‹ Notes sur la NorvègeChapitre 21 sur 32 · LA FEMMR RT 1. AMOUR · texte numérisé non relu

LA FEMMR RT 1. AMOUR

devineresses. Elles portaient une robe de lin, une ceinture de cuivre, et marchaient les pieds nus. Quand on amenait des captifs au camp, elles se précipitaient sur eux. Elles les égorgeaient pour consulter leur sang ou leurs entrailles. Des magiciennes analogues, appelées aliorumnes , accompagnaient Filimer, roi des Goths. Plus tard, Tacite nommera Aurinia et surtout Velcda. « On croyait qu'il y avait en elle quelque chose de saint et de prévoyant. » Sous le règne de Domitien, la Germanie occidentale rendit un culte presque divin à une prophétesse appelée Ganna. Enfin les rois francs recouraient sans cesse aux magiciennes . Sous Charles le Chauve, une alrune allemande, appelée Tliiola, vint à Mayence. Son séjour dans cette ville fit tant de bruit, que les annales de Fulde en ont fait mention.

Comme les Scandinaves étaient de race gothique, ils curent, eux aussi, leurs prêtresses (aliorumnes). Très vite elles sortirent du culte et de ses soins pour expliquer la destinée. Les trois Nornes, dont la redoutable puissance domine toute la mythologie Scandinave, ne sont que des aliorumnes divinisées. Un jour vint où ces prêtresses, tantôt appelées « femmes de vision » (spâkonur), tantôt « intelligentes de visions » (spâdêsir), quittèrent définitivement les temples pour errer par tout le pays. Avec

elles se répandirent les pratiques magiques qui frappaient de terreur une race violente. Les chefs de bandes redoutaient dans ces femmes un pouvoir supérieur à leur brutalité. Ils commencèrent de traiter les spâkonur avec des égards que la faiblesse n'avait pas connus jusque-là.

Les Sagas nous ont conservé le tableau de quelques-unes de ces entrevues, entre autres de la visite que Thorbiôrg, dite la « Petite- Vala », fit à Thôrkill.

Thôrkill voulait consulter la magicienne sur la durée de la famine et des maladies qui désolaient la contrée. Il l'invita à le visiter.

« Elle vint sur le soir et fut reçue avec distinction. Elle portait une robe bleuâtre, couverte de haut en bas de petites pierres ; son collier était de grains de verre ; sa coiffure, de peau d'agneau noir, doublée de peau de chat blanc. Elle tenait en main un bâton à pomme de cuivre, incrusté de pierreries. De sa ceinture pendait une gibecière qui renfermait des instruments de magie. Elle alla occuper un siège qui était placé dans un endroit élevé. Elle prédit que la famine et les maladies cesseraient au printemps. Les gens de la maison vinrent ensuite la consulter l'un après l'autre. Et lorsqu'elle eut répondu à toutes leurs questions, elle se retira pour se rendre dans un autre logis où on l'avait également invitée. »

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Ces valas étaient devenues des espèces de fées que l'on appelait dans les cas désespérés. Elles présidaient aux accouchements laborieux. Elles soignaient les blessures. Elles empoisonnaient aussi et jetaient des maléfices. Elles tenaient des Finnois une puissance contre laquelle le christianisme naissant brisa ses forces. Un jour que le grand promoteur de la doctrine nouvelle, un certain Thangbrand, se rendait à l'assemblée des néophytes, la terre s'ouvrit sous lui; il n'échappa que par miracle et la Kristnisaga conte que l'on sut bien à qui attribuer ce maléfice. Pour en finir avec ces sorcières, qui, à travers beaucoup de crimes, avaient du moins enseigne aux Wikings le respect de la faiblesse féminine, il fallut qu'Olaf le Saint invitât h un grand banquet les gens qui s'occupaient de magie, puis il fit mettre le feu à la salle après avoir enivré ses

convives.

11 semble qu'en Norvège comme ailleurs, le mouvement chrétien des croisades ait été favorable aux femmes. Les détails ne manquent point pourtant qui les montrent encore brutalisées dans la vie de chaque jour. Une des causes qui amenèrent la chute d'Olaf (an 1000) fut le peu de cérémonie avec la(iuelle il traitait sa femme, Sigrid la Fière, reine de Suède. Dans une contro\ erse religieuse, il l'insulta et lui jeta son gant à a face. On a vu Sigurd

souffleter la reine parce qu'elle a vieilli ; mais si les mœurs restaient rudes, l'imagination idéalisait la femme dans les circonstances poéliqués. On la sacrifiait dans la vie quotidienne, on l'honorait dans les stances.

La Saga des Orcades offre un exemple intéressant de ces exaltations chevaleresques. Elle conte comment un prince norvégien des îles, Rôgnvaldr III, sur la route des croisades (1152), fut reçu à Amiens par Galerant de Meulant, Yves de Nesles et leur jeune nièce Ermengarde, qui descendait d'une princesse de la maison Scandinave de Russie :

« Les oncles et la nibce convinrent, dit la Saga, d'inviter Rôgnvaldr à un grand festin, Sans doute, si Ermengarde recevait avec honneur de nobles gens venus de si loin, sa réputation, portée par eux dans tous les pays, ne pourrait que grandir. Le jarl accepta l'invitation d'Ermengarde. Il vint avec ses barons à cette fôte, dont le luxe fut digne d'un jarl.

Le festin dura plusieurs jours. Or une fois que le jarl et les siens étaient assis et mangeaient, la princesse entra en habits précieux, les cheveux dénoués sur les épaules à la façon des vierges, le front ceint d'un bandeau d'or et une coupe d'or à la main. Elle offrit au jarl la coupe qu'elle avait remplie, elle s'assit à ses côtés; elle ordonna A

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ses femmes de danser devant lui. Le jarl, charmé, improvisa en l'honneur d'Ermengarde une stance en langue norraine qu'il chanta en s'accompagnant de la harpe :

— Ainsi que sur les autres ors,

L'emporte l'or de Frodi,

Ainsi sur les femmes, aux flottantes chevelures,

Tu l'emportes, ô ma charmante !

La vierge a laissé tomber

Sur SCS épaules ses cheveux

Couleur de soie d'or;

Pour moi, de l'aigle dévorant,

J'ai ensanglanté les serres !

IMus lard, sur la route de Jérusalem, llognvaldr proposera à ses compagnons do chanter en concurrence la beauté d'Ermengarde, et ces poèmes sont demeurés comme un bon spécimen des chants des croisés norvégiens au xu" siècle.

Kôn^valdr dit :

Des paroles d'Ermengarde,

L'homme sans peur se souviendra longtemps.

L;i vierge éclatante veut que nous chevauchions,

A travers le royaume de Kan jusqu'au Jourdyin;

Mais quand nous quitterons le pays du midi,

Nous reviendrons en automne

Troubler l'empire des baleines jusqu'à Verbon ( Amiens) j

Le skalde du jarl Arnmodr dit :

Hélas! jamais, ô Ermengaide,

A moins que mon destin ne change,

Jamais je ne te reverrai ;

Mon cœur saigne en pensant à la vierge pure.

Et pourtant quel serait mon bonheur,

Ma fortune incomparable.

Si je pouvais contempler ton front éclatant

Un jour encore tout entier !

Un autre compagnon, plus modeste, Oddr, dit :

Je ne suis pas, je le sais.

Digne d'Ermengarde.

Comment la nommerai-je, cette vierge vaillante?

La fée des parures? la souveraine des femmes?

Quel nom convient à la déesse dont les bracelets flamboient?

Que, longtemps heureuse,

Elle vive sous l'arche du soleil.

Quel que soit l'écart entre les mœurs d'une nation et l'idéal quelle chante, la vie réelle gagne toujours quelque chose à l'ennoblissement de la vie intellectuelle. Les Normands rapportèrent des croisades la loi du mariage religieux et des habitudes de hiérarchie féodale qui, en réglant au profit des enfants légitimes la question de l'héritage, relevèrent, du même coup, la position de la femme dans la famille Scandinave. Le goût que les hommes du Nord témoignèrent, d'autre part pour les institutions chevaleresques (l'ordre ïeutonique, l'ordre des Porteglaives, l'ordre de Sainl-Jean-de-Jérusalem, et, plus

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tard, les Templiers), continua d eduquer le respect et la loyauté envers la faiblesse, qui avaient été si étrangers aux instincts de la race.

A en juger par des traits de mœurs qui persistent encore et dont les Norvégiens feignent de ne pas apercevoir le vrai sens, les femmes ont dû conserver longtemps en face de l'homme une attitude humiliée. On se méfiait d'elles. On les considérait comme des enfants. Un des sujets les plus fréquents des tapisseries fabriquées en Norvège par les femmes Scandinaves est l'aventure des Vierges folles. D'autre part, la splendeur des broderies indique qu'on faisait peu de cas de leur culture d'esprit. La magnificence de ces travaux d'aiguille est un signe presque certain de la condition inférieure des femmes qui les exécutent. Il fallut ici un tel effort de patience, une telle consommation de temps que la peine de l'ouvrière dut être estimée à peu de prix. C'est la paresse du harem et la polygamie qui ont permis de pousser la broderie orientale au degré de perfection où elle est montée. En même temps que l'on admire les spécimens de broderie exposés au musée des Arts Industriels de Christiania, on ne peut se défendre de la pensée que les femmes qui produisirent ces merveilles confièrent à ces œuvres de longue patience plus d'un chagrin secret. Elles furent ouvrières et servantes.

C'est encore une règle dans les provinces que les filles de bourgeoisie ne se mettent point à table, mais restent debout, afin de surveiller le service. Là où cet usage est abandonné, les places d'honneur, dans un repas, demeurent la droite et la gauche du maître de maison. La femme est au bas de la table, prête à se lever. On ne lui donne point le bras pour la conduire dans la salle à manger. Il est vrai qu'aujourd'hui elle veut voir dans cette négligence de politesse une marque de son indépendance.

— Le bras? vous donnez le bras à vos femmes? Pourquoi pas la main, comme à des enfants?

La Scandinave fut longtemps confinée dans les travaux du ménage et dans l'office.

« A dix-sept ans, dit une mère de famille, la brave madame Jernberg, dans une comédie de Lindegren , j'aurais défié la plus habile cuisinière ; je savais faire vingt plats différents. A présent, une demoiselle rougit à la seule idée d'entrer dans une cuisine. (S'adressant à sa fille.) Une poupée comme cela est bien capable d'aider dans un ménage ! Non, certes, avec l'éducation que votre père vous a donnée I Jouer du clavecin, chanter, sauter, danser, voilà ce que vous savez et vous êtes incapable de soins domestiques '. »

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