Voyez Félix Marlin, Le Japon vrai
LA DIPLOMATIK 287
tout rExtrèmerOrienl les plat iers des j)ro(luits américains, qu'ils joueraient à leur profit, selon l'expression habituelle des marchés asiatiques, le rôle de compradoi\ c'est-à-dire de courtier. Mais on oubliait que les Japonais sont devenus et deviendront de plus en plus des concurrents pour les Américains et, d'une façon générale, pour tous les pays industriels. Cela est d'autant plus vrai que, depuis le fiasco de la concession du chemin de fer américain-chinois, la diplomatie de l'Union n'a su déployer dans le Céleste Empire qu'une médiocre activité et que, tandis qu'augmente à Pékin l'influence japonai-^e, l'influence américaine y paraît décliner.
La guerre russo-japonaise, qui, à son début, avait fourni aux sympathies nippo-américaines une occasion de s'affirmer, a eu pour effet final d'accuser entre les deux pays les antinomies d'intérêts. Depuis sa victoire, le Japon est la première force morale du Pacifique, comme il en est la première force matérielle. Le sentiment de cette supériorité a provoqué chez un peuple naturellement orgueilleux un regain d'exaltation nationaliste. Dans les hautes classes de la société, cette superbe patriotique ne se iiiaiiirc-le guère, contenue qu'elle est par une extrême courtoisie. Dans les basses classes, chez les garçons de café ou les pousse-pousse, elle
s'étale impudemment. M. Millanl, qui a vïm'i.' le Japon depuis la guerre, a été frappé du changement. « Aujourd'hui, dit-il, mieux vaut dans ce pays subir, s'il est tolérable, un préjudice causé par les indigènes que de recourir aux tribunaux *. » Et il ajoute que les résidents étrangers répètent couramment : « 11 nous faudra partir d'ici. »
N'oublions pas d'ailleurs que, même depuis les traités qui ont aboli au Japon l'exterritorialité en faveur des étrangers, les droits des Européens et des Américains sont restés dans ce pays sensiblement inférieurs à ceux dont les Japonais jouissent à l'étranger : le droit de posséder la terre, de diriger des exploitations agricoles ou minières, ou même d'y participer leur est notamment refusé. Enfin, la moralité générale du pays aggrave ces inégalités. Sur bien des points, les paroles fameuses que prononçait le marquis Ito, le 9 décembre 1899, sont restées vraies. Le peuple japonais n'attache qu'une médiocre importance à la pratique de ces « devoirs envers les étrangers, » que lui prêchaient alors l'éminent homme d'Etat et le mikado lui-même*. Les Américains sont les plus vifs à se plaindre de ces défauts nationaux, sans doute parce