‹ Notes sur l'interprétation de MolièreChapitre 46 sur 57 · I .■pi4»»,lli.«J.lH · texte numérisé non relu

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telle qu'elle est, dans toute sa grandeur, qui est poignante, atroce peut-être, mais conforme à la vérité.

Harpagon sort pour aller au jardin puisque c'est évidemment auprès de son cher trésor qu'il va chercher des consolations à ses déconvenues sentimentales. C'est du jardin, après une visite à la cachette trouvée vide, qu'il reviendra tout à l'heure désespéré. Il faut donc qu'à la fin de la scène v l'avare soit vu sortant par la porte du jardin. Cléante, d'autre part, s'apprête à sortir aussi, car comment concevrait-on que ce père, qui est chez lui, maudît son fils, se retirât et laissât

Harpagon. — Qui est-ce qui parle de t'accorder Mariane? Cléante. — Vous, mon père.

Harpagon. — Moi?

Cléante. — Sans doute.

Harpagon. — Comment? C'est toi qui a promis d'y renoncer.

Cléante. — Moi, y renoncer?

Harpagon. — Oui.

Cléante. — Point du tout.

Harpagon. — Tu ne t'es pas départi d'y prétendre?

Cléante. — Au contraire, j'y suis porté plus que jamais.

Harpagon. — Quoi? pendard, derechef?

Cléante. — Rien ne me peut changer.

Harpagon. — Laisse-moi faire, traître.

Cléante. — Faites tout ce qu'il vous plaira.

Harpagon. — Je te défends de me jamais voir.

Cléante. — A la bonne heure.

Harpagon. — Je t'abandonne.

Cléante. — Abandonnez.»

Harpagon. — Je te renonce pour mon fils.

LA MISE EN SCÈNE DE « L'AVARE » 355

son fils demeurer sur place? Les deux personnages doivent donc sortir ensemble. Seulement la sortie de Cléante est une fausse sortie.

Scène vi. — Au moment où Harpagon sort par le fond, Cléante se dirige vers la porte de droite ; La Flèche lui fait signe et l'arrête. Car La Flèche vient aussi du jardin où il a dérobé la cassette qu'il a, dit-il, « guignée tout le jour ». Comme Harpagon vient de sortir par la porte qui ouvre sur le jardin, on ne peut faire entrer La Flèche par cette même porte. Il ne reste donc que la ressource de la fenêtre de la loggia.

On peut parfaitement imaginer, puisqu'on est au rez-de-chaussée, que La Flèche, son coup fait, a cherché à se cacher, lui et son butin. Comment a-t-il procédé? Il a « guigné », dit-il. Molière a pensé, en écrivant ces mots, à Plaute qui fait dire à Strobile, l'esclave de Lyconide : « J'étais parti bien à temps pour arriver avant lui et me percher sur un arbre ; de là je remarque la place où le bonhomme

Cléante. — Soit.

Harpagon. — Je te déshérite.

Cléante. — Tout ce que vous voudrez.

Harpagon. — Et je te donne ma malédicion.

Cléante. — Je n'ai que faire de vos dons.

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