‹ Notes sur les États-UnisChapitre 52 sur 67 · LA MM'I.OMATIK IU · texte numérisé non relu

LA MM'I.OMATIK IU

trop f raidie date pour masquer les dissentinienls de la veille ou de l'avanl-veille. Les Amcri( aiii> gardent rancune à TAllemagne d'avoir plus qu'aucune autre |)uissance affirmé son irresj)ect de la doctrine de Monroe.Ils nOiiMient ni l'incidentdes Samoa, en 1888, ni surtout l'arrivée de la flotte de l'amiral Dietrich aux Philippines à la suite de la bataille de Cavité. Ils ont eu, à cette époque, — non point le grand public, mais les hommes d'Etat, — l'impression directe de cette insécurité de la politique allemande, que d'autres nations, depuis lors, ont eu l'occasion d'apprécier. C'est enfin à l'Allemagne que l'on a attribué à Washington la responsabilité de la triple action anglo-italo-allemande contre le Venezuela en 1001 et ce dernier grief, plus récent que les autre-, c-l souvent rappelé par les sénateurs, avec qui je me sni< « nticlcFiii de la politique américaine. On estheureux d'être aujourd'hui en bons termes avec l'Allemagne, mais on garde quelques doutes sur la stabilité de cet « esprit nouveau ».

On se rend compte d'ailleurs que les États- Unis et l'empire allemand sont inévitablement concurrents et rivaux sur le terrain économique. Ils sont tous deux des « raisons sociales » tard venues et j>;ir suite ils se trouvent en présence sur les derniers marchés. Ici encore les Aile-

mancls n'ont tenu aucun compte de la doctrine de Monroe qui résume, comme on sa il, des intérêts commerciaux en même temps que politiques. Notamment au Brésil, ils ont poussé leur pointe avec une activité qui leur a fait attribuer parfois des convoitises territoriales auxquelles, pour ma part, je ne crois pas, mais qui ont provoqué aux États-Unis une très vive inquiétude.

Depuis quelques années, le commerce américain a pris le dessus et les Allemands s'en irritent. Il est évident que la collaboration de deux diplomaties avisées peut limiter les effets de cette concurrence économique. Cela est vrai des États-Unis et de l'Allemagne, comme de l'Allemagne et de l'Angleterre, comme des États- Unis et du Japon.

En revanche, c'est méconnaître la réalité que de parler, comme on le fait parfois à Berlin, tlt' la solidarité profonde des intérêts allemands et des intérêts américains. Non seulement ces intérêts ne sont })as solidaires, mais quand ils se renconlrenl,ils sont en général contradictoires. C't st là, à Wiishington, une opinion courante. Nulle antipathie, mais aucune sympathie; de la correction, delà courtoisie, et rien de plus, voilà le sentiment (lominanl à l'égard de r(Mnj)ire allemand. Les Américains jugent de sang-froid la situation, ne s'emballent point, sont sensibles aux politesses,

y répondent volontiers, mais conservent toute leur liberté.

Ils sont portés, depuis quelques mois, depuis surtout qu'ont éclaté les difficultés avec le Japon, à - intéresser beaucoup aux choses de Russie. Cet intérêt a été parfois contrarié par les événements. Il fut un temps où Russes et Américains s'appréciaient infiniment. Ils se trouvaient réciproquement simples, bons enfants, buveurs solides.

Depuis dix ans, des nuages ont passe dans le ciel de cette inclination mutuelle. La crise intérieure russe et les rigueurs réactronnaires ont choqué le libéralisme américain. Il y a eu ensuite le pogrom de Kichinev. Les Américains, considérés comme société, sont doucement, mais résolument antisémites. Pas un juif, si estimable soit-il, n*est reçu dans le monde à New- York et à Washington. Toutefois l'antisémitisme sanglant, dont les pogroms sont l'expression, a provoqué une indignation réelle, d'autant plus vivement exprimée que la plupart des journaux d'Amérique sont dans les mains des israélites. La pénétration russe en Mandchourie a inquiété le commerce américain dans ses visées asiatiques. La guerre russo-japonaise et l'enthousiasme, sans lendemain, éveillé en Amérique par les victoires des « chers petits Japs », a eu î^

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Saint-Pétersbourg un écho désagréable. Depuis la paix, un revirement s'est produit. Les Russes ont été reconnaissants à M. Roosevelt de son intervention à Portsmouth. Les Américains ont changé d'avis sur les victoires japonaises et ont pensé que la Russie pourrait, une fois réorganisée, opposer en Asie un utile contre-poids au trop puissant empire du Soleil levant. Il y a eu des deux parts comme un regret réciproque de s'être trop négligés. Est-il besoin de noter qu'ici encore les Etats-Unis n'ont été guidés que par le légitime souci de leur propre utilité ?

Le sentiment a-t-il plus de part dans la politique américaine à l'égard de la France? Sans douter de la sincérité d'une amitié dontj'ai essayé ci-dessus de préciser le caractère, je ne le crois pas. J'ap|)récie à leur haute valeur les déclarations cordiales que j'ai partout recueillies soit chez le Pi-('si(](Mil, s(»il (luv le secrétaire d'Etat. Mais Je suis convtiincu (jue, dans leur action politique, les Américains, si heuieu.x soient-ils de pouvoir obliger la France, n'ont en vue, et je les en Ioid'. (juc le bien des Etats-Unis. An cnnrs du XIX siècle, ils ont défendu contre nous leurs intérêts soit dans les questions de pêche à Terre- Neuve, soit dans l'alTaire du Mexique, soit dans celle du Panama, a\»'c l^'iici-iiic la plus utilitairt'. Tout récemment, ils nous ont renchi, dans l'ai-

faire marociiine, un service capital. Leur altitude en 1905 et en 190G nous a été précieuse. A Algésiras, mms avons trouvé en tMix dt» lovanx amis. .Mai> iKdis iiini>> Ifrittiis illii-ioii, >i n()ii> pensions «jne le désir de nous servir ait seul inspiré leur conduite. Ils voulaient d'abord sauvegarder la paix de l'Europe et comme nos propositions avaient un caractère modéré, ilsles ont soutenues poui- rn l'aire la hase de la transaction qu'ils souhaitaient. Peut-être aussi estimaient-ils que la prétention de l'Allemagne d'imposer sa loi à la France en prenant l'Europe pour complice menaçait l'équilihre du monde et qu'il fcillait, pour maintenir cet équilibre, appuyer la politique française. Il y aurait quelque fatuité et beaucoup d'aveuglement à méconnaître cette vérité et, pour éviter cette erreur, notre reconnaissance n'en »'^t jM< (liniinnée.

Le patriotisme américain est vivace et lier, donc égoïste. Les Américains où qu'ils soient travaillent pour eux-mêmes. Le culte de la patrie est chez eux trop absorbant [)Our se prêter aux engouements internationaux et à la sentimentalité diplomatique. Ils sont convaincus de leur supériorité. Ils ne servent pas les autres, ils se servent d'eux. L'Europe, à la vie de laquelle ils sont de plus en plus mêlés, leur apparaît comme un échiijuier, dont il leur est util»' tir faiiT ninu-

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voir certaines pièces. Mais, même dans ces interventions sur un terrain qui n'est pas le leur, ils ne perdent pas de vue leurs fins })aili(iilières. Dans les circonstances actuelles, ils ont plaisir à favoriser, sans s'y engager d'ailleurs, notre politique marocaine, parce qu'ils trouvent, non sans raison, que nous invoquons pour la justifier, des principes analogues à ceux qu'ils invoquent euxmêmes depuis bientôt un siècle. Notre « intérêt spécial », notre résolution d'empêcher qu'une puissance européenne autre que la France et ses alliés viennent s'installer dans l'Empire chérifien, qu'est-ce autre chose qu'une doctrine de Monroe appliquée à l'Afrique du Nord ?

J'ai constaté, dans nombre de conversations avec des sénateurs, des ministres et le secrétaire d'Etat lui-même, que cette analogie les frappe. Ils se réjouissent d'autre part, dans leur sympathie pour notre pays, que notre politique soit liée à celle des deux puissances avec lesquelles, actuellement, ils sont le plus désireux d'être en bons termes, l'Angleterre et la Russie.

Il faut avoir vécu aux États-Unis pour comprendre ((iiolle profonde nnilé morale y aj)puie le g<Mi\ criifinciil (l;iii> -c-^ i'cl;ili(Hi> axcc l'étranger. En 1896, il suffit que le président Cleve- ]and annonçât comme possible, .ilni< ,|ii»' fini n'y

songeait et moins encore la désirait, une guerre avec la Grande-Bretagne, pour que l'unanimité nationale se formata l'appel du pouvoir exécutif. 11 en serait demain comme hier, quel que fût la(l\<M<aire éventuel. Les derniers venus ne sont pas moins ardents que les anciens, car l'immigrant naturalisé de la veille est, s'il se peut, plus orgueilleux de son titre de citoyen que l'Américain de naissance. Le ministre à Washington d'une puissance européenne me montrait un jour une lettre qu'il venait de recevoir d'un de ses ex-nationaux. Il avait écrit à cet individu pour lui rappeler que, faute d'avoir accompli certaine formalité militiiire, il ne pourrait rentrer dans son pays d'origine sans s'exposer à être arrêté et il l'avait invité à se mettre en règle. L'autre, sans se troubler, lui répondait par un refus et il ajoutait :

— Je rentrerai s'il me plaît et quand il me plaira et si, ce que je ne crois pas, on me faisait des difficultés, l'aigle américain saurait bien me protéger.

Confiance naïve et brutale, où s'exprimait crfiment l'intense fierté nationale du peuple américain. Cette fierté ne va pas sans défauts. Elle est souvent le principe d'un « jingoïsme » déplaisant. Elle ne connaît point de limites et manque, dans les basses classes, de toute pudeur, Mais à

considérer le résultat, quelle force elle assure au pays qu'elle anime ! Et combien ce pays, dans la lutte pour la vie dont le monde est le théâtre, peut espérer de victoires matérielles et morales î

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