‹ Notes sur l'IndeChapitre 8 sur 142 · J TS · texte numérisé non relu

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Les hommes portent tous le « cudhumi », mèche de cheveux qu'on laisse longue au sommet du crâne et qui est censée rappeler par sa forme le corps allongé du serpent ; quelques-uns s’affublent d’un appendice caudiforme en crin plus ou moins orné ; les femmes ont des bijoux(bracelets et pendants d'oreilles) qui figurent des serpents.

Enfin, ces Nagas ont l'habitude de dresser en l'honneur de leur animal-dieu des pierres plates sur lesquelles des serpents ont été sculptés; ces pierres sont généralement placées aux endroits fréquentés par les reptiles et de préférence sur le bord d'un étang ou d'une rivière, ou à l'ombre de l'arbre dit Arasu qui est sacré (ficus religiosa); sur ces pierres la représentation du serpent varie tantôt c'est un seul serpent à demi levé, comme sil allait s’élancer sur une proie ; tantôt sont figurés deux serpents enlacés :

tantôt c'est un serpent dont le cou s’épanouit en plusieurs têtes ; il y a toujours dans ce cas Lrois, cinq ou sept têtes ; ce sont les représentations schématiques du serpent Takshaca lequel passe pour avoir un millier de têtes.

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Ces pierres levées sont parées de fleurs et de

safran et, devant elles, on apporte régulièrement du lait, du beurre, de l'huile et des fruits pour que les serpents de la région aient sûrement de quoimanger. Quelquefois, ces pierres onf la valeur d’ex volo, les Nagas ayant coutume d’invoquer le serpent pour la réalisation de leurs vœux et les femmes, notamment, ayant coutume de fui demander de ne point

être stériles.

Le culte du serpent est, en outre, très ré-

pandu parmi les Hindous de religion brahmanique; ceux-ci reconnaissent huit serpents divins dont voici l’origine : Xassiapa, fils du dieu Brahma créateur de toutes choses, avait

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deux femmes Vinoula et Kadrou; celle-ci étant stérile reçut de son mari un œuf qu’elle se mit à couver pieusement ; à l’éclosion, sorürent de cet œuf huit serpents qui sont les

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l’origine sera expliquée plus loin. Ces huit

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najas, car 1ls sont décrits comme ayant un

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capuchon derrière la tête; ils sont, à l'exemple

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des Hindous, divisés en quatre castes Ananda el Gouliqga sont de caste brahme ; ils possèdent mille capuchons portant chacun sur sa face postérieure l’image du tchacram qui est une arme circulaire employée par le dieu Vichnu contre ses ennemis :

Vasoukti et Sangapalin sont de caste tchatria ; 1ls possèdent huit cents capuchons portant l’image de la charrue ;

T'alchega et Mahapatma sont de caste vayssia ; ils possèdent cinq cents capuchons portant l’image d’un parasol :

Patmane et Carcodagane sont de caste soudra ; 1ls possèdent trois cents capuchons portant l’image d’une fleur de lotus.

Ces huit serpents ont pour mission de soutenir sur leurs têtes l’univers lequel, d’autre part, s'appuie sur des éléphants divins. Le ser-

1. Les Hindous sont divisés en quatre grandes castes : celle des Brahmes dont le rôle est d'étudier les livres sacrés et de servir les dieux; des (chaltrias ou guerriers parmi lesquels se rencontrent les rois ou radjahs ; des vaissyas qui s'occupent de commerce et d'agriculture; des soudras qui forment la masse de la population et sont voués aux travaux manuels. En dehors de ces quatre castes, sont les parias dont le rôle est d'endosser le mépris de tous les autres Hindous.

pent brahme Ananda, cependant, n’emploie à soutenir l'univers qu'une de ses têtes ; il en réserve neuf cent quatre-vingt-dix-neuf au dieu Vichnu qui s'étend mollement sur elles et s'y endort ; pour cette raison qu'il porte un dieu, Ananda est le roi des serpents ; c’est celui-là même que nous avons appelé plus haut Takshaca et qui s'étant uni à une vierge à engendré les Nagas. C'est un serpent doué d’aimables sentiments, le seul de sa race qui ne cherche pas constamment à faire le mal et qui possède parfois l'esprit de justice; en temps de paix, il chante de ses mille bouches les louanges de Vichnu; en temps de guerre, quand celui-ci est obligé de s’incarner et d'aller combattre pour quelque bonne cause, lui-même se transfigure et met sa force au service de Vichnu et du droit ; c’est ainsi. que Vichnu s’incarnant en Rama pour détruire deux géants rebelles, Ananda s'incarne en Latchemana frère de Rama; et que Vichnu sincarnant en Chrisna, Ananda prend les traits du frère de Chrisna.

Donc le serpent est lié à Brahma, créateur de toutes choses et base de la trinité hindoue :

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il est lié à Vichnu, dieu conservateur et deuxième de la trinité ; il est lié aussi à Siva. dieu destructeur par le feu et régénérateur par l'amour, troisième de la trinité : car ce dieu. toujours ivre de haschich et d’opium, terrifiant avec ses cinq têtes, ses trois yeux et son corps couvert de cendres, a comme compagnons ordinaires d'énormes et hideux serpents qu'il porte en colliers et en pendants d'oreilles.

Sauf Ananda, tous les serpents sont malfaisants. Les légendes hindoues enseignent, si l’on excepte Ananda, que le serpent est un être essentiellement mauvais dont il ne faut attendre que maux et calamités; c’est aussi ce qu'enseigne la mythologie chrétienne à l’occasion de la chute d'Adam et d'Eve; d’où l'abbé Dubois, qui est l’auteur d'un bon ouvrage sur les institutions indiennes, conclut, en excellent prêtre, que la mythologie hindoue s’est inspirée de la chrétienne; en réalité, celle-ci est de beaucoup postérieure à celle-là et, S1l y avait imitation de quelque côté, ce serait du nôtre; 1} paraît plus rationnel de penser que la similitude des légendes primiives résulle de l'identité psychique des races

au début de leur évolution ; pour le même motif, en Nouvelle Calédonie, Barup principe du mal exerce ses influences néfastes par l’intermédiaire d’un serpent.

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d’'Ananda ; chaque année, au mois de décembre, les adorateurs viennent de loin et ap-

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portent aux innombrables serpents que les

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prêtres entretiennent dans le temple des offrandes de toute nature.

Le père Moré raconte qu'il a vu dans les environs de Calcutkla, à l’occasion d’une fête religieuse, des dévots qui s'étaient faits de

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grandes ouvertures dans les régions lombaires

et scapulaires et qui faisaient passer dans

chaque trou d'énormes serpents dont les plis les enveloppaient tout entiers.

Louis Rousselet, dans son livre l’Znde des

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rajahs, dit: « Une des fêtes à laquelle j'assistai à Bombay est le Naga Panlchami, ou fête des serpents. C’est l'anniversaire du jour où Chrisna a tué le grand serpent Kalinga. Le flot incessant qui encombre les environs de Païdoneh se presse à travers les petites rues adjacentes vers une place voisine où se déploie la plus importante cérémonie de la fête. Là sont rangés deux ou trois cents sapwallahs, ou charmeurs de serpents, ayant chacun devant soi une corbeille contenant une vinglaine de cobras; les pieux Hindous leur apportent des jattes de lait de buffle dont ces repliles sont très friands. Bientôt, chaque jatte est entourée d’un cercle de cobras qui, la tête plongée dans le liquide, restent dans un élat de parfaite immobilité; de temps en temps, le sapwallah en retire un pour faire place à un autre et il est curieux de voir la fureur de l'animal dépossédé qui se dresse, gonfle son capuchon et frappe tout ce qui l'entoure... Ce singulier manège dure toute la Journée et deux ou trois mille cobras sont amplement repus de lait; le lendemain matin les charmeurs quittent tous l'ile et lâchent

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LES SERPENTS ET LEURS MORSURES 19 charitablement leur collection de serpents dans la jungle. »

Certaines familles pieuses ont leurs serpenis comme nous avons nos pauvres; régulièrement, pendant des années, elles portent de la nourriture près du gîte de l'animal: certaines même ont un serpent à leur propre domicile soit qu'elles l'y aient amené, soit que le serpent soit venu s'installer de sa propre initiative; et, s’il arrive que l'hôte venimeux porte sa dent sur ses bienfaiteurs, la déférence el les petits soins redoublent.

Enfin, au-dessus des statues des dieux, on a coutume de placer une sorte de dais fait d’un serpent à trois, cinq ou sept têtes et dont le cou esb étalé en capuchon.

Donc, d’un œuf couvé par Kadrou, seconde femme de Kassiapa, sont sortis huit serpents qui sont l’origine de tous les serpents sauf des vipères ; celles-ci, en effet, sont sorties toutes vivantes du pagne de Parvatli, femme de Siva, au moment où, sous la forme de Dourga,

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elle allait massacrer le géant Maguidassouram; c'est sans doute en mémoire de cet épisode que Parvalli est souvent représentée avec un serpent en guise de bracelet. Il est intéressant de remarquer que la légende hindoue est en quelque sorte d'accord avec la zoologie; tous les serpents, sauf les vipères, sont ovipares c'est-à-dire qu’ils pondent des œufs desquels sortent ultérieurement de peits serpents; or, précisément, dans la mythologie hindoue, tous les serpents, sauf les wipères, sont nés d’un œuf qu'il a fallu couver; il est même exact que la femelle couve ses œufs ; le fait a été observé au Muséum de Paris el au Jardin zoologique de Londres : à Paris un Python molure fit un cône de ses œufs et s’enroula autour: la couvée dura soixante jours; à Londres un Python de Séba a.

couvé quatre-vingt-deux jours. Au contraire, les vipères ne sont pas ovipares mais ovovivipares c'est-à-dire qu’elles pondent en dedans d'elles; les œufs éclosent dans le ventre de la mère et les petits paraissent à la lumière

1. Voir la légende de Dourga et Maguidassouram dans le chapitre relatif à la fête des armes,

dépourvus de coquille ; or, dans la mythologie hindoue, les vipères ne sortent pas d'un œuf mais apparaissent toutes vivantes du pagne de la déesse. Il y a là une certaine exactitude d'observation.

Les huit serpents divins eurent chacun cinq cents descendants qui se répandirent par tout l'univers et s'y multiphèrent à linfini; 1ls n'eurent d'autre souci que de faire le mal, si bien que l'aigle Garouda dut les poursuivre et les traquer jusqu'à ce que la plupart quittassent la terre pour se réfugier dans Îles Patals, régions ténébreuses qui occupent les sept quinzièmes de l'univers f; l'aigle Garouda est fils de Kassiapa et de Vinoula première femme de celui-ci; Garouda est donc le demi-frère des huit serpents divins ce qui ne l'empêche pas d'être l'ennemi implacable des ophidiens ; sue est le seul qui ait l'estime de Garouda et tous deux vivent en fort bonne intelligence, premier servant de hit et-le

1. Suivant les Hindous, l'univers comprend quatorze mondes ; sept supérieurs parmi lesquels le soleil, Ia terre ;

le paradis des sages, entre le soleil et la terre; le paradis

d'Indra, dieu du soleil, entre le soleil et l'étoile polaire

etc... Sept inférieurs parmi lesquels sont les Patals.

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second servant de monture au dieu Vichnu.

Parmi tous ces serpents, les Hindous dislinguent les serpents castés et ceux qui sont Sans Casle; les serpents najas sont seuls caslés; tous les autres serpents sont sans caste ; ce sont les parias de la race ophidienne.

Les najas tripudians sont surnommés « naga pambu » (bon serpent) parce qu'ils sont redoutables et qu'il convient de les amadouer:

le capuchon qu'ils portent et qui tient à la facullé qu'ils ont, en redressant leurs côtes cervicales, de distendre leur cou transver- Salement, a des dessins qui ont leur légende : un jour, Buddha ! étant endormi au soleil, un naja vint à passer et, pris de compassion pour le dormeur, s'interposa entre celui-ci et le soleil, de façon à projeter sur Buddha l'ombre large de son chaperon. Buddha reconnaissant

1. Le serpent tient une place importante dans la religion buddhiste; il est intéressant de remarquer que Buddha est souvent représenté assis sur un serpent, de même que Vichnu est souvent représenté couché sur Ananda; Gustave Lebon signale même dans son ouvrage des civilisations de l'Inde qu'il existe à Amravali des basreliefs datant du cinquième ou du sixième siècle de notre ère et qui représentent Vichnu, non pas couché, mais assis sur le serpent, dans l'exacte attitude de Buddha.

LES SERPENTS ET LEURS MORSURES 23 décida qu’à l'avenir les najas auraient sur leur chaperon des dessins colorés qui auraient le don d’effrayer les ennemis du serpent; c'est l'origine des lunettes du naja tripudians, du cobra di capello.

Les naga pambu sont divisés en quatre castes ! :

CASTE BRAHME : Le serpent de cette caste est blanc, noir, rouge ou brun; son chaperon est tacheté de points noirs ayant la forme d'un linga ; son sifflement est violent et dénote un caractère 1rascible. Il répand une odeur de nénuphar et de mimosa; il se plaît dans les temples; lorsqu'il danse à chaperon déployé, il regarde vers le ciel; 1l se nourrit de vent et du parfum des fleurs; il vit mille huit ans.

Lorsque, le samedi soir et le dimanche matin,

1. Les najas sont des protéroglyphes c’est-à-dire que leurs crochets sont sur le devant de leur mâchoire, et des conocerques c'est-à-dire que leur queue est arrondie ; leurs côtes cervicales sont relevables, ce qui les distingue des elaps lesquels sont aussi des protéroglyphes et des conocerques; le plus redoutable des najas est le naja tripudians ou serpent à lunettes; les bongares qui sont plus grands mais moins venimeux que le serpent à lunettes sont très abondants dans l'Inde; le naja haje ou aspic de Cléopâtre ne parait pas exister dans l'Inde.

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2h NOTES SUR L'INDE

RARES PR RP ON SR PA AR RAR PAR RM es il cherche sa proie, il prend une couleur rouge sang. Il mord de préférence la face antérieure du corps et à droite.

CasTE KcrarTryA :-Le serpent de cette caste est doré ou noir: son chaperon est taché de ligures représentant des conques ou des tridents; 1l est très irascible: il répand une odeur de jasmin sauvage et de chiendent: il se plaît au pied des arbres. Lorsqu'il danse à chaperon déployé, il regarde en face: il se nourrit de racines et d'insectes: il vit huit cents ans. Îl circule à partir du lever du soleil jusqu’à dix heures du matin et vers les quatre heures du soir; il mord indifféremment, soit à droite, soit à gauche.

CASTE VayssrA : Le serpent de cette caste a la teinte de l’onyx; il a sur son chaperon des points plus brillants que la plus précieuse des plus précieuses pierres; il sent à la fois le lait, la chèvre et Ia fleur de bambou: il se plait dans les maisons en ruines. Lorsqu'il danse à gorge déployée, il regarde partout à la fois ; 1l se nourrit de crapauds, de colimaçons, de caméléons et de rats; il vit cinq cents ans.

Il sort depuis le lever du soleil jusqu'à quatre

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heures du soir; il mord de préférence la face postérieure du corps et à gauche.

CasTE Soupra : Le serpent de cette castle est d’un noir très sombre; il a sur son chaperon des dessins représentant des griffes et des

points ronds qui ressemblent à des yeux; il sent la fleur de bassia longifolia; 1l se plait

dans les tertres; lorsqu'il danse à gorge dé-

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