‹ Notes Sur Les Jouets Et La Protection Des EnfantsChapitre 7 sur 23 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Quelle est l’origine du jouet P

Elle est impossible à préciser et c'est sans doute le premier enfant qui a joué avec le premier jouet. Il faut chercher, les légendes qui nous donneront de poétiques interprétations de cette origine, et c’est ainsi que Marcel Griaule rapporte dans son livre sur les jeux dogons (1) « Autrefois, au temps où le ciel était très proche de la terre, les femmes dogons décrochaiert les étoiles et les donnaient aux enfants. Quand ceux-ci étaient las de jouer, les mères leur reprenaient les astres et Les replaçaient dans la voûte céleste. »

L'origine religieuse ou magique de certains jeux est évidente.

Toujours dans les jeux dogons, nous citerons les bonnets, les simulacres de masques en tiges de mil imitant la coiffure des prêtres totémiques ou des danseurs masqués, comme celles des figures divinatoires établies sur le modèle des tables de sable dessinées par les adultes. On peut donc dire que fonctionnent simultanément l'institution vivante et

(1) Le pays dogon est situé au centre du Soudan.

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son propre reflet pour l’époque où elle sera tombée en désuétude. D'ailleurs un seul nom dogon désigne indistinctement les jeux et les amusements et les exercices religieux.

Chez les Abyssins, la confusion est portée plus loin entre religion, magie et jeux. Ils ont le sentiment que la jeunesse, sans le savoir, a une sorte de pouvoir prophétique qui se manifeste dans ses jeux. Les enfants, déclare un informateur du Choa, sont inspirés par une puissance inconnue, et ce n'est pas fortuitement qu'ils jouent, par exemple, à l'akandura. Ce jeu, qui consiste à perforer de larges feuilles plantées perpendiculairement au sol ‘en lançant contre elles des bâtons effilés, est un présage de guerre. Puisqu'ils s’en abstiennent pendant des années parfois, pourquoi se mettraient-ils soudain à y jouer ?

‘On peut rapprocher de cette théorie active du jouet, les poupées aux cheveux de feuilles de bananes, hissées sur un long manche, avec lesquelles on fait en Afrique Centrale les exorcismes contre les maladies ; les figures de laine que l’on suspendait au coin des rues à Rome, aux fêtes compitales ; les poupées employées au Moyen Age et peut-être encore de nos jours pour les envoûtements ou pour trouver un trésor, et qui représentaient l'ennemi ou des lutins, gnomes, génies, elfes, fées, sculptés dans la racine de la mandragore. Les enfants ont des desseins moins tragiques, mais:ils ont toutefois employé le même matériel.

En réalité, la véritable origine du jouet, c'est le besoin de jouer ; c’est pour l'enfant le besoin de se dépenser physiquement et de se créer une vie imaginaire dans un monde imaginaire. |

Dans l'antiquité paienne et chrétienne, nous connaissons un assez grand nombre de jouets.

Dans l'Olympe, la mythologie fait une place aux jouets, puisqu il y est question de l'enfance des dieux.

Dans la théorie des fêtes d'Eleusis, on portait une corbeille pleine de jouets, ceux du divin Bacchus dont on célébrait le culte. C’est pour lui que furent inventés les premiers hochets, ainsi que le rapportent Clément d'Alexandrie, et Nomus le Pana-. politain. Mystis et Ino veillent sur l'enfance du petit dieu et essayent de le distraire en lui donnant un tambour, des cymbales, des osselets, une toupie. En Egypte, on ensevelissait avec les morts des hochets, des balles en peau bourrées de substance élastique pour les faire rebondir, des crocodiles en bois qui ouvraient et fermaient les mâchoires, des poupées articulées, des pantins dont on tirait les fils pour leur faire imiter les mouvements de certains métiers.

Dans l'antiquité romaine, païenne et chrétienne, on retrouve de même les jouets dans les tombes. On y voit surtout des poupées d'os et d'ivoire, marionnettes souvent grotesques, des osselets, petits vases en terre cuite, tirelires, clochettes, figurines d'animaux, hochets, miroirs, bonshommes de

plomb, boucliers, alphabets en ivoire, etc... Dans les tombes païennes, on retrouve avec une fréquence toute particulière les crécelles, crotales, sistres et cela aussi bien en Europe qu'en Egypte et en Asie. En effet, c'est une superstition lointaine et universelle de croire qu’on écarte les esprits malfaisants en les effrayant par du bruit. On donnait des sistres aux morts pour qu'ils retrouvent les hochets chers à leur enfance, et aussi pour qu'ils puissent écarter, en les agitant, l'esprit malin.

Quand l'enfant devenait adolescent, il consacrait aux dieux ses jouets et nous en avons conservé des formules : « Philoclès te consacre, Ô Hermès, sa balle rebondissante, sa retentissante crécelle de buis, ses osselets qu'il aimait tant, son rapide sabot, jouets de son jeune âge. »

De même, la jeune épouse consacrait à Vénus ses jouets, la veille de sa noce.

Les anciens connurent le jouet de luxe exécuté en ivoire, bois peint, ambre. Ils connurent aussi le jouet scientifique. Héron d'Alexandrie parle de petites marmites à col effilé au sommet duquel la vapeur en s’échappant faisait danser de petites boules légères, ou tourner une sphère établie sur un pivot. Aristote cite des jouets automatiques dont les mouvements étaient réglés par des fuites de sable ou de mercure. Dédale avait fabriqué une statue de Vénus qui s'animait et Archytas de Tarente une colombe de bois qu’il fallait remonter et qui s’envolait.

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