‹ Notes sur la peinture a la cire cauterisee; ou, Procede encaustique, d'apres les laborieuses recherches de Paillot de MontabertChapitre 1 sur 14 · AMOLLISSEMENT DE LA CIBE · texte numérisé non relu

AMOLLISSEMENT DE LA CIBE

Le choix de la cire dont on se sert pour la peinture doit être soigneusement fait; car, dans le commerce, il se commet de la fraude par l'addition de corps gras. Celle dont je me sers provient d'un négociant de Narbonne, chef d'un établissement pour blanchir la cire. Il m'en a fourni de véritablement vierge ; elle est en petits fragments, et, depuis quarante ans, il m'en reste encore qui n'a subi aucune altération ni jaunissement. Il est nécessaire de bien se renseigner sur la pureté de la cire que l'on achète, et la payer plus cher, si on l'exige. Votre choix fait, mettez la cire dans un petit bocal de verre, en quantité plus ou moins grande, je suppose trois ou quatre cuillerées; on verse dessus de l'aspic jusqu'à ce qu'on aperçoive le liquide, mais sans recouvrir la cire ; après vingt-quatre heures, la cire sera amollie, et devra avoir la consistance du beurre à la température de 12 à 15 degrés centigrades au-dessus de zéro. C'est dans cet état qu'elle peut être associée au gluten élémi et servir pour broyer les couleurs.

DU MÉLANGE DE LA CIRE ET DE l'ÉLÉMI POUR BROYER LES COULEURS.

Lorsque l'on veut broyer une couleur, on commence par la déposer sur la glace à broyer ; on la dispose de manière à former au centre du tas un creux ; on verse dedans de l'élémi, puis, avec le couteau (1), on couvre le liquide avec la couleur qui l'entoure; elle doit être imbibée assez pour en faire une pâte ; alors on

(I) De Moutabert a donué au couteau à palelte uo nom plus expressif, c'est celui d'amassette.

prend de la cire liquéfiée, comme nous l'avons indique ci-dessus, et on la mêle dans la couleur déjà agglutinée avec l'élémi; on met ce tas de couleur sur un coin de la glace, et on prend peu à la fois pour broyer le plus fin possible. Lorsque cette parcelle est broyée, on la ramasse, on la dépose dans un petit vase de terre de pipe verni et qui a un couvercle de même nature (c'est de ce vase que l'on prend la couleur pour la déposer sur la palette) ; si, en broyant, la pâte était trop épaisse, on y ajouterait quelques gouttes d'aspic ; on continue ainsi par petits tas. Les couleurs ainsi broyées se conservent sans qu'il se forme dessus une seule pellicule ; elles peuvent donc être employées jusqu'à la fin sans perdre de leur bonté par le dessèchement ; si elles deviennent trop fermes, on y ajoute un peu d'aspic. Quant aux couleurs en poudre impalpable et qui n'ont pas besoin d'être broyées et conservées en approvisionnement, telles que l'outremer, si cher et si précieux aux peintres, on les agglutine à mesure du besoin pour les déposer sur la palette.

On doit, pour toutes les substances colorantes, être très-sévère dans leur choix, relativement à leur solidité et à leur inaltérabilité à la lumière. Elles doivent avoir été exposées six mois au soleil ou approuvées par les chimistes. Se méfier de celles qui ont de l'éclat et du séduisant dans la coloration, ainsi que de la puissance dans leurs bruns ; l'expérience m'a prouvé que quelques-unes peuvent s'altérer d'une manière très-fugace à la lumière et finir par disparaître entièrement. Ces couleurs proviennent du règne végétal.

Quant à celles provenant du zinc, après une année d'exposition au soleil, je n'y ai trouvé aucune altération. Voici la manière de procéder pour exposer les couleurs au soleil et s'assurer de leur inaltérabilité. Sur une feuille de papier-carte on dépose par bandes, les unes à côté des autres, les couleurs que l'on veut expérimenter ; quand elles sont sèches, on coupe la carte au milieu des bandes de couleurs, et on conserve une moitié enveloppée dans du papier et placée à l'ombre ; on expose l'autre intérieurement contre la vitre d'une fenêtre faisant face au midi ; les saisons les' plus favorables sont le printemps et l'été. Après cette exposition, on rapproche les deux parties et l'on juge.

Pour le blanc, faire usage du blanc de plomb très-épuré et que l'on nomme blanc d'argent. Le blanc de zinc conserve sa blancheur, mais ne couvre pas autant que le blanc d'argent ; cependant la conservation de sa blancheur doit être considérée par un artiste pour son emploi. Quant aux autres blancs de plomb,

connus sous différents noms, il faut s'en mélier, ils noircissent.

Je dois ajouter que l'on vend chez les marchands des couleurs en poudre très-fine et qui ont été broyées à l'eau ; ce système est très-avantageux, surtout pour les ocres jaunes de ru, etc., etc., qui demandent un long broiement,

La proportion entre l'élémi et la cire, pour bien lier les couleurs, ne peut être indiquée que d'une manière approximative : quelquefois, pour certaines, telles que le noir d'ivoire, il faut plus d'élémi; mais, comme, règle générale, toutes les couleurs doivent être liantes sous la brosse et le pinceau et se travailler facilement; l'artiste jugera promptement s'il faut ajouter du gluten élémi, ou de la cire, ou simplement un peu d'aspic.

Ainsi, ordinairement, pour une demi-cuillerée à bouche d'élémi, on peut associer de la cire gros comme une aveline. D'ailleurs certaines substances colorantes demandent plus de cire, d'autres plus d'élémi. Ces modifications se font sur la palette.

Pour le bitume, il est très-facile de le préparer pour la peinture, il suffit de le casser par petits morceaux, et de verser dessus de l'aspic; au bout de deux à trois jours il est liquide. Le choix du bitume est important ; celui de Judée est à préférer pour sa beauté et sa solidité.

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