‹ Notes sur l'interprétation de MolièreChapitre 52 sur 57 · VALÈRE. HARPAGON. LE COMMISSAIRE, SON CLERC, MAITRE JACQUES · texte numérisé non relu

VALÈRE. HARPAGON. LE COMMISSAIRE, SON CLERC, MAITRE JACQUES

Harpagon. — Approche : viens confesser l'action la plus

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et de la promesse de mariage se prolonge trop. Il

noire, l'attentat le plus horrible qui jamais ait été commis.

Valère. — Que voulez-vous, Monsieur?

Harpagon. — Comment, traître, tu ne rougis pas de ton crime?

Valère." — De quel crime voulez-vous donc parler?

Harpagon. — De quel crime je veux parler, infâme? comme si tu ne savois pas ce que je veux dire. C'est en vain que tu prétendrois de le déguiser : l'affaire est découverte, et l'on vient de m'apprendre tout. Comment abuser ainsi de -ma bonté, et s'introduire exprès chez moi pour me trahir? pour " me jouer un tour de cette nature?

Valère. — Monsieur, puisqu'on vous a découvert tout, je ne veux point chercher de détours et vous nier la chose.

Maître Jacques. — Oh, oh ! aurois-je deviné sans y penser?

Valère. — C'était mon dessein de vous en parler, et je vouloi8 attendre pour cela des conjonctures favorables \ mais puisqu'il est ainsi, je vous conjure de ne vous point fâcher, et de vouloir entendre mes raisons.

Harpagon. — Et quelles belles raisons peux-tu me donner, voleur infâme?

Valère. — Ah ! Monsieur, je n'ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai commis une offense envers vous ; mais, après tout, ma faute est pardonnable.

Harpagon. — Comment, pardonnable? Un guet-apens? un assassinat de la sorte?

Valère. — De grâce, ne vous mettez point en colère. Quand vous m'aurez ouï. vous verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites.

Harpagon. — Le mal n'est pas si grand que je le fais ! Quoi? mon sang, mes entrailles, pendard?

Valère. — Votre sang, Monsieur, n'est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis d'une condition à ne lui point faire de tort, et il n'y a rien en tout ceci que je ne puisse bien réparer.

Harpagon. — C'est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ravi.

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est interminable aussi dans Plaute. Chez Molière,

Valère. — Votre honneur, Monsieur, sera pleinement satisfait.

Harpagon. — Il n'est pas question d'honneur là dedans. Mais, dis-moi, qui t'a porté à cette action?

Valère. — Hélas ! me le demandez-vous?

Harpagon. — Oui, vraiment, je te le demande.

Valère. — Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire : l'Amour.

Harpagon. — L'Amour?

Valère. — Oui.

Harpagon. — Bel amour, bel amour, ma foi ! l'amour de mes louis d'or.

Valère. — Non, Monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté ; ce n'est pas cela qui m'a ébloui, et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous a. "me laissiez celui que j'ai.

Harpagon. — Non ferai, de par tous les diables! je ne te le laisserai pas. Mais voyez quelle insolence de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait !

Valère. — Appelez-vous cela un vol?

Harpagon. — Si je l'appelle un vol? Un trésor comme celui-là !

Valère. — C'est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez sans doute ; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.

Harpagon. — Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à dire cela?

Valère. — Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abandonner.

Harpagon. — Le serment est admirable, et la promesse plaisante !

Valère. — Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un à l'autre à jamais.

Harpagon. — Je vous en empêcherai bien, je vous assure.

Valère. — Rien que la mort ne nous peut séparer.

Harpagon. — C'est être bien endiablé après mon argent.

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heureusement, les répliques plus coupées, plus

Valère. — Je vou6 ai déjà dit, Monsieur, que ce n'étoit point l'intérêt qui m'avoit poussé à faire ce que j'ai fait. Mon cœur n'a point agi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m?a inspiré cette résolution.

Harpagon. — Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien ; mais j'y donnerai bon ordre ; et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.

Valère. — Vous en userez comme vqus voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu'il vous plaira ; mais je vous prie de croire, au moins, que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre fille en tout ceci n'est aucunement coupable.

Harpagon. — Je le crois bien, vraiment ; il seroit fort étrange que ma fille eût trempé dans ce crime, Mais je veux ravoir mon affaire, et que tu me confesses en quel endroit tu me l'as enlevée.

Valère. — Moi? je ne l'ai point enlevée, et elle est encore .^.J€ââF^r. chez vous.

Harpagon. — 0 ma chère cassette ! Elle n'est point sortie de ma maison?

Valère. — Non, Monsieur.

Harpagon. — Hé ! dis-moi donc un peu : tu n'y as point touché?

Valèbe. — Moi, y toucher? Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi ; et c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle.

Harpagon. — Brûlé pour ma cassette !

Valère. — J'aimerois mieux mourir que de lui avoir fait paroître aucune pensée offensante : elle est trop sage et trop honnête pour cela.

Harpagon. — Ma cassette trop honnête !

Valère. — Tou8 mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue } et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.

Harpagon. — Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d'elle comme un amant d'une maîtresse.

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vives, atténuent quelque peu ce que cette équivoque a de languissant.

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