LES PARADOXES
les moyens humains ne sont pas suffisants pour y parvenir.
« Mais le découvreur ne se tient pas nécessairement pour battu; en même temps qu'un peu de ténacité, il a parfois des raisons qui montrent que la chose est possible pratiquement, et, parmi ces raisons ou preuves, la meilleure de toutes, celle qui consiste à montrer la chose réalisée.
« Alors, on perçoit une certaine agitation dans la foule, on entend une nouvelle rumeur qui s'élève (car la foule ne peut admettre qu'on lui offre du nouveau). Puis, progressivement, la rumeur grandit; puis enfin elle prend une voix 3o : « Ce n'est pas nouveau », dit-elle.
« Alors le découvreur, s'il est de bonne foi — et son devoir est de toujours l'être — , cherche, parmi les œuvres faites et écrites, celles qui peuvent se rapprocher peu ou beaucoup de son œuvre propre ; et il expose les ressemblances et les différences qu'il trouve.
« Comme tous le§ phénomènes de la nature paraissent faits sur un même plan, on trouve toujours quelque phénomène ressemblant à celui qu'on présente. Comme tous les cerveaux ou toutes les intelligences travaillent sur les mêmes éléments donnés, plusieurs intelligences ont vu de la même manière les mêmes choses; et l'on trouve souvent des opinions plus ou moins semblables exprimées chez des auteurs différents. Il faut, d'ailleurs,dire que, même si après bien des recherches on ne trouve pas d'opinion exprimée semblable à celle qu'on exprime soi-même^ cela ne prouve pas que personne n'ait eu encore cette opinion. En effet, d'abord, on n'a pu tout lire ce qui a été écrit et conservé depuis que l'espèce humaine existe; ensuite, aurait-on lu tous les écrits conservés, il peut y avoir un écrit disparu qui relate
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78 l'histoire CœNÉRALE DES SCIENCES
une opinion semblable à l'opinion qu'on croit nouvelle ; ensuite encore, aurait-on lu tout ce qui a été écrit depuis la naissance de Thumanité, Topiniôn que Ton croit nouvelle peut avoir existé dans une intelligence sans jamais avoir été écrite sur le papier, ni sur le papyrus, ni sur le métal, ni sur la pierre.
« Parfois, la voix de la foule, après avoir dit : « La chose n'est pas nouvelle », dit 4^ : « La découverte serait-elle vraiment nouvelle, tout le monde pouvait la faire ».
« Il est bien difficile de prouver d'une façon péremptoire que personne autre que celui qui l'a faite en effet ne pouvait faire cette découverte. Et c'est véritablement trop demander que d'exiger que le découvreur fournisse la preuve de cela : c'est déjà beaucoup pçur lui, s'il arrive à montrer que la part de nouveauté qu'il y a dans son œuvre est plus grande que la part qu'il aurait pu emprunter aux travaux des autres, s'il les avait connus. D'ailleurs, faute de preuve péremptoire pour la valeur de son œuvre, le découvreur peut dire à ceux qui présentent ces objections : « Vous qui criez, pourquoi, si vous étiez capables de faire la chose, avez- vous soutenu que la chose était impossible à faire, quand on vous l'a présentée! ». Il semble bien, en effet, que celui qui ne peut arriver à comprendre la découverte une fois faite, puisse encore moins la faire lui-même. » {La Musique des Couleurs et les Musiques de l'avenir, p. 58 sq.)
Les antipodes ont été pendant longtemps chose paradoxale. De même, l'idée de pouvoir atteindre les Indes ou la terre en allant par mer à l'ouest de l'Ancien Monde, fut paradoxale : et ceux qui n'admettent pas le paradoxe furent ou sont opposés au départ de Christophe Colomb et, par conséquent, à la découverte de l'Amérique.
Chaque science et chaque époque a ses paradoxes,
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