Journal médical français
La définition de l'obésité : hypertrophie du tissu adipeux ne traduit qu'un état symptomatique d'un trouble fonctionnel complexe.
Cette définition a le défaut de n’englober ni toutes les étapes par où passe le malade, ni tous les éléments pathogéniques auxquels sont dus l’obésité.
Heckel, dans le passé des obèses évolutifs, insiste beaucoup sur la phase préadipeuse.
L’obésité est un carrefour « où viennent aboutir bien des évolutions morbides, étiologiquement et pathogéniquement distinctes; ces états ne sont que des états lipogènes ».
La phase préadipeuse, qui ne doit pas être confondue avec l’obésité infantile, se voit rarement dans l'enfance, mais dans l’adolescence, surtout aux abords de la puberté, l’accompagnant ou la précédant.
Elle survient chez les enfants à terrain particulier (j'emploie cette expression terrain pour schématiser, bien qu’elle ne soit pas utilisée par Heckel), qu’on pourrait classer en lymphatiques, anémiques, chlorotiques, édénoïdiens, ganglionnaires soumis à des affections gutturales (angines amygdalites), enfants qui présentent du livédo de la kératose pilaire.
D’autres « montrent quelques signes de cette pathologie syndromatique si spéciale des extrémités : acrocyanose, érythromélalgie, érythème ioduré… », qui, pour Heckel, seraient souvent des altérations locales primitives créées par des modifications vasculo-lacunaires avec célullite, plutôt que des états secondaires à des troubles sympathiques et endocriniens primitifs.
Comment évolue cette phase préadipeuse?
Le début se fait à la racine des membres triangle de scarpa, face interne du genou, creux poplité pour le membre inférieur.
Le membre supérieur est atteint en second lieu par
l’aisselle, la zone postérieure du bras le long du triceps; puis le coude est atteint antérieurement et postérieurement; cependant, au début, les grosses jambes frappent plus que les gros bras.
Si l’on ne prête attention à ces modifications, de nouvelles modifications apparaissent aux environs de la vingtième année.
Aux membres inférieurs, on voit s’épaissir les malléoles externes, puis internes, le dos du pied, la région sus-rotulienne, la face externe de la région de la hanche (pont adipeux transversal joignant le pli fessier au pli de l’aine).
Aux membres supérieurs, l’aisselle est d’abord comblée, puis l’expansion se fait en avant vers le grand pectoral, en arrière vers le tendon huméral du grand dorsal.
La face, le cou, les épaules ne sont atteints que vers la vingt-cinquième année (infiltration de la région sus-mentale, sus-thyroïdienne, sus-claviculaire, les salières se comblent).
A la face postérieure, au niveau de la septième cervicale, apparaît la disgracieuse « bosse de bison ». Puis « l’envahissement s’accentue en surface et en profondeur, et de 25 à 30 ans, les caractéristiques de la véritable obésité sont établies :
« Epaississement considérable et surcharge graisseuse sous-cutanée qui devient alors évidente et incontestable. »
En résumé : infiltration qui débute par la racine des membres, qui se fait de préférence le long de la face interne qui irradie au tronc autour du centre axillaire, et frappe en premier lieu les parties déclives.
Le processus adipogène semble en un mot obéir aux lois de la déclivité.
Au point de vue pathogénique, Heckel admet que
Psy
le processus est avant d’être adipeux liquide; ce qui le prouve, c’est la variation du pli cutané qui augmente quand les urines diminuent, et le poids augmente.
Heckel insiste sur le rôle pathogénique considérable du système lymphatico-endothélial sous-cutané, et le système conjonctif qui le relie.
Il y a balancement entre le système lymphaticoendothélial et le système conjonctif. Le système conjonctif est très susceptible de métaplasie, métaplasie graisseuse en particulier. Une irritation du système lymphatico-endothélial retentira sur le tissu conjonctif et sera susceptible de le transformer en tissu graisseux.
La phase clinique préadipeuse, qui débute aux zones de groupements ganglionnaires et qui suit les grands troncs lymphatiques, est la preuve du rôle de ce système lymphatico-endothélial et conjonctif dans la genèse de l’obésité.
Cet ensemble lymphatico-endothélial, dont l’importance est considérable et auquel Heckel donne le nom de glande vasculo-épithéliale diffuse, n’obéit pas seulement à la loi physique de l’osmose, maïs à des lois complexes biologiques qui lui sont propres.
Somme toute, une obésité débutante ne dépendrait pas « d’autre chose que de réaction tissulaire fort simple ».
Maïs quelles sont les causes sous lesquelles sont susceptibles de se manifester les premières atteintes du système lymphatique et les altérations du tissu conjonctif dans lequel il plonge?
Toutes les infections, toutes les intoxications exogènes et endogènes.
Infections : a) Les infections aiguës : angines, amygdalites, adénoïdites, fièvres éruptives à porte d’entrée gutturale, scarlatine diphtérique, etc, mais aussi les
infections de l’appareil adénoïdien intestinal : appendicites, peyerites éberthiennes, colibacillaires paratyphiques;
b) Les infections chroniques, les porteurs de germes, les tuberculeux non évolutifs et fibreux.
Chez la femme, infection génitale profonde touchant dès le début les voies lymphatiques et le tissu conjonctif intersticiel du petit bassin.
Intoxications : a) Exogène (suralimentation, alcool, opium, morphine, cocaïne);
b) Endogène (goutteux, diabétiques, obèses, rhumatisants, lithiasiques, urémies atténuées, chlorurémie larvée, etc), hépatisme, cholémie, hypertension portale. Il est donc bon de tenir compte de loligurie relative de l’opsiurie.
Enfin, la fatigue physique ou celle qui suit le surmenage nerveux émotif.
Telles sont les conceptions d’Heckel sur l’obésité.
M. Jacques Sédillot, dans un livre paru en 1931 : L'Arthritisme, ses misères, ses dangers, son traitement, envisage le problème de l’obésité sous l’angle arthritisme, et comme il le fait toujours dans ses différents ouvrages sur l’arthritisme, il donne au foie un rôle considérable et envisage un traitement hépatique.
Nous donnons ici l'essentiel du mode de traitement de Jacques Sédillot.
L'arthritisme, ses misères, ses dangers, son traitement par Jacques Sédillot
Pour Sédillot, l’obèse se présente de deux façons différentes :
a) Parce qu’il est touché dans sa coquetterie;
b) Pour un trouble de la diathèse arthritique