Faurot, thèse Paris
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guerre; cet homme qui rapportait tout à la vie militaire, s’interdit spontanément l’usage du vin, se mit à boire du vinaigre et persévéra jusqu’à la fin de sa vie. Il fit de telle sorte que son abdomen dégonflant et la peau de son ventre se détachant, il pouvait s’entourer de cette dernière à la manière d’un vêtement; il est avéré qu’il perdit ainsi quatre-vingt-sept livres de son poids. »
Et pourtant des Romains célèbres furent obèses comme le furent des Grecs célèbres; nous voulons en étudier trois’: Vitellius, Horace et Marius.
Nous les étudions parce que nous possédons sur eux des documents.
Suétone nous a transmis les habitudes alimentaires de Vitellius et décrit sa cruauté.
Horace lui-même, nous a parlé de sa corpulence et de ses goûts culinaires. Suétone également, nous a transmis des documents sur l’obésité d’Horace.
Plutarque nous permet de suivre Marius tout au long de sa vie et d'assister à sa mort.
Ces documents sont uniquement descriptifs; écrits par d’autres que des médecins, ils ont peut-être l'avantage de ne pas déformer les faits comme pour-
rait le faire un esprit médical en essayant de les interpréter.
Voici comment Suétone nous décrit les repas de Vitellius :
« Il s’arrangeait de manière à faire par jour, trois et souvent quatre repas, qu’il distinguait en déjeuners, dîners, soupers et collations. Il suffisait à tout, grâce à son habitude de se faire vomir. Il s’annonçait le même jour à diverses personnes et pour divers repas, et l’on n’en fut jamais quitte à moins de 400 mille cesterces pour chacun de ces festins. Le
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souper que lui donna son frère à son arrivée, surpassa tout ce qu’on rapportait jusque-là de ces parties de tables : on y servit, dit-on, deux mille poissons des plus recherchés et sept mille oiseaux. Cependant, il alla encore au delà, à l’occasion de la dédicace d’un plat, qu’à raison de sa dimension, il avait coutume d’appeler « le bouclier de Minerve, protectrice de la cible ». Il y fit mêler des foies de carrelets, des cervelles de faisans ét de paons, des langues de phénicoptères, des laitances.
Les patrons de navire et des trirèmes avaient rassemblé tout cela depuis le pays des Parthes jusqu’à la mer d’Espagne. Non seulement il avait une faim gloutonne, mais cet appétit était sale et déréglé. Jamais, ni dans un sacrifice, ni dans ses voyages, il ne put s'abstenir de dévorer ce qu’il voyait sur les autels, il arrachaït, pour ainsi dire, au feu les viandes et les gâteaux et les avalait.
Le long des chemins, devant les cabarets, il s’emparait des mets encore fumants, ou dévorait ceux de la veille qui étaient à demi rongés.. Toujours disposé à donner la mort et à livrer au supplice tous ceux qui se présentaient sans distinction de personnes et sous les plus légers prétextes. »
Horace était petit de taille mais épais; Suétone nous le décrit ainsi, c’est ainsi qu’il se dépeint luimême dans ses satyres et que nous le représente Auguste dans les lettres suivantes : « Dionysius m'’a apporté votre petit ouvrage; si petit qu’il soit, j'y trouve de quoi vous accuser. Vous me paraissez craindre, en effet, que vos livres ne deviennent plus grands que vous ne l’êtes vous-même. Mais si la taille vous manque, il n’en est pas de même de la corpulence; vous pourriez, en effet, les écrire sur un boisseau. Le pourtour de votre volume est des plus bombés, comme celui de votre ventre. »
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Sous le rapport de l'alimentation, on pourrait presque opposer Horace à la brute dévorante qu'était Vitellius; contrairement à Vitellius, Horace recherche d’abord la qualité, il est préoccupé de méthodes culinaires, il raisonne des mets qui peuvent être utiles ou nuisibles à son état de santé et il donne de l'importance aux accessoires du repas, au cadre qui conditionne le festin. Nous extrayons sur çe sujet quelques phrases de son œuvre où il semble bien parler par la bouche d’un de ses personnages :
« Rien de plus fades que les fruits d’un jardin trop arrosé. » Si le soir, un convive vient tout à coup vous surprendre, pour que le poulet fraîchement tué ne résiste pas à la dent, apprenez qu’il faut le plonger vivant dans du Falerme pur, ce procédé rend sa chair plus tendre. Les champignons des prés sont d’une excellente qualité, mal en prend de se fier aux autres, Voulez-vous, sans maladie, passer vos étés? Mangez à la fin de votre diner, des mûres noires que, sur l'arbre, on cueillit avant la chaleur du soleil, Aufidius mêlait le miel avec du fort vin de Falerne, il avait tort. Il ne faut, quand l’estomac est vide, lhumecter que des breuvages les plus doux. Votre ventre paresseux est-il obstrué, les moules et d’autres menus coquillages vous feront évacuer; usez aussi de petite oseille, sans oublier le vin de Cos, etc...
… Par quel dégoût le cœur se soulève lorsqu'un valet applique sur un gohelet ses doigts gras de la sauce qu'il lèche à la dérohée, ou lorsqu'une tasse porte l'empreinte de la crasse amassée par le temps... »
Ce genre de gourmandise, de l’obèse Horace, est évidemment bien différent de la goinfrerie de l’obèse Vitellius.
Marius, jeune, avait montré une grande force
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d’âme, il avait été soldat courageux et général habile mais, plus tard, il fut envahi par l'obésité et Plutarque nous le montre alors de caractère bien différent. En parlant de la guerre des Alliés, Plutarque écrit :
« … Car Marius parut lent dans toutes ses entreprises, irrésolu, paresseux et plein de délais, soit que la vieillesse eût éteint l’activité et le feu qui étaient en lui, car il avait soixante-cinq ans passés, ou comme il le disait lui-même, qu’étant accablé de fluxions et qu'ayant de la peine à se remuer, il ne soutint le poids de cette guerre que par honneur et au delà de ses forces... Enfin, il fut obligé d'abandonner le commandement, comme ne pouvant plus s’aider de sa personne à cause de son extrême faiblesse. »
Il mourut d’une affection à évolution rapide :
« Marius ne fut alité que pendant sept jours. Son ambition démesurée parut surtout dans sa maladie par un délire où il tomba, car il rêva qu’il conduisait une armée romaine contre Mithridate et qu’il lui livrait bataille. Il faisait les mêmes gestes et les mêmes mouvements qu’il était accoutumé de faire dans les combats et jetait les mêmes commandements et les mêmes cris de victoire, tant son envie de commander et sa jalousie naturelle avaient empreint dans son cœur cette forte et violente passion d’avoir cette guerre à conduire. »
Si l’ensemble des peuples antiques réprouvait l’obésité, cette loi n’était pas absolument générale.
Autrefois, chez les Egyptiens, l'obésité était considérée comme une beauté chez les femmes et Prosper Alpin nous a transmis le moyen qu’elles employaient pour se mettre en état de plaire. Ce moyen consistait à avaler un potage fait avec une poule grasse, puis
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à prendre un bain chaud pendant la durée duquel elles mangeaient la poule tout entière. Prosper Alpin a également remarqué que chez les habitants de l'Egypte, l’abus des plaisirs de Vénus, l’usage habituel des bains chauds et la chaleur du climat rendaient les hommes si replets qu’il n’était pas rare de voir leurs mamelles se développer et excéder en volume celles des femmes les plus grasses.
Les historiens nous ont transmis lhistoire de Denys, tyran d’'Héraclée, en Asie. On ne pouvait, disaient-ils, tirer Denys d’Héraclée de l’état de somnolence dans lequel le plongeait une obésité excessive qu’en le piquant avec une longue aiguille ou en couvrant son corps de sangsues. Après sa mort, étouffé par la graisse, il pouvait à peine être transporté à son tombeau.