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n L'INTERPRÉTATION DE MOL1ÈKE
toujours, autant qu'il l'eût fallu, secoué V emprise professionnelle. Il voit Molière aux lumières des herses cl \le lu rampe, sur le plateau, dans Villusioji du décor el du costume : nous voulons, nous, le conlempler en plein soleil, dans le inonde, et parmi les hommes.
Car, tout en demeurant rivé à son sol et à son époque, tout en conservant avec les cltoscs et les milieux de son temps le contact le plus étroit, Molière se hausse à la généralité supérieure et immuahie où se rejoignent la science et l'art, le savoir et le sentiment, et touche de si près à V éternelle vérité que tous les âges et tous les peuples se sont lus, se lisent et se liront en lui. Ce don d'universalité, ce privilège d'expansion immédiate et illimitée appartiennent plus souvent, semble*t-il, aux génies scientifiques, philosophiques, musicaux qu'uit.v grands écrivains,' parce que, citez ceux-ci; l'éclat de la forme éclipse quelquefois la beauté de la pensée, en sorte qu'ils ne son! plus accessibles qu'à un seul groupe linguistique : c est ce qui se produit en France pour Racine ou La Fontaine, en Angleterre pour ûlilton ou Tennyson, en Allemagne pour Schiller ou Leasing, en Italie pour Léo pardi ou Carducci, tous peu goûtés, en général, des publics qui ignore/il le français, l'anglais, V allemand ou V italien. Au contraire, Modère, comme Dante, Shakespeare ou Cœthe, se libère sans effort de t'entrave, pourtant délicieuse, du langage, et nul ne peut, à la vérité, expliquer pourquoi. A Fentour des êtres qu'il a créés s'étend comme une zone enchantée dont' nul ne soupçonne l'existence : une force rayon-
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AVANT-PHOPOS »»J
nanle y agit, et elle transpose, sans qu'on s'en doute, les personnages dans Vidée pure Joui en les maintenant dans l'univers le plus concret. Et l'hunianité, s* appropriant ainsi Molière, le faisant sien, devient, avec lui, créatrice à son tour; fuyant le malheur, la laideur ou V ennui, elle trouve en celte œuvre des. apaisements, des joies, l'oubli de ses indignations et de ses dégoûts; dans le plus humble esprit prennent corps les rêves et les visions de fauteur, et tout ce qui fut en lui image fugitive, inconsciente prévision ou pressentiment confus se projette dans le présent avec la vive couleur et V inexorable précision du fait. ■
C'est, pour V interprétation, un devoir absolu de marquer cet aspect unique du génie de Molière et, par conséquent, de s'en assimiler le caractère universel et constant. Non certes que le jeu en doive devenir pédant ou didactique! Pour entrouvrir devant un auditoire ce monde immense et peu exploré où nous font entrer le goût, L'intuition, le sentiment et non point le simple entendement ou la raison t pour douer de via les impondérables et éclairer de quelques lueurs le mystère humain qu'ils révèlent, l'artiste a moins à comprendre, à savoir ou à vouloir qu'à sentir. L'intelligence, le talent, le travail, encore qu'indispensables, ne suffisent point ici; quand la perfection technique est atteinte, tout reste encore à accomplir : tel qui se montre au-dessus de l'éloge dans l'ordre matériel, quasi-manuel de l'art dramatique, échouera, en dépit de bruyantes approbations, faute d'avoir, par quelque mouvement intérieur de la personnalité, qu'on ne peut guère décrire ou
analyser, directement senti passer le coup d'aile du génie. Et c'est de ce passage, éblouissant comme un sillage de comète, que V interprète, sous peine de trahir Molière, doit donner la pénétrante et durable impression. Dans le désespoir à"Alceste ou l'accablement de George Dandin, dans ces explorions de rire gui emportent, en de carnavalesques tourbillons, le -Médecin malgré lui, les Fourberies, Pourceaugïiac, le Mariage forcé, et toutes les incomparables farces, — vraies épopées passées dans la comédie, — dans la .satire, terrible et profonde fusqaen sa galle, qui transperce de son couteau V hypocrisie, l'avarice, Végolsme, les sinistres monomanies, retentit, comme certaines de ces sonorités cristallines et expressives qui semblent parfois perdues dans le fracas de l'orchestre et servent cependant de seul support au développement symphonique, une i'éritê si solide et si sereine qu elle animera toute V interprétation pour peu que l'artiste, sans intention spéciale d'ailleurs, y ait simplement songé au tréfonds de sa pensée. Que s'il ne l'aperçoit point ou la méconnaît, il aura failli à sa mission, son talent fût -il sans ég<d.
Avec Molière, les innombrables procédés de la scène, Vimmense appareil du métier, l'adresse et la variété de la pratique théâtrale, dont on se contente presque toujours et partout, n'aboutissent guère qu'à l'insuccès ou à V éphémère succès, s'il y manque ce o lien spirituel » dont parlait Gœthe, sorte de « grâce >• des prédestinés de l'art, qui permet à V homme de saisir confusément le rapport qui l'unit à V immanente Beauté.