‹ Notes sur le néologisme chez Victor HugoChapitre 54 sur 55 · Littré cite Chateaubriand · texte numérisé non relu

Littré cite Chateaubriand

3. V. Hugo avait pourtant critiqué le mot {Travailleurs de la Mer, II, 156.)

Bibliopole. Cette bibliopole auguste et colossale Qu'on voit, jetant au loin sa lueur aus cerveaus, Flamboyer au-dessus de tous vos noirs travaus.

[UAne, 289.)

Hécatonchire . Poète hécatonchire, ayant un Oreste plus fatal qu'Ulysse et une Thèbes plus grande que Troie.

( William Shakespeare, 53.)

Cf. 153, Toute la Lyre, III, 165.

Hippanthrope. Les vieilles épopées orphiques racontant les hommes-chevaus, les antiques liippanthropes.

[Les Misérables, II, 50.)

Hippocêphale. Des hippocéphales pêle-mêle avec des bocaus où tremblaient des feuilles d'or.

{Notre-Dame de Paris, II, 47.)

PoLyptère. Des mages polyptères ont songé dessus.

[William Shakespeare, 91.)

Trigone . Une jolie fontaine trigone.. .

[Le Rhin, I, 456. )

Trinacrie. Jersey est une trinacrie. La reine des trinacries est la Sicile.

{Archipel de la Manche, 81.)

A ces mots tirés du grec on peut ajouter un mot hybride, négrophile : — Les philosophes ont enfanté les philanthropes^ qui ont procréé les négrophiles, qui produisent les mangeurs de blancs.

(Bug Jargal, 75.)

Emprunts aus langues modernes

Les mots étrangers sont très nombreus chez Victor HugOj mais on ne peut dire pourtant qu'il ait cherché à en introduire dans la langue française. S'il place en Angleterre ou en Espagne la scène d'un roman ou d'un drame, n'est-il pas naturel qu'il emploie beaucoup de mots anglais ou espagnols dont il serait impossible de trouver en français les équivalents exacts? Nous ne reprocherons pas à V. Hugo de n'avoir pas traduit les mots wapentake, iron weapon, inn, qui reviennent si souvent dans V Homme qui rit. Si nous trouvons dans Ruy Blas des mots comme camerera mayor, nous ne penserons pas qu'il y ait une tentative pour faire entrer en français des mots espagnols. Il est tout simple que nous rencontrions dans Le Rhin les mots dampschiff , gasthofet plusieurs autres mots allemands. Je citerai pourtant quelques cas un peu plus discutables. Ainsi on pourrait avoir un peu d'étonnement en voyant employé au figuré le mot composé dry-rot, qui désigne la pourriture sèche du bois, et qui ne figure pas dans nos dictionnaires :

Maintenant que toutes les religions sont attaquées du dry-rot, comme ces viens vaisseaus qui pourrissent dans nos ports et qui jadis peut-être ont découvert des

mondes.

[Dernier Jour d'un Condamné, 300.)

Mais il faut reconnaître que le mot est plus commode que ne serait une expression française équivalente. On ne peut en dire autant de cet emploi du mot

kiss qui revient plus d'une fois dans une même pièce :

J'en suis incandescent. Que n'ai-je Le droit d'offrir un kiss à ce biceps de neige .

{Théâtre en liberté, 176.)

Mais le reste du passage montre suffisamment que le poète plaisante; et d'ailleurs la scène se passe dans l'île de Man. Ce n'est pas sans intention non plus que Victor Hugo se sert du mot luncheon en parlant du maigre repas de Gilliattqui vient de déjeuner, sur son rocher, de quelques coquillages \ Il y a une ironie naissant du contraste entre la réalité et l'idée qu'éveille ordinairement le mot. L'intention plaisante apparaît bien plus nettement marqué dans ce passage de Religions et Religion (p. 199) :

Et cessons de hausser les épaules devant Les Hottentots prenant dans leurs poings noirs le

[ventj Devant les Grecs faisant, dans un luncheon noc-

[turne, Manger ses petits-fils au grand-père Saturne .

L'emploi du mot performance'^ s'explique, dans L'Homme qui iHt, d'abord par ce fait que l'action du roman se passe en Angleterre, ensuite par l'absence d'un mot français exprimant avec une parfaite exactitude l'idée contenue dans le mot anglais, bien que le mot représentation soit applicable dans la plupart des cas. C'est aussi sans doute parce qu'il s'y croit autorisé par le lieu que Victor Hugo tire assez bizarrement du verbe scrub (frotter, essuyer), le verbe scrober : « Phœbé faisait la cuisine et Vénus scrobaitle temple. »

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