Uinerarium Richurdi, cap. xxxvu
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marcliands, si ce sont des Chretiens, nous pourrons ensuite faire la paix avec eux ; si cc sont des paiens, nous partagerons leur cargaison, en reservant un cinquiume pour les pauvres '. »
Le zele pour la nouvelle foi est une occasion do trailer les infideles avec plus de cruaute que jamais el de meltre au pillage les Etats qui s'obstinent dans le paganisme. Aux uns, on fait « pleurer le sang » ; aux autres, on inculque le cliristianisme a coups de haclie. L'Eglise encourage hautemcnt cette ardeur; eile Iravaille non a 1 eteiudre, niais a la regler et a la sanctifier. Ello preside a des Associations de Wikings, des confreries, que les clironiqueurs appellent Piralicce sanctcu (sainLes pirateries). Le Wiking ne fait que changer d'ennemis. G'est au nom du Christ que combattent les premiers Chretiens du Nord. Saint Olaf, mourant sur le champ de Sliklestad (1030), crie a ses soldals : « En avaut! hommes de la Croix ! » La Baltiquc est sillonnee de neophytes engages par des serments solenneis a diitruire les paiens. Dans le trouble dame oil I'ecroulement du cuUe de la force, I'avenement de I'idcal de douceur plongcnt ccs balailleurs, ils ont accueilli avec empressemcnt la doctrine du rachat des crimes par Tegorgeracnt des cnnemis de la foi.
1 . Itiun t, Expeditions et pelerinages des Scandinaves en Terre- Saiiite, ISGS. Introcl.
LA RACE. 7b
Le chemiu des croisades va devenir pour les Scandinaves la roule la plus seduisantc du salut.
lis y avaient loujours reve, a ce pelerinage d'Asie, meme au temps oii Odin el Thor recevaient seuls leui's hommages. Une des premieres remarques qui s'imposent encore aujourd'liui a I'attentiou d'un observateur, c'est I'influeoce cxercee par I'Orient sur J'art norvegien. J'ai deja signale la prodigieuse parente des eglises de Lois, et parlicuJieremeut de la Slavekirkcde Fortun, avec lespagodes bouddiiiques. Faut-il en conclure que les vaisscaux des Wikings avaient explore les cotes d'Asie et I'ocean lodieu, comme le donnent a entendre les Sagas, ou sculement que Ton avait trouve le modelc de ces cliapelles dans des pagodes comme le temple asiatique do Yoummala, en Permie, oil les Finnois avaient surement reproduit les formes de T architecture iado-chinoise ? Sans parler de ce qu'on ne peut controler scientifiqucment, il nous reste, dans Findustrie paysanne des tapis de Norvege, des preuves indiscutables des ecliangcs antiques de la race scandinave avec la Perse etl'Arabie. Un album, oii ces precieux tapis out (ile reproduils en couleur avec beaucoup de soin, a ete publie en 1889 par les directeurs du musee industriel de Christiania. Le savant conservateur de ces ricliesses, M. H. Grosch, a ecrit pour cette publication une etude triliuguc oil
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I'influence de I'Orient sur Fart scandinave est raise en relief '. Elle eclale a la seule inspection de ces planches dont le dessin et Ic coloris laisscraient indecis sur la veritable originc de ces tapis, si la tradition de leur tissage ne s'etait conservec si vivace dans les campagnes, qu'un artiste de gout et de savoir a pu relever I'industrie defaillante ot lui donner, de nos jours, un nouvel essor.
Aussi Lien, tandis que les Norvegiens s'efforgaieiit de copier les tapis d'Asie, ils se mettaient dans i'oeil, pour toujours, les formes et surtout la palette de rOrient. lis lui empruntaient ce gout de la decoration en couleur, qui, pendant des siecles, devait couvrir de rouge, de bleu, de vert, de jaune, assortis avec un art tout persaa, les moindres objets usuels, les colliers de chevaux, les boites, les rouets, les machines a calendrer, les meuljles, les bahuts, les boiseries — et qui, encore aujourd'hui, en pleine decadence de I'instinct populaire, fait une curiosite d'art du plus mediocre objet de bois, bariole de tons hardis, toujours harmonieux, les facades des maisons, les cadres des fenetres et jusqu'aux coffres de sapin qui servent de malles.
La facilite avec laquelle les Scandinaves s"im-
1. Gamle norske kepper wlgivnc af inuseels Beslyrelse texl af II. Grosch. Berlin, cliez Asher; 1889.
LA RACE
pregnerent de culture orientale et prirent le cherain de Jerusalem s'explique suffisamment par Tatavisrae.
C'etait une croyance enracinee chez les peuples du Nord, bien avant leur conversion au christianisme, que les Scandinaves etaient venus d'Orient du pays des Ases, oii ?e trouvait la cite sainte d'Asgard et oil vivait encore tout un peuple frere parlant la langue norraine (scandinave) et professant le cultc d'Odin \
Quand Odiu et sacour sombrSrent dans le crepuscule des dieux, le mysterieux Orient des Sagas se transforma avec le reste ^ On I'assimila a la Terre- Sainte. On confondit la fabuleuse cite d'Asgard avec Constantinople. Le respect que Jerusalem et les eaux mysterieuses du Jourdain inspiraient aux croises scandinaves ne se degagea jamais compl6tement de ces souvenir odiniques. Les poetes Chretiens du xu"* siecle virent dans le Jourdain la fontaine A'Urda, pres de laquelle les dieux rendaient la justice. 8 Au sud, dit Eilifir Gudruuarson, habite le Christ a la fontaine d'Urda '. » On avail rapproche et confondu les mots Urda et Jordan.
Bien avant que la foi chretienne mtt les Norve-