Gylfa Ginning
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pour elever la muraille. L'ouvrage avancait si vile, que les Ases prirent peur. Odin les rassura. II appela devant son trone le dieu du mal, Loki, et lui ordonna :
— Prends ]a forme d'une jument el attire a toi le cheval Svadil-Fari.
Loki obeit au Pere TJniversel. et, comme I'lote descendait au torrent avec son cheval, Loki commeuQa de hennir. L'etalon accourut vers lui. lis pass^rent toute la nuit en poursuites, et I'lote, prive de son compagnon, ne put achever la muraille assez a temps pour obtenir sa recompense. Bien plus, sous prelexte qu'il etait un geant, et par consequent un ennemi des Ases, Odin lui enleva son cheval, puis le fit assommer a coups de marteau par son fils Thor.
C'est pourtant par cette br&che de curiosite, par cette enquete mythologique sur les aventures des dieux que I'idee morale entrera dans le monde scandinave, Le rire est ici lout proche, le rire du bon sens populaire qui, apres s'etre diverti des dup6s, s'exercera aux depens des dupeurs. Cette ironie delate irresistiblement dans un poeme ecril, sur la tin de la periode paienne, dans les Imprecations de Loki (Lokasema). L'auteur de cet Edda a recouru k la vieille fiction du mauvais genie exclu d'un festin de fete, et qui apparait, inattendu, pour
LA RACE
se venger par de sanglaiites paroles. Cet artifice autorisait toutes les irreverences contre des dieux que la satire populaire n'avait pas encore ose attaquer ouYerlement. Le masque de Loki etait commode pour cette raillerie, qui ne menage aucune des puissances odiniques.
« Tais-toi, Odin, car jamais lu n'as decide entre les guerriers avec justice. — Tu as donne la victoire contre le droit — au moins courageux. — Tais-toi, Tlior , et jamais ne parte — de tes expeditions d'Orient devant les heros. — On t'a vu, toi, le batailleur, blotti dans le gant du geant, — et tu ne te souvenais plus que tu es Thor. »
Les deesses nc sont pas plus epargnees que les dieux, en tete, Freyia la compagne d'Odin :
c( Tais-toi, Freyia, je te connais trop Men; — et sur toi est lasouillure; les Ases et les Alfes, tons qui m'ecoutent, — ont ete tes amants. — Comment t'a eblouie — ce brillant jeune homme qui t'a fait present d'un collier — et que tu as pris sur tes genoux ? »
Et il y en a comme cela trois cents vers d'injures
dans lesquels Loki ne menage mume pas les maris qu'il a trompes :
« Tais-toi, Tyr ! car ta femme — a eu iin enfant de moi, — ot tu n'as pas regu un chiffon de dedompas un denier, pauvre homme » ! »
magement
On pent dire que de ce poeme, 6crit dans les dernieres annees du x" siecle, date pour le mondc scandinave I'eveil de la conscience morale. Deja J'essor vers un id^al ou Ja raison s'eJevait plus haut que le respect pour Ja ruse et pour Jes victoires de I'intelligence sur la force, jusqu'a la notion de justice, s'etait manifeste dans un poeme prophetique, la Vdlitspd ou Vision de Vald. Cette fois, c'est une prophetesse qui est en scene et le delire de I'inspiration lui est une excuse a traiter sans menagement des dieux encore puissants. On pent juger de la resistance ofiicielle du paganisme sur ce fait que, en 999, le pretre Runolf fit condamner et exiler comme sacrilege {utngodsgd)]e pofete Hiallli, qui avail chante publiquement dans un village d'Islande un po6me contre les dieux scandinaves : « J'aboie conlre Freyia la chienne... »
Avec plus de menagement dans la forme, la