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De prime abord les études philologiques paraissent arides, difficiles, sans saveur.
Détrompez-vous. Elles ont charmé plus d'un fin esprit de notre pays, et pour ne pas remonter trop loin, je mentionnerai les noms
de deux disparus qui nous sont chers : celui d'Oscar Dunn et celui d’Alphonse Lusignan.
J'ajouterai que les études de ces travailleurs vont être dignement continuées par deux de leurs collégues de la Société-Royale, MM. Paul de Cazes et Napoléon Legendre.
Que de bonnes et trop courtes soirées n'aije pas passées avec ces érudits à discuter certaines questions de linguistique ?
— Voila des maîtres, me disais-je, en les écoutant.
De retour chez moi je résumais ces con-
versations : je prenais des notes. Je viens de mettre tout cela en ordre et je le donne tel qu'il s'est échappé de ma plume.
On sait que, lorsque la mort vint le saisir d'une manière aussi foudroyante, M. Dunn travaillait à la dernière édition d’un glossaire canadien-français.
— “ Je regrette, disait-il dans une préface inédite, une foule de mots qui ne sont plus admis mais que l'on retrouve dans les vieux auteurs. C’est le langage que la France a
transporté en Canada; et en 1763, il s'est établi une espèce de muraille de Chine entre la France et nous. Nous avons conservé le langage que nous possèdions. Ne pouvant le mrifier, l'améliorer, comme le faisaient i . res de France, nous avons droit de demar ér qu'on ne nous reproche pas de l'avoir conservé comme il nous a été livré.”
J'ai le manuscrit de ces paroles tel qu'il a été laissé sur la petite table de marbre où la main du vivant en corrigeait encore l'épreuve, lorsque la main de la mort est venue toucher l'épaule de Dunn en lui faisant signe de la suivre.
Voilà un souvenir qui va me faire causer, et je vais essayer de reprendre les conversations que j'ai eûes avec cet écrivain trop tôt
disparu, ”
Le Canadien-français parle-t-il le patois ?
. Cette question a été mainte fois discutée
et même affirmée par d'autres; niée par nous.
Ceux qui crient au patois et assurent qu'il est généralement parlé par le Canadienfrançais et par l’Acadien se rendent-ils bien compte des mots de la vieille langue française que renferment la chronique de Saint- Denis, les gestes du roi Pépin, la vie du pape Etienne II, les gestes de Charlemagne, la chronique du moine de Saint-Gail, la , chronographie de Théophane, les capitulaires et les lettres de Charlemagne, les annales d'Eginhard, les poèmes et les lettres d'Alcuin, la chronique de Moissac ? Là, commencent à se trouver ces vieux mots
français que Oscar Dunn regrettait tant.
Ces‘ ainsi que “le duc d'Aquitaine émût le mal talent du roy contre lui.” Nous dirions aujourd’hui : “le duc d'Aquitaine fit éclater le mécontentement que le roi nourrissait contre lui.”
La chronique de Saint-Denis décrit de la manière suivante la création du premier phare de France, par Charlemagne :
—“ À Boulogne sur la mer alla l'empereur pour voir la navie qu'il avait commandé à faire dès l'an devant. Une tour qui anciennement avait été faite sur le port pour prendre sens et adresse aux nefs qui erraient par la mer refit et restora et commanda que les feux y fussent allumées chaque nuit au plus haut pour ce que les dévoyés s'adressassent à la clarté de la lumière.”
Voilà certes une belle langue. Que dites vous de ces “ dévoyés de la mer”? Toute une colère, tout un appaisement de l'Océan
ne sont-ils pas renfermés dans ces mots ?
CE me = —— mms
Et la prière, et le récit de la mort de Roland à Roncevaux, tels qu'ils nous ont été racontés par la chronique de saint-Denys, ne sont-ils pas admirables dans leur simplicité ?
Roland est seul sur le champ de bataille :
il est “las, travaillé de grands coups qu'il a donné et reçu, et angoisseux et dolent de la mort de tant de nobles barons qu'il voyait devant lui occis et détranchés.” Alors il s'en va de par le bois, s'arrête sous un arbre “ delez un grand perron de pierre” et adresse à sa fidèle épée Durandale, la belle invocation que l’on connait.
Et la chronique reprend :
— ‘ Quand il eut ainsi son épée regrettée, il la dressa et en férit trois merveilleux coups au perron de marbre qui devant lui était ; car il la ciuait briser. Le perron fut brisé d'amont jusques en terre, et l'épée demeura saine et sans nulle brisure, et quand
il vit qu'il ne la pourrait dépécer en nulle manière, si fut fort dolent.”
Alors il sonne l'olifant. Charlemagne croit l'entendre, mais le traître Ganelon est là.
— “ Roland, dit-il à l’empereur, va ‘ courant après aucune bête de ce bois.”
Et les chevaliers s’éloignent. Alors Roland se couche sur l'herbe. “ Il a plus grand soif que nul ne pourrait penser.” Beaudoin cherche de l’eau, n’en peut trouver, et le croyant mourant il bénit son âme, prend son cor, son épée et rejoint l’armée. Alors survient Thierry ‘là où Roland mourait, le commença à plaindre et regretter et lui dit que il garnit son âme de foi et de confession. Roland, le benoit martyr, leva les yeux et les mains au ciel et pria Notre-Seigneur en telle manière: ‘“Sire Jésus-Christ, je te recommande en cette heure dernière. Je me sens coupable et pécheur plus que je ne
pourrais dire. Mais toi, Sire, qui est par-
donneur de tous péchés, qui as pitié de tous pécheurs et ne hais rien que tu aies fait, ne me veuille pas denier pardon de mes péchés, et veuille mon âme repaître et saouler de pardurable repos.
“ À Ja fin pria pour ses compagnons qui en la bataille avaient été occis, et dit ainsi : ‘“ Notre-Seigneur Jésus-Christ, ta pitié et ta miséricorde soient émues sur tes féaux qui de lointaines terres sont venus en ces estranges contrées pour combattre contre la gente mécréante pour ton saint nom exalter, pour ta foi déclarer, pour ton précieux sang venger, qui ci-gisent morts par les mains des Sarrazins.
En la fin de cette glorieuse confession se partit Thierry de Roland, et la bénoite âme se départit du corps après cette prière.”
C’est au refrain de cette touchante légende que plus tard, Guillaume s’emparera de l’Angleterre. L'histoire ne raconte-t-elle pas
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qu'en ces temps-là Taillefer marchait à la tête de l’armée et
allait chantant De Charlemagne et de Roland Et d'Olivier et des vassaux Qui moururent er Roncevaux.
Le comte Roland quand il vit morts ses pairs Et Olivier qu’il tant pouvait aimer Tendreur en eût, commença à plourer,
Et son visage fut moult décoloré,
La vieille langue de nos pères, celle qu'ils
parlaient du temps de Charlemagne et
d'Alcuin, cette langue que l'on croit être perfectionnée de nos jours mais que l'on n’a réussi qu’à effeminer, a donné plus d'un de ses mots à la langue anglaise d'aujourd'hui.
On s'en rendra compte par le tableau suivant, écourté un peu il est vrai, mais qui est entièrement pris dans la période des auteurs cités, depuis la chronique de Saint- Denys jusqu’à celle de Moissac.
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Qu'on en juge :
VIEUX FRANÇAIS
Aguait Aparement
Chévetain
Chief Comforter Desloer Déturber Doute Ductour Emouvoir Empress Garniement Meschief Manse Moult Muer Navie Noncier Partir Plenté Remanent Trépasser Barguigner Troller