Le goût « de tamarin », C'est-à-dire astringent
fièvre. Leur abus donne des maux de tête, constipe et ballonne le ventre.
Gounam. C’est la propriété curative du médicament ; le célèbre médecin hindou Tcharaguin a dressé une liste de cinq cents symplômes avec en regard de chacun d'eux le médicament à administrer.
ViriamM. C’est la qualité thermogène du médicament; car tout médicament passe pour modifier en plus ou en moins la température du sujet; les médicaments qui augmentent la chaleur déterminent de la sudation, des bourdonnements d'oreille et des fourmillements :
ils facilitent la digestion; ceux qui abaissent la température sont des fortifiants et purifient le sang.
VipAGam. C'est la tendance évolutive du médicament, c’est-à-dire la facon dont le médicament se transforme au contact de l’organisme ; un médicament peut être bon en lui-même, mais devenir mauvais par suite des modifications que l'organisme lui fait subir.
SACTI. C’est l'intensité d'action du médicament; elle dépend de la facon dont les
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prescriptions religieuses concernant les médicaments administrés ont été observées : en ce qui concerne, notamment, les substances végétales, Brahma, créateur de toutes choses, après avoir créé les plantes médicinales, en confia la garde au divin Souprabha et recommanda à celui-ci de doser leur efficacité suivant le zèle avec lequel les médecins auraient observé les prescriptions religieuses relatives
à leur culture et à leur administration.
Voici quelques-uns des médicaments les plus usités :
Règne végétal : Presque toutes les plantes sont employées; je cite au hasard le sandal qui est donné contre les ulcères lépreux, l'écorce de fruit de grenadier contre les vomissements, le fruit de jaquier contre la maigreur, la cardamome comme antispasmodique et le raisin contre la fatigue.
Règne animal : la poudre d'os de bouc est
donnée contre certains ulcères: la dent d'’élé-
LES BASES DE LA MÉDECINE HINDOUE 931 Er TR Ne phant contre les pollutions nocturnes: le lait de femme et le lait d'éléphant contre les ophtalmies; le lait de vache pour donner du sperme; le lait de brebis et l'urine d'âne contre la tuberculose; le lait de jument et la graisse de chameau contre le rhumatisme :
le lait d'ânesse contre la coqueluche:; le lait de chamelle contre l’hydropisie; le lait de bufflonne contre l’insomnie; la peau abandonnée par un serpent qui a mué contre les éruptions prurigineuses:; la toile d’araignée contre les hémorragies ; la bile des animaux aquatiques et le sabot de cheval contre certaines fièvres; les punaises contre le paludisme ; les mouches pour faire vomir; la bave d'un éléphant enragé comme anaphrodisiaque; la bouse de vache comme purifiant: l’urine de vache contre les coliques; l'urine de mouton contre la jaunisse; l’urine de bœuf contre la dysenterie; l’urine de cheval contre les vers : l'urine d'éléphant contre les maladies du sang: les ongles d’homme contre les ulcères: les plumes de paon contre le hoquet; le corail contre l'asthme; la viande de pigeon contre la paralysie ; le miel, dont les Hindous recon-
PEN RAR NE MRC EST PAL ER R ARR 0 AR PS SEE naissent huit espèces, contre la jaunisse, le diabète, les vers, les ophtalmies, les vomissements.
Règne minéral : Sont principalement employés : le fer, l’étain, l'or, l'argent, le cuivre, le zinc, le plomb, le mercure et les sels de ces métaux; le soufre, le borax, l’arsenic et les composés; le diamant, le rubis, le saphir, l'émeraude, la topaze, l’onyx, la turquoise et l'œil de chat. Le mercure, l'or. l'argent et le diamant ont une renommée toute spéciale; le mercure passe pour guérir les seize variétés d'ulcères, les fièvres, les maladies des YEUX; les yoguis qui passent leur existence en contemplakion et sont réputés vivre très VIEUX, consomment, dit-on, de grandes quantités de
sulfure de mercure.
1. Les Hindous reconnaissent huit espèces de miel : celui fourni par les grosses abeilles et qui passe pour être le meilleur (natchigam); il est particulièrement donné contre la jaunisse; une espèce blanche dite Brémaraäm : le miel dit {chaoudram qui est produit par des abeilles de moyenne grandeur et prescrit contre le diabète: le paouligam produit par des abeilles très petites ; le {chätram produit aux environs de l'Himalaya par des abeilles qui font leur ruche en forme de parasol; le &rdhiam, le aoudhälagam et le délam.
LES BASES DE LA MÉDEUINE HINDOUE 233 POP EE RE VER AS VRP AUS ee DRE 20
L'or et l'argent se prescrivent surtout en cendre d'or et en cendre d'argent ; pour préparer la cendre d'or, on prend de l'or pur, on le fait fondre avec 1/16 de son poids de plomb ; on verse l’alliage obtenu dans du jus de citron, puis on l'entoure d’une couche de soufre et on le met dans un vase en lerre; ce vase est couvert d’un autre vase en terre et les deux vases sont lutés à l'argile. Le tout est enfoui dans dix livres de bouse de vache que l'on fait brûler à petit feu pendant sept jours : passé ce délai, on trouve dans les vases une cendre qui est la cendre d'or. La cendre d'argent se prépare à parür de l'argent et du plomb, exactement, de la même facon: la cendre d’or s'emploie surtout pour rajeunir les vieillards : la cendre d'argent s'emploie contre l’impuissance génitale.
L'usage médicinal des diamants est assez obscur; j'ai pu savoir seulement que l'on distingue quatre castes de diamants: le diamant brahme est le diamant d'une eau parfaite il a les vertus les plus considérables : le tchatria a une eau légèrement rosée et des vertus moindres; le vayssia a une eau Jaunâtre ; sa
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puissance est moindre encore: enfin le soudra,
relativement peu actif, a une eau bleue.
Les Hindous sont, en médecine. des observaleurs consciencieux et méticuleux : mais ils ont les défauts de leurs qualités ; ils sont trop mébiculeux et s’encombrent d’une multitude de faits minimes parmi lesquels ils se perdent et ne parviennent pas à distinguer les faits dominants ; leur symptomatologie es! touffue, confuse, pleine d'heureuses et fines trouvailles, de comparaisons justes et expressives, mais noyée de lamentables insignifiances et d'inexactitudes.
Leur éliologie et leur pathogénie sont un puéril amas de superstitions: les Hindous en sont encore à ce point de vue au stade primil des civilisations; ils en sont toujours à prier ce que, dans leur ignorance première et dans leur folie de persécution des premiers âges, 1ls ont divinisé : tout ce qu'ils redoutent est divin et adoré.
Leur thérapeutique est pathogénique ou
LES BASES DE LA MÉDECINE HINDOUE 933 PR PRE AE NE MORTE RE Pet es TE NE symptomalique ; la symptomatique est purement empirique, c'est-à-dire fondée sur l’observalion, Ce qui aurait donné de bons résultats si l'Hindou n'était constamment demeuré fasciné par le post hoc ergo propter hoc et n'avait conséquemment dissipé ses qualités d'observation en remarques et déductions erronées ; celle thérapeutique symptomatique est le plus souvent allopathique, rarement homœopathique ; homœæopathique, par exemple, quand, pour guérir les fièvres, ils donnent des médicaments dont la viriam est hyperthermique. La thérapeutique pathogénique est celle des vœux et des mantras: les Hindous pensent que les maladies viennent des dieux ; ils ont une conduite tout à fait rationnelle en les traitant religieusement; ce qui n’ést pas rationnel c'est de rapporter tous les phénomènes à une influence divine: les Hindous sont dans la situation de tous les peuples pieux : ils sont encroûtés de superstitions et d'idées fausses ; ils ne sortiront de cette gangue et ne marcheront vers le progrès que quand ils auront renié leurs dieux. J'ai développé ce thème à Pondichéry, à la séance
d'ouverture de l'Ecole de médecine en 1905, devant les indigènes étudiants en médecine :
« 51 l'on considère , leur ai-je dit notamment, d'une part, les moyens dont disposent aujourd'hui la thérapeutique et l'hygiène européennes qui sont l’aboutissant de l’effor! médical, et, d'autre part, cet effort médical même, quiest colossal depuis des siècles qu'il se prolonge, on esl frappé, non pas tant du petit nombre des résultats définitivement obtenus, que de la nouveauté de ces résultats. Il est remarquable, en effet, que les cures véritables datent d'hier ; qu'après un passé d’errements imbéciles et d'ignorance têtue, tout le progrès est venu d’un coup, gigantesque el prestigieux, sans transition, comme si l’espril médical venait d’éclore. C’est que, précisément, l'esprit médical n’est pas vieux: il vient à peine de se définir et de se constituer, s’engageant dans une voice nettement scientifique et dénonçant tout le fatras des traditions religieuses. Il ressort, en effet, des documents historiques que la médecine, aux premiers stades d'évolution de l'intelligence humaine,
est tenue en étroite tutelle par la religion : dé-
En
LES BASES DE LA MÉDECINE HINDOUE 937 RE RE RER ARE CRE PATES AN mn cimée par des fléaux multiples, cosmiques ou morbides, l'humanité primitive, dans une folie de persécution, soupçonne des volontés supérieures, rêve d’apaiser leur courroux et, devant l'acharnement des fléaux, devant l'accroissement des désastres, dans un lamentable désarroi mental, elle crée des dieux: + 1 le tigre est adoré pour sa férocité et le serpent pour son venin, la tempête qui secoue une contrée comme une crise et la bouleverse, l’épilepsie qui convulse comme une tempête, l’eau qui inonde les terres et l'hydropisie qui inonde les corps!, le choléra qui tue comme la foudre sont déclarés d'’essence divine. Il en résulte que les remèdes contre toutes ces calamités sont preserits par la religion : ce sont des offrandes, des prières, des vœux et, accessoirement, contre les maladies, quelques simples réputés agréables aux dieux et dont le patient doit se frotter très dévotement ou faire de pieuses tisanes. Et cette thérapeutique insensée est précisée dans chaque cas particulier, dosée non d’après le
1. Le Neptune hindou est le dieu de la mer, des inondations et de l'hydropisie.
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degré pathologique du malade, mais d’après son degré de fortune et de crédulité par les prêtres qui sont, à l’aurore des civilisations, les seuls représentants de la médecine. Cependant, l'intelligence humaine s'apprend à discerner: elle croit deviner une certaine régularité dans la succession des phénomènes; elle épie celte succession : d’abord, l’observaion est maladroite; mais elle se corrige, elle s'affine, elle devient méthodique et aboutit, en fin de compte, à l'expérimentation. C'esl un triomphe : la science tient les phénomènes à sa disposition, les manipule comme des choses et les reproduit à volonté jusqu’à en pénétrer le mécanisme intime. Alors, lintelligence humaine, sous le désordre apparent des faits, découvre la plus parfaite cohérence, les lois les plus rigoureuses; et l’homme, affranchi de la terreur religieuse des premiers âges, qui est le corollaire obligé de lignorance, prend conscience de sa propre force el entreprend contre les fléaux une lutte effi- Cace, C'esl la victoire de la science SUF la religion, a raison substiltuée au dogme.
Désormais l'effort médical est orienté : :l
LES BASES DE LA MÉDECINE HINDOUE 939 en ee devient fructueux; les succès se précipitent.
Sans doute, des difficultés d'interprétation surgissent; souvent, une importance démesurée est attribuée à des phénomènes simplement accessoires ; l'effet est pris pour la cause, le symptôme pour la maladie, la réaction de défense pour une manifestation nocive, et des erreurs thérapeutiques en découlent.
Mais il importe peu; car les erreurs ne s’enracinent pas à cette période; l'observateur consciencieux el impartial a tôt fait de les constater, de les signaler et d’en éviter le retour.
Eh bien, il est éminemment triste que le peuple hindou, malgré son incomparable vétusté, malgré son contact prolongé avec les nations européennes, en soit encore au point de vue médical à la phase religieuse de l'évolution ; 1l est éminemment triste que, malgré tous nos discours, malgré les fréquents et indéniables succès de nos méthodes, malgré l'échec flagrant et constant des procédés hindous , malgré l'énorme mortalité indigène, nous ne puissions modifier en rien les pratiques locales ; nos tentatives les plus désintéressées, nos démonstrations les plus probantes
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se heurtent à une foi séculaire, à un mysticisme effroyablement tenace. On rend hommage à notre bonne volonté, à notre dévouement, mais on nous refuse toute confiance parce que nos médicaments n'ont pas la répulation de plaire aux dieux et que nous les administrons sans murmurer aucune prière. Incontestablement, nous péchons par excès d'honnêteté et le crédit nous viendrait sans doute si nous consentions à assaisonner notre thérapeutique de grimaceries religieuses.
Au xx° siècle, qu'une épidémie survienne, l'Hindou brûle du camphre en l'honneur des dieux, dissipe sa fortune en offrandes magnifiques, récite les mantras appropriés, cenl fois, mille fois, dix mille fois, inlassablement; car, plus il les récite, plus 1l leur prête d'action ; il fait tirer des bombes au coin des rues... Et chaque Jour ce sont des jonchées de morts.
[1 faut, messieurs, vous qui prétendez apprendre la médecine européenne, vous pénétrer de cette idée : que Îa science médicale et la religion ne peuvent avoir rien de commun,
qu'elles ne peuvent pas se concilier. qu'elles
se choquent dans leur essence ; et quand je parle de religion, je n'entends pas telle ou telle religion; j'entends toutes les religions indifféremment, car toutes considèrent Îles maladies comme des épreuves divines et la thérapeutique scientifique comme une rébellion. Servez-vous des religions pour élayer votre morale et vous bercer d’espoirs futurs si votre morale a besoin d'étai et si vos consciences manquent d'énergie; mais gardez-vous d'appliquer vos croyances à la médecine. Et, si vous êtes bien pénétrés des différences fondamentales qui séparent la science de la religion, efforcez-vous de les montrer à la masse hindoue ; vous devez être, dans l'intérêt de vos compatriotes, les propagateurs de nos idées qui sont des idées bienfaisantes et désintéressées ; faites comprendre à la masse hindoue qu'abjurer le brahmanisme et embrasser la religion du Christ n’est point avancer en civilisation ; faites comprendre qu'un peuple est civilisé le jour où 1l quitte l'ornière religieuse eb vçue tous ses efforts à la science qui seule permet l'amélioration sociale, la
marche er avant, le progrès. »
L'administration de l'Inde française, à laquelle j'avais cru pouvoir demander de donner à celte allocution une certaine publicité dans la colonie, m'a répondu que mon allocution n offrait aucun intérêt ; ce qui me force à dire, quelque triste que cela soit, que, administra= livement, les vérités n’ont pas toujours libre cours quand elles sapent la religion. La propagation de ces vérités devrait être cependant, en ce qui concerne l'Inde, en tête de notre programme civilisateur.
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LE «MAMOUL »
Certains auteurs qui ont écrit sur les Hindous, différents ecclésiastiques notamment, les ont traités de primitifs avec beaucoup de complaisance ; 1l est d'ailleurs dans l’ordre ordinaire qu’un prêtre traite de sauvages tous ceux qui n'ont pas l'étiquette catholique ; mais, il importe de ne pas s’arrèler à des Juœements aussi superficiels et partiaux el de remarquer que, sous leurs apparences étranges et déconcertantes, les Hindous ont toujours, comme l'on dit vulgairement, « une idée de derrière la tête » profondément philosophique. Il ne semble pas y avoir chez eux d’actes qui se soient imposés à l'habitude sans motif, de traditions qui n'aient d'autre raison d'exister que leur vétusté; au-dessous de toute attitude, est une idée; et, bien mieux, quoique l'attitude trouve son origine dans les temps les plus reculés, l'idée qui lui a donné nais-
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