VALÈRE, HARPAGON, ÉLISE
Harpagon. — Ici, Valère. Nous t'avons élu pour nous dire qui a raison, de ma fille ou de moi.
Valère. — C'est vous, Monsieur, sans contredit.
Harpagon. — Sais-tu bien de quoi nous parlons?
Valère. — Non : mais vous ne sauriez avoir tort, et vous êtes toute raison.
Harpagon. — Je veux ce soir lui donner pour époux un homme aussi riche que sage ; et la coquine me dit au nez qu'elle se moque de le prendre. Que di?-lu de cela?
Valère. — Ce que j'en dis?
Harpagon. — Oui.
Valère. — Eh, eh.
Harpagon. — Quoi?
Valère. — Je dis que dans le fond je suis de votre sentiment ; et vous ne pouvez pas que vous n'ayez raison. Mais aussi n'a-t-elle pas tort tout à fait. et...
Harpagon. — Comment? Le Seigneur Anselme est un parti considérable ; c'est un gentilhomme qui est noble, doux,
L> MISE EN SCÈNE DE « L'AVARE * 287
fin de la scène iv, par* la porte de gauche, traversant la scène, ou encore descendant l'escalier. Harpagon l'appelle et le dialogue s'engage.
Les quatre fameux « sans dot » ont, depuis ces deux cent cinquante ans, suscité toutes sortes d'ingénieuses trouvailles ; la vraisemblance n'y a guère gagné. Si l'avare continue de parler à Valère, de l'écouter, de lui répondre, ces deux mots perdent tout naturel. Pour qu'ils passent, et portent,
posé, sage, et fort accommodé, et auquel il ne reste aucun enfant de son premier mariage. Saurort-elle mieux rencontrer?
Valère. — Cela est vrai. Mais elle pourroit vous dire que c'est un peu précipiter les choses, et qu'il faudroit au moins quelque temps poux voir si son inclination pourra s'accommoder avec...
Hajpagon. — C'est une occasion qu'il faut prendre vite aux cheveux. Je trouve ici un avantage qu'ailleurs je ne trouverons pas. et il s'engage à la prendre sans dot.
Valère. — Bans dot?
Harpagon. — Oui.
Valère. — Ah ! je ne dis plus rien. Voyez-vous? voilà une raison tout à fait convaincante : il se faut rendre à cela.
Harpagon. — C est pour moi une épargne considérable,
Valère. — Assurément, cela ne reçoit point de contradiction. Il est vrai que votre fille vous peut représenter que le. mariage est une plus grande affaire qu'on ne peut croire : qu'il y va d'être heureux ou malheureux toute sa vie ; et qu'un engagement qui doit durer jusqu'à la mort De se doit jamais faire qu'avec de grandes précautions.
Harpagon. — Sans dot. -+■
Valèbk. — Vous avez raison : voilà qui décide tout, cela s'entend. Il y a des gens qui pourroient vous dire qu en de telles occasions l'inclination d'une fille est une chose sans doute où l'on doit avoir de l'égard ; et que cette grande