‹ Notes sur l'interprétation de MolièreChapitre 19 sur 57 · SCÈNE III HARPAGON, LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE III HARPAGON, LA FLÈCHE

Harpagon. — Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas. A*ons, que l'on détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence.

La Flèche. — Je n'ai jamais rien vu de si méchant que ce maudit vieillard, et je pense, sauf correction, qu'il a le diable au, corps.

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est rendu très en dehors, très « parade », on est à peu près sûr qu'il portera. Mais succédant aux scènes précédentes qui sont d'un tout autre caractère, il risque de sonner faux : le public, dont l'attention aura été fixée dans un certain sens, sera désorienté par . ce violent changement dans l'atmosphère de la représentation. Il ne sautera pas aisément de la comédie à la tabarinade.

Aussi bien les interprètes n'ont-ils pas à lui imposer cette épreuve. Si Harpagon, sans cesser

Harpagon. — Tu murmures entre tes dents.

La Flèche. — Pourquoi me chassez-vous?

s Harpagon. — C'est bien à toi, pendard, à me demander des raisons : sors vite, que je ne t'assomme.

La Flèche. — Qu'est-ce que je vous ai fait?

Harpagon. — Tu m'as fait que je veux que tu sortes.

La Flèche. — Mon maître, votre fils, m'a donné ordre de l'attendre.

Harpagon. — Va-t'en l'attendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison planté tout droit comme un piquet, à observer ce qui se passe, et faire ton profit de tout. Je ne veux point avoir sans cesse devant moi un espion de mes affaires, un traître, dont les yeux maudits assiègent toutes mes actions, dévorent ce que je possède, et furettent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler.

La Flèche. — Comment diantre voulez-vous qu'on fasse pour vous voler? Êtes-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses, et faites sentinelle jour et nuit?

Harpagon. — Je veux renfermer ce que bon me semble faire sentinelle comme il me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à ce qu'on fait? Je tremble qu'il n'ait soupçonné quelque chose de mon argent. Ne serois-tu point homme à aller faire courir le bruit que j'ai chez moi de l'argent caché?

de se montrer violent et dur. conserve de la hauteur, un air distant et glacé, des intonations coupantes, et si La Flèche, de son côté, se maintient dans la note d'insolence sournoise des valets de comédie, le passage perdra cette apparence molle, facile, triviale, qui fait beaucoup trop d'honneur à Plaute et trahit Molière ; car l'auteur français nous apporte ici tout de même, malgré l'imitation, autre chose que le dialogue sec

La Flèche. — Vous avez de l'argent caché?

Harpagon. — Non. coquin, je ne dis pas cela. (A part.) J'enrage. Je demande si malicieusement tu n'irois point faire courir le bruit que j'en ai.

La. Flèche. — Hé ! que nous importe que vous en ayez ou que vous n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose?

Harpagon. — Tu fais le raisonneur. Je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles. (Il lève la main pour lui donner un soufflet.) Sors d'ici, encore une fois.

La Flèche. — Hé bien ! je sors.

Harpagon. — Attends. Ne m'emportes-tu rien?

La Flèche. — Que vous emporterois-je?

Harpagon. — Viens cà, que je voie. Montre-moi tes mains.

La Flèche. — Les voilà.

Harpagon. — Les autres.

La Flèche. — Les autres?

Harpagon. — Oui.

La Flèche. — Les voilà.

Haupagon. — N'as-tu rien mis ici dedans?

La Flèche. — Voyez vous-même.

£Lar.pagon. (Il tâte le, bas de ses chausses.) — Ces grands hauts-de-chansses sont propres à devenir les receleurs des choses qu'on dérobe ; et je voudrois qu'on en eût fait pendre quelqu'un,

La Flèche. — Ah ! qu'un homme comme cela mériteroit bien ce qu'il craint ! et que j'aurois de joie à le voler 1

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