XIII. — De Kutu à Luali
Ce voyage s'est fait en descendant le Loango en pirogue. La vallée est resserrée entre des massifs rocheux archéens jusqu'à quelques kilomètres en aval de Kutu, où le fleuve entre dans une plaine alluviale de plusieurs kilomètres de large. Elle se poursuit, avec quelques l'esserrements peu importants, jusqu'à l'embouchure.
Les explorations de M. Cabra dans le Nord du Mayombe congolais, lui ont permis de recueillir une série d'échantillons à l'intérieur de la grande courbe à concavité sud que décrit le Loango entre Kimbuenza et Borna Niali :
P) A Signigna, des échantillons de magnétite ;
2°) A Signati, au Nord de la Libulo, un phyllade graphiteux noir, en grands feuillets plans, et des échantillons de pyrite, oligiste et magnétite ;
3°) Dans le lit de plusieurs ruisseaux, entre Schikamba et Schimbanza, des roches analogues aux précédentes.
4°) Entre Sinate Kassuma et Schimbanza, des chloritoschistes remplis de cristaux de martite ;
5°) A Schikamba, un quartzite feldspathique, ou arkose, à grain fin, veiné de quartz ;
6°) A l'Est de Somba, entre Signati et Djema,un porphyre gris ; et dans le ruisseau Pangala, près de Djema, un beau porphyre quartzifère gris foncé ;
7°) Entre Djema et Ganda Sundi,une roche verte à épidote ;
8°) Au confluent des ruisseaux Biduma et Lusuma(au Sud de Dungu), un phyllade noir bleuâtre altéré et un phyllade noir grossier rempli de grands cubes de pyrite ;
9°) Aux rapides de Schindamba (sur le Loango) un phyllade altéré rouge rosé et un quartzite feldspathique, ou arkose, micacé, gris blanc. Le même phyllade altéré a été recueilli entre Schindamba et le confluent de la Milombi ;
10°) Dans le lit d'un ruisseau, au Nord de Maduda (Haute- Lubuzi), un phyllade verdâtre veiné de quartz.
Grâce à M. Diderrich, nous possédons quelques données sur la région qui s'étend entre la Lukula et la Lubuzi.le long de l'itinéraire qui va du terminus du chemin de fer du Mayombe (kilomètre 80) à Buku Tchela.
Sur la rivière Mbavu, affluent de la Lukula, il a recueilli des micaschistes ou phyllades très altérés ; sur la Mukoku, du gneiss ; à Lukamba, des quartzites micacés rappelant ceux de Matadi ; au village de Kangu, des schistes noirs graphiteux ; sur la rivière Kumbazi, des micaschistes et chloritoschistes ; sur la Gomamba, du gneiss et des phyllades gris bleu foncé entrelardés de quartz. A Buku Tchela, sur la Lubuzi, le voyageur a récolté des gneiss altérés plus ou moins
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granitoïdes. M. Kostka, qui n'a pas visité cette localité, s'est fait envoyer des roches récoltées à proximité, dans le lit de la rivière Pangi. Ils consistent en micaschiste sériel teux (échantillon n" 51) et chloritoschiste (échantillon n" 52). A ces deux échantillons, et provenant du même endroit, est joint un bloc de roche siliceuse du type des près polymorphes qui semble montrer l'ancienne extension jusqu'à ce point, d'un revêtement discordant aujourd'hui balayé par la dénudation (échantillon n° 53).
Sur le ruisseau Kosso, qui se jette dans la Lubuzi un peu en aval de Buku Tchela, M. Diderrich a récolté des roches profondément altérées qui semblent être des micaschistes ou des chloritoschistes. De la rivière Mabadi, un peu plus à l'Ouest, proviennent des chloritoschistes et des phyllades entrelardés de lits de quartz, et de Chimuela, plus en aval sur la Lukula, des micaschistes ou des chloritoschistes très fins et des quartzites à grain très fin, un peu aimantifères.
En relevant dans les pages qui précèdent, les indications relatives à la direction et à l'inclinaison des couches, fournies par M. Kostka, nous obtenons la série suivante :
Borna Sundi Direction
N 17" W In
clinaiso
Dingi
Ruisseau Situ Néné
Kondé Sanga
Kondé Seghini
Buala Mioko
Kondé Kwimba
Borna Vondé
Direction
Mont Banga
Niembo
Schimata
N 50° W Inclinaison 60" S N 44° W » 40° S
La moyenne générale de ces directions est d'environ N 36° W.
Il est intéressant de comparer ces éléments avec ceux que j'ai relevés dans la zone archéenne et métamorphique, le long du chemin de fer de Matadi au Stanley-Pool et sur l'ancienne route des Caravanes.
Je ne citerai que les observations faites dans de bonnes conditions, sur des couches bien réglées. Matadi Direction N 20° E Inclinaison 15 à 20° W Kilomètre 14 » N 20° E » 50° W
» il » N 70° E » 20° W
Rivière Denzi » N S approxim. » 45° W
Congo Dinanga » Id. » 30° W
» » Id. » 25-30° W
Rivière Bembizi » N 20° W » 45° W
Congo Dalemba » N 45° E » 25° W
- La direction oscille donc autour d'une moyenne de N 25° E environ. Mes notes indiquent, en outre, en de nom breux points, une direction approximative des couches vers le Nord-Est et un pendage vers l'Ouest.
Dans le Mayombe, comme le long du Congo, l'inclinaison des couches se fait presque partout dans le sens Ouest, c'est-à-dire vers la mer.
En comparant les deux tableaux qui précédent, on constate que la direction des couches de la zone cristalline se modifie fortement quand on va du Congo vers le Schiloango ; les moyennes passent de N 25° E à N 36° W. Les plis se recourbent donc du Nord-Est vers le Nord-Ouest,
DU MAYOMBE OCCIDENTAL 25
La direction Nord-Ouest des couches dans le Mayombe, les rapproche graduellement de la côte, et vers le Cap Matuti, prés de la baie de Mayumba, les granités atteignent le littoral. On comprend donc aisément que les terrains cristallins du Bas-Congo ne se retrouvent pas sur l'Ogowé, ni même sur la Nyanga.
Au sud du Congo, la direction Sud-Ouest de la zone archéenne la rapproche également de la mer et explique les affleurements granitiques de la côte de Muserra.
La limite occidentale superficielle des terrains cristallins traverse le Loango vers Schimbété, la Lubuzi un peu en aval de Borna Vondé, la Lukula en aval de Borna Sundi. C'est à partir de ces points que ces trois cours d'eau passent de la zone accidentée du Mayombe à la zone maritime et que cessent leurs rapides. De Boma-Sundi, la limite se dirige vers le Sud et va couper l'Ile de Mateba en laissant à l'Est les collines granitiques du Cul-de-Boma ; puis elle prend ladirection Sud-Sud-Ouest et va rejoindre la côte à Muserra.
Cette limite décrit donc, dans l'ensemble, une courbe parallèle à la direction des plis des terrains cristallins. Il est bon de faire remarquer que cette ligne est franchie vers l'Est par l'extension des grés secondaires, entre la Lukula et le Congo, de même qu'à l'Ouest de la ligne, des affleurements de roches schisto-cristallines apparaissent au fond des vallées.
L'École des Mines du Hainaut possède une riche collection de roches et de minéraux de l'Etat de Minas Geraes (Brésil), envoyée par l'Ecole des Mines d'Ouro Preto, grâce à la bienveillante entremise de M. le Ministre plénipotentiaire M. Sainctelette.
L'étude de cette collection, après celle des roches du Mayombe, nous a montré qu'il existe entre les terrains cristallins du Mayombe et ceux de Minas Geraes des analogies frappantes, qui vont jusqu'aux détails, tels que l'abondance de la martite et de la pyrite épigénisée, dans des roches de type analogue si l'on tient compte de l'état d'altération des échantillons du Mayombe. Une étude comparative entre les deux régions sortirait du cadre de ces notes. Nous comptons y revenir.
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SECTION IL Grès secondaires.
Sur sa Carte géologique de l'Afrique occidentale ', Oscar Lenz place dans la région du Nord-Ouest de Borna une tache de grès 7'oage. Dans la légende de la carte, il intercale ces grès rouges entre les terrains secondaires et les formations plus anciennes.
C'est dans la même région que E. Dupont * a vu, à Senjambi,des " couches stratifiées d'aspect cohérent, paraissant être du grés, s'étendre en ruban sur les roches cristallines » (p. 451). Il les compare aux formations gréseuses continentales de l'intérieur du bassin et les place entre les terrains cristallins et les dépôts marins de la région côtiére.
Dès 1887, J. Chavanne ' a signalé la présence, prés de Binda, sur la rive droite du Congo, à 17 kilomètres en amont de Boma et dans la haute vallée occidentale de la rivière des Crocodiles ou Kalamu *, des grès grossiers, gris jaune, remplis de débris de micaschistes, disposés en couches à peu près horizontales, visibles sur environ 10 mètres d'épaisseur ".
' Geolugische Karte von West-Afrika. 1 : 12.500.000. (Peterm. Mittheil. Band 28, 1882, Taf. i.)
* Lettres sur le Congo. 1889.
■' Reisen und Forschungen im alten und neuen Kongostaate, in deft Jahren 1884 und 1885. Jena 1887.
* ... " ini icestlichen Quellthale des Kalamu oder Krokodilflusses «. D'après la carte de Chavanne, cette vallée se place à 7 ou 8 kilomètres au Nord-Ouest de Borna.
^ Chavanne signale, au Chaudron d'enfer, un grès dur, ferrugineux, disposé en couches horizontales parmi les schistes cristallins (?).
J'ai reçu de M. Mahieu, comme provenant de la colline des Pérès du Saint-Esprit, à Boma-Rive, près de la factorerie anglaise (en amont du Pier de Boma),des échantillons volumineux d'une roche rappelant celle qu'a signalée Chavanne. C'est un grés très grossier, brun jaunâtre, fortement mélangé de micas noir et blanc accumulés par place en lits distincts qui donnent à la roche une apparence zonée horizontale. Les éléments de ce grès proviennent certainement, d'une façon directe, de la destruction des roches cristallines de la région, mais ce n'est pas un produit d'altération sur place. La stratification y est nettement horizontale, alors que les roches archéennes voisines sont du gneiss en feuillets redressés et du granité. En outre, les blocs recueillis par M. Mahieu renferment des lits horizontaux, épais de plusieurs centimètres, d'un gravier pisaire ou miliaire à éléments nettement roulés.
Je classe provisoirement, et avec quelque doute^ les grès grossiers de la colline du St-Esprit, de Binda et du haut Kalamu parmi les gi-ès secondaires sublittoraux. Il est possible qu'ils ne représentent que des dépôts anciens du Congo. Ces dépôts, cependant, sont généralement meubles, ont un aspect beaucoup plus hétérogène et sont moins régulièrement stratifiés.
Je considère provisoirement comme faisant partie du même ensemble que les dépôts qui viennent d'être décrits, les couches de grès qui contiennent le gîte de bitume de Schipanga, visité en 1898 par M. Diderrich et en 1903 par M- Cabra. La localité de Schipanga est située à 27 kilomètres à peu près exactement à l'Est de la borne de Schintwala et non loin de la petite rivière Luvuisi, à l'altitude de 265 mètres. Le fond de la vallée du Luvuisi est à 169 mètres.
D'après une coupe que m'a communiquée M. Diderrich, le bitume forme, un peu au-dessus du fond de la vallée, quelques couches de faible épaisseur dans des grès sableux. Ces grès
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constituent le flanc de la vallée jusqu'à 66 métrés au-dessus du thalweg ; ils sont surmontés de 30 métrés de sable argileux légèrement micacé avec nombreux lits de cailloux roulés.
J'ai examiné, au musée de Tervueren, les échantillons très nombreux recueillis à Schipanga par M, Diderrich. Ils comprennent des blocs de bitume, des morceaux de grès imprégnés de bitume et des grés sans bitume. La roche encaissante, sur les échantillons paraissant inaltérés, est un grés gris, assez grossier, très poreux, à grain uniforme arrondi, à ciment rare calcareux. Il présente quelques points noirs brillants et donne à l'éther une coloration brune bien marquée.
Dans les blocs altérés, le grés est jaune clair. La série des échantillons de M. Diderrich comprend aussi des sables et des graviers imprégnés de bitume et renfermant de gros cailloux de quartz bien roulés ; ils proviennent vraisemblablement du fond de la vallée du Luvuisi.
D'après des renseignements d'autres sources, il y aurait également du bitume au Nord de Schipanga, dans la vallée du Nianzi, affluent de la Lemba. A environ 10 kilomètres à l'Ouest de Schipanga, on aurait constaté des «< sortes de marécages noirâtres à odeur de pétrole ".
Enfin, il existe à Tervueren des échantillons de bitume désignés comme venant de Tschoa, à 8 kilomètres au Sud de Schipanga.
Toutes ces données permettent de conclure à l'existence de gisements d'une certaine importance dans une région dont Schipanga parait être le centre.
Il semble y avoir beaucoup d'analogie entre ces grés à bitumes de Schipanga, etc. et la formation gréseuse bituminifère et pétrolifére du Brésil et de l'Argentine, rapportée au Ciétacé tout à fait inférieur.
La présence du bitume et du pétrole a été signalée à diverses reprises, et depuis un siècle environ, dans toute la
région de la côte du Congo prise dans son sens le plus large, c'est-à-dire du Gabon à St-Paul de Loanda, sur les rives du Êas-Ogoué et du Ngunié (Fernand Vaz, Lac Isanla, etc. ' ), à l'embouchure du Dande % à Golungo-Alto, Novo- Redondo, etc. '.
Ce sujet a attiré l'attention du D'' Pechuel-Loesche *, auquel on doit les premières données précises sur la géologie du Congo. Il parle de la présence d'asphalte dans le district de Cabinda,non loin de la baie. Sur la côte du Sud de l'embouchure du Congo, en arrière de Kinsao, MukuUa et Muserra, il y aurait, d'après cet explorateur, de nombreux puits d'asphalte et même un vaste lac d'asphalte (ein umfangreicher Asphaltsee) contenant, d'après les échantillons qu'il s'est procurés, un produit très pur ; dans les falaises du littoral au Sud du Congo, on verrait des couches de latérite et de calcaire imprégnées d'asphalte. Selon Monteiro, l'asphalte des environs de Muserra sortirait de couches de grès, ce qui concorde avec les observations de M. Diderrich, à Schipanga. D'après Pechuel-Loesche, il y aurait, sur le Kuansa, un gisement assez important pour fournir l'asphalte employé à St-Paul de Loanda à la construction des trottoirs.
Il ajoute, page 330, un renseignement fort intéressant, s'il n'est pas un simple racontar \ « D'après les dires concordants des baleiniers, on verrait à environ quatre degrés de longitude exactement à l'Ouest de l'embouchure du Congo, du pétrole monter à la surface en grande quantité et recouvrir
* Barrât. Annales des mines, avril 1895.
* J.-C. Lang. 0 petroleo do Dande. 'Bul. Soc. Geogr. Lisboa, 6« série, 1886.)
' P. Choffat.
* Pechukl-Loeschk. Kongoland. lena, 1887, pp. 24-26, 330, 348- 349. Cf. J.-S. MoNTKiRO. Angola and the River Congo.
'^ L'imagination des nègres, pourtant très fertile, n'est rien à côté de celle des Européens de la côte d'Afrique ; celle des capitaines de navires ne lui est guère inférieure.
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la mer sur une grande étendue. » D'après J. Chavanne ', ce fait serait confirmé par les capitaines portugais qui naviguent de Sao Tome à St-Paul de Loanda.
L'opinion de Pechuel-Loesche est que la zone côtière du Congo est riche en pétrole et que des sondages intelligemment pratiqués pourraient donner des résultats satisfaisants (p. 261).
Je suis disposé à adopter cette manière de voir, malgré le préjugé, assez répandu, d'après lequel la présence du bitume excluerait nécessairement celle du pétrole.
Les grès de Schipanga, d'après l'allure générale des terrains de la région côtière, doivent plonger vers la mer. Des sondages qui iraient les chercher en profondeur, le long du littoral, c'est-à-dire à environ 60 à 75 kilomètres de la zone d'affleurement et à quelques centaines de mètres de profondeur, y trouveraient vraisemblablement des hydrocarbures liquides.
Il est évidemment impossible de donner un chiffre exact quant à la profondeur à laquelle doivent se trouver ces grès sur la côte du Congo ou de Cabinda. Le pendage n'en a pas jusqu'ici été relevé et, d'ailleurs, il est probable que l'inclinaison du terrain vers la mer n'est pas aussi régulière qu'on peut le supposer a priori. M. Diderrich, à Magna na Matali, sur le Schiloango, a constaté une inclinaison de 35° NNW dans les couches tertiaires, et en amont, près de Bitomba, M. Kostka a relevé une légère inclinaison vers l'Ouest. Si les couches de la région côtière ont une allure ondulée, ce ne peut être qu'une circonstance favorable au point de vue de l'existence d'un gisement de pétrole exploitable.
Une compagnie allemande* a entrepris récemment desson-
* J. Chavannk. Beisen und Forschungen iin altem und neuen Kongostaate. lena, 1887, pp. 321-3^2.
* « Kamerun-Bergbau-Gesellschaft. -
dages dans la région côtière du Kamerun, où des indices de la présence du pétrole ont été constatés '. Je pense que des capitalistes entreprenants pourraient, sans risquer d'être accusés de légèreté, faire les frais de quelques forages sur la côte congolaise.On en pratique tous les jours dans des régions où les chances de réussite sont beaucoup moins nombreuses, et dans les colonies africaines, des sommes considérables sont souvent dépensées dans des entreprises beaucoup plus aléatoires.
* HuTtKR. Im Oelgebiet von Kamerun. ÇGlohus, 1906, p. 1.) ScHMEissER. Ueber geologische Untersuchungen und die Entwi-
chelung des Bergbaues in den deutschen Schutzgebieten. (Zeitsch. f.
prakt. Geol., Marz 19U6. p. 75.)
DU mayombe occidental ââ
SECTION III Terrains tertiaires marins.
Le point le plus éloigné de la côte où les dépôts marins tertiaires ont été observés au voisinage de l'estuaire, est Zambi sur la rive droite du fleuve, à 28 kilomètres à l'Ouest de Borna. Le docteur P. Briart m'a remis quelques échantillons provenant de cette localité.
Ce sont des grès à grain extrêmement fin, un peu micacés, très calcareux, de teinte jaune clair, peu denses, poreux. Certains échantillons renferment quelques rares grains de quartz laiteux de 1 millimètre de diamètre.
Nous verrons plus loin que ces grès calcareux de Zambi semblent avoir une extension très large dans la région côtière.
Je rappelerai d'abord des observations faites par E. Dupont', en des points qu'il est difficile de placer sur les cartes actuelles, mais qui doivent être situés dans les terres à peu de distance de Zambi. Sur les plateaux peu élevés qui régnent sur la rive droite du fleuve au Nord de Zambi, il signale (p. 456) « de longues nappes de cailloux de quartz fort arrondis et parfois un calcaire argileux ». Il considère ces dépôts comme « manifestement superposés aux couches horizontales de Senjambi». (Voir p. 26.)
Un peu plus près du fleuve, E. Dupont a observé (p. 458) des affleurements de calcaire jaune et altéré, parfois fossilifère, qui nous paraissent bien être les roches de Zambi. Il les rapporte au Tertiaire supéf'ieur (p. 458) et, d'une façon plus précise, au Miocène (p. 497).
Dans le voisinage immédiat de l'embouchure, dans un ravinement en entonnoir creusé sur le plateau qui domine de 110 mètres le rivage de Banana, E. Dupont a observé (p. 469)
* E. Dupont. Lettres sur le Congo, 1889.
un sable blanc, bigarré de rose, surmonté d'un minerai de fer latéritique empâtant des cailloux roulés de quartz. La coupe se teruiine par quatre à cinq métrés de sable jaune avec lits d'argile grise, que le voyageur considère comme des alluvions fluviales.
Les falaises les plus voisines de Banana, de 15 à 20 mètres de haut, présentent une coupe analogue à la précédente. Le sable jaune et rouge de la base est surmonté de cailloux roulés et de graviers formant la base des sables jaunes avec veines d'argile qui constituent le dépôt superficiel d'origine fluviale (p. 478).
C'est à partir de ces falaises, situées à environ 8 kilomètres de Banana et un peu au Sud de Moanda, que commence une importante série d'observations dues à M. N. Diderrich.
M. N. Diderrich, Ingénieur des mines, pendant les années 1895 à 1898, étant Directeur du commerce et de l'industrie de l'État indépendant du Congo, a fait de grandes reconnaissances géographiques et géologiques dans la région du Mayombe. Nous avons utilisé plus haut les travaux qu'il a eflfëctués dans la zone cristalline. Pour le moment, nous avons à parler de ses observations dans la zone côtiére.
M. Diderrich, en mars 1895, a fait l'étude géologique du littoral depuis Banana, à l'embouchure du Congo, jusque Landana, où le Schiloango se jette dans la mer. Il a recueilli sur cet itinéraire des observations du plus haut intérêt, qu'il a bien voulu me communiquer, et il a récolté une collection d'échantillons que j'ai eu l'occasion d'étudier au Musée de Tervueren.
De Banana à Gabinda et plus au Nord encore, le rivage est longé par une falaise plus ou moins élevée, exclusivement formée de dépôts récents meubles, argilo-sableux, de teinte généralement rougeâtre, surmontés de latérite cohérente,
DU MAYOMBE OCCIDENTAL 35
concrétionnée, de structure celluleuse, spongieuse. La partie meuble de la falaise étant assez rapidement érodée ' par la mer et le ruissellement pluvial, la latérite cohéi'ente s'éboule en gros blocs au pied des escarpements et forme les « pierres » et les « rochers » que l'on voit sur le rivage et qui s'étendent parfois assez loin vers le large, pour donner lien, sous une faible épaisseur d'eau, à des récifs assez dangereux. La Pointe des Pierres, prés de Moanda, la Pointe de Dokolo, prés de Makaya, et diverses autres « pointes » signalées sur la carte jusque Cabinda, paraissent avoir cette origine.
Telles sont les conclusions que je crois pouvoir tirer des observations faites par M. Diderrich entre Moanda et Malemba et d'observatiOJôS personi}eU^,jOiJiâ3 à Cabinda en 1895. i/a ,iioir;eIv:a Al sb è^ih
C'est à la Pointe de Malemba, constituée par une saillie proprement dite de la côte, et à Landana, prés de la bouche du Schiloango, que M. Diderrich a fait ses observations les plus intéressantes. Elles concernent les dépôts fossilifères marins de la région côtiére.
Pointe de Malemba. — Ce point se trouve à 12 kilomètres à l'Ouest de Chinfumbo, sur le Schiloango, où je vais avoir à relater une observation de M. Kostka.
Voici la coupe que présente la falaise, telle que je puis l'établir en combinant les notes de M. Diderrich avec l'examen de ses échantillons. De haut en bas : v.w \
1. — Dépôt meuble superficiel, latéritique, atteignant, d'après le voyageur, 80 mètres d'épaisseur.
2. — Grès argileux, calcarifère, à grain très fin, rempli de fossiles peu déterminables.
3. — Gravier cohérent de cailloux de quartz miliaires ou sub-pisaires et de grains plus fins, sub-hyalins ou opalins, à ciment calcarifère. Epaisseur 0 m. 50.
* A raison de 2 mètres par au à Moanda, d'après les Missionnaires.
4. — Argile schistoïde onctueuse, un peu micacée, gris rouge ou noire. Epaisseur 1 m. 10.
5. — Grés jaune, sableux, à grain fin, peu cohérent, calcareux. Epaisseur 1 m. 50.
6. — Poudingue à petits éléments, très cohérent, à ciment calcareux, à grains de quartz sub-hyalins ou opalins ; renferme de gros cailloux de calcaire compact.Epaisseur 0 m. 80.
7. — Sable argileux cohérent, très micacé, schistoïde, zone de gris plus ou moins clair.
A Malela, non loin de Malemba, M. Diderrich a récolté un échantillon de calcaire très fin, gris clair, et un gravier cohérent miliaire ou pisaire, à ciment grèso-calcareux abondant.
Falaise de Landana. - Je donnerai d'abord la coupe extraite des notes de M. Diderrich, puis la description des échantillons qui s'y rapportent. La coupe présente, de haut en bas :
1. — Dépôt superficiel rouge, latéritique ; renferme des lits de cailloux roulés, surtout vers le bas.