INTRODUCTION
€liaque peuple, si petite que soit la place Iqiii lui a été assignée clans l'ordre de la créaition, compte dans son passé des faits dont [il a le droit d'être fier et possède dans ses [annales des pages qu'il relit toujours avec [orgueil.
Le Canada, comme tous les autres pays [du monde, a eu des phases glorieuses à dilfé- [rentes époques de son histoire.
Depuis le jour où quelques pionniers, reîrutés pour la plupart dans la Normandie, la Bretagne et le Perche, venaient, à l'ap- )el de Champlain , fonder une nouvelle 'rance sur les plages encore inexplorées de l'Amérique du Nord, jusqu'à l'heure où les I lK)bles débris de Tarmée de Montcalm, barrasses par une lutte inégale, durent se soulettre aux lois de l'Angleterre victorieuse, il y eut bien des faits d'armes glorieux à en
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INTUODITTION
ropisti'cr dans les fastes militaires de l'armée canadienne française.
Grand a dû être le déchirement de ces vaillants ciiampions des anciennes gloires militaires do la France, qnancl ils ont vu llotter les conleurs britanniqnes sur la citadelle de Qiiéhec.
Ces hommes, qui sans murmurer acceptaient les i)lus dures privations et ne marchandaient pas le prix de leur sang à la mère-patrie qui les délaissait, étaient évidemment trop Français de cœur pour mériter d'être sacrifiés jamais aux caprices d'une courtisane.
Néanmoins, après plus d'un siècle de domination étrangère, — nous pourrions même dire d'oubli de la part de la France, — près de onze cent mille Canadiens, issus de ces quelques milliers de délaissés sur une terre lointaine, forment aujourd'hui une nationalité vivace et énergique, qui n'a rien oublié des nobles traditions du passé et a su conserver intactes, au milieu des vicissitudes qu'elle a eu à traverser, la religion, la langue et les mœurs que lui ont transmis ses fondateurs. Le temps qui, dit-on, efface
INTUOUrCTION
l'ar- ^ ^^^^^ '^ '^ ^'^'^ alfaibli clans lo Canada français (lu ciilin (l('Vou('» ot dosint('Tess(3 que sa population a voue au souvonir do la France.
Et copondant, il a fallu bien du courage et du patriotisme à ces quelques représentants de la race fran(;aise, disséminés sur ces vastes territoires de TAméi-ique du Nord, pour lutter comme ils Tout fait coure l'esprit absor))ant et si émineiument coonisateur, qui caractérise l'élément étranger ont ils ont toujours été environnés. 11 est urprenaut nnhne que ce petit groupe de rançais ait pu ainsi croître et prfMulre de Ja force, sans rien sacrifier de ses tra dictions , à l'ombre du drapeau dont les
^^çg ^^P'^^i'^ replis l'enveloppent et lui cachent
issus de S^P''*^ ^^ longtemps le soleil d(^ la mèreatrie.
11 faut bien l'avouer, cet indestructible ttachement des Canadiens français pour la rance est d'autant plus inexplicable que, ivicissitu- ^P^^is bien des années déjà, le Canada lliffion, la ^''^ jamais eu qu'à se louer du protectorat transmis gt'uéreux et désintéressé dont l'Angleterre ion, efface ^ couvre.
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INTU(U)rCTION
Kii componsation do cet attachonient mi- (lélobile des Canadiens français pour le pays de leurs ancêtres, la France doit bien porter quelque intérêt à ces compatriotes d'outremer habitant une colonie anglaise, et leur savoir quelque gré d'un dévouement aussi peu spéculatif.
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A PEU CL' (i i:\ER.\L
Kii Europo, on so fait généralement une idée aussi fausse que peu avantageuse du Canada.
Pour beaucoup de personnes, cette importante colonie n'est qu'un pays perdu couvert de forêts inextricables et de savanes marécageuses, enseveli, pendant sept ou huit mois de l'année, sous une épaisse couche de neige, où on gèle en hiver, où on grille en été, où le colon doit toujours être sur le qui-vivc pour défendre sa vie et sa propriété contre les attaques incessantes de tribus sauvages, complètement incivilisées et à moitié anthropophages.
On ignore l'incomparable fertilité de son sol,
NOTES st;k le canada
la salubrité incontc;>table do son climat, l'accroisscmont relativement prcligieux de sa population, en un mot, tout ce qui constitue les nombreuses et iiK!i)uisablcs ressources que renferme cet imnionse territoire.
Le Canada, dont la superficie est évaluée à neuf millions quatre-vingt-dix-neuf mille cent quarante kilomôtros carrés, est borné: au nord par le territoire de la baie d'IIudson, au 52° degré de latitude; à l'est par Tocéan Atlantique; à l'ouest par l'océan Pacifique, et au sud par la frontière nord des Etats-Unis.
Si l'on considère que la superficie de l'Europe ne dépasse pas 13,450,000 kilomètres carrés, on se rend facilement compte de l'importance de cette colonie peu peuplée encore, en raison de l'immensité de sa surface territoriale, dont plusieurs centaines de millions d'hectares, d'un sol exceptionnoUement fertile, sont encore inexploitées.
Le Canada se compose, depuis 18G7, de sept provinces unies entre elles par un lien'fédératif.
Ce sont :
La province d'Ontario (ancien Haut-Canada) qui contient, sur 279,131) kilomètres carrés, une population de 1,420,850 âmes, en majorité de race anglaise ;
La province de Québec (lias-Canada), qui ne
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comi)te encore que 1,11)1,570 liabitants, en grande partie d'origine française, sur 500,7G9 kilomètres carrés.
Ces deux provinces formaient, à elles seules, le Canada avant 1807. Mais l'acte de confédération, ])as8é à cette époque, leur ii annexé le Nouveau-lîriius^vick, la Nouvolle-Kcosse, l'île du Princo-Edouard, la Colonil)ie anglaise et IManitoba. La population de ces cinq dernières provinces est de <S2 1 ,37 S âmes, et leur superlicie territoriale de 720,381 kilomètres carrés.
Le territoire du Nord-Ouest i)lus considérable, à lui seul, que toutes les autres provinces du Canada réunies, puisqu'il contient 7,599,000 kilomètres carrés, a été acheté par le gouvernement canadien à la compagnie de la lîaie d'IIudson, vers 1808. Ou évalue lo nombre de ses habitants à environ 85,00.)^ vivant, pour la plupart, à l'état sauvage. A l'encontro du Bas- Canada où l'élément français et catholique domine, les autres provinces sont, en grande majorité, anglaises et protestantes ; ceux qui y professent le catholicisme et descendent de la race française n'y comptent que pour un quart, au plus.
Op exagère beaucoup; ordinairement, l'i'ipreté du climat canadien. Au Canada hs hivers sont
rigoureux, c'est vrai, et la neige y couvre le sol pendant près de cinq mois de Tannée, Mais, en revanche, ces froids secs et vivifiants, que l'on envisage avec tant d'horreur, donnent la force et l'énergie aux populations qui l'habitent ; cette neige elle-même, si redoutable en apparence, tout en étant le préservatif le plus efficace dos plantes qu'elle garantit contre la gelée, procure aussi, aux habitants des villes et des campagnes, un mode de locomotion des plus rapides et des moins coûteux. Les étés sont habituellement chauds, c'est incontestable, mais l'atmosphère n'y est jamais lourde et suffocante comme dans certaines parties de l'Amérique méridionale ou dans quelques contrées du sud de l'Europe, et cette température provoque et soutient une des végétations les plus luxuriantes qu'il y ait au monde.
Si tout le monde sait qu'à Saint-Pétersbourg la température moyenne des trois mois d'hiver est de dix degrés centigrades, beaucoup de personnes ignorent qu'elle ne dépasse jamais hiiil degrés à Montréal. D'après dos rapports météorologiques d'une autorité incontestable, dans cette dernière ville, la moyenne de janvier, le mois le plus rigoureux de ranaée, varie entre neuf et dix degrés centigrades. Ces mêmes rapports constatent que la moyenne do
APEUi U (JENEUAL
ivre le . Mais, ts, que nont la riiabiible en le plus ntrc la ^^illes et tion des les étés estable, î et sufîl'Amétrées du révoque s luxu-
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juillet, le mois le plus chaud au Canada, varie entre vingl et vingt-deux degrés.
Cependant, ni cette grande chaleur, ni ce froid tant redouté, ne deviennent assez intolérables pour empêcher le colon canadien de se livrer aux travaux d exploitation do sa ferme.
Les variations considérables que l'on remarque entre les grands froids de l'hiver et les jours les plus chauds de l'été, sont loin d'être aussi préjudiciables à la santé des habitants du Canada qu'on pourrait se l'imaginer, au premier abord. Les statistiques sérieuses ont démontré que, toutes proportions gardées, le chiffre des décès y est plus de moitié moins élevé qu'en France.
D'ailleurs, la meilleure preuve à donner de la salubrité du climat, c'est la vitalité tout exceptionnelle de la population du Canada, en général, et le développement vraiment prodigieux de la race française, en particulier. En 17G3, le Haut et le Bas-Canada qui comptaient 70,000 âmes, tout au plus, prssédnient lors du recensement de 1870, 2,81'J,oG7 habitants deat 1,005,2CK3 d'origine française. Si nous ajoutons à ce dernier nombre environ 500,000 Canadiens français disséminés dans les autres provinces de la Confédération et aux Etats-Unis, nous en arrivons à constater que, dans l'espace
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de cent sept ans, ce petit groupe de Français s'est multiplié près de vingt-deux fois, par sa simple force d'expansion et sans le secours de rémigration étrangère.
On doit conclure de ces observations, et cela on dépit de toutes les opinions scientifiques émises pour expliquer le peu d'augmentation relative de la population on France, que la race française possède des qualités tout aussi colonisatrices, à ce point de vue, qu'aucune autre du monde. Cotte progression rapide de la population, au Canada, est due un peu, sans doute, à la salubrité du climat et beaucoup, probablement, à la moralité des habitants. Quoi qu'il en soit, si l'accroissement qui s'est manifesté jusqu'ici continue à se maintenir, il y aura, avant la fin du siècle prochain, plus de Français qu'en France même, dans les colonies anglaises de l'Amérique du Nord.
Chacune des provinces du Canada possède d'innombrables ressources pour la plupart inexploitées encore.
Les forets séculaires qui couvrent une partie considérable de son territoire offrent une variété infinie de bois, fort appréciés, pour la construction et l'ébénisterie. Des centaines de rivières, au cours rapide, peuvent faire mouvoir
APERrU GENERAL
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des milliers d'usines alimentées par les produits naturels du pays; ses chemins de fer, ses canaux, ses lacs grands comme des mers, son fleuve Saint-Laurent qui, à plus de cent soixante Ueues de son embouchure, devant Montréal, a encore une largeur d'au moins trois kilomètres et une profondeur suffisante pour permettre aux steamers du plus fort tonnage d'y ma^ nœuvrer à l'aise , sont autant d'avantages sérieux offerts au développement du commerce et de l'industrie.
Enfin, mettant en ligne de compte un grand nombre de manufactures et d'usines de toutes sortes, une immense quantité de produits minéralogiques enfouis dans le sol, on se fera une idée des ricliesses inconnues que renferme ce pays inévitablement destiné à jouer, un jour ou l'autre, un rôle important, sinon brillant, parmi les peuples du nouveau monde.
Afin de donner un aperçu de quelques-unes des ressources actuelles du Canada, nous emprunterons quelques chiffres officiels au recensement fait de ce pays, en 1871 . Comme dans ce travail statistique sont comprises seulement les provinces d'Ontario, de Québec, du Nouveau- Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, à tous les points de vue, du reste, les plus importantes de la Confédération canadienne, nous serons
NOTES SUR LK CANADA
obligé de nous borner aux renseignements que nous donnent ces documents, les seuls dignes de foi sur la matière.
Nous trouvons d'abord, dans ces quatre provinces, 7,015,805 hectares de terre en état de culture. Ces terrains sont occupés par 370,862 personnes dont 320,100 comme propriétaires et 39,583 à titre de fermiers.
On serait tenté de croire que la neige qui couvre le sol, pendant les mois d'hiver, doit, en interdisant l'accès des pâturages aux bestiaux, présenter un obstacle presque insurmr atable à l'élève du bétail. Il n'en est rien cependant, et, malgré la nécessité où l'éleveur se trouve de nourrir ses animaux à l'étable durant cinq mois de l'année, il ne retire pas moins des revenus considérables de ce genre d'industrie. Les chevaux canadien?, doués d'une vigueur exceptionnelle, sont très-recherchés sur tous les marchés américains. Les races bovine, ovine et porcine acquièrent aussi au Canada un développement tel, que souvent de grands éleveurs anglais viennent y retrouver les produits améliorés d'animaux dont ils ont, quelques années avant, fourni la souche aux fermiers canadiens. Les pâturages peuvent avantageusement être comparés avec les plus plantureux pacages de la Suisse.