Rectus, V Europe scaiulhiave
seulement passer par terre de Christiania a Bergen, il faut recourir aux deux vehicules que les Norvegiens ont adaptes a leurs routes, comme un wagon a des rails. Les modeles les plus frequents sont la stolkjmrre et la kariol. La stolkjcErrc est une simple caisse de bois, posee sur un essieu. Deux voyageurs peuvent s'y asseoir. Au contraire, la kariol n'en reQoit qu'un. Ce cabriolet est tout a fait particulier a la Norvege^ C'est une sorte de fauteuil qui rappelle la coquille d'un traineau Louis XV. On y est assis les jambes etendues comme dans un lit, ou soutenuespar des etriers fixes. Un tablier enveloppe le tout ; et le voyageur, que nulle capote ne met a I'abri des intemperies, pent remonter cette piece de cuir jusqu'a son cou. Un gamin ou une jeunc fille s'assoit sur le bagage, installe derriere le siege, en 6quilibre. II ne faut pas songer a emporter avec sol de gros bagages. On enleverait de terre les poneys a crinieres blanches qui, du haut en bas de la Norvege, trainent ce leger vehicule.
Ces petits chevaux, dont le pied est sur et le ccEur vaillant, sont traites par les Norvegiens comme des amis privilegies. Jl^me un des auteurs les plus populaires du pays, Jonas Lie, leur a consacre une sorte de poeme &\\^XQ?,Q,Nordfiordheslen,\& « Cheval
A. Vandal, En Karriole a Iravers la Suede el la Norvege.
PUKMIHUS ASPECTS. 21
du Nordtiord. » C'est I'aventure d'un paysan qui abandoiiue sa fianc6e pour couiir Ics foires. 11 vend son vieux choval. II dopense tout son argent eu debauches. Un jour, il rctrouve son poney dans le service d'un autre. La pauvre bete est si miserable, si maltraitee, quo la honte envahit le coeur dc Tancien maltrc. Ce mouvement de pilie est le commencement dc sa conversion. II sc releve a ses propres ycux ct dans I'estime de la jeune fiUe qui lui rendra sa foi. Cctto histoire, delicatement contee, a fait le lour de la Norvegc. Mais le paysan n'avait pas attend u ccs gloires pour temoigner sa reconnaissance au poney national. L'homnie et la bete onl des secrets ensemble. Le fcrmier salt bien que, plus d'unc Ibis, au retour d'une noce ou d'un marche, il a laisse tombcr ses guides; qui pis est, il tirait dessus ti tort et a travers. Copendant, le brave poney I'a ramene sans encombre au gard. En eehange de ces services, le paysan est plein d'egards pour son fidele domestique. II I'attelle sans gourmettc, sans oeilleres et sans traits. li le laisse libre de toutes les initiatives, entre Ics longs brancards de la kariol, qui pose seulement sur le dos, a la place de la sellettc. Au temps oii Ton decorait les travaux dc bois avec de la peinture, le collier en forme de lyre, oil la bete encadre sa tete intelligente, etait charge dc sculptures multicolores. Les
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musees d'antiquites scandinaves sont pleins de ces harnais. D'ailleurs, jamais le Norvegien Be frappe son cheval. Le fouet reste au logis. A la premiere monlee, le cocher cueille uiic baguette. II ne s'en sertpresqucpas. Quaiid il veut demander de la vU tesse, il se conteiite de secouer le bout de ses longues guides. II a un bruit de levres pour obtenir le galop, un autre pour commander larret. Et Ton exige que le voyageur observe envers le cheval tous ces rites de politesse. Cette inscription est frequemment affichee dans les relais de poste : Veer god mod hesten (soyez bon pour le cheval). Au ca^ur do Fete, sur les routes passables, on peut rouler en kariol k une Vitesse de huit ou neuf kilometres a I'lieure, pendant neuf ou dix heures par jour. J'ai voulu eprouver, d'autre part, la silrete de pied de ces chevaux si resistants; j'eu ai monte plusieurs en montagne. Je leur ai fait traverser des torrents. lis avaient mie adresse que j'ai connue pareiUe aux seuls chevaux sahariens pour trouver les gues et descendre les assises de pierre. Comme toujours, Tinitiative hausse I'mdividu, et ces chevaux, dont I'instinct a ete respecte, sont de veri tables compagnons pour I'homme. Au bas de la derniere cote, que ses jambes nervcuses descendent a fond de train, le poney s'arrSte court devant le lac. Vous n'avez point le choix des voies. La route meurt ici, et, pour une ou deux
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joLirnees, il vous faul conlinuer par bateau k vapcur votre promenade a.u ccuur du pays.
Du somraet dc la cote, la premiere decouverte du paquebot a etc ime stupefaction. Depuis des lieues, oa ii'a pas rencontre un toil; au pied dc lamontagne, nul village, rien qui annoucc un groupement d'hommcs. Pourlaut, la, tout au fond, un navire sous vapeur a I'air d'un insecte tombe dans uu puils. Ou approclie; la eoque grossit, la mature s'elance ; c'est uii vrai steamer, presque aussi important que ceux qui lout la traversce entre Douvres et Calais. A certains jours de la semaine ou du mois, ce paquebot vient renouer un instant le fil interrompu dc la vie. 11 apporte les lettres, les provisions, les marcliandises. II vient prendre quelques voyageurs. A Gudvangen, tout le transit se fait dans unc baraque de canlonnier. Pas d' autre habitation en vue. Rien que la monlagne abrupte reflechic dans le lac.
A bord du steamer, I'etonnement redouble. On comprend mal qu'uii navire de cette importance ait pu se risquer jusque-lk. Par ou va-t-il sortir? Par oil est-il entre dans ce cirque de rochers, qui semble hei'metiquement clos?
Quelques tours d'helice, et la passe se decouvre. Entre deux eperons de montagne qui marchent I'un vers Fautre, sombres, comme pour s'aborder, s'ouvre
■'* NOTES sua LA SORYEGE.
une encoche claire. La lumiere entre par laainsi que par un soupirail ; elJc se repand en evenlail sur I'eau. Au-dessous de Ja clarte qui, a fleur de lac, reverbere les nuages, elJe en alliime une autre. Un besoin imperieux souleve les cceurs de fuir celle nuit, de s'evader par cette breche de lumiere. Qu'y a-t-il au dela de I'ecran pfde qui la ferme? Un autre lac, d'autres escarpements, d'autres nuages reflechis dans I'eau pure, d'autres tournants mysterieux qui soudain decouvrentd'infinies perspectives. Et quelle sensation d'angoisse, quand, apres les heures de soleil, le crepuscule vient a vous surprendre dans ces defiles d'eau. On songe aux tenebres d'hiver, aux nuits do brouillard, aux naufrages imminents, plus affreux dans cette cave qu'en mer decouverte.
On demande au capital ne :
• — Comment vous guidez-vous dans cette obscurite? II sourit, il repond :
— C'est un instinct qui nous vient. Nous sentons I'approche du rocher.
Jci I'homme est grand dans son combat avec les difficuUes naturelles. C'est un victorieux, cclui qui a creuse le. canal de Skien, taille cet escalierde roc par ou un steamer descend, d'ecluse en eel use, une pentc de montagne, celui qui a ose fermcr sur les eaux dcs lacs ces portes de for.
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PREMIKRS AS1M:CTS.
On arrive a cei abime par d'exquises douceurs. Pendant une licuc on ne saurait dire en quel sens I'eau coule. C'est un miroir dormant ou 1 clalement bleu et blanc du ciel, des pins, des verdures plus claires apparait si nettement reverbere que la sen sation de I'endroit et de I'envers s'effacc tout a fait. Penche sur cos apparences, on est tente de les preferer a la realitd des choses. On songo que tout en ce monde est reverbere : les canipagnes dans la paix des lacs, I'amour dans lo souvenir. Et ainsi, entrc la griserie du paysage et le bercement des songes, sans secousse, sans avertissement, on glisse au gouffre oii tout finit.
Cela s'appelle Vrangfos.
Peut-on dire une cascade? Est-ce bien de I'eau qui s'ecoule? Du sommet au pied do la premiere marche tournent des fuseaux enveloppes d'une sole merveilleuse, argentee, ou se melent ces fils vert pale que la tradition enroule aux quenouilles des nereides. Puis la cascade bondit et voici quelle est transformee en plumes. Plumes floconneuses, frisson n antes au vent. Encore un etage et ce n'est plus que de la fumee, une poussiere d'eau on se jouent des arcsen-ciel. Les roches contemplent ce spectacle avec terreur. Du haut de la montagne les pins desccndent attires par le bruit formidable. lis se penchent et le vcrtige les prend.
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