CLÉANTE, HARPAGON
Cléante. — Je vous demande pardon, mon père, de l'emportement que j'ai fait paroître.
Harpagon. — Cela n'est rien.
Cléante. — Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde.
Harpagon. — Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir raisonnable.
Cléante. — Quelle bonté à vous d'oublier si vite ma faute !
LA MISE EN SCÈNE DE « L'AVARE » 353
tions de Rousseau font sourire un public qui a suivi l'évolution du théâtre moderne ; et quant aux défenses de Saint-Marc-Girardin qui croyait nécessaire d'excuser Molière en assurant que le « rire sauve tout », elles ne semblent pas moins désuètes et superflues. Le spectacle de la vie réelle, ou du moins un spectacle qui s'en rapproche, a été trop communément offert à nos auditoires, depuis une quarantaine d'années surtout, pour qu'ils puissent s'offenser de voir un fils répondre vertement aux insultes d'un père indigne, et condamner brutalement ce père avare, usurier, et, par surcroît,' son rival en amour. De sorte que les interprètes n'ont pas à se soucier ici de prétendus ménagements dont il faudrait user à l'endroit du spectateur. La situation les porte et ,ils doivent la rendre
Harpagon. — On oublie aisément le? fautes des enfants, lorsqu'ils rentrent dans leur devoir.
Cléante. — Quoi? ne garder aucun ressentiment de toutes mes extravagances?
Harpagon. — G'est une chose où tu m'obliges par la soumission et le respect où tu te ranges.
Cléante. — Je vous promets, mon père, que, jusques au tombeau, je conserverai dans mon cœur le souvenir de vos bontés.
Harpagon. — Et moi, je te promet.* qu'il n'y aura aucune chose que de moi tu n'obtiennes.
Cléante. — Ah ! mon père, je ne vous demande plus rien ; et c'est m'avoir assez donné que de me donner Mariane.
Harpagon. — Comment?
Cléante. — Je dis, mon père, que je suis trop content de vous, et que je trouve toutes choses dans la bonté que vous avez de m'accorder Mariane.
lfMUi.».*ll.