‹ Notes sur l'histoire générale des sciencesChapitre 20 sur 32 · LES PARADOXES · texte numérisé non relu

LES PARADOXES

vrais ou faux. {L'Organisation de la Science, p. 36, 126 sq., 170 sq, , 275 sq., 3i6 sq., 356 sq.)

Les chances pour que Topinion qu'un individu émet soit paradoxale sont d'autant plus grandes que, à ce moment, la généralité des individus se fait plus facilement une opinion ou une conviction sur les divers sujets, même les moins connus. « Nous avons tous dans notre esprit, sans nous en douter, un certain nombre d'idées faites, de principes (faux quelquefois), que nous admettons sans le savoir et sans les énoncer, et dont nous tirons des conclusions. Et nous soutenons parfois ces conclusions avec ténacité ou entêtement, parce que le principe dont nous les avons tirées est pour ainsi dire fixé dans notre cerveau avec autant de force que les principes les plus clairement énoncés et les mieux établis. »

C'est actuellement un paradoxe que l'opinion de ceux qui croient possible de réformer l'orthographe française, et d'amener celle-ci à être aussi simple que l'orthographe des langues italienne et espagnole.

C'est actuellement un paradoxe que la possibilité de l'établissement d'une langue universelle artificielle (comme 1' « Espéranto »), qui vivrait à côté des autres langues et les suppléerait dans tous les cas oà il serait besoin.

C'est un paradoxe que le fait qu'un corps non vivant, placé dans un milieu à une température donnée, garde constamment une température supérieure à celle du milieu. Le radium est donc paradoxal — ou, si l'on préfère, se comporte d'une façon paradoxale.

Il y a peu d'années, l'opinion générale des savants était contraire à la possibilité du, mouvement réalisé par le chat qui, lâché en l'air dans une position quelconque, retombe toujours sur ses pattes. La chronophotographie a fait constater la réalité du fait

Digiti

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paradoxal. Il n'est plus resté alors qu'à donner l'explication — l'explication naturelle — du fait.

Le Progrès

La science marche. Où va-t-elle? Gomment marchet-elle?

Que nous montre à ce sujet l'histoire des sciences?

L'histoire des sciences est une partie de l'histoire de la civilisation humaine : cette partie et lea autres sont étroitement liées.

L'évolution de la science et de l'esprit humain se fait-elle dans le sens du mieux? Y a-t-il progrès? L'évolution de l'intelligence humaine correspond-elle à une évolution semblable des autres fonctions humaines? Le perfectionnement de l'intelligence et de la puissance humaines est-il accompagné du perfectionnement du corps humain et du cœur humain?

De tout temps ces questions et les questions voisines ont agité l'esprit des hommes. De tout temps les penseurs ont, en leur nom personnel ou au nom d'une divinité, indiqué des solutions. Le sujet se trouve trop longuement traité chez les auteurs pour que je m'y arrête longtemps.

Les religions et les mythologies ont parfois tendance à mettre dans le passé le paradis terrestre ou l'âge d'or, — l'âge où la nature est le plus favorable à l'homme en même temps que le corps humain est meilleur ou plus sain et plus fort et que la puissance humaine est plus développée. La science actuelle, au contraire, voit plutôt l'âge d'or dans l'avenir.

Les différents auteurs paraissent plus près de

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s'entendre, lorsqu'il s'agit de ce qui se rapporte à l'intelligence ou à la connaissance. Ils semblent admettre tous — ou à peu près — que l'intelligence et la connaissance se développent avec le temps (i). (C'est la méthode qui règle et produit le développement de la connaissance scientifique.)

Quant au cœur ou à la moralité, les hommes sont en complet désaccord sur ce qui le touche. Beaucoup disent, avec Pascal : « Les inventions des hommes vont en avançant de siècle en siècle. La bonté et la malice du monde en général reste la même ».

D'autres disent que la bonté ou la moralité s'accroît. « Parmi les résultats généraux qui sortent de l'étude de l'histoire, il en est un fondamental, au point de vue philosophique : c'est le fait du progrès incessant des sociétés humaines, progrès dans la science, progrès dans les conditions matérielles d'existence, progrès dans la moralité, tous trois corrélatifs ». (Berthelot : Science et Philosophie, p. 340

D'autres disent que la moralité décroît. La chose est bien improbable. Pourtant la question me paraît loin d'être totalement éclaircie, malgré les nombreuses discussions qui ont eu lieu sur le sujet.

On peut voir le mal régnent à une époque donnée,

sans pour cela être conduit à nier le progrès général.

c( Tout marche au but; tout sert; il ne faut pas maudire. Le bleu sort de la brume et le mieux sort du pire.

Et même par le mal, par les fausses leçons,

Par Thorreur, par le deuil, ô Kant, nous avançons.

Le mal transfiguré par degrés fait le bien. »

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