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le plus simple est sans doute de laisser Harpagon dans une sorte de rêve. N'est-il pas comme transfiguré par cette espérance d'une « épargne considérable »? Dès lors, il n'entend quasi plus rien. Il perçoit, de très loin, de vagues sonorités, privées de sens. Sont-ce des paroles? Il n'en sait trop rien. Mais" quand ce bruit, qui l'atteint à peine, cesse, il lâche, presque sans y songer, et souvent après un temps, comme une de ces excla-
inégalité d'âge, d'humeur et de sentiments, rend un mariage sujet à des accidents très fâcheux.
Harpagon. — Sans dot.
Valèbe. — Ah ! il n'y a pas de réplique à cela : on le sait bien ; qui diantre peut aller là contre? Ce n'est pas qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeroient mieux ménager la satisfaction de leurs filles que l'argent qu'ils pourroient donner ; qui ne les voudroient point sacrifier à l'intérêt, et chercheroient plus que toute autre chose à mettre dans un mariage cette douce conformité qui sans cesse y maintient l'honneur, la tranquillité et la joie, et que...
Harpagon. — Sans dot.
Valère. — Il est vrai : cela ferme la bouche à tout, sans dot. Le moyen de résister à une raison comme celle-là?
Harpagon. (Il regarde vers le jardin.) — Ouais ! il me semble que j'entends un chien qui aboie. N'est-ce point qu'on en voudroit à mon argent? Ne bougez, je reviens tout à l'heure. ^ . . r .
Élise. — Vous moquez-vous, Valère, de lui parler comme vous faites?
Valère. — C'est pour ne point l'aigrir, et pour en venir mieux à bout. Heurter de front ses sentiments est le moyen de tout gâter ; et il y a de certains esprits qu'il ne faut prendre qu'en biaisant, des tempéraments ennemis de toute résistance, des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours se roidissent contre le droit chemin de la raison, et qu'on ne
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mations de douleur, de joie ou de regret que l'on ne raisonne point, les trois « sans dot » (car le premier est dit avec intention et dans la pleine raison) auxquels Valère réplique en un si charmant langage. Ce n'est pas à Valère en réalité que l'avare s'adresse : tout en furetant, à son bureau, et tout autour, c'est à lui-même, ou à quelque interlocuteur imaginaire qui ne le contredit point et avec lequel il échange des sourires d'intelligence en pensant : « Quelle bonne affaire ! » Pendant la courte sortie de l'avare, la conversation des jeunes gens prendra un tour pressé, anxieux, et, pour ne pas forcer la convention,
mène qu'en tournant où l'on veut les conduire. Faites Semblant de consentir à ce qu'il veut, vous en viendrez mieux à vos fins, et...
Élise. — Mais ce mariage, Valère?
Valère. — On cherchera des biais pour le rompre.
Élise. — Mais quelle invention trouver, s'il se doit conclure ce soir?
Valère. — Il faut demander un délai, et feindre quelque maladie.
Élise. — Mais on découvrira la feinte, si l'on appelle des médecins.
Valère. — Vous moquez-vous? Y connoissent-ils quelque chose? Allez, allez, vous pourrez avec eux avoir quel mal il vous plaira, ils vous trouveront des raisons pour vous dire d'où cela vient.
Harpagon. — Ce' n'est rien, Dieu merci.
Valère. — Enfin notre dernier recours, c'est que la fuite nous peut mettre à couvert de tout ; et si votre amour, belle ÉUse, est capable d'une fermeté... (Il aperçoit Harpagon.) Oui, il faut qu'une fille obéisse à son père. Il ne faut point
l'apparition d'Harpagon, à son retour, et le chanpement de ton de Valère seront parfaitement simultanés, malgré l'indication contraire des éditions. Ainsi qu'il a été précisé plus haut (1), Hase, admonestée par Valère, sort à gauche, monte l'escalier, et. lorsqu'on la revoit au palier, Valère, qui, tout en parlant, l'a suivie, lui continue ses exhortations et disparaît à son tour à sa suite
ou elle rerarde comme un mari est fait i et lorsque la grande £i.on deîan. dot s'y «nconUe, elle doit être prête a prendre tout ce qu'on lui donne.
Harpagon. - Bon. Voilà bien parle, cela Valère - Monsieur, je vous demande pardon » je m emporte un peu, et prends la harcW de lui parler comme je
^Harpagon. - Comment? j'en suis ravi, et je veux que tu T,renn" sur elle un pouvoir absolu. Oui, tu as beau fuir. Je KnneTautorité que le Ciel me donne sur toi; et j'entends nue tu fasses tout ce qu'il te dira.
Valère - Après cela, résistez à mes remontrance*. Monsieur je vais la suivre, pour lui continuer les leçons que je
lui faisois. r
Harpagon. — Oui. tu m'obligeras. Certes .
Valère! - H est bon de lui tenir un peu la bnde haute.
Harpagon. — Cela est vrai. 11 faut...
Valère - Ne vous mettez pas en peine. Je crois que j en
"Ha™ - Fais, fais. Je m'en vais faire un petit tour *»n ville et reviens tout à 1 heure.
V^U». - Oui. l'argent e.t plus précieux que toute, le, choses du monde,' e, vous dm. rendre pj« »" l'honnête homme de père qu'il von. a donne. Il .ait que
(1) Voir p. 243.
LA MISE EN SCÈNE DE « L'AVARE
dans la courbe montante en prononçant les derniers mots : « ...d'honneur, de sagesse et de probité ». Harpagon l'écoute complaisamment et, muni de son chapeau, de son manteau, de sa canne, se dirige lentement vers la ville par une des portes latérales (1).
c'est que de vivre. Lorsqu'on s'offre de prendre une fille sans dot, on ne doit point regarder plus .avant. Tout est renfermé là dedans, et sans dut tient lieu de beauté, de jeunesse, de naissance, d'honneur, de sagesse et de probité.
Harpagon. — Ah ! le brave garçon ! Voilà parlé comme un oracle. Heureux qui peut avoir un domestique de la sorte !
(1) Voir ci-dessus p. 158 et suiv.
ACTE II, scène première. — Cette amusante scène produit toujours grand effet et est généralement bien jouée. Les deux personnages se tiendront du côté opposé à la spirale de l'escalier, Géante étant tour à tour debout ou assis, selon qu'il se révolte ou se résigne. La réflexion du jeune homme sur son père : « Voilà où les jeunes K gens sont réduits par la maudite avarice desK 1 pères ; et on s'étonne, après cela, que les fils i souhaitent qu'ils meurent ! » forme, en quelque