‹ Notes sur les principales méthodes d'administration du mercure par la peau Du Mercure Par La PeauChapitre 23 sur 28 · OBSERVATION. III · texte numérisé non relu

OBSERVATION. III

Syphilis cérébrale. Crises épileptiformes. Epilepsie - partielle. Trois fausses couches. Traitement spécifique.

Mme L., 30 ans, est amenée parson mari comme sujet épileptique, au commencement du mois de novembre 1880. M. Charcot, après avoirinterrogé séparément ces personnes, conclut à une ancienne syphilis.

Mme L. n'avait jamais été malade avant d'être mariée. Elle a contracté un premier mariageil y a huit ans, dont elle a eu deux enfants très bien constitués. Elle s’est remariée il y a cinq ans, et a eu depuis 4 enfants. Lepremiera vécu cinq mois, lestroisautres sont morts. Il y a quatre ans, la malade a eu sur les bras et sur la poi-! tcine une éruption discrète de « petites plaques rouges », qui disparüt en deux ou trois jours. En même temps, elle se plaignit de: maux de gorge qui l'empêchaient d'avaler, etqui durérent une quinzaine de jours: N'a suivi aucun traitement spécifique.

Il y a trois mois et demi environ, la malade fut en proie à des maux de tête extrêmement violents, caractérisés ainsi : la douleur très vive, s’accentue le soir vers huit heures et surtout la nuit, au: point que pendant trois mois la malade n'a, pour ainsi dire, pas fermé l'œil de la nuit, Cette douleur semble partir d’un point localisé près de la suture lambdoïde, un peu en avant et à droite, pour: delà s’irradier! dans toutes les parties du crâne, et s'accompagner de douleurs dans les oreilles, les tempes, la mâchoire.et la gorge.

-Tout-dérnièrement, sans aucun prodrome, la malade au sortir. du lit servit affectée d'une « hémiplégie gauche » ; la face y participait, le membreinférieur seul n’était pas parésié. Enmêmetemps, se produisait ‘une aphasie, qui disparut en vingt-quatre heures, pour reparaître quelques jours après sans plus de durée que la première. fois. ; k é

Etat actuel. — La malade est enceinte de huit mois environ, et dans un état profond d'anémie; elle paraît très démoralisée, et peut à peine répondre. C’est vers le quatrième mois de sa grossesse qu'a éclaté la céphalie décrite plus haut, et ses douleurs ont persisté

Fe

mn dire

pendant plus de trois mois, jusqu’à cestemps derniers; quinze jours

avant la cessation de ce mal de tête, la malade s’est réveillée avec.

l'ensemble paralytique aussi décrit. Cet ensemble n'a duré que quelques jours. Nous ne trouvons plus de paralysie faciale ni d'aphasie, Il reste une paralysie légère de membre supérieur gauche, et aussi un faible degré de paralysie au membre inférieur gauche. Du même côté, les réflexes tendineux sont trouvés très exagérés au tendon rotulien, et aussi aux tendons du biceps brachial et du grand palmaire.

On prescrit aussitôt un traitement mixte, consistant en frictions avec le savon napolitain deux fois par jour, et trois grammes d’iodure.

16 novembre. — Il y a de l’amélioration. On prescrit de continuer la même médication.

8 décembre. -- Accouchement d’une petite fille vivante et bien portante. Le traitement n’a pu être institué que quelques semaines avant l'accouchement.

Le 20 janvier 1881, nous revoyons notre malade. On constate que les réflexes tendineux, pour les membres inférieurs, sont les mêmes des deux côtés. On interrompt lé traitement mercuriel, et on prescrit seulement deux pilules de Rabuteau après chaque repas. |

1er février. On retrouve la inême exagération du côté gau che, quoique la paralysie n'ait duré que quelques jours : ces réflexestendineux sont surtout exagérés au genou gauche, aucoude gauche, et aussitrès notables au poignet, On recommencera dans quelques jours le traitement avec les frictions de savon matin et soir, etl'iodure de potassium à 4 cuillerées 1/2 par jour.

15. Le savon est interrompu pour cause de salivation. Reprisesà divers moments,ces frictions n'ont guère été faites en résumé qu'avec une quantité totale de 20 gr. Hg. On prescrit maintenant de prendre au commencement de chaque repas, dans un verre à liqueur de vin de gentiane, huit gouttes de teinture de noix vomique et huit gouttes de teinture de mars tartarisée.

22, On donne un collutoire au chlorate de potasse pour combattre un reste de stomatite, et on continue le régime tonique.

5 mars. Onreprend pour 15 jours le traitement avec l'iodure

Combret, 15

de potassium seulement. Interruption le 20; puis régime tonique, fer, quinquina, vin de géntiane avec teinture de mars tartarisé.

7 juillet. Les règles ont disparu depuis quelques mois. Leu— corrhée. Les réflcxes restent toujours exagérés du côté gauche. On prescrit des pratiques d'hydrothérapie et une médication toniqué. ,

2 octobre. Nous avons des nouvelles de l'enfant, qui est en nourrice, toujours bien portant. Il a des cheveux laineux, le crâne bien conformé, et n’a pas eu d’éruption sur le corps. Rien de nouveau pour la mère, dont l'état général est décidément très amélioré.

OBsExvATION LV,

Atrophie papillaire. Crises ‘épileptiformes.' Amtécédents Syphyliiqu Traitements

A la fin d'octobre 1880, Mme F...se présente à la consultation de la Salpétrière, avec une lettre de M. Galezowski ; ce dernier la présente comme atteinte d’atrophie grise des papilles, avec des accidents épileptiformes, et voudrait connaître le diagnostic de’ M. Charcot sur la maladie générale.

L'on découvre qu’il y a eu des douleurs au niveau du tibia, il y a 6 ans; douleurs revenant surtout le soir vers cinq où six heures, ets’exagérant pendant la nuit. Elles ont duré deux mois environ. Il existe actuellement au niveau du tiers supérieur du tibia droit une tuméfaction très appréciable.

Plus récemment, la malade!la eu des crises épileptiformes ; la première au mois de juillet de cette année, la dernière en septembre. Ces convulsions débutent par le côté gauche, puis se propagent à la face, sans perte absolue de connaissance. Il n'y a rien aux membres inférieurs pendant ces attaques ; la malade ne tombe pas, 'et peut même continuer de marcher. La malade n'urine pas sous elle, ne se mord pas la langue. Maïs à la suite des accès, surviennent des troubles psychiques très marqués.

En ce moment même, Mme F.. est dans ‘un° état d’abattement complet; comme il lui est impossible de se conduire dans la rue, elle a été amenée à la consultation par une voisine. Ilestenfin très

difficile de savoir s'il s'agit d'une épilepsie partielle intéresant le

membre supérieur ou la face seulement; Famnésie chez. la malade

sers actuellement assez prononeée. :

‘La perte de la vue remonte. à deux mois. En explorant la senisi-

bitité, 6n conslite encore la perte de Fodorat à gauche, la diminu=

tion de l'outel du même côté; la malade distingue les couleurs. I y

‘a un peu de diminution de la sensibilité tactile à la face, du côté

penete. |

“Le 3 novenibre. Un nouvel examen de M. Galezowski donne les résultats suivants! : |

« La papille chez notre malade est blanche, avec âes contours légèrement diffus! la blaneheur n'est pas grisâtre comme dans Fataxie, maïs plutôt comme dans les affections vasculaires. J1 peut donc très bien’ sé faire que ce soit une affection syphilitique. Le

champ visuel interne dans l'œil droit et externe dans l'œil gauche

est rétréci. (Hémiopie partielle). La malade parle: par moments difficilement: Elle distingue les couleurs; mais an rés est très affaiblie/ Elle est fortement hypermetrope ». | On institue un traitement spécifique avec des nr de savon napolitain à 2 gr. Hg: par jour.

Le 25. La malade n'a plus eu dedouleurs, nid Ang ere Jlyaune

‘lamméfibration notable dans Fa vision, puisque la malade peut main- “tenant venir seule à l’hôspice, tandis qu'auparavant le secours d'une ‘’amié où d’une’ voisine Jui était indispensable. Elle commence en

effet à bien distinguer Fés personnes et les objets. L'aspect, extérieur, et l’état moral, sont de même notablement améliorés. On suspend le traitement pendant une semaine.

Le 8 décemphre. Le traitement a été repris depuis une huitaine. I n y a plus eu de crises épileptiformes. L'amélioration s'accentue. M. Galezowski trouve que les yeux vont mieux. La malade assure

‘qu’elle peut travailler un peu. Oninterrompt le traitement pendant

quinze jours. } Le 19. Nouvel examen de M. Solos:

n-enJeeonstate. dans les deux yeux de cette malade un étai station-

. maixe,; les papilles sont blanches. Il y a peut-être un peu moins de

trouble au pourtour de la papille, car il y avait là comme un peu de

‘suffusion. L'acuité visuelle est aujourd'hni moins prononcée dans

Tœil gauche qu'il y a 15 jours ».

On reprend les frictions avec L savon, et on donne en même temps l’iodure de potassium.

3 janvier. La santé générale est considérablement améliorée. - Engraissement, bonnes couleurs. La malade peut maintenant venir - toujours seule, et voit assez bien pour se conduire dans les circonstance ordinaires. Cependant elle ne peut pas lire, ni distinguer les détails des petits objets. 77 n’y a plus trace de la tumeur sur la face intérieure du tibia. Continuer le traitement.

Le 10.M. Galezowski écrit: « L'état des nerfs optiques s’est amélioré; l’infiltration péripapillaire à diminué; l'œil est pâle, mais n’est atrophié probablement que dans quelques unes de ces fibres ; la papille est assez vasculaire. La malade distingue les couleurs. Le champ visuel est libre, excepté dans l'angle externe de l'œil gauche. Avec les verres convexes n° 6 diopt. la vue est sensible ment améliorée. Ces lunettes sont nécessaires, car elle est fortement hypermetrope. »

3 février. — On suspend l’iodure et Les frictions, pour prescrire seulement : au commencement de chaque repas, un verre à liqueur de vin de gentiane, avec 6 gouttes de noix vomique.

À ce moment, madame F. est méconnaissable, elle dit qu’elle peut lire son journal avec assez de facilité; elle a repris ses tra- ‘vaux de couture et toutes ses occupations, elle jouit d’une santé générale très satisfaisante, et lorsqu'elle vient à la consultation ‘ mise avec une certaine recherche, il serait difficile de reconnaître ‘la malade presque sordide que nous avons connue.

Nos expériences ne sont sans doute pas assez multipliées, pour permettre de prononcer un jugement définitif sur le savon napolitain, comparativement à l’onguent ; nous pouvons dire cependant que, dans tous les cas où les frictions avec le savon ontété instituees méthodiquement, en vue de l'absorption, la réalité de cette absorption a été très manifeste, par ses divers effets locaux et généraux, En même temps, les malades semblaient accepter sans aucune répugnance ce nouveau mode de traitement, qui leur permet de se retrouver absolument propres en un instant, et ne pré-

sente plus les inconvénients multiples d’un onguent noir, pénétrant les vêtements de taches irrémédiables, et répandant trop souvent une odeur fade et désagréable.

En résumé, nous ne pouvons que souscrire aux conclusions du D’ Schuster, c'est-à-dire souhaiter de voir le savon napolitain servir de bases à des expérimentations régulières et prolongées dans les cliniques spéciales, dont les chefs, seuls autorisés, pourront porter un jugement définitif.

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