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Les relations qui traitent des premiers temps de la colunisation de la Nouvelle-France, évaluent au moins à 190,000 le nombre des aborigènes quila peuplaient, quand les Français prirent possession du pays. La plupart des tribus qui i'occupaient alors se faisaient la guerre entre elles. Les Iroquois, les plus belliqueux de tous les indigènes de cette partie del’Amérique, avaient, depuis plusieurs années déjà, entrepris une guerre d'extermination contre les Hurons, leurs voisins, qui habitaient comme eux les contrées qui se trouvent au sud du lac Ontario, et avaient même remporté déjà contre leurs ennemis des avantages signalés. Champlain, qui venait de jeter les fondements de Québec, en 1608, décida de prendre fait et cause pour les Hurons contre les Iroquois. Ces derniers, le plus souvent aidés et poussés par les agents de l'Angleterre, devinrent dès lors les ennemis irréconciliables et acharnés des Français, et mirent plusieurs fois la colonie naissante à deux doigts de sa perte.
Si on considère que lors de la fondation de Montréal, qui eut lieu en 1642, c'est-à-dire environ cinquante ans après la première tentative un peu sérieuse de colonisation du Canada par la France, il n’y avait encore que deux cents colons européens, on se rend aisément
compte de tous les dangers qu'eurent à courir les premiers occupants de cettecolonie délaissée de la mère-patrie, toujours en lutte avec une nation guerrière et cruelle, vivant continuellement sur le qui-vive, la charrue d’une main et le fusil de l’autre.
Mais il y a déjà longtemps que ces farouches guerriers d'autrefois sont réduits à l’impuissance, et quoique, depuis plus de deux siècles, ils aient enterré la hache de guerre et vivent à l'ombre des traités, chaque jour leur race décroît et tend à disparaître.
Que doit-on conclure de cette dégénérescence singulière, cui produira avant longtemps, graduellement mais fatalement, l’annihilation complète d’une race puissante et vivace jadis, dans un pays où les descendants des races européennes qui y nt été transplantées, se multiplient d'une manière aussi surprenante.
Les Peaux-Rouges du Canada n’ont pas eu à se plaindre pourtant, depuis bien des années, des vexations ou des privations auxquelles on a pu attribuer leur disparition en d’autres pays. Les derniers débris de leurs tribus vivent, sous la direction de leurs chefs, sur des territoires dont la propriété leur est garantie par les traités et sauvegardée par des privilèges spéciaux qui les mettent à l’abri de dépréda-
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tions injustes de la part du gouvernement ou des particuliers. Ils ne peuvent pas non plus se plaindre d’être trop à l’étroit, disséminés, comme ils:le sont, par tribus de quelques cents âmes, sur un territoire de 912,578 kilomètres carrés, qui ne contient pas trois millions et demi d'habitants, et dont une grande partie, encore inexploitée, leur est ouverte pour la chasse et la pêche.
Cependant au Canada, comme partout du reste où ils vivent en contact avec la civilisation moderne, sans cause apparente, ces robustes enfants de la nature s’étiolent et dé : périssent. |
Le fait est indiscutable; mais où doit-on chercher la véritable cause de ce phénomène physiologique?
Dans un rapport fort intéressant que M. Levasseur présentait, dans Le cours de l'été 1875, à l’Académie des sciences morales et politiques, se trouve un résumé statistique de l'instruction primaire de différents pays.
Nous avouerons que nous avons été quelque peu étonné de voir la province d'Ontario (Haut- Canada) figurer en têted. la liste, car, d’après M. Levasseur, 23 0/0 de la population totale fréquentent les écoles dans cette province.
Nous n'avons pas été le seul à éprouver cette surprise, si nous tenons compte du point d’interrogation majuscule qu’un journal, reproduisant ces statistiques, mettait en regard du chiffre proportionnel donné, pour cette province, par le savant académicien. Aussi avons-nous tenu à vérifier, sur des documents inattaquables, cet avancé qui a dû paraître un tant soit peu paradoxal à bien des gens. Maïs en compul-
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sant avec soin les derniers rapports du ministre de l'instruction publique du Canada, nous avons acquis la certitude que ces chiffres n'étaient nullement exagérés.
Les recherches que nous avons dù faire pour établir la véracité de cet avancé nous ont conduit à d’autres découvertes, pour le moins aussi curieuses.
Nous en sommes arrivé à la conclusion que, non-seulement le nombre des enfants fréquentant les école: était, dans la province d’Ontario, de 23.41 0/0, mais que la moyenne, pour toutes les provinces de la Confédération, dépassait 19 0/0.
Si on considère qu'aux États-Unis lamoyenne de la population fréquentant l’école n’est que de 17 0/0 ; en Prusse et en Suisse, dont ona tant vanté le système scolaire, de 15 0/0, et en France de 13 0/0 seulement, on comprend aisément l'immense intérêt que le gouvernement canadien porte à l'instruction populaire.
Dans un excellent ouvrage que M. Chauveau, ancien ministre de l'instruction publique au Canada, publiait l’année dernière, sous le titre de Précis historique et statistique sur l'instruction publique au Canada, nous trouvons de précieux renseignements sur les dévelopnements de l'éducation en général dans ce
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pays, et sur celle du Canada français en particulier.
Nous le suivrons dans l'historique qu'il fait du développement de l'éducation dans la province française.
M. Chauveau fait remonter à l’année 1616 les premiers essais d'instruction tentés dans la Nouvelle-France. Les premiers, les récollets, essayèrent d’inculquer les éléments de l'instruction aux populations indigènes. À cette époque, mentionnent les relations du temps, le Frère Pacifique Duplessis faisait l’école aux enfants sauvages des Trois-Rivières, leur enseignant la lecture et l'écriture, en même temps que le catéchisme.
Dès 1637, un collége se construisait à Québec. Deux ans après, Mme de la Peltrie et la Mère de l’Incarnation fondaient dans la même ville le couvent des Ursulines, la première école de filles de la Nouvelle-France. D'un autre côté, M. de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, faisait venir, en 1653, la sœur Marguerite Bourgeois, fondatrice, dans le nouveau monde, de l’ordre de la Congrégation de Notre-Dame, qui, vers 1747, comptait déjà douze maisons d'éducation. établies dans les principales paroisses de la colonie. En 1663, Mgr de Laval, évêque de Québec, fondait aussi dans sa ville
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métropolitaine un grand séminaire, auquel il adjoignit cinq ans plus tard le petit séminaire qui existe encore aujourd'hui.
Pendant assez longtemps, les progrès de l'instruction, ceux de l'instruction élémentaire surtout, furent lents dans le Bas-Canada. En raison des difficultés qu'éprouvaient les promoteurs de l'œuvre à obtenir les subsides suffisants pour la soutenir, à cause surtout de la mauvaise organisation du système luimême, le clergé catholique avait dû s'emparer de l'initiative et marchait, la plupart du temps, avec ses propres ressources.
En 1836, le nombre des é"oles primaires en activité était seulement de 1,321, et celui des élèves des deux sexes qui les fréquentaient de 36,000 environ. Néanmoins, M. Garneau, l’historien national du Canada, porte à 57,000 le nombre total des élèves des maisons d’éducation de tous genres à cette époque, ajoutant à ceux des écoles primaires ceux des écoles indépendantes des colléges et des couvents.
Dans cet entre-temps, plusieurs colléges devenus depuis de grandes maisons d'éducation supérieure furent érigés, grâce aux efforts et au zèle des membres du clergé et d’un certain nombre de laïques qui s'étaient dévoués au succès de cette noble causs. Le collége de
Nicolet, dans le diocèse de Trois-Rivières, était fondé en 1804 ;un second à Saint-Hyacinthe, en 1812; un troisième à Sainte-Thérèse, en 1824 ; puis ceux de Sainte-Anne et de l’Assomption, le premier en 1827, le second èn 1832.
Les protestants avaient aussi à Québec une école de grammaire d’où sont sortis un bon nombre de sujets distingués.
Pendant la session de 1835-36, on s'occupa ‘quelque peu de régulariser le système d’éducation. très-défectueux encore. Le Parlement vota même, pour être appliquée à ces fins, une allocation de sept mille six cent vingt livres sterling (190,500 fr. environ). On décréta aussi l'établissement d’écoles normales à Montréal et à Québec, mais cette dernière loi n’eut pas d'effets immédiats.
Après l'union du Haut et du Bas-Canada, quelques réformes faites dans l’administration de l'instruction publique eurent pour effet de donner un nouvel essor à l'éducation dans la province française; ainsi, tandis que le nombre des écoles primaires était, en 1847, de 1,613, ayant 63,281 élèves, un rapport fixe à 1,817 le nombre des écoles, et à 68,994 celui des élèvés en 1849. Les années suivantes, l’augmentation qui se manifeste devient encore plus sensible, car, en 1854, le
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nombre des institutions scolaires est déjà de 2,795, et celui des élèves de 119,737.
Dès 1857, trois écoles normales furent créées : deux catholiques et une protestante. Ce fut aussi dans le cours de la même année que fut fondé le Journal de l'Instruction publique, publié dans les langues française et anglaise. Une bibliothèque qui contint bientôt quinze à seize mille volumes fut aussi installée dans les bureaux de l'instruction publique, à Montréal.
Depuis cette époque, l'instruction au Canada a fait des progrès rapides.
Les chiffres suivants, tirés du recensement de 1871, donneront une idée approximativement exacte de l'état de l'instruction primaire dans les provinces d'Ontario et de Québec, les deux plus importantes de la confédération canadienne et celles qui formaient, a elles seules, le Canada avant 1867.