HARPAGON, LE COMMISSAIRE, SON CLERC
Le Commissaire. — Laissez-moi faire : je sais mon métier, L)ieu merci. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je me mêle de découvrir des vols ; et je voudrois avoir autant de sacs de mille francs que j'ai fait pendre de personnes.
Harpagon. — Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main ; et si l'on ne me fait retrouver mon argent, je demanderai justice de la justice.
Le Commissaire. — Il faut faire toutes les poursuites requises. Vous dites qu'il y avoit dans cette cassette...?
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puisqu'ils achetaient leur charge, ils méritaient aussi ce qualificatif pour l'empressement qu'ils témoignaient aux plaignants dont ils escomptaient de copieuses gratifications. Harpagon a beaucoup d'argent : le commissaire le sait, et, en disant : « Laissez-moi faire », il a le dessein de le disposer à lui bien « graisser la patte », comme le commissaire de V École des Maris dont Sganarelle a deviné le jeu (École des Maris, acte III, scène v). Son ton est à. peu près celui de nos grands médecins modernes au chevet du malade, quand celui-ci est très riche. Scène ii. — Il serait anormal, comme on l'a vu
Harpagon. — Dix mille écus bien comptés.
Le Commissaire. — Dix mille écus !
Harpagon. — Dix mille écus.
Le Commissaire. — Le vol est considérable.
Harpagon. — Il n'y a point de supplice assez grand pour l'énormité de ce crime ; et s'il demeure impuni, les choses les plus sacrées ne sont plus en sûreté.
Le Commissaire. — En quelles espèces étoit cette somme?
Harpagon. — En bons louis d'or et pistoles bien trébuchantes.
Le Commissaire. — Qui soupçonnez-vous de ce vol?
Harpagon. — Tout le monde; et je veux que vous arrêtiez prisonniers la ville et les faubourgs.
Le Commissaire. — Il faut, si vous m'en croyez, n'effaroucher personne, et tâcher doucement d'attraper quelques preuves, afin de procéder après par la rigueur au recouvrement des deniers qui vous ont été pris. ;