SCÈNE IV
ÉLISE, MARIANE, FROSINE, HARPAGON, VALÈRE, MAITRE JACQUES, LE COMMISSAIRE, SON CLERC.
Harpagon. — Ah ! fille scélérate T fille indigne d'un père comme moi ! c'est ainsi que tu pratiques les leçons que je t'ai
note de dureté, dans sa repartie, à la fois odieuse et comique, adressée à Élise : « ...Il valait mieux pour moi qu'il te laissât noyer... » Cet hyperégoïsme, archi-concentré, doit être senti, et il serait bon, pour que l'expression en devînt claire, qu'Harpagon parlât ici plus posément, comme s'il énonçait quelque maxime raisonnable, sensée.
données? Tu te laisses prendre d'amour pour un voleur infâme, et tu lui engages ta foi sans mon consentement? Mais vous serez trompés l'un et l'autre. Quatre bonnes murailles me répondront de ta conduite ; et une bonne potence me fera raison de ton audace.
Valère. — Ce ne sera point votre passion qui jugera l'afTaire ; et l'on m'écoutera, au moins, avant que de me condamner.
Harpagon. — Je me suis abusé de dire une potence, et tu seras roué tout vif.
Elise, à genoux devant son père. — Ah ! mon père, prenez des sentiments un peu plus humains, je vous prie, et n'allez point pousser les choses dans les dernières violences du pouvoir paternel. Ne vous laissez point entraîner aux premiers mouvements de votre passion, et donnez-vous le temps de considérer ce que vous voulez faire. Prenez la peine de mieux voir celui dont vous vous offensez : il est tout autre que vos yeux ne le jugent; et vous trouverez moins étrange que je me sois donnée à lui, lorsque vous saurez que sans lui vous ne m'auriez plus il y a longtemps. Oui, mon père, c'est celui qui me sauva de ce grand péril que vous savez que je courus dans l'eau, et à qui vous devez la vie de cette même fille dont...
Harpagon. — Tout cela n'est rien ; et il valoit bien mieux pour moi qu'il te laissât noyer que de faire ce qu'il a fait.
Élise, — Mon père, je vous conjure, par l'amour paternel, de me...
Harpagon. — Non, non, je ne veux rien entendre ; et il faut que la justice fasse son devoir.
Plus le ton sera normal, plus Fodieux du propos ressortira. Le « pour moi » est naturellement à marquer.
Scène v. — Ce sont les « reconnaissances » qui déparent mainte pièce de Molière et sont cou* rantes chez ses modèles italiens. Dans cet acte ennuyeux, c'est la scène la plus ennuyeuse. Molière ne s'y laisse guère apercevoir ; pour lui l'œuvre
Maître Jacques. — Tu me payeras mes coups de bâton, Frosine. — Voici un étrange embarras.