INTRODUCTION
Depuis les temps les plus reculés, dans tous les pays du monde, quel que soit le degré de civilisation, on trouve le jouet avec une constance tellement absolue que l’on peut en conclure qu’il représente un besoin pour l'humanité.
De même que la supériorité physique de l'homme sur le rèone animal s’est affirmée par l’emploi d'instruments pour se défendre, sa supériorité intellectuelle s’est affirmée par l'emploi de jouets fabriqués de ses mains. À
L'animal supérieur sait jouer et parfois même de façon remarquable. L'enfant donne à son jeu le point de départ matériel du jouet, même s’il est simplifié, et de là, laisse son imagination prendre son essor. Et l’imagination de l'enfant est une faculté immense. Il est difficile de connaître l'enfant et d'influencer les directions de cette imagination. D'ailleurs, une des caractéristiques essentielles de l'éducation nouvelle est le respect de l’enfant à un degré encore jamais atteint. Respect de sa personnalité, respect du mécanisme de sa pensée.
Pourtant le rôle de l'éducateur n’en est pas moins délicat et son influence n’en reste pas moins énorme ; mais, plutôt que de donner froidement
des principes à l’enfant, il doit être plus souple, lui suggérer les principes essentiels de son éducation et le diriger habilement et pour ainsi dire « sans en avoir l'air ».
L'un de ces moyens d'action et peut-être celui qui aura le plus d'importance, est Justement ce jouet indispensable à l'enfant, ce jouet qui est la base matérielle et par là le point « touchable » de son imagination.
L'enfant aime ses jouets; par la suite, cet amour sera lié à la forme même sous laquelle ils se présentent. Qu'on lui donne des jouets mal choisis, et surtout s’ils sont laids, il ne saura plus discerner ce qui mérite d'être admiré et ce qui mérite d'être subi ou rejeté. Tout un monde de mauvais goût pourra s'imposer à lui. Il faut le mettre le plus possible en contact avec la beauté du coloris et de la forme des choses les plus humbles, et lui apprendre à sélectionner ce qui est vraiment beau dans ce que la réalité lui offre.
Cet apprentissage du goût est une chose primordiale qui le marquera pour toute sa vie : il est
parfois difficile, soit que l'enfant préfère le ridicule
et retienne dans les choses justement le détail « raté » qui échappe à l'adulte, soit qu’il approuve passivement et indistinctement tout ce que l’on propose à ses sens. Mais son importance est telle qu’il mérite toute l’attention de l’éducateur. « Le vin conserve le parfum du premier fût, ainsi l’âme portet-elle le sceau d’une jeunesse gâchée » écrit Romain
Rolland. Et quelle jeunesse serait plus gâchée que celle qui le conduirait à une vie entière privée de beauté ?
Il faudra donc étudier sous ce rapport et scrupuleusement, tous les jouets que l’on offre à sa future expérience, en se souvenant que sa future vision du monde en sera influencée.
Si déjà pour l'enfant normal la question du jouet est importante, quelle gravité n’atteindra-t-elle pas chez l'enfant déficient ? Le jouet permet à l’enfant d'exercer et de développer tous ses sens. C’est le premier instrument de l’activité humaine. Chez l'enfant déficient, le développement de ses facultés intactes et l'orientation de son activité dans une voie possible pour lui, par le truchement de jouets judicieusement choisis, permettra de lui préparer une vie moins lamentable.
Le déficient non éduqué deviendra absolument insociable et c'est par là, d'après le Docteur Henriette Hoffer, qu'il deviendra avec les années un anormal.
Pour l’amblyope et l’aveugle, pour le sourd et le sourd-muet, le développement de l'intelligence pourra devenir normal et le choix d'un métier spé- Cialisé sera possible, grâce à l’acuité extraordinaire qu'atteindront les autres sens de l'enfant. Pour lui, désormais, l’avenir pourra être envisagé avec plus d’optimisme tant au point de vue matériel qu'aux points de vue intellectuel et affectif.
Pour les déficients intellectuels, le problème est
METRE TMC
plus complexe ; la plupart d’entre eux sont incapables d’attention spontanée et à plus forte raison d'attention volontaire. Pour la faire naître, il faut avant tout les observer et s’efforcer de se rendre compte de leurs goûts et de leurs préférences.
Beaucoup d'enfants déficients aiment la musique : un disque de phono; une mélodie jouée sur le piano, tous les jouets musicaux vont aïdér à capter la pensée de l'enfant, à le fixer sur un geste que l’on veut lui enseigner. Tel autre enfant aime les images, est attiré par les couleurs : des dessins coloriés fixeront son attention. Il en est d’autres, qu'un geste, une attitude, une scène mimée immobilisent et retiennent attentifs pendant de longs instants.
Les psychanalistes se sont servis, d’aïlleurs, de cette importance du jouet chez l'enfant malade en lui faisant extérioriser sa vie psychique par lintermédiaire des poupées, du guignol ou du dessin.
Sans prétendre faire de ces déficients intellectuels des êtres normaux, on pourra malgré tout améliorer le pronostic de leur avenir. Pour eux, le choix du jouet est parfois la setle thérapeutique possible pour leur adaptation à la vie.
Pour tous les enfants déficients, on voit par là
Finfluence sociale énorme du jouet.
Pour le médecin, la question de chaque jouet en particulier devra être très attentivement examinée.
Soit par suité dù manque dé confiance de son entourage, soit par la disproportion entré ses forces
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et les dimensions et les poids des choses qui l’entourent, l'enfant a relativement peu de contact sensoriel avec les objets du monde adulte.
Il se rattrape avec ce qui est fait pour lui, pour son goût, et à sa mesure. Presque toute sa journée, ce sont ses jouets qu'il a en mains ; le reste du temps, il n’a plus qu'à manger ou à dormir. Le médecin veille à son alimentation et à son sommeil; n'est-il pas normal et même indispensable qu'il s’intéresse aussi à son activité, à ce qui lui permettra d'avoir un organisme sain, et à ses jouets qui, dans de mauvaises conditions, pourront lui provoquer des accidents ou le rendre malade ? Ë
Et cependant, cette question semble n'avoir jamais été effleurée par le médecin, et le jouet dangereux n'est supprimé par la maîtresse ou par la mère qu'après l'accident qu'il a provoqué.
Après avoir étudié l'historique du jouet, nous verrons successivement ;
1) quelques généralités sur l'hygiène du jouet,
2) le jouet proprement dit,
3)le jouet éducatif, qui malgré son nom peu engageant, est aussi plaisant à voir qu'il est amusant pour l'enfant.
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