‹ Notes sur la formation du franco-normand et de l'anglo-saxon [microforme]Chapitre 3 sur 20 · ANGLAIS · texte numérisé non relu

ANGLAIS

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L'époque de Charlemagne était un temps de luttes guerrières et intellectuelles. Au milieu des bruits des champs de bataille on

trouvait le temps de se recueillir et de son-

ger aux lettres. Une épitre d’Alcuin va le

prouver et redire à nos compatriotes que l'étude que j'entreprends n’est pas malveillante.

— “ [1] manque à votre serviteur, écrivaitil à Charlemagne, une partie des livres les plus précieux de l’érudition scolastique. Je les avais dans ma patrie, — l'Angleterre — grâce au zèle de mon excellent et très pieux maître et à mes propres efforts. Je parle ainsi à votre Excellence afin que vous examiniez dans votre ardent amour pour toute science, s’il ne conviendrait pas d’envoyer quelques uns de mes élèves pour aller chercher dans ce pays tous les livres qui nous sont nécessaires et rapporter en France les fleurs de la Bretagne, afin qu'elles

ne se trouvent pas seulement dans les jardins fermés de Vork, mais que la Touraine ait aussi sa part des productions et des fruits du Paradis, qui se répandront en parfums embaumés, quand l’Auster soufflera sur les bords de la Loire.”

Ce respect du livre qu'avait le savant Alcuin, cet homme qui écrivait à Charlemagne qu'il aimait mieux ‘“ habiter le coin d’une masure que de vivre dans un palais avec une femme querelleuse”-nous le retrouvons encore plus tard, lorsque Richard de Bury, évêque de Durham, et précepteur d'Edc'ard III, écrivait à son tour :

—Grâce aux livres les morts me réapparaissent comme s'ils étaient vivans ... Tout se corrompt et tombe en poudre par la force du tems. Saturne ne se lasse pas de dévorer ses enfans, et la gloire du monde serait

ensevelie dans l'oubli, si Dieu, comme

remède n'avait accordé aux hommes mor-

tels le bienfait des livres... Les livres, voilà les maîtres qui nous instruisent sans verges,

sans réprimandes et sans colère. Allez les

rejoindre, vous ne les trouverez pas en-

dormis : interrogez les, ils ne se déroberont

pas; si vous vous trompez, pas de gron-

deries de leur part; si vous êtes ignorants,

pas de rires moqueurs.”

En parcourant les chroniques du temps

de Charlemagne on retrouve encore une

foule de vieux mots français disparus et

qui pourtant ont leur charme. Le peuple

disait alors une ‘“ croulle” pour un trem-

blement de terre. La chronique de saint-

Denis rapporte qu'en 801 “si grande fut

la tempête par toute l'Italie que les cités et

les montagnes même fondirent en aucuns

lieux : de cette croulle trembla l’église de

saint Paul en la cité de Rome. En ces

temps là ‘“ on s’estrivait par bataille” pour

“combattre”; et ce mot est encore en usage

parmi les Canadiens français. Les paniers s'appelaient alors corbi, d'où plus tard le mot français corbeil, À mesure que le temps s'écoule les noms latins vont se francisant.

C'est ainsi que dès le XI° siècle on fait

nom de nomen, iemple de femplum, perdu de perdere, faire de facere, loup de lupus, prix de pretium, car de quare, un de unus, homme de Zomo, temps de tempus. D'autres mots qui plus tard deviendront de l'anglais se rencontrent souvent chez les chroniqueurs de l’époque. En 772, dans sa première expédition contre les Saxons, Charlemagne s'empare du château de Ehresburg. Son armée se meurt de soif. Que dit l'historien ?

—“ Il advint que quand ils se reposaient en l’heure de midi en leurs tentes, notre Sire leur envoya eaux nouvelles par le conduit d’un ruissel qui était de lez herberges au pié d’une montagne, en st grande plenté

re ms ant —— En —…——— ———

que elles suffirent aux hommes et aux bêtes de l'ost.”

Ost veut dire armée. Il vient du mot latin Lostis. Plus tard les anglais en feront hoist, ef:ort: on le retrouve aussi dans leur langage parlementaire : “Xe six months hoist.”

Mais je ne tiens pas à faire un cours d’histoire philologique. Je veux être bref. Causons maintenant de la forms na de notre langue et de la fusion du franco-normand avec l’anglo-saxon.

Pourquoi aller partout répétant que les

Canadiens-français et les Acadiens ne parlent

qu'un patois ?

Cette rumeur a été repandue souventes fois par de ces écrivains ternes, par de ces penseurs posu. “hes qui n’ont passé que quelques jours avec nous, juste assez de temps

pour nous mal juger et pour se copier les uns les autres.

Ces conquis par Guillaume de Normandie veulent-ils avoir une idée de la composition de leur langue? J'accours au devant de leurs désirs et je vais les satisfaire.

Un modeste, un travailleur, un érudit, M.

Thommerel, docteur-ès-lettres de la faculté de Paris s’est beaucoup occupé de la fusion du franco-normand avec l'anglo-saxon.

Ami de Jouffroy de l'Institut de France, très lié avec les conservateurs des bibliothèques de Paris, du musée britannique et des rôles de la Tour de Londres il a consacré deux années de sa vie à l'étude de cette immixtion. Les notes que nous allons rarcourir offrent un grand intérêt.

Les historiens s'accordent à dire que du

temps de César on ne parlait que le celtique

dans les Gaules; cette langue était celle de tout le pays qui s'étendait du Rhône à

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l'Océan et de la Garonne à la Meuse.

‘__Vinrent alors, dit M. Thommerel, les victoires de Jules César, les 11,920 hommes qu'il tue où qu’il fait tuer, les honneurs que les indigènes obtiennent sous les empereurs ; tout cela contribue à établir la langue latine et à la consolider dans une partie de la Gaule. C'est pendant plusieurs siècles la langue officielle.” Mais voici les Francs qui entrent en lice. Clovis est là; les batailles de Soissons, de Tolbiac, de Vouillé ont lieu. L’envahisseur s'établit dans la Gaule, modifie sa langue mais ne la change pas encore. Ce n’est que sous Charlemagne que les éléments du français commencent à

se constituer, mais ils ne sont encore qu'un

composé de celtique, de gothique, où le latin domine.

Dans un récent article publié à ce propos dans la Xevue des deux Mondes sous le titre de “ Angleterre et le temps des invasions” M.

Jusserand remarque que le langage celtique n’a subsisté que dans l'extrême ouest de la Gaule, mais que lidiôme germanique ne prit pas le dessus ; le latin persista, si bien que notre langue est demeurée une langue romane, Îl y a pour cela deux causes :

d'une part les Germains vinrent en France en moins grand nombre qu'en Angleterre, et ceux qui y restèrent étaient déjà en contact avec les Romains ; d'autre part la romanisation des Gaules avait été plus complète.

La Gaule ne produisit-elle pas à cette

époque Cornelius Gallus, Trogue-Pompée,

Domitius Afer, Pétrone, Sidoine Abpolli-

naire, Ausone qui se piquait de parler le latin le plus pur et de produire les meilleurs poètes ?

En Angleterre on parlait aussi le latin.

Les empereurs romains aimaient à y séjourner. Sévère mourut à Vork, en 210. Ce fut dans cette ville que débuta le règne de

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-eltique st de la que ne si bien langue auses :

France leterre, n con- | romanplète.

| cette ompée, Apolli-

rler le

Caracalla. Constance Chlore y mourut.

Constantin le Grand y fut proclamé empe-

reur.

Le serment de Louis le Germanique est

une preuve de la prépondérance du latin.

Il le prête à son frère Charles le Chauve.

La scène se passe à Strasbourg le 14 février 842. Larousse le considère à juste titre

comme l'acte de naissance de la langue

française.

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