‹ Notes sur l'IndeChapitre 95 sur 142 · HAE · texte numérisé non relu

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aurait aperçu Chitrarata, prince de Mrittikavati, et la princesse sa femme plongés dans des occupations érotiques et aurait regretté que son existence pieuse ne fût point agrémentée de joies sensuelles ; suivant une version plus répandue, elle aurait vu passer sur l’eau de l'étang l'ombre exquise d'un Gandarba ou musicien céleste et aurait soupiré de n'avoir pas un mari aussi beau. Toujours est-1l que les Dieux, pour la punir de ses pensées mauvaises, la rendirent incapable de puiser l'eau; et Rénuka fut obligée de rentrer chez elle la panelle vide. Son mari qui, grâce à la faculté de divination que les dieux lui avaient accordée en récompense de sa grande piété, avait suivi les pensées de sa femme, attendait celle-ci avec une impatience pleine de colère; il dit: « Épouse hypocrite et perverse qui feins la piété et lascétisme, désormais tu es indigne de partager ma vie vertueuse; tu l'es rendue moralement coupable d’adultère; tes fils vont venger mon honneur. »

Les cinq fils de Jadamagni et de Rénuka furent mandés et reçurent l’ordre de tuer leur mère ; les quatre premiers ayant refusé furent

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maudits par leur père et, sous l'effet de cette malédiction, devinrent subitement idiots; le cinquième, Parassu Rama, brandit la hache (parassu) que le Dieu Siva lui avait autrefois donnée et, d'un seul coup, trancha la tête de sa mère; mais, aussitôt, 1l se prit à pleurer amèrement sur son crime et dit à son père:

« J'ai vengé votre honneur ; mais je souffre que ma mère soit morte et que mes frères soient idiots; puisque je vous ai obéi, faites que je puisse rappeler ma mère à la vie et |: EL que mes frères recouvrent la raison; faites aussi que mon existence soit longue et toujours victorieuse. » Jadamagni consentit à | | satisfaire son fils et, notamment, concernant Rénuka, prescrivit d'accoler la tête au tronc, de jeter un peu d’eau sur le visage, et de toucher le corps avec un rotin; ce qui fut fait. Mais, Parassu Rama ayant, par une fatale inadvertance, adjoint au tronc de sa mère la tête d'une parchi (femme paria) qui venait d'être décapitée pour infamie, Rénuka ressuscila avec un corps vertueux et une tête impure; son mari fut obligé de la chasser et ses fils se refusèrent à la considérer comme

leur mère. Rénuka, désormais esclave des conceptions viles de son cerveau de parchi, irritée de se trouver sans famille et sans logis, résolut de courir le monde en faisant le mal ; alors les Dieux pris de pitié lui donnèrent un nouveau fils, Catavarayen, pour l'aimer et la faculté de préserver les humains de la variole.

D'après une autre croyance moins répandue que la précédente, mais plus savante, Mari-Ammé serait une forme de Parvatti, femme de Siva; or, il est très intéressant de noter que Kali qui donne la variole serait également une forme de Parvatüi; synthétiquement parlant, ce serait donc la même déesse qui donnerait la variole et en protégerait. Il importe de remarquer qu'il n’y a pas là contradiction ; 1l est bien évident, en effet, qu'une divinité, du fait qu'elle donne une maladie à certains individus, se trouve protéger ceux auxquels elle ne la donne pas ; et inversement, qu'une divinité, du fait qu’elle protège certaines personnes, se trouve frapper celles qu'elle ne protège pas. Au reste, il est raisonnable que des esprits aient admiré que la

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RE on PE DERCENE variole, circulant parmi des gens de mœurs identiques, atteigne les uns et épargne les autres et aient discerné dans ce phénomène la manifestation de deux influences contradictoires; les Hindous, qui sont farcis d'idées religieuses et croient voir partout l’intervenlion divine, ont appelé ces influences Kali et Mari-Ammé ; la science moderne dit Germe et /Zmmunité.

La lutte de ces deux facteurs est en effet très saisissante dans l'Inde: la variole \ existe depuis les temps les plus reculés: elle sy est toujours librement répandue et l'immunité qu’elle confère s’est héréditairement transmise et additionnée, sans qu'aucune ar- Uficielle et maladroite prophylaxie ait troublé ce naturel et bienfaisant processus de défense. Autrefois, la variole faisait dans l'Inde de terribles ravages; Kali l’emportait sur Mari- Ammé; aujourd'hui la variole des Hindous est une infection très atténuée qui n'oblige point le malade à garder la chambre: souvent, l'atteinte ne provoque même pas de lièvre et se traduit seulement par quelques

rares pustules éparses sur le corps; on voit

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MARI-AMMÉ, DÉESSE DE LA VARIOLE 207 RÉ R ES fréquemment des individus porteurs de varioles larvées se promener et vaquer à leurs occupations ordinaires ; actuellement, Mari- Ammé l'emporte sur Kali et la vaccine est, dès maintenant, à peu près inutile dans l'Inde. Il s'en faut, d’ailleurs, que les légendes aient gardé dans l'esprit du peuple leur pureté primitive; la foule croit volontiers que Mari-Ammé donne la variole et que Kal (laquelle dans les livres sacrés est la dispensatrice de toutes les maladies et plus particulièrement du choléra et de la variole) donne seulement le choléra; quoi qu’il en soit, 1l est curieux que, d’après la mythologie hindoue, Kali soit en matière de choléra, maitresse absolue, et qu'en matière de variole elle ait à compter avec Mari-Ammé; sans doute, les foules que le choléra ravage avec une effroyable intensité et avec une intensité désespérément constante, ont supposé qu'aucune influence ne les protège de ce fléau; effectivement, le choléra ne confère au genre humain aucune espèce d’immunilé et le germe a toujours libre accès et libre évolution sur des individus mal nourris et fatigués.

Mari-Ammé est représentée tantôt sous la forme d'une femme à quatre bras et qui tient dans ses mains un trident, un tambour, un crâne et des branches de l'arbre sacré dit margousier; tantôt sous la forme d’une tête quelquefois surmontée de flammes: tantôt sous la simple forme d’une pierre cylindrique analogue aux pierres qui servent dans les ménages hindous à broyer les ingrédients du curry; tantôt sous la forme plus simple encore d’une tache de coumcouma'. Elle est adorée surtout dans le sud de l'Inde et particulièrement à Samapoura, Outoucadou, Cadambady, Cannapoura, Periapaliour, Virampatnam où elle a des pagodes; généralement, à l'intérieur de ces pagodes, le corps seul de la déesse est représenté parce que seul le corps est digne d'entrer dans le lieu saint; la tête qui est impure parce qu'elle est celle d'une parchi, est laissée à la porte à l’adoration des parias. Il est vrai que, quelquefois, l'inverse se produit : le corps n'a pas accès

dans les pagodes parce qu'il est considéré

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