‹ Notes sur l'interprétation de MolièreChapitre 30 sur 57 · mym&:.->J · texte numérisé non relu

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s'asseoir en avant, avec Frosine en face de lui, l'un d'eux s'appuyant au bureau par un de ses côtés. A la dernière partie de la scène, Harpagon se lèvera, par exemple, au couplet sur les « petits désordres » tant redoutés, et le jeu des fausses sorties et des airs tour à tour gais et sévères d'Har-

faire à la vue ; et c'est ainsi qu'il faut être fait, et vêtu, pour donner de l'amour.

Harpagon. — Tu me trouves bien?

Frosine. — Comment? vous êtes à ravir, et votre figure est à peindre. Tournez-vous un peu, s'il vous plaît. Tl ne se peut pas mieux. Que je vous voie marcher. Voilà un corps taillé, libre, et dégagé comme il faut, et qui ne marque aucune incommodité. —

Harpagon. — Je n'en ai pas de grandes, Dieu merci. Il n'y a que ma fluxion, qui me prend de temps en temps.

Frosine. — Cela n'est rien. Votre fluxion ne vous sied point mal, et vous avez grâce à tousser.

Harpagon. — Dis-moi un peu : Mariane ne m'a-t-elle point encore vu? ÎS"a-t-elle point pris garde à moi en passant?

Frosine. — Non ; mais nous nous sommes fort entretenues de vous. Je lui ai fait un portrait de votre personne; et je n'ai pas manqué de lui vanter votre mérite, et l'avantage que ce lui seroit d'avoir un mari comme vous.

Harpagon. — Tu as bien fait, et je t^en remercie.

Frosine. — J'aurois, Monsieur, une petite prière à vous faire. (Il prend un air sévère.) J'ai un procès que je suis sur le point de perdre, faute d'un peu d'argent ; et vous pourriez facilement me procurer le gain de ce procès, si vous aviez quelque bonté pour moi. (Il reprend un air gai.) Vous ne sauriez croire le plaisir qu'elle aura de vous voir. Ah ! que vous lui plairez ! et que votre fraise à l'antique fera sur son esprit un effet admirable ! Mais surtout elle sera charmée de votre haut-de-chausses, attaché au pourpoint avec des aiguillettes : c'est pour la rendre folle de vous ; et un amant aiguilleté sera pour elle un ragoût merveilleux.

LA MISE EN SCÈNE DE « L'AVARE » 311

pagon se déroulera comme à l'ordinaire, car il est presque toujours parfaitement exécuté, les personnages gagnant insensiblement vers la porte latérale de droite, qui claque au nez de Frosine et contre laquelle elle lance ses impuissantes menaces et malédictions.

Elle revient en scène après « ...à tous les diables ! », réfléchit un moment en s'accoudant à

Harpagon. — Certes, tu me ravi» de me dire cela.

Frosine. (Il reprend son visage sévère.) — En vérité, Monsieur, ce procès m'est d'une conséquence tout à fait grande. Je suis ruinée, si je le perds ; et quelque petite assistance me rétabliroit mes affaires. (Il reprend un air gai.) Je voudrois que vous eussiez vu le ravissement où elle étoit à m'entendre parler de vous. La joie éclatoit dans ses yeux, au récit de vos qualités ; et je l'ai mise enfin dans une impatience extrême de voir ce mariage entièrement conclu.

Harpagon. — Tu m'as fait grand plaisir, Frosine ; et je t'en ai, je te l'avoue, toutes les obligations du monde.

Frosine. (Il reprend son sérieux.) — Je vous prie, Monsieur, de me donner le petit secours que je vous demande. Cela me remettra sur pied, et je vous en serai éternellement obligée.

Harpagon. — Adieu. Je vais achever mes dépêches.

Frosine. — Je vous assure. Monsieur, que vous ne sauriez jamais me soulager dans un plus grand besoin.

Harpagon. — Je mettrai ordre que mon carrosse soit tout prêt pour vous mener à la foire.

Frosine. — Je ne vous importunerois pas, si je ne m'y voyois forcée par la nécessité.

Harpagon. — Et j'aurai soin qu'on soupe de bonne heure, pour ne vous point faire malades.

Frosine. — Ne me refusez pas la grâce dont je vous sollicite. Vous ne sauriez croire, Monsieur, le plaisir que...

Harpagon. — Je m'en vais. Voilà qu'on m'appelle. Jusqu'à tantôt.

quelque meuble et le rideau tombe pendant l'aparté, où elle marque qu'elle est décidée à rester dans la place et à tirer de Mariane ce qu'elle n'a pu obtenir d'Harpagon. La tradition veut qu'elle sorte : cette sortie n'est pas indispensable, il suffît qu'elle soit devinée, à l'instant où le rideau tombe.

Frosine. — Que la fièvre te serre, chien de vilain à tous les diables ! Le ladre a été ferme à toutes mes attaques ; mais il ne me faut pas pourtant quitter la négociation ; et j'ai l'autre côté, en tout cas, d'où je suis assurée de tirer bonne récompense.

ACTE III, Scène première. — TsTous voici dans le salon d'Harpagon, grande pièce de belles dimensions, qui fut jadis bien meublée mais, qui, par suite du manque d'entretien, a pris un aspect presque misérable. Elle fait pendant, probablement, à la « salle », sur la cheminée de laquelle Harpagon projette de faire graver en lettres d'or des inscriptions d'économie bourgeoise et qui, sans doute, pour mériter, de la part d'un tel avare,

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