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qu à la tête de ce jardin colonial il y eût un homme plein, non pas seulement de bonne volonté, mais d'intelligence et d'initiative : il faudrait surtout que le président de la Chambre d'agriculture ne fût pas un industriel ; et que ce jardin colonial, sous une direction éclairée et sous l'impulsion d'un président de Chambre compétent, fit des essais h: 14 comparatifs de graines et d'’amendements, déterminât les conditions d’un rendement maximum et prolongé et constituât des champs modèles pour l'instruction des agriculteurs.
Les agriculteurs du territoire anglais, qui sont au Courant de ce qui se passe sur notre territoire, ne manqueraient pas de profiter de nos découvertes, comme ils ont profité en 1897 de lhypothèse que nous avions émise de l'épuisement des graines d’arachides, et, en sauvant leur production, sauveraient notre commerce.
Les champs sont, d’une façon générale, la propriété de petits agriculteurs qui vivent toute l’année sur leur récolte passée. Leur sort est misérable, parce que leurs récoltes
sont, d’un an à l’autre, très inégales et que
leurs charges sont lourdes : 1ls’ont à entretenir une famille toujours nombreuse, sont obligés d’être propriétaires de bœufs qui sont leurs auxiliaires aux travaux des champs et sont grevés d'impôts; ils ont notamment, à
payer, comme impôt foncier, 25 0/0 du pro-
duit du sol, ce qui est énorme. Au sujet des impôts, il est triste de constater que l'administration manque souvent d'indulgence dans leur recouvrement ; il convient de remarquer, par exemple, que les trésoriers-payeurs, qui, outre leurs appointements, ont de fortes remises sur les sommes qu'ils font rentrer, ont un intérêt personnel à ce que les contribuables soient pressurés; plus le contribuable paie, plus le trésorier touche, et ce système de recouvrement, qui a l'avantage de faire coïncider l'intérêt du fonctionnaire et celui du budget, et de l’inciter à s'occuper de son travail, a souvent l'inconvénient de rendre le trésorier âpre et implacable. Des employés subalternes du Trésor ont été frappés disciplinarrement pour s'être montrés pitoyables et avoir accordé des délais; et il arrive fréquemment que
les malheureux agriculteurs, qui triment pour
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irer quelques richesses de leur terre capricieuse, voient leur récolte de l'avenir saisie par le Trésor. Il y a là une situation extrèmement intéressante et qui me fournit un argument de plus à ce que je disais précédemment: qu'un pays n'a pas le droit de faire des dépenses de luxe, quand il existe dans ce pays des nécessités.
La classe agricole est intéressante à un autre point de vue; guettée par le Trésor, elle l'est encore bien davantage par les cheltys ; les chettys sont les capitalistes indigènes; ils sont banquiers et usuriers; dès qu’un agriculteur est dans le besoin, que la récolte ait élé perdue et qu'il n'y ait pas de quoi acheter de, nouvelles semences, ou qu’un bœuf soit mort et qu'il faille en acheter un autre, le chetty entre en scène, fait ses offres de ser-
vice, conclut l'affaire et exige des intérêts d'au
mois 150 0/0 par an : 150 0/0! ce n'est pas une faute d'impression : 150 0/0, voilà le taux ordinaire. Et pour peu qu'un petit agriculteur ait eu à emprunter 50 francs dans ces conditions, avec les intérêts qui courent et les impôts à
payer, c'est l'enlizement irrémédiable. Alors,
le chetty s'impatiente et fait vendre la terre. H est absolument indispensable que le petit œé: des ouvertures très
agriculteur soit proté discrètes ont élé faites à la banque de l'Indo- Chine pour qu’elle consente des prêts sur récoltes aux petits agriculteurs, comme elle l'a fait en Cochinchine et au Tonkin : la banque fournirait de l'argent à l'administration au taux de 40/0; celle-ci prêterait aux agriculteurs, sous sa responsabilité et sous sa surveillance, l'argent fourni par la banque, en demandant aux agriculteurs 6 0/0; sur les 6 0/0, elle donnerait 4 0/0 à la banque et garderait 2 0/0 pour se couvrir de ses risques et des frais d'organisation. La banque, qui a coutume de gagner de 7 à 11 0/0 sur ses opérations ordinaires, a Jugé peu intéressante une combinaison qui devait lui rapporter si peu et a repoussé l'occasion qu'on lui offrait de rendre à la colonie un signalé service.
Voilà qui souligne ce que je disais précédemment que.la banque d’'Indo-Chine se détache de plus en plus de nos possessions hindoues et guette le moment opportun d’en retirer sa succursale.
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346 NOTES SUR L INDE cn ao Un Re ASS D'ailleurs, Ia banque n’est pas nécessaire pour l'installation de prêts agricoles; il est à Pondichéry de l'argent que les possesseurs sont disposés à mettre à la disposition de l'administration, je veux parler de la caisse des macouas, ou bateliers du port; cette caisse contient actuellement près de 170,000 fr.
en litres de rente à 3 0/0; les macouas prête-
raient leur argent à l'administration au taux
de 4 0/0; celle-ci prêterait sous sa surveillance et sa responsabilité, au taux de 6 0/0: donnerait 4 0/0 aux macouas, et garderait 2 0/0 pour ses frais de geslion et ses risques. Il y a certamement un lerrain d'entente avec les macouas, qui n'ont pas les appétits gloutons des
banquiers : 1ls ne gagnent par leurs titres
de rente que du 3 0/0; ils seront contents dès
que, sans risque, ils gagneront un peu plus: je parle de 4 0/0 pour donner corps au projet; mais ils seraient sans doute satisfaits avec du 5,5 0/0; l'administration pourrait peut-être, alors, prêter à meilleur compte aux agriculteurs, à moins qu'au contraire elle pense devoir retenir plus de 20/0 pour cou-
vrir ses risques et ses frais de gestion; € est là
une question de mise au point qui n’atteint pas le principe.
En tout cas, à défaut de cette organisation, ou en même temps qu'elle, il serait urgent de protéger le petit agriculteur contre les agressions dés chettys en rendant leurs terres insaisissables ; 1l faudrait instituer pour les agriculteurs hindous, dont la race laborieuse mérite d'être conservée et encouragée, des « homestead », comme cela a été fait avec le plus grand succès en Amérique; il ne serait pas banal qu’une colonie devançât la métropole dans la voie des améliorations économiques. Le homestlead ou bien de famille, est considéré comme l'asile inviolable de la famille : les créanciers ne peuvent s’en emparer, et le pelit agriculteur n’est pas découragé dans ses efforts, parce qu'il est sûr qu'aux jours de famine il ne sera pas dépouillé de sa propriété et quil pourra, par un labeur persévérant, faire revenir des jours heureux.
Ces mesures doivent être envisagées comme des mesures d'humanité; et il ne faudrait pas que la colonie en attendit aucun prolit; les
prêts agricoles ou la constitution des petites
propriétés en biens de famille n'auraient pas, comme dans les pays de grande étendue, le but plus ou moins déguisé de fixer à la terre ceux qui ont tendance à s’en écarter: le territoire cultivable de Pondichéry est trop petit pour qu'il manque jamais de bras ; mais il serail plus moral que la terre au lieu d'enrichir les chettys, donnât quelque aisance à de malheureux travailleurs que leur âpre existence rend intéressants.
Pour cette raison que Pondichéry est un territoire insignifiant, l'avenir agricole de ce lerritoire est nul: il n’en va pas de même de Son avenir industriel. À priori, l'avenir d'un pays très pet, trop petit pour être exploité agricolement, et où la main-d'œuvre est à vil prix, a un avenir industriel: le tout est de discerner l'industrie qui lui convient.
Autrefois, les huileries étaient florissantes: Pondichéry exportait une énorme quantité d'huile en Birmanie; mais des tarifs doua-
niers ont protégé la Birmanie contre nos
produits et les huileries ont complètement périchté.
Actuellement !, l'industrie principale est celle des filatures de coton; le coton que l’on y travaille est soit le coton de Tuticorin qui est blanc, soit plutôt le coton de Cocanada qui est rouge; on transforme surtout ce coton en pièces d'éloffes de 15 mètres, pesant 1 kil. 509 et qui, teintes à l’indigo, sont exportées à la côte occidentale d'Afrique, où elles servent de monnaie sous le nom de quinées. Les peuplades de la côte d’Afrique n'acceptent que les pièces teintes dans l'Inde,
1. Je ne m'occuperai que des industries capables d’exporter; je passerai donc complètement sous silence les multiples industries familiales qui ne font que pourvoir aux stricts besoins des indigènes (carrosserie, menuiserie, etc., elc.).
De même je ne crois pas devoir m'occuper des indus- ‘tries d'art : orfèvrerie et sculpture en plein bois ; leur caractère est extrêmement original, mais si particulier et d'une telle monotonie qu'une production étendue ne trouverait pas à s'écouler; l'esprit de tradition des castes, qui rend des services par certains côtés, est néfaste au point de vue artistique; il a fixé définitivement un art hindou toujours le même et sans espoir de rénovation ; Part d'aujourd'hui est l’art d'il y a mille ans. C’est pourquoi l'amour de l'antique aux Indes est du pur snobisme; dans ce pays il n’y a pas d'antique, il n'y a que du vieux.
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