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coquetterie du voile de tulle qui les recouvre, cette blancheur donne aux visages uae grace poudree. En memo temps, ce qu'il y a d'un peu masculin dans les traits bien decoupes s'accuse, comnie choz les femmes du xviii'^ siecle, derriere la grace desquelles les de Goncourt ont aperQudes silhouettes d'encyclopedistes.
Les yeux. — Je les regarde au theatre, tandis qu'ils sont leves, sans battements de paupieres, vers les acteurs, avee cette expression de volonte tendue, qui sied si bien au type. lis ont entre eux une parente singuliere. La pupille est dilatee. La clarte du cercle verdatre qui I'entoure lui donne de rim portance et, dans les clignements de la conversation, les fait paraitre presque sombres. Leur couleur est exactement le ton de la mer, du fiord ou des lacs.
Beaute. — Cast ici la « beaute du diable » ; une beaute de blondes, toute de couleur. La fratcheur de ee teint meurt vite. Comme les cils clairs defendent insulfisamment I'ceil contre I'eclat du soleil d'ete, les clignements perpetuels dessinent une profonde patte d'oie.
Toilettes. — EUes sont desolantes : le rose pale, le lilas pale, le verl pomme, le rouge vif, les percales et les perses d'ameublement, enveloppent ces jeunes corps comme des rideaux, sans un artifice de coupe. Du moins ces couleurs claires ont-elles dans
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le paysage d'ete une grace de vibration douce; mais aucun effort n'est tente pour accorder un ton avec un autre. Une robe rouge marche avec une ombrelle d'un jaune faux ; une robe bleue avec un parasol ecossais, rouge et vert.
Silhouettes d'une mere et de sa fille qui descendent la Karl-Johans-Gade a Ghristiania :
La jeune dame a les cheveux coupes courts, comme un homme. Elle est vetue de vert et s'abrite d'une ombrelle gorge-pigeon. La fillette, habillee de percale blanche, est coiffee d'une casquette de jockey a quartiers tricolores. Toutes deux pourraient retenir les yeux avec plaisir, mais ce bariolage les gate.
Gela est si sur, que le deuil embellit immediatement toutes ces jeunesses blondes. De meme, quand elles consentent k s'habiller de bleu marin, ou de couleurs foncees, elles deviennent tout de suite jolies. Et peut-etre il serait injuste de les juger sur leurs toilettes d'ete, sur ces navrants chapeaux de faneuses, blancs sur des robes foncees, qui ne servent qu'a abriter du soleil. L'ete est I'occasion d'une courte debauche de couleur et de joie lumineusc. N'ai-je point remarque que les mineurs de Valenciennes, qui passent une partie de leur vie avec la nuit du charbon sur leurs tetes, peignent avec du bleu de lessive, de I'oulremer de buanderie, le plafond et les qualre murs de leurs maisons?
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Ceci cependant me trouble : n'y aurait-il point, chez la Norvegieiine de la nouvelle ecole, un parti pris de remplacer la coquetterie par une affectation de negligence? II sufBt de jeter les yeux sur les broderies anciennes, sur les tapis orientaux, tisses dans la campagne, sur le costume d'une paysanne qui passe, pour voir que cette race avait autrefois I'oeil eduque, artiste. Le petit bonnet de police bleu dont la Norvegienne campagnarde se coiffe fait valoir heureusement ses cheveux blonds, amincit le bas du visage. La guimpe blanche, a I'italienne, deborde, comme de la neige, ' d'un corselet vert. La jupe courte, bleu marine, est bordee d'un lacet rouge, comme la ceinture, comme le ridicule, qui pehd sur un tablier a carreaux, delicatement assorti avec les tons du costume.
Autres types. — C'est ainsi que sont vctues les jeunes paysannes qui servent dans les sanatoriums , qui posent pour ces portraits que Ton voit a la devanture de tons les libraires. EUes ont de beaux nez droits, des fronts tres purs sous le bandeau dc cheveux, des bas de figures un peu larges, des levres un peu trop fortes et pales, des yeux ou Ton voudrait glisser eij barque.
Mais I'alcoolisme hereditaire, la misere physiologique, font rares, ici comme partout dans le Nord, les types de race. Les faces asymetriques oil les
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tares s'accusent sont plus nombreuses qu'ailleurs. J'ouvre, dans I'hotel ou j'hahite, un album de photographies. Celles-ci lie sont point des dames de ville, des elegantes de Bergen, qui imitent avec grice les modes cosmopolites, ou de jeunes emancipees de Christiania pour qui la toilette est une afHche de « tendance » . Je suis devant de bonnes bourgeoises de province, un peu endimanchees.
Ces femmes sont montagnardes. Leur construction osseuse apparait solide, comme la charpente des plateaux doiit elles descendant. La meilleure partie de ces visages est celle qu'une femme arabe laisse a decouvert. Bombe ou non, le front est toujours haut; I'arcade sourciliere d'un dessin assez ferme. Les yeux enfonces ont un eclat et une fixite etraiiges. Peu de chaleur dedans, mais de la lumierc; et, plutot que de la tendresse, la flamme d'une ardente curiosite. Les cheveux, qui souvent sont beaux, et en harmonic de ton avec le teint, encadrent bien la figure; mais ils sont presque toujours arranges sans aucun art. G'est la natte des paysannes ou le bandeau.
Des qu'on descend au-dessous des yeux, la figure se gate. Les pommettes saillent ; la machoire les imite. La bouche, habituee aux longs silences, se dessine, horizoutale et dure. Parfois elletrahit une sensualite brutale. Et tandis que le nez de rhomme
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a presquc toujours une beaute rectiligne, la majorite des nez feminios s'epatent ou se relevent. La scrofule est la derriere, gonflant les cous, nourrissant les poitrines, .jetant son soupgon jusque sur la fraicheur de lajeunesse.
La brune. — A Gibraltar, j'ai vxx les plus belles femmes du monde : une race de metisses, sorties du croisement du soldat anglo-saxon avec la petite femme hispano-arabe. Cast proprement ici, essaye avec persistance, dans la race humaine, le croisement d'ou est sorli, moitie anglais, moitie arabe, le cheval de pur sang. Get essai donne des resultals merveilleux. Letype andalous, un peu bas de jambe et trop marque dans les differences sexuelles, aux handles, a la poitrine, s'elance et s'ennoblit. Le type anglais, trop anguleux, trop osseux, emprunte au croisement la grace, les lignes courbes, les harmonies qui lui manquent.
Un metissage analogue s'cst produit en Norvege par la cote de I'ouest, par Bergen. En effet, depuis des siecles, I'Espagne est cliente de la Norvege pour la morue et pour le poisson sale. C'est de cette source (ainsi que des mariages avec les Bretons et les gitanes) qu'est sortie la lignee norvegienne des brunesetdes bruns.llsse distinguent a premiere vue, par une beaute classique des traits, qui est ici une rarete. Une femme auteur d'un grand talent, madame
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Amalie Skram, m'a paru un type tres parfait de cette famille exotique.
Le charme. — Cette rencontre est rare. La regie, c'est la « jolie laide ». On salt que cette categorie de femmes a pour soi I'attrait mysterieux. Et vraiment, aprfes que Ton a franchi tons ces rebuts (absence totale de coquetterie, maladresse ou ridicule des toilettes, cheveux en brosse, etc.) que les femmes norvegiennes semblent imposer a leurs admirateurs comma des epreuves de leur sincerite, on finit par sentir ce charme particulier qui est en elles. Cela commence par la surprise de constater que les petils moyens de galanterie dont un Latin se sert, presque a coup sur, comme un pecheur d'un appat, sent ici tout a fait discredites. Les femmes norvegiennes voient I'hameQon sous la mouche. Elles sont tres capables de venir se mettre volontairement dans le filet ; on ne s'empare pas d'elles par tromperie. II semble d'ailleurs qu'elles prennent plaisir a deconcerter — Je parle des femmes de la nouvelle ecole. — Elles sont mal elevees ; elles font tout ce qui nous choque. Elles ne savent pas se tenir. Elles mettent leurs mains dans leurs poches, leurs poings sur les hanches. Mais quand on a fmi de se choquer de ces niaiseries, on se demande, si, chez nous, on ne leur a pas accorde trop d'importance, si elles n'ont point pris la place d'une culture
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plus utile. Surtout on se demande par ou conquerir ces independantes si « averties », qui ne se laissent pas prendre au piege des belles faQons. Et tandis qu'on se tourmente a cause d'elles, par curiosite d'un spectacle nouveau, par vanite masculine, surprise et froiss6e, la cristallisation stendhalienne se fait dans le coeur.
Ici comme partout, la femme a lentement conquis les privileges dont elle jouit. Le Norvegien n'a pas debute dans I'amour par la galanterie, si on le juge sur ce fragment d'un poeme national :
« L'age d'or fut gate par I'arriv^e des femmes qui vinrent du sejour des Iotnes» » et sur ces proverbes de matelots qui, plus d'une fois sans doute, ont fait rire les Normands dans la barque :
« Quand une femme reste court, la mer manque d'eau; »
Ou encore :
« Le vent d'est et les disputes des femmes s'apaisent avec la pluie. »
J'ai entendu citer, comme une preuve de I'independance dont les femmes scandinaves auraientjoui des le debut des temps, ce fait que la loi du Nord n'obligeait pas les femmes a suivre sur Ic bucher le marl defunt, ainsi qu'il etait de necessit6 chez les