‹ Notes sur la peinture a la cire cauterisee; ou, Procede encaustique, d'apres les laborieuses recherches de Paillot de MontabertChapitre 5 sur 14 · DE L'IMBIBITION DE LA CIRE · texte numérisé non relu

DE L'IMBIBITION DE LA CIRE

On peut employer pour l'imbibition de la toile de la cire naturelle, non blanchie et dont la téinte, urt peu jaunâtre et tirant sur ie gris, donne à l'âpprêt la couleur de l'ivoire. Le choix de la cire non blanchie que je conseille a aussi pour but uné économie pécuniaire, si l'on avait une grande surface à imbiber, car on peut employer de la cire vierge si l'on n'est pas retenu par son prix ; quant à la solidité, elle est la même. Il est inutile de dire à un peintre que, s'il désirait une autre teinte de fond, il la composerait selon son désir, mais il faudrait toujours se servir de la même espèce de colle ; on ne doit avoir aucune crainte sur son affinité avec l'humidité, parce qu'elle est garantie par la couche de cire qui transsude le tissu.

Voici la manière de procéder pour l'imbibition de la toile : On ïa pose verticalement sur le chevalet, mais avant de présenter le cautérium, une préparation est nécessaire, il faut déposer dessus et à froid une couche de cire pure, naturelle; cetté opération se fait facilement en frottant légèrement avec le morceau qu'on promène en décrivant de petits cercles sur toute sa sdfface ; On en dépose le plus possible ; cette première couche facilite lè travail lorsqu'on présente le cautérium dont la chaleur la met en fusion et commence à pénétrer le tissu ; on reprend le morceau de cire et on le frotte sur la toile dont la chaleur permet d'en déposer une plus grande quantité ; on maintient toujours le cautérium à une certaine distance selon sa chaleur. Lorsque

la cire ne pénètre pas assez vite, elle coule par larmes, il faut les étendre en remontant sur les parties où elle n'a pas encore pénétré avec le couteau à palette; continuer de mettre de la cire jusqu'à ce qu'elle refuse de pénétrer : enfin l'opération est terminée lorsque la toile est bien saturée de cire et que la face reste sans embus.

L'opération de l'imbibition doit être commencée par le bas, et, pour cela, il faut que la base de la toile ou autre panneau soit isolée; on peut se servir pour cela de deux crochets en fer, dont un bout s'accroche à la tablette du chevalet et l'autre bout soutient la toile. Nous employons ce moyen, qui offre une grande facilité. (Voy. p. 6, fig. 3.)

Après l'imbibition, s'il se trouvait un excédant de cire qui formerait des inégalités, on les enlève avec le grattoir, afin d'obtenir une surface unie.

Voici un autre procédé pour l'imbibition des toiles et autres panneaux : c'est de couvrir l'apprêt avec de la cire amollie avec l'essence d'aspic, mais plus ferme que celle dont on se sert pour broyer les couleurs; on en dépose une couche avec le couteau à palette sur toute la surface, et on la met en fusion avec la lampe à esprit-de-vin. Ce moyen demande un peu plus de temps, mais il est moins compliqué et moins fatigant ; lorsqu'on emploie ce moyen pour cautériser, il faut que la toile ou autre panneau soit incliné en avant de 18 à 20 degrés, parce que la chaleur de la flamme se porte toujours à son extrémité, ce qui force à avoir soin de la transporter doucement et continuellement de droite à gauche, en observant la fusion et la pénétration de la cire. Quand on se sert du cautérium, on pose la toile verticalement.

Sur une toile ainsi préparée, le crayon ne peut marquer dessus, l'artiste doit faire un calque de son sujet pour l'y déposer; mais s'il préférait dessiner son sujet sans faire un calque pour le décalquer ensuite, ce qui est un travail assez long et ennuyeux, il faudrait le faire avec du crayon mine de plomb ; il ne s'effacerait pas en imbibant la toile, et la cautérisation l'y fixerait. Cependant, si la mine était trop tendre, le trait pourrait s'effacer en partie par le frottement à sec de la cire sur l'apprêt, comme nous l'avons indiqué premièrement ; il suffirait, pour le fixer, de mouiller le trait avec de l'eau, la colle de l'apprêt l'y retiendrait. Une fois ce travail terminé, l'artiste a la satisfaction de pouvoir commencer l'exécution de son tableau.

indiquons encore le moyen qu'on peut employer pour dessi-

ner son sujet sur un panneau imbibé de cire sans faire un calque. Après avoir divisé par carreaux, pour mettre chaque chose à sa place, on peut, pour tracer, employer de l'encre ordinaire, en se servant d'un pinceau ou d'une plume pour les lignes courbes, et d'une règle et d'un tire-ligne pour les droites; ajoutons encore que, sur une peinture que l'on exécute, on peut rectifier les lignes droites en se servant de la règle et d'une pointe fine, mais non piquante, ou d'un crayon de mine de plomb ferme ; la règle dont on se servirait ne doit pas être posée sur la peinture, mais isolée, si elle n'est pas assez sèche.

DES CAUTÉRi LIAIS DE DIFFÉRENTES GRANDEURS.

Ce qui constitue le caractère de la peinture encaustique, c'est sa cautérisation; sans celte opération, on doit la nommer simplement peinture à la cire. Le cautérium est une petite caisse en tôle dont la face est un grillage en fil de fer; cette caisse a un manche assez long pour que la chaleur n'incommode pas la main. Dans cette caisse on dépose de la braise de boulanger; pour allumer cette braise on place dessus quelques charbons ardents, et on la met à l'entrée d'une cheminée ; mais si l'on n'avait pas de feu, il suffirait de déposer sur la braise un petit chiffon imbibé d'essence et d'y mettre le feu : la braise s'allume promptement. L'usage du cautérium est indispensable pour l'imbibition des toiles, parce que l'opération demande un peu de temps et une chaleur suffisante. Il est nécessaire, pour se débarrasser du feu qui reste dans le cautérium après l'opération, d'avoir un étouffoir à sa disposition pour le verser dedans (voir

pl. ii, fig. a>:

Voici un autre moyen bien préférable que l'emploi d'un chiffon imbibé d'essence, dont la fumée et l'odeur sont très-désagréables, c'est de verser sur le haut de la braise un peu d'esprit-de-vin et d'y mettre le feu : on place le cautérium à l'air ou dans une cheminée jusqu'à ce qu'il soit entièrement allumé, afin que la vapeur du charbon n'incommode pas.

Quant à la cautérisation de la peinture, on peut, si le tableau n'est pas grand, se servir d'un moyen plus simple, c'est de eau tériser avec une lampe à esprit-de-vin, le tableau restant toujours dans la même position, un peu incliné en avant, de 18 à W degrés (voir pl. VI, fig. 2, et le modèle de cette lampe, pl. IV, fig- 4).

La cautérisation avec la lampe à esprit-de-vin offre aussi un effet dont il faut se méfier, c'est de ne pas chauffer perpendiculairement à la surface du tableau, la chaleur se portant toujours vers l'extrémité de la flamme, ce qui oblige à avoir toujours beaucoup d'attention, et, comme nous l'avons dit, il faut la porter continuellement de droite à gauche ; alors on voit la fusion se produire à 7 ou 10 centimètres au-dessus de la flamme. Le cautérium n'a pas cet inconvénient, il donne une chaleur plus tempérée et plus large, on suit mieux la fusion ; mais, enfin, la lampe à esprit-de-vin rend service sous plusieurs rapports, surtout lorsque l'on a peu d'étendue à cautériser. Ne pas oublier que la cautérisation de la peinture doit s'arrêter à la simple fusion des couleurs qui les fixent entre elles.

Ajoutons ce que l'expérience nous a fait reconnaître, c'est que l'élémi a la propriété d'être très-adhérente, et permet de s'abstenir de cautériser une peinture que l'on destine à être conservée intérieurement. Le gluten de cire et élémi donne aux couleurs une espèce de vernis qui évite en grande partie les embus, et le lustrage final à la cire pure peut terminer le travail, et offrir de la solidité et une longue conservation.

Quant à la peinture à la cire proprement dite, et qui doit rester mate, ne la cautérisant pas à la fin du travail, il faut que la cire domine l'élémi; alors elle prend l'aspect de la fresque ; mais il faut toujours qu'elle soit exécutée sur un fond bien enduit de cire et élémi et cautérisée.

11 est utile d'avoir plusieurs grandeurs de cautériums; on conçoit que, pour des surfaces de plusieurs mètres, on a besoin d'en avoir dont la face offre un calorique plus étendu. Nous donnons la dimension de trois (voir pl. I, II et III). Ils sont suffisants.

Cette opération de la préparation des toiles est un travail assez long et fatigant; on a même besoin, s'il s'agit d'une grande toile, d'avoir un aide; mais observons de suite que ce travail, absolument tout matériel, peut être confié à des ouvriers in tel» ligents auxquels on aura donné les instructions nécessaires; les marchands de couleurs peuvent avoir des hommes à qui ils confieraient ce travail, et l'artiste n'aurait qu'à s'assurer, d'après nos indications, de la bonne préparation des toiles ; car il faut toujours se méfier des fraudes ou des négligences. Quant aux fraudes, je peux en signaler une à ma connaissance : mon excellent ami, Abel de PujoJ, me consultait sur une toile qui lui avait été vendue par un marchand de couleurs qui se disait avoir des

connaissances spéciales sur le matériel de la peinture à la cire. J'examinai cette toile, je frottai la surface avec la main pour m'assurer de la présence de la cire ; je ne la reconnus pas. Je dis à mon ami de prendre dans son poêle un charbon et de l'approcher sur un bord de la toile pour s'assurer s'il y aurait fusion ; mais qu'arriva-t-il ? Le feii produisit, au bout de quelques secondes, non de la fusion, mais une tache rousse, c*e qui annonçait la carbonisation de l'huile fixe. Cette tuile était destinée à recevoir une peinture à la cire noii lustrée. Je dois dire ici que j'ai éprouvé un véritable chagrin sur la mauvaise et frauduleuse préparation de cette toile, et surtout sur la préparation des couleurs à la cire que vendaient quelques marchands de couleurs ; elles étaient broyées avec un gluten trop maigre, c'est-à-dire manquant de corps, ce qui les privait de liant et de solidité, parce que le gluten ne contenait pas assez de cire et d'élémi. Les artistes qui les employaient, ne sachant à quoi tenait la difficulté de l'exécution, ont renoncé à leur emploi, étant découragés, ce qui en a empêché d'autres de faire des essais. Il est certain que j'en aurais fait autant, si je n'avais eu que ces couleurs à ma disposition; et cependant ce défaut tenait à peu de chose, comme j'ai pu le faire constater par plusieurs artistes qui m'ont consulté à ce sujet ; les conseils que je leur ai donnés leur ont été très-Utiles, car ils avaient des travaux importants à exécuter clans diverses églises. Je dois dire qu'à ce moment, si M. de M'ontabert n'avait pas été frappé de cécité complète et subite, que s'il n'eût été absent de Paris, il se serait fait un vrai plaisir de donner son avis et les renseignements nécessaires sur l'importance du gluten, importance très-grande; mais comme j'ai préparé tout moi même, gluten et broiement des couleurs, et surtout grâce a ux: bons conseils de mon maître, M. de Montabert, qui m'a préparé ma première palette, j'ai obtenu des résultats encourageants dès mon début, et j'ai1 persévéré.

PRÉPARATION DBS PLAQUKS DE ZINC.

L'apprêt dont on se sert pour la préparation des toiles peut être employé sur plaques de zinc; il y adhère et s'y fixe solidement. On l' étend bien également avec une brosse plate, et lorsqu'il est sec, on enlève les inégalités avec du papier de verre j et on le couvre d'une couche de cire vierge qui le traverse et se fixe au métal. Si l'on voulait se servir de ces plaques, il faudrait s'arrêter à de petites dimensions, crainte de dilatation ; on peut

s'approcher jusqu'à 50 à 60 centimètres sans crainte de déformation. 11 faut choisir ces plaques d'une épaisseur convenable; ces panneaux doivent, avant d'y appliquer la couche d'apprêt, subir une opération que l'on nomme décaper. On peut employer pour cela un morceau de gros papier de verre que l'on frotte dessus en plusieurs sens, afin d'y faire de petites rayures qui servent à y bien attacher l'apprêt et la cire. Ces plaques de métal offrent, outre leur solidité, l'avantage d'être chauffées en dessous avec une lampe à esprit-de-vin ; on les suspend horizontalement avec des fils de fer recourbés à leurs extrémités; on juge parfaitement de l'effet sur la face. Je joins un dessin de cet appareil pour en donner l'idée; chacun peut le construire , tant il est simple (voy. pl. IV, fig. 3).

Maintenant, je crois utile d'indiquer le moyen que j'emploie pour maintenir la plaque sur le chevalet pendant la cautérisation, si elle n'est pas fixée à un châssis. On peut avoir recours à un appareil très-simple dont je me sers : c'est une pièce en bois de 30 centimètres de long, 5 de largeur et 2 d'épaisseur, avec deux autres pièces plus minces qui y sont assemblées, et l'empêchent de se renverser; sur le haut sont placés deux crochets en fer pour retenir le panneau (voir pl. VI, fig. 1 et 2).

Si l'on désirait fixer ces plaques sur châssis, pour faciliter leur maniement et les maintenir sur le chevalet, il suffirait de quatre pièces en bois de chêne de cinq centimètres de largeur sur quinze millimètres d'épaisseur, assemblées à leurs extrémités et de la grandeur de la plaque ; on l'assujettit au moyen d'agrafes; ces agrafes sont tout simplement de petites bandes de zinc ou de cuivre de deux centimètres de large, dont un bout formant équerre de deux ou trois millimètres pour s'agrafer sur la face, et l'autre bout fixé sur le bord du châssis avec une vis; deux de ces attaches de chaque côté suffisent (voy. pl. V, fig. 3 et 4).

Si l'on se décidait à mettre ce châssis, on ne pourrait chauffer par-dessous, le châssis empêcherait, mais il faudrait cautériser par la face, en laissant le panneau sur le chevalet, et se servant des crochets dont nous avons parlé pour les toiles, afin d'isoler la base (pl. V, fig. 4).

Quant à l'apprêt, il n'est utile que sous le rapport de sa teinte fdaire, qui facilite la finesse des tons et la transparence des teintes; car on peut peindre directement sur une couche de cire vierge chauffée et égalisée; mais, dans ce cas, le premier travail donnerait moins d'éclat lumineux cl n'aurai! pas pour l'artiste l'avantage d'une teinte d'apprêt.

Page 1