut devenir dangereux de descendre au-dessous d’un certain chiffre de poids. Chaque forme d’intoxication réclame une quantité de graisse correspondante; la lui refuser par une cure d’amaigrissement excessive est ouvrir la porte à l’invasion des troubles. C’est la disparition des accidents (dyspnée d’effort, tachycardie, crises angineuses) qui décide l’arrêt de la cure. »
Citons encore l’intéressant ouvrage de M. Leray, médecin à Brides-les-Bains, paru en 1931 : J. Leray : Embonpoint et Obésité, Masson, éditeur, 1931.
— Après les premières observations de Gull, de Bouchard, de Bonneville de Parhon, les rapports de l’obésité et du corps thyroïde ont continué d’être travaillés par des expériences de laboratoire et par le contrôle du métabolisme de base.
Dans le Traité de physiologie, de Roger et Binet, dans Particle consacré par MM. Garnier et Huguenin à la thyroïde, nous lisons :
« Fait constant encore, le poids augmente chez le lapin thyroïdectomisé; Hertoghe a constaté l’accroissement anormal du tissu adipeux chez un taureau privé de thyroïde. Dans lhypothyroïdie, en effet, la prolifération des cellules adipeuses est augmentée,
l'accumulation des graisses dépend d’un double phénomène : la consommation en est réduite par la diminution des oxydations, et le pouvoir lipasique du sérum est abaissé. Expérience inverse, l'ingestion de thyroïde donne des phénomènes diamétralement opposés.
« D'ailleurs, expérimentalement, le parenchyme glandulaire est capable de dédoubler énergiquement les graisses et particulièrement la monobutyrine, cette activté est surtout manifeste chez les carnivores. »
MM. Claude Gautier et Rémi Wolf apprécient le rôle du métabolisme de base vis-à-vis de l’obésité.
« C’est ainsi que, dans une statistique portant sur 94 cas d’obésité, Boothby et Sandiferd ont constaté son élévation au-dessus de 10 % dans 9 % seulement des cas, et son abaissement au-dessus de 10 % dans 10 % des cas. Chez tous les autres, soit dans 81 % des cas, le métabolisme oscillait dans les limites de la normale.
« Marcel Labbé et Stévenin ont fait des constatations analogues chez 46 obèses; ils ont constaté que le métabolisme était normal 27 fois (soit dans 58 % des cas); il s'agissait de gros mangeurs sédentaires curables par un régime de restriction alimentaire et par l’exercice physique. Le métabolisme était augmenté 6 fois seulement (13,4 % des cas). Il s'agissait 2 fois de basedowiens et 4 fois de suralimentés. Enfin, 13 fois (28 %), le métabolisme était diminué. Il s’agissait soit de myxœdémateux typiques ou frustes, soit d’obèses infantiles avec atrophie des organes génitaux, soit enfin de sujets sans lésions avérées des glandes endocrines. Le point important est que tous les obèses à métabolisme diminué, et ceux-là seulement, furent améliorés par le traitement thyroïdien. » à M. Kermorgant, médecin à Brides-les-Bains, a fait
tie —
également d’intéressantes études sur le métabolisme basal et l'obésité (métabolisme basal et obésité). Presse Médicale, 29 août 1932.
Alors que pour M. Labbé et les auteurs américains, le métabolisme basal est souvent normal chez les obèses, Kermorgant arrive à une autre conclusion : sur 265 métabolismes étudiés chez les obèses des deux sexes, il trouve 59 métabolismes normaux, 19 audessus de la normale, 187 métabolismes abaissés audessous de 12 %. Il explique cette divergence en insistant sur le contingent important d’hypoovariennes, observées à Brides à cause du voisinage de Salins- Moutiers; beaucoup de femmes venant pour les deux cures simultanées.
Voilà comment M. Vignes résume, dans un article, les considérations thérapeutiques de Kérmorgant.
« Comme test des extraits ovariens la possibilité pour un extrait, de remonter le métabolisme d’une quantité donnée. Je reste, pourtant, un peu étonné du grand nombre de femmes auxquelles Kermorgant croit pouvoir appliquer cette explication.
Quoiqu'il en soit, Kermorgant attache une très grande importance à la recherche du métabolisme basal.
1° Un métabolisme normal contre-indique l’emploi des préparations thyroïdiennes.
2° Un métabolisme basal au-dessus de la normale se voit chez trois espèces de sujets : a) les gros mangeurs qui ont un apport de calories supérieur à la normale; b) certaines ovariennes présentant une réaction d’hyperthyroïdisme se traduisant par cette exagération du métabolisme; c) les sujets dont le métabolisme est instable.
Dans le premier cas, la réduction alimentaire ne suffit pas toujours; dans le second et le troisième, elle
AR
est, pour la plupart du temps, inopérante;, l’hématoéthyroïdine ou la thyroïdectine sont les médications de choix. Bien surveillées, convenablement dosées, données. avec prudence, elles permettent de gagner du temps.et de supprimer bien des complications de cure et de mettre en action lé traitement étiologique de l'obésité, variant d’ailleurs avec chaque cas clinique.
3° L’abaissement du métabolisme fait, en général, classer le sujet comme hypothyroïdien et entraîne comme corollaire l’administration de corps thyroïde, Kermorgant s'élève contre cette pratique. L'abaissement du métabolisme s’observe : a) chez les ovariens; b) chez les malades atteints de troubles digestifs avec insuffisance de glandes digestives (foie, pancréas, intestin). Mais ces deux causes. peuvent se. trouver réunies chez un même sujet et, si l’on peut observer des hypo-ovariennes avec obésité et troubles hépatiques secondaires, l'inverse peut également être vrai, et ce sont ces malades qui tirent le plus grand parti de la cure de Brides pour les hépatiques, et de la cure associée de Brides et de Salins pour les ovariennes. L’abaissement du métabolisme n’indique qu’une seule chose : c’est que le sujet supportera l'administration de corps thyroïde si la clinique montre la Den de lui en donner.
Par ailleurs, le métabolisme ne doit pas être considéré comme immuable; il peut varier spontanément. De ces modifications spontanées, les unes sont le. résultat d'une Lente évolution du sujet, les autres sont le fait d’une certaine instabilité. On observe ces instabilités surtout chez la femme, du fait des troubles ovariens, soit au moment des règles, soit à la ménopause. Kermorgant a observé des exemples frappantsde cyclisme et de rythme chez des malades présentant des phases alternées de métabolisme exagéré et dimi-
nué en rapport avec leurs périodes menstruelles. Ce ne sont pas les sujets les plus faciles à traiter. Il faut préciser ces phases d’alternances et toujours y songer en présence d’un métabolisme exagéré.
Récemment, puisque l’étude en a été poussée dans la thèse de Faymann (1932), sous la direction du Prof. Rathery, on a étudié les rapports entre le pancréas et l'obésité, et surtout les rapports entre la sécrétion interne du pancréas, l’insuline et l’obésité (obésité insulinienne).
Nous utilisons, pour l’étude de l’obésité insulinienne, la thèse de Faymann : Obésité insulinienne, faite sous la direction du Prof. Rathery.
Allen, en 1923, attira l’attention sur lobésité insulinienne; Falta, en 1925, publia cinq cas d’obésité insulinienne. En 1929, S.-A. Holbæll fait une étude de 105 diabétiques, du point de vue de l'influence du traitement insulinien prolongé sur le poids du corps, en insistant sur l’obésité; Borwen, en 1930, remarque que, sans le traitement insulinique, les diabétiques ont la tendance à dépasser leur poids moyen dans des cas non compliqués, et qu’ils deviennent facilement obèses. En 1931, le Prof. Rathery publie une étude à l’occasion de six cas observés.
En 1932, Faymann fait sa thèse sous la direction de M. Rathery. Il résulte de cette étude qu’il existe une obésité insulinienne. Les caractéristiques de cette obésité sont les suivantes :
Elle s’observe chez certains diabétiques traités longtemps par de fortes doses d’insuline.
Elle se voit surtout chez des jeunes filles avec points: d'élection à la face, à la région lombo-abdominale.
Cette obésité n’est pas due aux excès alimentaires du sujet, ni aux troubles de la sécrétion interne des glandes génitales.
Citons encore la thèse récente de Davidovici (1933) :
Obésité et gestation.
Il ressort de cette thèse que :
— L'association de l’obésité et de la gestation, sans être très fréquente, n’est pourtant pas exceptionnelle;
— Parmi les obèses, les mieux réglées sont les plus facilement fécondées;
— L'obésité rend difficile le toucher obstétrical;
— L'accouchement est, toutes choses égales, plus souvent dystocique que chez les femmes non obèses;
— Des hémorragies importantes apparaissent souvent après l’accouchement;
— Les enfants ont un poids supérieur au poids normal.
Comme nous l’avons fait pour le xix° siècle, nous allons étudier ici l’appoint que les littérateurs ont apporté à l’étude de l’obésité au cours du xx* siècle.
Paul Reboux a réussi la gageure d’écrire un traité : Nouveaux régimes, aux trois cents recettes conformes aux règles médicales. mais combinées selon la gastronomie (1931).
Dans la bonne tradition de Brillat-Savarin, il a tracé de l’obèse un portrait spirituel que nous retraçons ici, et il a donné toute une série de règles et de menus si habilement conçus que, pour maigrir, il ne devrait plus y avoir « de martyr de l’obèse ».
Voici comment Paul Reboux dépeint l’obèse :
Je suis trop gros! (Obésité)
Esthétique et confort.
C’est surtout à vous, monsieur, que je m'adresse.
Car vous avez eu moins de coquetterie que les femmes.
Vous n'avez pas pris garde que « grossir c’est vieillir ».
Vous vous êtes laissé aller aux délices des siestes après les repas, ou du moins des longues causeries
dans un fauteuil moelleux, du petit verre d’alcool, suivi d’un autre, puis d’un troisième...
D'abord, il n’en est résulté que des inconvénients bénins. Vous en avez souri avec complaisance.
Gringalet durant votre jeunesse, il vous paraissait flatteur d’être devenu grassouillet. Les dames vous disaient : « Vrai! Tu as de la poitrine presque comme une femme. » Et vous considériez non sans complaisance, votre peau lisse et bien tendue où les veines dessinaient d’agréables méandres aux teintes tendres et laiteuses.
Vous étiez orgueilleux d’avoir une bonne fourchette. Les maîtresses de maison vous recevaient avec joie, car vous vous serviez des portions copieuses. Et vous étiez celui qui reprend toujours d’un plat. Vous ne refusiez jamais ni un dessert, ni dans l'intervalle des repas, un gâteau ou un bonbon. Et vous aviez acquis, par cette inépuisable complaisance, une renommée de parfaite urbanité.
Mais un peu d'inquiétude vous est venue en constatant que votre armoire contenait un nombre un peu trop grand de gilets qui n’enfermaient plus votre poitrine, de pantalons qui ne parvenaient pas à se rejoindre, de manches qu’un sortilège semblait raccourcir, et de pantalons dont les jambes rétrécies vous donnaient, à trente-cinq ans, la silhouette d’un collégien qui s’est développé trop vite.
Vous vous développiez, mais en largeur. Et le tailleur, d’un ton respectueux, vous a fait observer : « Les anciennes mesures ne sont plus justes. Monsieur est devenu beaucoup plus fort depuis quelque temps. »
Ce terme de « fort » — si atténué et si flatteur qu’il fût — vous a fait réfléchir.
Et voilà que le mal est fait.
Vous ne pouvez plus monter un étage sans souffler comme une auto d’ancien modèle. Le moindre effort fait naître sur votre front des perles que vous ne cultivez pas mais qui, pourtant, vous décorent d’humides arabesques sans cesse renaissantes en dépit du mouchoir. Vous avez vu vos chevilles devenir pareilles à des poteaux et vos pectoraux ressembler à l’abondante poitrine de la dame qui vous fût nourricière. Vos hanches évoquent les ballots de laine qu'on décharge des cargos arrivant d'Australie. Votre ventre semble célébrer le centenaire de Montgolfier. Mais, loin de vous soulever, comme il est pesant!
Vous avez constaté aussi des somnolences consécutives à chacun de vos repas. Vous avez manifesté une préférence pour les films muets, dont la musique est si agréablement berceuse. Vous avez dormi tandis que tous les autres spectateurs, le visage tendu et l’œil exorbité, suivaient les fougueux développements d’une pièce pathétique. »
Henri Béraud dédie spirituellement son livre, Le Martyre de l’'obèse, à des obèses célèbres contemporains :
Au Maréchal JOFFRE;
Georges PIOCH, à Edouard HERRIOT:; Gustave TERY;
G. de PAWLOWSKI, à Paul SOUDAY:
Pierre BENOIT;
Lucien GUITRY, à MANVIELLE, à PAULEY:; A. de REHM:;
Felia LITVINNE, à Blanche SELVA:
Robert de JOUVENEL, à Maurice VLAMINCK ; Robert DIEUDONNE;
Pierre SCIZE, à Paul LOMBARD;
À Albin MICHEL,
>D>Drrprrprp>>
HOT] leur dédie'ée livre : « qué les maigres préndfont ‘pour un livre gai. » ie ECO Le livre est émaillé de multiples observations telles . que celles-ci : HE -< D'ailleurs, tout fait grossir les grosses gens, le régime, lés sports, lés douches, lé manqué de sommeil, la guerre, oui, la guerre elle-même fut un facteur d’embonpoint. >» ° | te « D'abord les drogues. J’ai pris des pilules répugnantes à la vue comme des yeux de chat étranglé, puis un liquide qui avait l’odeur de la boue et le goût de l’huile de lampe. J'y gaghai üne maladie de foie et un teint de citron. Jamais, depuis lors, je ne passais devant une pharmacie sans qu’une sueur froide ne me coulât entre les omoplates. Cependant, je croyais avoir maigri. Illusion d’optique, due à la couleur de ma peau, flétrie par la graisse. La bascule que je consultais, ne s’y trompa point; j'avais pris deux kilos d’une graisse jaunâtre, qui, heureusement, fondit aux premières chaleurs. »
Le pauvre obèse se laisse conduire dans un hammam, tente de la gymnastique suédoise.
L'implacable bascule révèle à tout coup un nouvel excédent de bagage.
Enfin l’obèse se décide à jeûner :
« Alors je me fis jeûneur et vécus dans laustérité, la faim, l’inertie et la macération. Plus de chocolat du matin! Plus de toast beurré! Je me privais de tout, je mangeais sans boire, je vivais de viandes grillées et de croûtes de pain. Mon sommeil fut compté comme celui d’un forçat. Ce fut atroce : je me reprochais un bon repas, une grasse matinée, un verre de chambertin comme une imprudence sans remède.
« Durant les six semaines que dura cette abomination, je passais comme un loup affamé devant mes
restaurants favoris, et je fuyais tout le jour mon appartement, de peur que l’envie de dormir ne fût plus forte que ma volonté. Un jour je m’assis, la faim au ventre et noyé de fatigue, à la terrasse d’un café.
« Un couple passa; la femme sourit et je l’entendis qui, me montrant du regard à son compagnon, murmurait :
« — En voilà un qui ne doit pas se priver!
« Ce fut une leçon.
« Je ne me privai plus, en effet », etc...
Tout le livre est rempli de réflexions aussi amusantes et aussi judicieuses.