‹ Notes sur le Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 66 · RME · texte numérisé non relu

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minés sur le vaste territoire abandonné, les représentants de l'Angleterre traitèrent souvent leur nouvelle possession en pays conquis et ne sardèrent pas à profiter de tous les avantage que lonne le droit de conquête.

Quoique le pays fût complétement pacifié et tranquille, le Canada fut immédiatement soumis aux rigueurs du régime militaire, sans gouvernement établi, sans lois régulières, de 1760 à 1763, sous le commandement du général Amherst et sous celui des généraux Murray et Carleton, qui l’administrèrent de 1763 à 1774 Les lois françaises furent abolies et on y substitua celles alors en vigueur dans le royaume britannique.

Ce gouvernement, par trop arbitraire, fut quelque peu modifié et devint, en 1774, gouvernement civil absolu, sous l'administration du gouverneur Carleton, en vertu de « l’Acte de Québec» qui assurait aux catholiques le libre exercice @e leur religion, les dispensait du serment du test, auquel tous les habitants de la colonie étaient soumis, * et rétablissait l’usage des lois civiles françaises. Il créait aussi un conseil législatif composé de

* Le serment du Test établi par une loi du parlement anglais en 1673, obligeait tous les officiers de l’armée et les fonotionnaires à déelarer qu'ils ne croyaient pas À la transubtantiation, En 1678, on y ajouta une nouvelle gr réprouvant lo culte do la Vierge et des Saints,

dix-sept membres au moins et de vingt-trois au plus.

Sous le nouveau régime, les Canadiens réclamèrent inutilement l'exercice de la plupart d2s privilèges qui leur avaient été reconnus, ainsi, sur les vingt-trois conseillers législatifs qui furent nommés, un tiers seulement appartenait à la nationalité canadienne-française.

Par contre, tous les moyens furent tentés par les représentants de la Grande-Bretagne pour substituer la religion, les lois et les coutumes

anglaises aux traditions léguées par la France aux habitants du pays.

Mais les chefs du parti français, au Canada, résistèrent toujours énergiquement, soit aux prétentions tyranniques de leurs nouveaux maîtres, soit aux fallacieuses promesses qui leur étaient faites par les émissaires du gouvernement métropolitain, comme prix de l’abandôn de la cause patriotique qu’ils avaient entrepris de soutenir.

Au plus fort de cette lutis morale de la vitalité nationale française contre l'esprit absorbant de la race anglo-saxonne, les anciennes possessions britanniques de l'Amérique du Nord se préparaient à secouer un joug qui commençait à leur paraître trop iourd.

Le gouvcruement anglais ayant paru oublier que la Nouvelle-Angleterre était peuplée d'hommes qui avaient été chercher, dans les forêts du Nouveau-Monde, des libertés qui leur semblaient in-

suffisantes dans la mère-patrie avait, on voulant restreindre subitement certaines immunités commerciales dont elle avait joui jusqu'alors, porté une grave atteinte à la prospérité naissante de la colonie,

Le 4 juillet 1776 la Nouvelle-Angleterre levait ouvertement l’étendard de la révolte, et Washington, à la tête d’une armée improvisée, au premier rang de laquelle vinrent bientôt se ranger La. fayette et Rochambeau, proclamait l'indépendance de ses compatriotes ; il jetait dès lors les bases de la grande nation qui, en moins de cent ans, est devenue, à certains points de vue, l’égale des premières puissances européennes et la rivale commerciale de son ancienne métropole.

Le moment était tout à fait propice ; cependant en dépit de toutes les vexations qu’ils avaient eu à subir, malgré les appels réitérés que leur firent leurs voisins révoltés pour les amener à prendre part au mouvement d’émancipation dont les chances de succès s’affermissaient tous les jours davantage, les Canadiens-Français restèrent fidèles à la Couronne britannique et à la foi du traité par lequel ils étaient devenus ses tributaires. On les vit non-seulement refuser la liberté qui leur était offerte, mais aider même les armées anglaises à repousser de leur territoire les troupes rebelles qui l'avaient envahi. Québec assiégé pendant près de cinq mois par les armées des généraux américains Montgomery et Arnold, repoussait un

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assaut vigoureux qui fut tenté dans la nuit du 30 au 31 décembre 1775, pendant lequel le premier des deux chefs fut tué et l’autre grièvement blessé.

Voyons comment les représentants de l’Angleterre, au Canada, d'alors, récompensèrent tant de loyauté etd’abnégation.

La terre n’avait pas encore bu tout le sang des braves tombés victimes de leur soumission à la Constitution anglaise, que déjà le Conseil Législatif, au deux tiers anglais, passait, en 1777, des lois qui obligeaient tous les habitants au service militaire, pendant un temps indéfini et imposaient au peuple les corvées les plus lourdestelles que, par exemple, l'obligation de cultiver les terres de ceux qui étaient à l’armée.

Le général Haldimand quiremplaça le gouver.

neur Carleton et administra le Canada de 1778 à 1786, se fit rernarquer par une sévérité excessive qui le rendit odieux à tous les Canadiens-Fran. çais,

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Quand le gouvernement britannique eut reconnu, par le traité du 3 septembre 1783, l’indépendance de ses anciennes colonies et fut débarrassé des difficultés sérieuses que lui avait suscitées la guerre qu'il venait de soutenir contre la nouvelle république, lord Dorchester, qui avait succédé, en 1786, au général Haldimand, songea à réprendre plus activement que jamais l’œuvre d’anglification qu’il avait entreprise. Il sut exploiter habilement les préjugés de la population anglaise,

tout fraichement renforcée par l’arrivée d’un assez grand nombre d'anciens colons de la Nouvelle- Angleterre, qui ayant pris fait et cause pour le gouvernement métropolitain pendant la guerre d'émancipation, avaient préféré venir vivre au Canada à l'abri des institutions britanniques.

Un instant assoupie, l’animosité sourde qui régnait depuis longtemps déjà et subsistait à l’état latent entre les représentants des deux races, se réveilla tout à coup; on ne tarda pas à constater dans la colonie les malheureux effets, de ces rivalités nationales,

Malgré son infime minorité, le parti anglais, se sentant fortement appuyé par le gouverneur, ne recula plus devant aucune prétention.

Mais ce projet d’annihilation de la race française, qui fut l’idée persistante de lord Dorchester et de plusieurs de ses successeurs, vint toujours échouer contre l'attitude ferme et patriotique de ceux qui, à ‘ifférentes époques, s’en sont constitués les défenseurs et les gardiens.

Voyant qu’il n’y avait rien à espérer du système de rigueur mis en pratique par lord Dorchester, et comprenant qu’il serait dangereux désormais, en raison du voisinage des Etats-Unis, de pousser les Canadiens-Français aux dernières limites de l’exaspération, le gouvernement anglais espéra en arriver plus aisément à ses fins, en employant d’autres moyens.

Sous prétexte de mettre un terme à l'esprit

d’antagonisme qui existait entre les habitants des deux origines, le Parlement métropolitain, pendant la session de 1791, divisa la colonie en deux provinces: le Haut et le Bas-Canada ; il accorda aux Anglais une prépondérance réelle dans la première, et ne laissa qu’une suprématie factice aux Canadiens-Français dans la seconde. La nouvelle constitution accordait au Bas-Canada un Conseil législatif composé de quinze membres nommés à vie par la Couronne, et une Assemblée législative de cinquante députés élus par le peuple.

La Chambre haute, recrulée naturellement parmi les créatures du gouvernement, était investie du privilége de rejeter toute loi de la législature élective qui n’entrerait pas dans ses vues.

La population du Canada, qui n'était que de soixante-dix mille habitants lors de la cession du pays à l’Angleterre, avait presque doublé dans cet intervalle de vingt-huit ans; en 1791 elle n’en comptait pas moins de cent trente-cinqy mille dont quinze mille à peine d’origine anglaise. Sur cette population déjà considérable, le Haut-Canada comptait tout au plus dix mille représentants de la race anglo-saxonne.

Malgré l'énorme disproportion numérique qui existait entre les deux nationalités, le bureau colonial n’en nomma pas moins, pour le Bas Canada, neuf conseillers législatifs anglais, contre six

seulement d’origine française.

D'un autre côté, le parti anglais réussit à oc-

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