MAITRE JACQUES, VALÈRE
Valère. — A ce que je puis voir, maître Jacques, on paye mal votre franchise.
Maître Jacques. — Morbleu ! Monsieur le nouveau venu, qui faites l'homme d'importance, ce n'est pas votre affaire. Riez de vos coups de bâton quand on vous en donnera, et ne venez point rire des miens.
Valère. — Ah ! Monsieur maître Jacques, ne vous fâchez pas, je vous prie.
Maître Jacques. — Il file doux. Je veux faire le brave, et s'il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu. Savez-vous bien. Monsieur le rieur, que je ne ris pas, moi? et que si vous m'échaufîez la tête, je vous ferai rire d'une autre sorte?
(Maître Jacques pousse Valère jusques au bout du théâtre, en le menaçant.)
LA MISE EN SCÈNE DE c L'AVARE « 325
ment? Un bâton ! », paraît manquer de légèreté. Il faut que Valère s'amuse à la feinte qu'il a imaginée comme un chat qui laisse échapper une souris avant de la manger, étant sûr de la rattraper comme il voudra. Quant au bâton, petit et mince comme une canne, et qui se trouvera là où Harpagon l'a laissé, sur la table ou la chaise,
Valère. — Eh ! doucement.
Maître Jacques. — Comment, doucement? il ne me plaît pas, moi.
Valère. — De grâce.
Maître Jacques. — Vous êtes un impertinent.
Valère. — Monsieur maître Jacques...
Maître Jacques. — Il n'y a point de Monsieur maître Jacques pour un double. Si je prends un bâton, je vous rosserai d importance. ' ' .
Valère. — Comment, un bâton?
(Valère le fait reculer autant qu'il Va fait.)
Maître Jacques. — Eh! je ne parle pas de cela.
Valère. — Savez-vous bien. Monsieur le fat, que je suis homme à vous rosser vous-même?
Maître Jacques. — Je n'en doute pas.
Valère. — Que vous n'êtes, pour tout potage, qu'un faquin de cuisinier?
Maître Jacques. — Je le sais bien.
Valère. — Et que vous ne me connoissez pas encore?
Maître Jacques. — Pardonnez-moi.
Valère. — Vous me rosserez, dites-vous?
Maître Jacques. — Je le disois en raillant.
Valère. — Et moi, je ne prends point de goût à votre raillerie. (Il lui donne des coups de bâton.) Apprenez que vous êtes un mauvais railleur.
Maître Jacques. — Peste soit la sincérité ! c'est un mauvais métier. Désormais j'y renonce, et je ne veux plus dire vrai. Passe encore pour mon maître : il a quelque droit de
Valère n'en donnera non plus qu'un coup à Maître Jacques mais sec et dur.
Scène iii. — Entrée de Frosine et de Mariane et sortie de Maître Jacques.
Scène iv. — L'amusant dialogue des deux femmes gardera toute sa gaîté mais non sans quelques ombres. Il y a, ici, à l'arrière-plan, une vieille femme qui ne mérite peut-être pas les attendrissements de Cléante (acte I, scène u).-. Ne vend-elle pas sa fille à un homme plus âgé qu'elle de quelque quarante ans, ce qui justifie l'expression de la jeune fille lorsqu'elle- parle du
me battre ; mais pour ce Monsieur l'intendant, je m'en vengerai si je puis.