‹ Notes sur les principales méthodes d'administration du mercure par la peau Du Mercure Par La PeauChapitre 8 sur 28 · DES FRICTIONS MERCURIELLES · texte numérisé non relu

DES FRICTIONS MERCURIELLES

Historique. — La méthode des frictions mercurielles est la plus anciennement connue. Les médecins de l’antiquité avaient absolument condamné l'usage du mercure, qu'ils considéraient comme un poison : les Arabes, au moyenâge, avaient reproduit les mêmes accusations ; cependant c'est à eux que l’on doit en réalité son introduction dans

int.

la thérapeutique ; n'osant pas le donner à l’intérieur, ils le prescrivaient en pommades et onguents contre les maladies de la peau, herpès, gole, dartres, et les parasites. Jean de Vigo reconnaît expressément dans son traité : « que tout ce que l’on a trouvé de bon pour la guérison de la vérole, tant dans les remèdes particuliers que dans les généraux », avait été employé par Théodoric et Arnaud de Villeneuve (1300), lesquels ne faisaient que continuer la tradition de certains topiques mercuriels déjà prescrits par les Arabes. Il n’est donc pas étonnant, qu'au moment où la syphilis s'est généralisée, l’on ait appliqué par ana logie, au traitement de ses manifestations cutanées, les préparations mercurielles déjà éprouvées contre diverses maladies cutanées : l'on a dit que le mercure n’avait été employé d’abord à cet usage que par des charlatans et des marchands d’orviétan ; et l’on cite à l’appui de cette opinion, le passage suivant de Fracastor : « les préparations mercurielles furent introduites dans la thérapeutique du mal français par de misérables empiriques. » En réalité, il est probable que les empiriques et les médecins ont employé en même temps et dès le début, contre les manifestations cutanées de la vérole, des onguents déjà connus de tous ; mais si les médecins n’ont pas tardé à préciser les règles de l'emploi du mercure, les empiriques et les charlatans arrivèrent aussi vite à un brutal abus.

La plupart des auteurs indiquent Widinann, (1497), comme ayant fait le premier travail sur l’emploi du mercure contre la syphilis. Cependant, nous trouvons relatée par M. Hallopeau, une communication de M. Bouchard d’après laquelle, dès 4495, Macellus Cumanus aurait recommandé l’usage d’un onguent à base d’argent vif, en frictions renouvelées.

A ce moment, les frictions étaient pratiquées sans méthode et sans règle. La composition des onguents euxmêmes était si variable, que tantôt le mercure constituait letiers de la masse, tantôt il n’en formait que la quarantième, ou la cinquantième partie. Béranger de Carpi régularisa ces frictions, et obtint par sa méthode une si grande réputation, qu’il a été considéré comme le promoteur de la médication mercurielle.

Nous trouvons dans Jean de Vigo, traduit par M. Fournier, la description suivante : « Une ou deux fois par jour, suivant les cas, on frictionne avec ledit onguent les bras et les jambes du malade. On continue ce traitement sans interruption jusqu’à ce que les dents commencent à s’agacer et à devenir douloureuses, symptôme qui sert d’indice pour suspendre l’emploi du remède.

Il se produit alors un écoulement de pituite qui sort des gencives et des tissus avoisinants. Parfois aussi il se développe dans la bouche, sous l'influence de cette salivation abondante, des ulcérations véritables, qui communiquent à l’haleine une notable fétidité. Ces derniers symptômes réclament de la part du médecin une surveillance attentive et minutieuse. Tant que dure le flux pituiteux de la bouche, il faut exiger que le malade se confine dans un milieu à température élevée. Lorsque s'établit l'écoulement salivaire, on aura garde de prescrire des médicaments stypfiques, dont l’action répercussive courrait risque de refouler à l’intérieur du corps Ilhumeur morbide qui tend à s'échapper par la bouche. On se contentera pour une semaine, d’administrer des gargarismes tempérants adoucissants, et légèrement détersifs. »

L Ainsi dès cette époque, tout en croyant selon les idées

humorales de leur temps, que la salivation servait à éliminer l’humeur morbide, des médecins éclairés cherchaient à la modérer, etletraitement par lesfrictions était devenu l'objet d’une méthode régulière, qui comprenait aussi bien d’autres détails minutieux, que M. Fournier a fait connaître, relativement au régime, à la température, etc. L'on obtenait ainsi des guérisons fort nombreuses. Mais il y avait aussi bien des abus, etdes accidents répétés, dus le plus souvent à des empiriques et des charlatans ambulants, qui ne réussissaient que trop à capter la confiance du public. La citation suivante, dont la traduction est empruntée à Astruc, montrera jusqu'où l’on poussait alors l’abus du mercure.

« Ils faisaient, dit-il (4), avec un liniment composé de différentes drogues, des ouctions sur les jointures des bras et des jambes. Quelques-uns en faisaient sur l'épine dudos et sur le cou, quelques-uns sur les tempes et le nombril ; d’autres sur tout le corps. On tenait les malades pendant vingt et trente jours, et quelquefois davantage, enfermés dans une étuve, où l’on entretenait continuellement une très grande chaleur. Après les avoir frottés d’onguent, on les mettait au lit, et, les ayant bien couverts, on les faisait suer. Pour lui, à peine eut-il été frotté deux fois qu’il tomba dans une langueur extrême, L’onguent opérait avec tant de force, que le mal qui occupait la surface du corps était repoussé sur l’estomac, d’où ilse portait au cerveau et causait une si abondante salivation, qu’on était en danger de perdre ses dents, si l’on n’avait pas attention de prévenir ces accidents. Le gosier, la langue et le palais

(1) De morbi gallici curatione per administrationem ligni guaiaci, cap. 4.

pe.

s'ulcéraient; les gencives s’enflaient, les dents branlaient, il coulait de la bouche, sans relâche, une bave très puante capable d’infecter tout ce qu’elle touchait, et qui produisait des ulcères dans le dedans des lèvres et des joues. Toute la maison se ressentait de la mauvaise odeur. Et cette manière de traiter la vérole était si cruelle que plusieurs aimaient mieux mourir que guérir par ce moyen. Ce n’est pas que beaucoup fussent guéris: à peine de cent y en avait-il un ; encore retombaient-ils le plus souvent au bout de quelques jours... Ce qu'il y avait de plus déplorable dans l’usage desfrictions, c'est que ceux qui les employaient ne savaient pas la médecine. Ce n'étaient pas seulement des chirurgiens qui s’en mêlaient, mais des gens dont tout le mérite était une effronterie sans bornes, etqui employaient sans aucune sorte de science ce qu’ils avaient vu mettre en usage sur d’autres malades, ou ce qu'ils avaient vu employer sur eux-mêmes. Ils se servaient d’un même onguent pour tous les malades, et en faisaient comme on dit, une selle à tous chevaux. S'il survenait quelque accident, ils ne savaient comment y remédier. Le public était assez aveugle et la médecine assez faible, pour laisser ces scélérats dans la position d'entreprendre tout ce qu'ils voulaient... Les choses en venaient à ce point que, les malades, ayant les dents ébranlées, ne pouvaient plus s’en servir. Comme leur bouche n’était qu'un ulcère puant, et que leur estomac était affaibli, ils n’avaient point d’appétit, et quoiqu'ils fussent tourmentés d’une soif intolérable, leur estomac ne pouvait s’accommoder d’aucune espèce de boisson. Plusieurs étaient attaqués de vertige, quelques-uns de folie. Ils étaient saisis d’un tremblement aux maïns, aux pieds et par tout le corps, ‘et ils étaient exposés à un bégaiement quelquefois incurable.

J’en ai vu mourir plusieurs au milieu du traitement, et je sais que trois paysans malades, ayant été enfermés par un de ces empiriques dans une étuve fort chaude, où ils demeurèrent néanmoins patiemment dans l espoir d'être guéris, périrent misérablement par la violence de la chaleur, qui les épuisa peu à peu. J'en ai vu d’autres suffoqués par le gonflement de la gorge, et d’autres qui ont péri par une difficulté d’uriner. Très peu ont recouvré leur santé ; encore ce na été qu'après les dangers, les souffrances et les maux dont j'ai parlé. »

Si l’on tient compte que, dans le moment même où de tels excès étaient ordinaires, le gayac, la squine, la salsepareille, le sassafras, étaient récemment importés d'Amérique, on ne s’étonnera pas de la vogue subite et extraordinaire de ces sudorifiques nouveaux : et un grand nombre d’anti-mercurialistes vont résolument accuser le mercure de tousles maux. Vers la fin du seizième siècle, cependant, ces attaques passionnées vont en diminuant, en même temps que l'usage interne du médicament se vulgarise de plus en plus. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, il n’y a plus de résistance, le mercure est employé par tous les médecins comme le remède héroïque de la vérole.

À ce moment, les frictions sont mieux réglées, et employées avec plus de mesure. Ii y en a deux sortes : les unes fortes qui se donnent à plus grande dose, plus souvent, et jusqu’à ce que la salivation paraisse; les autres légères, qui se donnent en moindre dose et plus rarement, et avec lesquelles on n’excite que peu ou point la salivation. Ces dernières sont préconisées surtout par Henri Haguenot (1734) dont le traitement devient célèbre dans toute l Europe sous le nom de méthode de Montpellier. Il veut qu’on entremêle les frictions avec les bains, et qu’on ne fasse frotter les

malades que tous les deux ou trois jours. Il déclare la salivation dangereuse et inutile.

Peyrilhe fit pratiquer les frictions sur la surface du gland et à l’intérieur du prépuce; il partait de cette idée purement théorique et singulière, que le mercure, pour guérir la syphilis, devait suivre la même voie que la matière contagieuse pour infecter l'organisme. Il ne faisait subir aucune préparation à ses malades.

Pihorel, au contraire, employait les purgatifs, les bains et même la saignée, pour préparer ses malades à l’absorption mercurielle. Il faisait frictionner le dessous des pieds ou la paume dela main, la face interne des jambes, ou celle des bras et des poignets: régions choisies fort judicieusement, comme celles où l’épiderme doit être le plus mince et le plus perméable, et, pour ce quiest de la plante des pieds et du creux de la main,le moins obstrué par la sécretion sébacée normale. La pommade qu'il employait de préférence était composée avec: onguent napolitain, 90 grammes; sulfure de chaux ammoniacal, 149 grammes.

En 1780, peu de temps après que Van Swieten s’est efforcé de faire adopter de préférence la solution de sublimé à l’intérieur (déjà proposée sans grand succès par Wiseman, cent ans plus tôt), le médecin napolitain Cirillo reprend avec ardeur la méthode des frictions, à l’aide d’un onguent contenant ce même sublimé associé au chlorhydrate d'ammoniaque. Il choisissait de préférence le printemps et l’automne pour ordonner ces frictions, qu’il pratiquait de la façon suivante :

D'abord, préparation des malades par le bain, les lavements, le petit lait, la décoction de chiendent ou de salsepareille; il fait commencer ensuite les onctions avec un gros de pommade, dont on se frictionne, le soirseulement,

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la plante des pieds ; il désigne cette partie de préférence, comme point de départ d’un grand nombre de vaisseaux absorbants, et parce que toutes les autres régions de la peau seraient irritées et même excoriées par la force du médicament. Les frictions se renouvellent les deux jours suivants et au même endroit. Le quatrième, on fait baigner les malades pour ne reprendre les frictions que le lendemain, mais à la dose d’un gros et demi. Il faut poursuivre ainsi Jusqu'à guérison complète, en continuant une boisson délayante quelconque, et en intercalant un bain tous les trois ou quatre jours. Jamais il ne faut porter la dose de pommade au delà de deux gros.

Nous ne citerons enfin que pour mémoire la méthode de Scatigna, qui, en faisant placer le soir dans le creux axillaire 2 à 4 grammes d’onguent napolitain, et en maintenant la peau en contact avec le médicament, prétendait être certain que cette dose était absorbée le lendemain exactement et complètement. Ainsi que la méthode du chirurgien anglais Clare, reprise en France par Brachet de Lyon;ils’agit de frictions glosso-palatines, qui par cette localisation même sortent de notre sujet.

Epoque actuelle. — Au commencement de ce siècle, après une longue période de calme, la médication mercurielle se trouve de nouveau Subitement en butte à des attaques violentes et multipliées. En France, l’école physiologique, après Broussais, niant la spécificité de la syphilis va jusqu’à mettre au compte du mercure la production des accidents secondaires; de même Murphy en Angleterre: plus récemment, Joseph Hermann et Lorinser, de Vienne,

Combret. 4

reprennent la: même thèse; puis en France, Auzias Turenne. | °} tai

À côté de ces adversaires systématiques de tout em ploi du mercure, il se forme en.dernier lieu une école plus concilianté, anti-mercurialiste non systématique, repré— sentée par William Fergusson, John Thomson en Angleterre, Fricke et plus tard Bœrensprug. en Allemagne, Diday en France: Ces derniers n’admettent pas qu’il faille traiter indifféremment tous les malades/-par le mercure, et veulent démontrer que la syphilis peut évoluer d’elle-même vers la guérison spontanée. Des travaux fort remarquables dans cette direction sontdus à M.,Diday, qui a rendu de réels services en faisant mieux connaître la marche de la maladie:

Mais après toutes ces attaques, l'utilité même du mercure est aujourd’hui plus que jamais .universellement reconnue. Ricord, en le bannissant du traitement du chancre simple et des blennorrhagies, a nettement précisé les: indications de son emploi, et amis en pleine lumière ia puissance de son efficacité contre la syphilis. M. Diday lui-mêrne l’emploie couramment, lorsque l’ensemble des premiers symptômes lui fait craindre l’évolution d’une forme grave de la maladie, et spécialement contre toutes les lésions de la syphilis infantile héréditaire. Il distingue seulement des syphilis faibles, tendant spontanément à la guérison, après quelques poussées de plus en plus atténuées sur. la peau et les muqueuses. Pour ces formes légères, il ne prescrit pas la médication mercurielle, mais seulement une hygiène convenable, en les abandonnant à leur évolution naturelle.

Nousdevonsàäcemomentnoussouvenirdesenseignements si autorisés de M. Fournier : « Les prétendus éléments

pe us Le EE d'un diagnostic prévisionnel de la vérole, nous leg avons étudiés longuement, dit-il, et de léur étude il est résulté ceci pour nous, qu'aucun d'eux n’a de valeur sérieuse : ducun d'eux ne permet de préjuger l’évolution future dans un cas donné de syphilis, aucun d’eux n’autorise le médecin à prédire une vérole forte où une veérole faible, une vérole bénigne ou une vérole grave. Dans ces conditions, comment serions-nous autorisés à dire à tel malade : < Traitez-vous, car vous avez tout à craindre: »' et à tel autte : « Ne vous traitez pas, vous n'avez rien à redouter ? » Dire cela sersit prophétiser à l'aventure. Et, dans l’espèce, promettre à un malade une vérole bénigne, à jamais bénigne, serait lui donner une consolation dangéreuse, une sécurité dont il pourrait bien se répentir quelque jour ; disons le mot, ce serait le tromper à ses dépens. Et ne pas ‘le traitér alors, ce serait'le laisser exposé à des dangers graves. sur la foi de données incertaines et d'assurances illusoires. »

Quant à l’action curative du mercure sur l’ensemble de ld maladie, elle est incontestable, dit M. Fournier, et nous emprunterons à cet éminent syphilographe le parallèle ‘qu’il a tracé entre la vérole traitée et celle non traitée.

D'après ses observations, « 95 fois sur 100 pour le moins, Ja Syphilis träitée est réellement bénigne. La presque totalité des malades qui se soignent traversent la vérole à peu de frais, ne présentant guère qu’un petit nombre d’accidents sans gravité, tels que lés suivants : syphilides cutanées de forme superficielle et sèche (roséole, syphilides papuleuses ou papulo-squameuses); syphilides muqueuses se rencontrant parfois à plusieurs reprises, parce qu’elles sont provoquées par une excitation locale (exemple : les plaques dé la bouche chez les fumeurs), mais n'ayant en

somme d’autre importance que celle d’aphthes plus ou moins rebelles; quelques adénopathies ; quelques douleurs passagères (céphalée, arthralgies, etc.); un éclaircissement temporaire de la chevelure, et quelques autres manifestations tout aussi légères. Nombre de nos malades sont quittes à ce prix de la vérole, alors même qu'onles observe de longues années après le début de l'infection. Je compterais par milliers, pour ma part, ceux que j'ai vus ainsi relativement épargnés par la diathèse, grâce à un traitement convenablement suivi. Et il n’est pas de médecin qui n'ait en souvenir quantité de cas où leurs malades en ont fini avec la vérole à tout aussi bon marché. Chez les syphilitiques traités, les accidents sérieux ou graves de la vérole sont chose rare, très rare. »

Mais plus loin :

« C’est alors surtout qu’elle n’est pas traitée, messieurs, que la vérole devient sérieuse et redoutable, qu’elle multiplie ses coups, qu’elle s’épanouit en accidents de tout genre, de tout siège et de toute gravité, qu'elle détermine des lésions menaçantes ou des infirmités incurables, qu’elle peut même aller jusqu’à compromettre l’existence.Ce qu’on la voit produire dans ces tristes conditions, ce sont d’abord, pour la période secondaire, des éruptions cutanées de toute espèce, sèches d’abord, puis humides, suppuratives et ulcéreuses; des syphilides muqueuses; des adénopathies multiples, dégénérant parfois en cette variété de bubons que nous avons décrits sous le nom de strumoïdes ; des alupécies qui peuvent dénuder le crâne, et voire même des dépilations générales; des douleurs aussi variées que possible (céphalées atroces, névralgies, périostites, myosalgies, arthralgies, etc.); des iritis, des choroïdites, des rétinites, susceptibles de troubler à jamais ou d’abolir la vision ; des

sarcocèles, d’où résulte trop souvent l’atrophie testiculaire; des désordres nerveux des plus divers, des paralysies, des accidents fébriles, des troubles gastriques, intestinaux, nutritifs, etc., ouvrant parfois la voie à de véritables cachexies ; et plus tard, à une période plus avancée, dans le stade dite tertiaire, des syphilides profondes, pustulo-crustacées, ulcéro-tuberculeuses, phagédéniques, etc.; des gommes suivies d'ulcération ou de destruction d’organes; des exostoses, des caries, des nécroses; des lésions de cerveau ou de ia moelle, d’où dérivent des hémiplégies, des paraplégies, des ataxies locomotrices, des troubles de l’intelligence, etc., toutes lésions entraînant à leur suite des infirmités incurables, quand elles ne déterminent pas la mort ; des accidents viscéraux de tout siège et d’un pronostic des plus menaçants; sans parler encore de l’avortement, de l’accouchement prématuré et des formes si graves, si souvent mortelles de ia syphilis héréditaire. »

- Nous conclurons donc encore avec M. Fournier : « Celui qui, connaissant les conséquences funestes de l’expectation, abandonnerait ses malades à l’évolution naturelle de leur maladie, alors qu’il a en main un remède capable de prévenir de si lamentables désordres, ce médecin serait coupable et encourrait une responsabilité morale des plus graves. Il faut administrer le mercure, non seulement contre les accidents secondaires, mais aussi et surtout en prévision de l’avenir. Ce n’est ni le présent n1 un avenir prochain qu'il faut redouter pour un malade affecté d’un chancre ou d’une syphilis, c’est l’avenir éloigné, l'avenir de six, dix, quinze, vingt, trente ans et plus : l'idéal que je poursuis, c’est d’atténuer la diathèse dans le présent pour sauvegarder l'avenir. »

L'emploi des frictions constitue, dans tous les cas, une

0) de

méthode extrêmement sûre. C’est elle qui a été presque exclusivement employée pendant quatre siècles; en France, cependant, on a l'habitude aujourd’hui de prescrire plus volontiers le mercure à l'intérieur sous la forme de protoiodure ou de sublimé, préparations efficaces, à la condition de les donner à la dose suffisante, qui est, d’après M. Fournier, de 0,10 centigrammes pour le protoiodure et de 0,04 pour le sublimé ; on se sert aussi du mercure métallique à l'intérieur sous forme de pilules de Sédillot ; et pour atténuer, dans la mesure du possible, l’action irritante du médicament sur les voies digestives, on l’associe à l'extrait thébaïque, on le fait prendre avec les aliments, etc. ; enfin, on ne donne pas le mercure d’une façon continue, on laisse reposer le malade à des intervalles réguliers, on observe, en un mot, la règle des traitements successifs.

Quant aux frictions, on les réserve plus habituellement pour les cas oùil est indispensable d'agir vite et fortement, cu pour ceux où l'intolérance digestive est très prononcée. I] n’est pas rure, en effet, que les moindres doses de mercure, administré à l’intérieur, provoquent des troubles digestifs fort intenses, qui feront échouer le traitement et pourront devenir une complication redoutable. Chez les enfants, en particulier, la première condition du succès, consiste à savoir respecter l’intégrité des fonctions de l’estomac et des intestins : « Qu'il s’agisse de prescrire un traitement, de déterminer l'issue probable de la maladie, dit M.le professeur Parrot, c’est sur le tube digestif que le médecin doit tenir son regard fixé, » La plupart des auteurs conseillent donc de traiter lasyphilis infantile exclusivement par les méthodes externes, et en particulier par les frictions, qui agissent plus sûrement que les bains de sublimé. Ces frictions, vantées par Brodie, ont eu l'appro-

CE à

bation de Cullerier, qui conseille de Îles pratiquer sur les parois. latérales du thorax, au creux de ik aisselle, évitant ainsi les causes nombreuses d'irritation qui se montrent fréquemment sur les cuisses des petits enfants, lorsqu'on choisit cette partie pour y faire les frictions ; il prescrit aussi des bains savonneux chez ces enfants, pour détacher la pommade, et V empêcher de durcir ou de rancir à la surface de la peau, Mais en somme, dans notre pays, ce n’est que le plus petit nombre des médecins qui recourent aux frictions comme méthode générale : nous aurons à revenir sur ce fait, pour en rechercher les causes probables, et pour nous efforcer de démontrer qu'il n’y aurait que des avantages dans une vulgarisation plus grande de la méthode des frictions, surtout si on les débarrasse de leurs principaux inconvénients, actuellement trop réels.

A l'étranger, tout au contraire, c'est principalement à l’aide des frictions mercurielles érigées en méthode générale, que l’on institue les traitements de la syphilis : ces pratiques sont très répandues en Angleterre,.en Russie, et principalement en Allemagne.

Bæœrensprang, de Berlin, dit que les frictions produisent une action plus sûre et plus prompte que toutes les autres médications mercurielles. Mais, c’est surtout à l'influence de Sigmund, de Vienne, que l’on doit la généralisation des frictions en Allemagne.

C’est en 1859, que ce médecin a publié le résultat général de ses recherches sur ce mode de traitement, dont il se sert à l'exclusion de tout autre (1). Ce traitement comprend trois temps : 1° la préparation des malades; 2 les frictions ;

(4) Die enreibungskur mit grauer salbe bei syphilisformen (Des onctions avec l’onguént gris comme cure des formes syphilitiques), Vienne,

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8° le traitement après les frictions : nous en empruntons la descriptiou au tome I de la pathologie externe de Follin.

Méthode de Sigmund. — 1° La préparation des malades dure de six à dix jours. On cherche à régulariser le régime, à écarter où à modifier diverses affections, comme les fièvres, les diarrhées, et surtout les affections des gencives. On rend aussi la peau plus souple par l’administration de bains, dont la température varie de 24,0 27° R.

2° On fait ordinairement les frictions sur les deux jambes, les deux cuisses, les faces antérieures de la poitrine et du ventre, sur le dos et sur les bras ; chaque friction dure au moins vingt minutes. Elles doivent être pratiquées le soir avant le coucher, et l’on enveloppe ensuite les parties frictionnées dans des draps de toile ou de coton. Le changement de linge après chaque friction est nécessaire.

La dose d’onguent napolitain employé dépasse 1 gramme par jour. Le nombre des frictions varie de vingt à trente. Les malades doivent garder le lit pendant dix-huit heures et peu manger; mais dans l'alimentation il faut toujours tenir compte des complications anémiques qui contre-indiquent la diète. En même temps on devra prescrire des gargarismes au sublimé, à l’alun, à lateinture d’iode, suivant qu’il y a ou non ulcération de la muqueuse buccale ou pharyngée. On suspend ‘lies frictions pendant la période menstruelle ; il n’en est pas de même pendant la grossesse, et Sigmund penñse qu’eppliquéés de bonne heure, elles peuvent prévenir l'infection du fœtus. Chez les femmes en couches, on laisse passer de deux à trois semaines avant de commencer les frictions, jusqu'à la disparition de l’anémie qui suit en général l'avortement. Les frictions faites chez des nourrices ne paraissent pas avoir d'influence sur la

MRC syphilis des enfants qu’elles allaitent ; aussi sont-elles en même temps employées chez ces enfants. La cicatrisation des blessés et des opérés n'est pas retardée par ce mode de traitement.

En même temps qu’on prescrit les frictions, on peut donner des médicaments internes: la décoctiondeZittmann, de Pollini, les diurétiques, les narcotiques, les 1odés, les ferrugineux, les amers, l’huile de foie de morue.

La saison la plus favorable pour l’emploi de cette médication est le printemps et la première moitié de l’été.

3° Après la dernière friction, les malades prennent un bain de savon (25 à 27° R.) d’une demi-heure. On les fait encore rester au lit pendant quatorze heures, en cherchant à provoquer la transpiration. Leur alimentation est en même temps augmentée peu à peu.

Ce traitement donne lieu à quelques accidents. On observe quelquefois des inflammations cutanées et des eczémas : mais 1ls sont rarement assez intenses por faire suspendre le traitement.

La salivation est un autre accident plus sérieux, mais ce n’est pas le résultat que Sigmund désire obtenir. D'ailleurs, il n’a vu que rarement des salivations, et presque jamais elles n'étaient assez intenses pour faire cesser les frictions; mais il a dû suspendre la médication dans certains cas de sueurs abondantes, de diarrhées rebelles, de fortes congestions vers la tête, le cœur et les poumons, d’épistaxis, d’hémorrhagies par l’anus et l’utérus, et d'attaques épileptiques. Dans quelques cas aussi, certaines douleurs paraissent augmenter sous l'influence des frictions, et l’aggravaz tion de l’insomnie l’a forcé de renoncer deux fois à l'emploi de ce moyen.

Nous avons cherché à savoir si les principes de ce trai-

Combret. 5

= 1e tement, ainsi posés par Sigmund, il y a déjà plus de vingtans, n'avaient pas été modifiés en Allemagne même : et nous avons pu voir que la plupart des praticiens allemands font actuellement grand usage de bains, pendant toute la durée du traitement, à l'encontre de la manière primitive du médecin viennois, qui s’en servait surtout avant et après ; et nous devons à l’obligeance de M. le docteur Schuster, d'Aix-la-Chapelle, les renseignements suivants, rendus précieux par l'étendue de sa pratique et de

son expérience.

Méthode allemande actuelle. — « Quant à l’application de l’onguent, j'ordonne en général, 4 à 5 grammes par jour, à appliquer une heure après le bain. Un frotteur frotte pendant vingt minutes une grande surface du corps, qui est après la friction enveloppée ou couverte avec de la flanélle pour toute la journée. Le jour suivant, la place estnettoyée dans le bain. Le malade doit prendre un régime fortifiant, aller à l’air, rincer la bouche 4 à 6 fois par jour, avoir garde aux gencives, aérer la chambre. Du moment où la colique ou diarrhée mercurielle s'établit (ce qui se fait en général après 18 à 20 frictions), il faut les cesser ; il faut aussi les cesser, si les gencives commencent à gonfler, ou si le malade ne peut plus bien marcher, »

Méthode de M. Panas. — En France, c’est principalement M. Panas, à Paris, M. Schutzenberger, à Strasbourg, qui ont recommandé avec insistance la pratique des frictions. M. Panas décrit ainsi sa méthode : « Nous nous servons de l’onguent mercuriel double de bonne qualité, c’est-à-dire contenant du mercure parfaitement éteint. La dose habituelle est de 6 grammes par jour. Les frictions sont faites

le soir en se couchant, sur une partie hmitée du corps, et’ d’un seul côté, le mollet de préference, ou la cuisse, ou l’aine, ou.le bras, ou l’aisselle.

On frotte pendant trois à cinq minutes, au plus; puis on couvre la région d’un linge et de taffetas gommé ; et l’on fixe le tout à l’aide d’un mouchoiret de quelques tours de bande. | . Pour éviter l'irritstion de la peau, varier chaque soir le lieu d'application de la pommade, et le lendemain on l’essuie, ou, sile malade ÿ tient, on lui permet de se laver ayec du savon et de l’eau chaude.

« Si rien ne s'y oppose, continuer les frictions pendant un. MOIS Où Six semaines.

« Revenir à l usage du mercure e chaque fois que de nouveaux accidents se montrent. Par ces traitements successifs

on arrive à |’ extinction de la syphilis au bout de six mois à deux ans, généralement. »

- . Méthode de M. Schutsenberger. — M. Schutzenbergen, de son côté, ne néglige pas les mesures rigoureuses d’'hygiène employées par les anciens : il ne se contente pas d’administrer le mercure, il institue une véritable cure. Dans lap ense que la médication agit mieux chez les sujets qui se nourrissent moins, il condamne le malade à garder la chambre, le met à la diète, et provoque d’ abondantes sudations. Il donne des bains prolongés, il les purge à plusieurs reprises. La cachexie syphilitique même n'est pas une contre indication, absolue.

’ Cette phase préparatoire correspond à la première période de Sigmund, et dure de quelques jours à deuxse maines. Puis on commence les frictions, qui ne sont renouvelées que, tous les deux jours. On emploie d’abord deux

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grammes, puis 4 et 5 grammes d’onguent. S'il survient de la salivation, on s’abstient d'augmenter la dose, eton administre le chlorate de potasse. Le linge de corps et les draps ne sont pas changés tous les jours, sauf le cas defsalivation intense. On arrive ainsi généralement, avec douze ou qua torze frictions au plus, à arrêter les accidents et à les faire disparaître. Alors interviennent des bains savonneux ; le linge est changé avec soin, et la troisième periode com mence; c’est la cure de reconstitution.

Les malades sont soumis à un régime fortifiant; on leur permet de sortir au bout de deux ou trois semaines en été, de deux ou trois mois en hiver. Ils sont ensuite soumis, pendant trois ou quatre semaines à un traitement par l’iodure de potassium.

M. Schutzenberger obtient d'excellents résultats de cette méthode, qui mériterait d’être mise en expérience, à Paris même, sur un champ étendu. Cependant nous voyons les médecins allemands de la nouvelle école renoncer à la diète, à l’internement, à l'affaiblissement systématique du malade, pour s’efforcer au contraire par tous les moyens de le tonifier ; et la plupart du temps l’on se trouve aussi fort bien d’un séjour au grand air, au bord de la mer ou dans les montagnes. Il serait donc extrêmement intéressant d'être mieux fixé sur la nécessité où l’importance relative de ces diverses règles, tantôt très rigoureuses. tantôt très accornmodantes des traitements ci-dessus. |

Médication d'assaut de M. Charcot. — Notre illustre maître, M. leprofesseur Charcot, emploie depuis longtemps avec le plus grand succès, et presque exclusivement, le traitement par les frictions mercurielles, mais en suivant une méthode qui lui est particulière et qu’il désigne fort

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