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LA MISE EN SCÈNE DE c L'AVARE i
et primitif d'Euclion et Staphyla, d'Euclion et Strobile. Présentement, selon la tradition, les interprètes d'Harpagon se croient tenus de prendre un ton rogue, bougon, bruyant, et d'emplir le théâtre de leurs éclats de voix. Toute cette rumeur nous éloigne sans nécessité de la comédie : les mêmes répliques, cinglantes, contenues, sifïlées plus que criées, les dents serrées, transformeront tout ce morceau, en élèveront le niveau -et conviendront au maître de maison impitoyable, qu'on ne berne pas, et qui ordonne, au troisième acte, au cinquième, et à tout instant dans la pièce, avec une autorité si rude et si absolue. Il faut ici un tyran, on nous exhibe un grotesque.
Lancées en coup de fouet, les paroles d'Harpagon tombent sur La Flèche comme les étrivières sur les épaules de l'esclave romain, au moins dan» la première partie de la scène jusqu'à « Attends.
Harpagon.
La Flèche.
Harpagon. • La Flèche.
voir si je vous Harpagon. ■
La Flèche.
Harpagon. •
La Flèche.
Harpagon. ■ ricieux?
La Flèche.
avaricieux.
— Euh?
— Quoi?
— Qu'est-ce que tu parles de voler?
— Je dis que vous fouillez bien partout, pour ai volé.
— C'est ce que je veux faire.
(Il fouille dans les poches de La Flèche.)
— La peste soit de l'avance et des avaricieux !
— Comment? que dis-tu?
— Ce que je dis?
— Oui : qu'est-ce que tu dis d'avarice et d a va-
— Je dis que la peste soit de l'avarice et des
Ne m'emportes-tu rien? » Les apartés du vieillard ont révélé son angoisse, une angoisse qui contraste avec les airs qu'il se donne vis-à-vis du valet. Ce sont les mêmes nuances, peut-être un peu atténuées, qu'on observe dans la seconde partie. Et il va de soi que cette anxiété dévorante ne se peut concilier avec les jeux de scène plus ou moins bouffons qui ont été imaginés pour corser un dialogue cependant étincelant. Harpagon doit fouiller La Flècheay^c sjîyér^ et sans gfergher T^feT~de~rire : le creiSiïïdo qui se termir^^seJbrjse^uj^T^nez. voilà encore une pocheïêtes-vous satisfait?,» est forcé, si Harpagon se jette sur ladite poche comme un chat sur une souris. Il doit plutôt hausser les épaules, comme s'il se trouvait soudain stupide de s'être abaissé. à quereller ce faquin, et la scène s'achève dans ■ cet esprit. .
Harpagon. — De qui veux-tu parler?
La Flèche. — Des avaricieux.
Harpagon. — Et qui sont-ils ces avaricieux.
La Flèche. — Des vilains et des ladres.
Harpagon. — Mais qui est-ce que tu entends par là?
La Flèche. — De quoi vous mettez-vous en peine.
Harpagon. — Je me mets en peine de ce qu'il faut.
La Flèche. — Est-ce que vous croyez que je veux parler
de vous? . .
Harpagon. — Je crois ce que je crois ; mais je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.
La Flèche. — Je parle... je parle à mon bonnet.
Harpagon. — Et moi, je pourrois bien parler a ta barrette.
LA MISE EN SCÈNE DE t L'AVARE »
Les répliqua snr dj£g autres » sont simplement Il cou^er.^jEUesL-^ont^ lourdes et inintelji^^jei^jet quand on voit les Hbertés, exagérées^ sans doute, qu'on prend avec tous nos classiques, on se demande vraiment comment, impitoya^ble^pour tant de passages excellents (les coupures de Tartuffe par exemple), la tradition a pu se montrer si conservatrice vis-à-vis d'autres notoirement mauvais, qui rompent complètement le charme et l'illusion. Les interprètes ront-bien senti d'-ailleurs, car tous ont cher,çhOe^.moyfeaa><<^msr8t^ucr oco» absurdités : Préville conseillait ici de faire paraître un Harpagon égaré, parlant sans penser; aujourd'hui, La Flèche montre la première fois le dftdans.ftlJa.sftnaiidft. fois tgjdeggUj^dfcjBfifi rpaj1^- Enfantillages. Cette adaptation française du Cedo
La Flèche. — M'empêcherez-vous de maudire les avaricieux?
Harpagon. — Non ; mais je t'empêcherai de jaser, et d'être insolent. Tais-toi.
La Flèche. — Je ne nomme personne.
Harpagon. — Je te rosserai, si tu parles.
La Flèche. — Qui se sent morveux, qu'il se mouche.
Harpagon. — Te tairas-tu?
La Flèche. — Oui, malgré moi.
Harpagon. — Ha, ha !
La Flèche, lui montrant une des poches de son justaucorps. — Tenez, voilà encore une poche : êtes-vous satisfait?
Harpagon. — Allons, rends-le-moi sans te fouiller.
La Flèche. — Quoi?
Harpagon. — Ce que tu m'as pris,
La Flèche. — Je ne vous ai rien pris du tout.
MWM
leriiam de Plaute est à renvoyer à l'auteur latin. La pièce française n'en a que faire. Harpagon, dans cette première scène où il prend contact avec le public, est déjà campé devant lui et s'impose : si, au lieu d'un homme réel, il n'est présenté à l'auditoire qu'un pantin qui grimace et se contorsionne, toute la représentation risque de se trouver faussée.
Scène iv. — On revient ici à Molière, et à Molière seul, car les réminiscences — ce ne sont peut-être que' des rencontres fortuites, et d'ailleurs vagues — de Quinault, de Desmarets, de Larivey,.ne comptent pas. C'est bien lui, avec son dialogue, sa vraie et bonne manière, avec cette âpreté sous
Harpagon. — Assurément?
La Flèche. — Assurément.
Harpagon. — Adieu : va-t'en à tous les diables.
La Flèchc. — Me voilà fort bien congédié.
Harpagon. — Je te le mets sur ta conscience, au moins. Voilà un pendard de valet qui m'incommode fort, et je ne me plais point à voir ee cbien de boiteux-là.